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Title: Brèves
Author: theo
Date: 2025-10-24
Modified: 2025-10-24
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Slug: breves-3
Special_CSS: breves_01
Numero: 3
Weight: 1
**Tout va mal, y'a pas à chier.**
*L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.*
### 5 juillet
À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.
### 14 juillet
Un autre incendie se déclare dans une chambre du Refuge Solidaire à Briançon. Cest sans conséquences pour les personnes présentes, mais le bâtiment est inutilisable pendant plusieurs semaines. Sur demande des pompiers et bien à contrecœur, le maire de Briançon est contraint de réquisitionner un gymnase et de le mettre à disposition pour l'hébergement d'urgence des primo-arrivant.es. Mais au bout de deux nuits, c'est le préfet qui prend le relais, en préemptant la Maison de la Géologie. Étonnante sollicitude de nos caïd locaux qui, pendant des années, n'avaient pris en charge que la répression et la stigmatisation du phénomène migratoire. Le souvenir de la grande occupation du Pado de l'été 2023 aurait fait peur aux flics ?
### 3 septembre
Dans le détroit du Pas-de-Calis, naufrage d'une embarcation transportant 65 personnes exilées. L'après-midi du même jour, Gérald Darmanin s'exprime à Boulogne-sur-Mer. Il remercie les secours et défend la stratégie adoptée par le gouvernement sur cette frontière, avec ses 1700 policiers et gendarmes déployés. Il semble pourtant que les passages de cette frontière ne cessent d'augmenter et que l'année courante soit la plus meurtrière depuis le début du phénomène des bateaux de fortune sur la Manche. Si une stratégie existe vraiment, on a du mal à comprendre ses objectifs.
### 2 octobre
À Hendaye (Pays Basque) 7 militant.es issues d'organisations politiques, sociales et syndicales, dont 3 membres de la Fédération Etorkinekin Diakité, se retrouvent en garde-à-vue, inculpées pour avoir aidé 36 personnes à traverser la frontière franco-espagnole. L'action de désobéissance civile avait été revendiquée par une vingtaine d'associations et collectifs locaux. Elle s'était déroulé le 24 mars 2024 pendant la Korrika (manifestation sportive, festive et solidaire qui, tous les deux ans, traverse le Pays Basque sur un parcours de plus de 2700 kilomètres). L'indignation provoquée par cette arrestation va donner lieu à un mouvement de soutien populaire de grande ampleur. Plusieurs manifestations seront organisées en France et en Espagne par des dizaines d'associations, syndicats et collectifs. Le procès, qui aurait dû commencer le 28 janvier, sera plusieurs fois reporté, jusqu'à la date du 7 octobre 2025.
### 9 octobre
À Briançon, ouverture d'un nouveau squat : le Boulodrome Libre ou Bou'li. Le même jour, à Madrid, le premier ministre Pedro Sanchez prononce un discours pro-immigration qui dit, entre autre : « Nous sommes des enfants de limmigration. Nous nallons pas être les parents de la xénophobie ».
Voilà deux choses qui n'ont rien à voir mais qui font bien plaisir.
### 14 octobre
L'Italie transfère vers l'Albanie un premier groupe de personnes exilées interceptées au large de Lampedusa. Mais le 18 octobre, le Tribunal de Rome nie la validité légale de la mesure et les exilé.es sont rapatrié.es sur le territoire italien. A partir d'avril, un des deux centres albanais, celui de Gjader, sera transformé en CPR (l'équivalent des CRA en Italie : voir l'article Histoire d'une trêve), où quelques dizaines de personnes sont enfermées sans procès et sans pouvoir communiquer avec leurs familles et leurs avocats, pour être ensuite rapatriées vers leur pays d'origine (en passant à nouveau par l'Italie, l'Albanie n'étant pas en mesure d'expulser directement).
### 14 novembre
Le Bou'li est expulsé et quatre personnes écopent de 24 heures de garde-à-vue. Le même jour, à Montgenèvre, la PAF reprend les refoulements comme si la décision du conseil dÉtat du 2 février n'existait pas (voir l'article Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?) Encore deux choses qui n'ont pas vraiment de rapport, à gerber toutes les deux par contre.
### 9 décembre
Le régime de Bachar Al-Assad n'est pas tombé depuis vingt-quatre heures que déjà Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège et Suède s'empressent de suspendre les demandes d'asile des exilé.es syrien.nes. Remarquable mélange d'illusionnisme bureaucratique et d'opportunisme raciste : en un tour de main la chute d'une dynastie sanguinaire devient un prétexte pour expulser des gens.
### 31 décembre
C'est la fin de l'année et c'est l'heure des bilans. Il semble quen 2024 le nombre de traversées en Méditerranée ait baissé de presque 60% par rapport à 2023. On n'aime pas trop les chiffres par ici, mais pour une fois nous avons envie de jouer le jeu. Parce qu'on parle de 70mille personnes arrivées par la mer en une année, sur un continent qui compte presque 450 millions d'habitant.e.s. La proportion est donc de 0,015% en 2024, 0,03% en 2023. Ya plus d'alcool dans une bière sans alcool. Peut-être que ça peut faire réfléchir celleux qui parlent d'invasion, de grand remplacement, de submersion, et qui ont fait de l'immigration un sujet électoral plus urgent que le réchauffement climatique ou les mort.e.s au travail (par exemple).
### 19 janvier
À Turin, Osama Najim dit « Almasri », dirigeant de la police judiciaire libyenne, était de passage avec ses potes pour voir un match de foot. Peinard le gars, sur qui pèsent des accusations d'abus, violences et tortures, perpétrées dans le centre de rétention pour migrant.es de Tripoli dont il est le directeur. La police italienne l'arrête le dimanche soir suite à un signalement de l'Interpol, mais trois jours plus tard il est relâché par intercession du Ministre de la Justice en personne, qui lui paye un vol pour Tripoli. Peinard le gars.
Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-côtes libyens, pour qu'ils capturent les migrant.es dans les eaux territoriales libyenne et les enferment de manière arbitraire dans des prisons absolument terrifiantes. (A lire : Out of Libya, rapport de Médecins Sans Frontières, mais aussi notre article La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte.)
### 23 janvier
Le ministre de l'Intérieur Retailleau diffuse une circulaire ministérielle qui durcit les normes pour la régularisation des travailleur.euses étrangères. Elle prévoit notamment d'apporter la preuve d'une présence dau moins sept ans en France, contre cinq ou trois auparavant, et de fournir une preuve avancée de maîtrise du français (un diplôme ou bien une certification linguistique), là où la précédente circulaire Valls demandait simplement une maîtrise orale. Enfin, en cas de refus de la demande de régularisation, la préfecture devra « systématiquement » délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à la personne concernée.
### 6 février
En Lybie, 93 cadavres de migrant.es retrouvés dans deux fosses communes dans les régions de Jikharra et Kufra. En mars 2024, une autre fosse commune avait été découverte, contenant au moins 65 corps.
### 12 février
Aux USA,120 mots sont bannis par l'administration Trump du lexique de la recherche scientifique. Sur la liste on trouve Activisme, Défenseur, Équité, Égalité, Inclusion, Femme, Minorité, Réchauffement Climatique, Trauma. Plus localement, dans la région PACA, l'actuel président a annoncé que toute subvention sera refusée aux associations utilisant la langue inclusive. Nous allons essayer d'utiliser tous ces mots et la langue inclusive à fond, dans ce numéro et partout, tant que c'est encore possible. Et à rester woke aussi, n'en déplaise aux croûtons réactionnaires de tous les âges et bords politiques.
### 13 février
LÉtat français est condamné par la cour administrative de Bordeaux à payer plus de 800mille euros de dédommagement à la Communauté dagglomération Pays Basque, pour le financement du centre Pausa de Bayonne, qui, depuis 2019, accueille les primo-arrivant.es de la frontière franco-espagnole. La cour a rappelé que l'hébergement d'urgence est une responsabilité dÉtat et tout le blabla. Le précédent semble donner des idées aux assos briançonnaises en galère de thune. Les ravago-anarco-toto-no-border que nous sommes restent (comme souvent) dubitatives. Nous considérons que, malgré toutes ses limites, un Refuge Solidaire autonome fera toujours moins pire que les mercenaires d'un État fasciste, sans oublier que c'est grâce à l'existence de ce Refuge tâtonnant et cradingue que Briançon, avec ces centaines de bénévoles et activistes qui débarquent tous les ans des quatre coins du monde, est aujourd'hui un creuset de luttes, de rencontres et d'inventions antagonistes.
### 20 février
Avec le soutien du gouvernement, le Sénat adopte une proposition de loi visant à interdire le mariage entre français.es et étrang.ères en situation irrégulière. Il y a peu de chance que le Conseil constitutionnel laisse passer cette aberration, la liberté du mariage étant inscrite dans la Déclaration des Droits de lHomme. Mais les racistes au pouvoir sont joueurs aha! En tout cas avec l'argent et la peau des autres - ça oui.
### 26 février
À l'issue d'un comité interministériel autour de l'immigration, Bayrou annonce la généralisation du recours à la « Force Frontière » dans l'ensemble de l'Hexagone. Il s'agit de la fameuse Border Force, annoncée mais jamais vraiment expérimentée l'été 2023, dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Ce dispositif regroupe la gendarmerie, la police, les douanes, l'armée et tutti quanti. Pourtant, dans notre souvenir, l'été 2023 a été celui d'un sensationnel record d'arrivées. Alors pourquoi pas ! Il suffit, encore une fois, d'oublier les tonnes d'argent publique jetées par la fenêtre.
### 18 mars
Benyamin Nétanyahou décide de bombarder Gaza et de rompre le cessez-le-feu du 15 janvier 2025. L'attaque fait au moins 413 morts selon le ministère de la santé palestinien. Pendant que le génocide suit son cours, en France le collectif Urgence Palestine risque la dissolution. Monde colonial de merde.
### Mi-avril
À Briançon, la crise de financement qui bouscule le monde associatif touche de plein fouet le Refuge Solidaire. L'asso se trouve à devoir licencier la plupart de ses salarié.es. Le milieu militant briançonnais plus compact que jamais se serre les coudes pour éviter une fermeture qui risquerait d'être définitive.
### 25 avril
Aboubakar Cissé est poignardé à mort dans la mosquée Khadidja près d'Ales, dans le Gard. Le meurtrier aurait crié « Ton Allah de merde ». Mais y en a toujours qui refusent d'utiliser le mot islamophobie, genre « nos » ministres (Valls, Berger, Retailleau et tous les autres). Remonde de merde.
### 13 mai
Àprès avoir été reçu Place Beauveau par le ministre Retailleau, le maire de Briançon Arnaud Murgia se félicite sur les réseaux sociaux d'avoir obtenu « une compagnie de CRS en renfort à la frontière ». Décidément, l'État ne regarde pas à la dépense quand il s'agit d'alimenter la propagande de la répression. Et en plus, à la différence de la Border Force, les CRS sont tout de suite bien présents à Montgenèvre, avec leurs sales tronches et leurs manières d'hooligans.
### 15 mai
Ça y est, le rouleau compresseur des Jeux Olympiques dhiver 2030 est lancée. Le contrat hôte a été signé par le Comité International Olympique (CIO) et les régions AURA et PACA, tandis que la loi « dexception » des Jeux Olympiques sera inspectée au Sénat en juin. Elle prévoit dans ses articles 34 et 35 de passer à un niveau supérieur de flicage et de militarisation de notre ville de frontière, avec des nouvelles caméras dopées à l'Intelligence Artificielle et des « interdictions de paraître pour les personnes constituant une menace pour la sécurité publique ».
### 17 mai
À Milan, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment, devait se tenir le premier sommet continental sur la « remigration », le projet de déportation massive de toutes les personnes racisées en dehors des frontières du continent européen. Le but avéré de la réunion était de trouver des moyens concrets pour « mettre en œuvre ce projet dans les systèmes politiques occidentaux » et « diffuser lidée dans le débat public ». Mille antifascistes défilent dans les rues de la ville. L'hôtel qui aurait dû héberger la bande de fachos annule la réservation. L'événement n'aura pas lieu.
### 31 mai
Les autorités britanniques ont détecté 1194 arrivées de migrant.es ayant traversé la Manche pour cette seule journée. C'est un record. Nous aimerions souhaiter bon vent et bon courage à nos ami.es qui traversent une mer de plus en quête d'un avenir meilleur. Pendant ce temps, le premier ministre Keir Starmer promet de réduire significativement l'immigration régulière et irrégulière dans son pays.
### 31 mai bis
Dans le Var, un habitant de nationalité tunisienne est tué par balle par son voisin qui venait de publier sur les réseaux sociaux des vidéos à caractère raciste. Le parquet anti-terroriste est saisi, on parle bien de meurtre raciste. Par contre le mot islamophobie reste imprononçable. Re-re-re-monde de merde.
### Début juin
3 nouveaux Algecos sont apparus au côté de la PAF de Montgenèvre. Si hier, « seulement » 20 personnes pouvaient se retrouver enfermées pendant 24 heures maximum dans un seul Algeco (qui a tout récemment été équipé de toilettes, grandiose !), les chiffres pourront monter jusqu'à une centaine de personnes dorénavant. Des filets toujours plus grands pour la pratique du refoulement, que les flics et leurs tuteurs adorent tant.
### 18-19 juin
« Ne venez pas en France, nous naccepterons rien, cest la tolérance zéro » : c'est par ces mots que Retailleau annonce deux jours de rafles de « clandestins »  partout sur le territoire français. 4000 agents et soldats sont mobilisés. La date du 18 juin était associée jusque-là à l'appel lancé par De Gaulle en 1944 contre le pétainisme et le Nazi-Fascisme. Il le sera maintenant au rétablissement officiel des rafles racsites en France, par les nouveaux fascistes au pouvoir. 
### 2 juillet
L'Assemblée Nationale adopte une nouvelle loi sur les CRA. Elle augmente la durée de rétention de 90 à 210 jours, permet le port du bracelet électronique pendant 6 mois à la sortie du CRA, autorise l'enfermement en CRA des personnes demandeuses d'asile. C'est pas pour se répéter, mais tout va mal, y a pas à chier.

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Title: Un café éthique et woke au Refuge !
Author: ravages
Date: 2025-10-24
Modified: 2025-10-24
Tags:
Slug: cafe-ethique
Numero: 3
Weight: 4
### Du coup une chicorée plutôt
**Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et puis on sest dit que oui, premièrement parce que ça nous faisait plaisir décrire un article sur une initiative du Refuge qui a éveillé notre enthousiasme. Deuxièmement parce que nous espérons que, après le tremblement de terre de ce printemps, ce lieu retrouve et garde son équilibre pour très longtemps au moins jusquà la prochaine crise et que les cafés éthiques reprennent à lautomne prochain.**
Depuis novembre 2024, des Cafés Éthiques ont été mis en place au sein du Refuge Solidaire à Briançon. Ça se passe tous les premiers mercredis du mois et ça consiste en un temps de discussion et réflexion ouvert à tout le monde, où lon aborde toute sorte de questions qui ont à voir avec léthique de laccueil. Vous voyez toutes ces choses dont on se dit toujours : Oh ! il y aurait tellement de choses à dire là-dessus !, et : Ah si seulement on avait le temps pour discuter de cela ! Eh bien ! les associations Refuge Solidaire, Terrasses Solidaires (qui gère le bâtiment du Refuge) et Médecins du Monde, plus toute une multitude dactivistes et bénévoles qui fréquentent ce lieu ont décidé de prendre le temps quil faut, de sasseoir et discuter, en buvant une boisson coloniale ou pas.
Limpulsion a été donnée en partie par la fermeture de fin août 2023, qui a mis en lumière de violentes scissions entre bon nombre dacteurxices de « laccueil » sur le terrain. Au moment de la réouverture deux mois plus tard, Terrasses Solidaires a décidé de demander de laide à lassociation Pépites and Co, un cabinet de consultant.es qui accompagne la transformation des organisations et des acteur.ices associatives, publiques et de lÉconomie Sociale et Solidaire. Le cabinet leur a conseillé de ré-écrire leur projet associatif et de redéfinir leurs statuts. Sest imposé alors la nécessité dune commission éthique. Deux salariées, une de Médecin du Monde et lautre des Terrasses se sont emparées du projet : organiser des temps de discussion pour aboutir à lécriture de la nouvelle charte éthique du Refuge Solidaire. Une ami de Ravages était dans les parages et a été embarquée dans le projet. Et cest à partir de plusieurs conversations avec elle que cet article sest écrit.
Quand notre amie sest vue proposer de participer au projet, elle sest dit que cétait le moment parfait pour réaliser plusieurs objectifs qui semblaient utopiques quelques mois auparavant : créer du lien entre le milieu militant et le Refuge, participer à la politisation de ce lieu, redéfinir ce que signifie laccueil avec de nouveaux concepts très en vogue dans certains milieux woke (les rapports de pouvoir, les systèmes de domination et doppression, le complexe du sauveur blanc, etc.) Le projet a quelque chose denthousiasmant, en effet, pour un lieu comme le Refuge qui pratique une activité généralement exercée par des structures étatiques, soumises à des logiques plutôt imperméables à la critique militante, désignées en plus par des codes et acronymes obscurs et
peu ragoûtants tel que 115, CHRS, CADA, SAMA… Et cest bien en ça que le Refuge diffère ! Ni lÉtat ni aucune de ses succursales ne mettent un poil de radis dans cette structure, ce qui offre énormément plus de libertés sur les pratiques, les manières de faire, de penser et de communiquer.
Sauf que, de manière un peu évidente, la façon dinterpréter l« accueil » au Refuge na jamais fait consensus. Deux visions antinomiques se sont longtemps opposées au sein de lassociation : une favorisant linclusion, dans une volonté détablir/rétablir une certaine équité entre accueillant.e.s et accueilli.e.s, majoritairement portée par les bénévoles, les activistes et une partie des salarié.e.s ; de lautre côté, une vision dun accueil contrôlé et maîtrisé, perçu comme nécessaire à la fonction refuge de montagne, portée par certain.e.s salarié.e.s et ancien.nes membres du CA 1. Cest donc la confrontation entre ces deux visions (et les mille et une nuances intermédiaires autour de laccueil) qui a posé le cadre des Cafés Éthiques.
Qui participe ? Un petit groupe variable de militantexs, salariéexs et bénévoles, gravitant autour du Refuge. Quelle est la proposition ? Un temps déchange informel et convivial chaque mois pour remettre en question les pratiques dune structure, en abordant notamment les situations de racisme et de sexisme, et réfléchir collectivement à des solutions. Lobjectif immédiat ? Atteindre un consensus éthique, cest-à-dire un avis compris par touxtes. Lobjectif ultime ? La co-construction dune charte éthique partagée par toutes les associations des Terrasses Solidaires.
Depuis novembre, ce sont sept cafés qui ont eu lieu. Personne nest « formée » pour animer ce genre de temps. Cest donc avec une approche horizontale que sont abordés ces moments, en considérant quil ne sagit pas dun cours descendant mais bien de temps déchange, auxquels
assistent entre 20 et 30 personnes à chaque fois. Le premier café est venu poser des bases communes : les notions de privilèges, de discriminations, de préjugés, et les définitions des différents systèmes doppressions et de dominations, à travers notamment loutil de la roue des privilèges. Pour le deuxième temps, Médecins du Monde a financé la venue dune salariée du Planning Familial des Hautes-Alpes pour parler des stéréotypes de genre, comme continuum des violences sexistes et sexuelles, lors dun premier atelier de sensibilisation. Un deuxième a suivi sur la posture découte face à la réception de récits de violences sexistes et sexuelles.
On ne va pas énumérer et expliciter ici tous les sujets et débats ayant eu lieu durant ces Cafés. Mais ce que nous pouvons retenir, cest que, grâce à cette initiative, le Refuge Solidaire sest enfin emparé du gros sujet auquel il fait face : cest quoi accueillir quelquunex dans un contexte de frontières ? Quelles sont les discriminations inhérentes à un hébergement durgence/structure daccueil et lesquelles relèvent du racisme ? Est-ce que laccueil de personnes en situation de précarité induit nécessairement des rapports de domination ? Plus généralement, est-ce-que laccueil au Refuge est intrinsèquement raciste ? Car oui, ce qui a pu diviser, et divise encore au Refuge, ce sont les enjeux de racisme. Pendant longtemps, le racisme a été un non-sujet au sein du Refuge. Bien évidemment, des remarques, des messes-basses, des invectives ont toujours su fuser à bon ou mauvais escient dans lenceinte ou en dehors. Mais cest pour la première fois que le sujet est posé sur la table, pour en discuter ensemble. Cest enfin la prise en compte que tout le monde ne débarque pas du même endroit et quil est nécessaire et impérieux de discuter de nos pratiques et de nos postures. Laccueil dun public précaire spécifique aux hébergements durgence, mais en plus racisé, racialisé (dans le sens où notre propre regard blanc produit ce racisme, sous couvert de simples préjugés raciaux) a toujours créé des tensions. Cest en partie un clash générationnel, entre les ancien.nes, qui ont longtemps eu du mal à parler de la race, et les jeunes militant.e.s et bénévoles, qui de leur côté, adoptent volontiers un discours antiraciste et évoquent les potentiels enjeux raciaux qui se jouent dans les lieux daccueil. Mais, au-delà des différentes générations, les visions et les façons de faire accueil sont aussi le reflet de positionnements politiques très polarisées dans le contexte briançonnais, entre no-border dun côté et humanitaires soi-disant apolitiques de lautre, légalistes et non-légalistes, partisan.es de la charité ou de lautogestion. Cest très binaire, et entre les deux se trouve toujours le spectre de la complexité.
Ce spectre, ce sont les bénévoles du Refuge Solidaire, les salariéexs, les maraudeurses, toute une foule hétéroclite où personne na la prétention de cocher toutes les cases dune des polarités. Mais cest en cela que ces temps de discussion se sont imposés, avec la nécessité de confronter différentes visions, et douvrir certaines discussions de fond dans ce contexte durgence.
Ce qui au départ peut sembler abstrait et flou ces fameuses questions déthique devient extrêmement concret dans les locaux du Refuge. On commence par admettre quil existe des biais discriminants dans laccueil et on finit par se rendre compte que certaines attitudes peuvent mettre mal à laise les personnes qui viennent darriver, comme le fait de commencer une conversation par des questions intrusives en lui demandant par où elle est passée, doù elle vient, quest-ce quelle a subi. On en vient à discuter de laccès à certaines pièces du Refuge, notamment la cuisine ou
la réserve de nourriture, dont il faut connaître deux codes pour y avoir accès. Ou encore le vestiaire du bas, lui aussi doté dun verrou, ou la salle du « linge propre » et celle du « linge sale » dans lesquelles se trouvent les machines à laver, mais également les réserves de savon, rasoirs, couvertures et autres. Et le fait que les espaces de vie des bénévoles et ceux des personnes accueillies soient séparés. Et le comptage dans les chambres à 6 heures du matin, qui ne contribue par à améliorer la qualité du sommeil collectif.
Ces questions montrent bien la difficulté de trouver léquilibre entre ce qui relève dune structure daccueil durgence, et toutes les problématiques liées spécifiquement à laccueil dun public racisé qui endure généralement un long voyage dexil. Et cest presque vertigineux de voir jusquoù le questionnement peut sétendre. Par exemple, en réalisant que le contexte daccueil réduit forcément les postures sociales aidant.e/aidé.e, en figeant par là-même lidentité des personnes accueillies à un «instant T» de leur vie, et en les liant inextricablement à leurs conditions de «personnes qui traversent les frontières». On peut aussi interroger le partage des espaces et vérifier sil ne produit pas une une sorte de «ségrégation» des personnes accueillies dans un rôle totalement passif, puisque toutes les ressources matérielles, pourtant destinées aux personnes accueillies, ont un accès restreint, et ne sont accessibles que aux salarié.e.s et aux bénévoles. Est-ce-que cela ne représente pas, symboliquement au moins, des rapports de domination entre personnes avec les bons papiers et celles sans les bons papiers ? Et en même temps, ce côté structurant, «enfermant» même, dun lieu daccueil, ne peut-il pas avoir aussi un effet rassurant pour les personnes qui arrivent ? La possibilité de ne pas réfléchir à ce que lon doit cuisiner, de se laisser bercer par le rythme fixe des repas établi par lorga du lieu, peut aussi faire du bien après un parcours dexil déjà long.
Entre ces différentes positions, des solutions concrètes, un peu bancales parfois, ont pu alors advenir. Si les gens nont pas accès aux cuisines, est-ce quil pourrait y avoir un peu de nourriture mise à disposition, permettant plus dautonomie pour les personnes accueillies ? Le comptage à 6 heures du matin est-il vraiment nécessaire ? Un des derniers cafés éthiques a porté autour des mots, et de leur importance. Comment nommer les personnes qui arrivent, celles qui bénévolent ? Devons-nous parler de migrations, de personnes en exil, en mouvement ? Devons-nous parler
dun contexte durgence, ou plutôt dun besoin dorganisation immédiate ? Comment créer une culture commune sur les mots utilisés, et décortiquer les termes stigmatisants, réducteurs, binaires ?
Ces cafés ont donc été lun des premiers débats collectifs, au sein dun milieu militant et activiste aux trajectoires très plurielles. On ne parlera évidemment pas là dune révolution, mais dune grande avancée sûrement, dans un lieu comme le Refuge qui a débuté dans une dynamique purement humanitaire et charitable. Lexercice de lautocritique ne peut amener quà une amélioration des pratiques.
Pour notre amie, le Refuge est un lieu qui a évolué avec son temps, où certaines manières de faire sont devenues obsolètes, ou sont tolérées beaucoup plus difficilement. A tout cela, elle oppose quand même une grosse limite: comment inclut-on la parole des personnes concernées, cest-à-dire
les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, beaucoup de réponse à trouver, mais les énergies sont là et lenvie aussi. Ou au moins on lespère.

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Title: « C'est qui le blédard ? »
Author: ravages
Date: 2025-10-24
Modified: 2025-10-24
Tags:
Slug: c-est-qui-le-bledard
Numero: 3
Weight: 4
### Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail
_Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande de blanc.hes dans cette revue et nous pensons qu'il faut parler de racisme partout et notamment entre nous, mais que pour ça il faut aussi parfois se taire et écouter._
*Alors on a pensé à interviewer notre jeune ami Junior, qui est arrivé en France il y a deux ans en passant la frontière à Montgenèvre. Il a réussi à se faire reconnaître mineur, ce qui est refusé à 70% des jeunes qui le demandent en France (source Médecins du Monde) et il a été pris en charge par les structures de la protection à l'enfance qui ont décidé de l'envoyer à Nantes. Il s'est vu alors attribuer une place en foyer, l'accompagnement par une association, l'accès à des formations pour des métiers peu qualifiés. Mais même avec ça, tout n'est pas rose !*
_Aujourd'hui Junior nous parle du racisme qu'il rencontre partout depuis qu'il vit en France : au travail, à l'école, dans la rue. En salle de classe, à la cantine, dans la cours de récré. Il nous expose ses réflexions, son cheminement, ses petits et grands combats, ses techniques d'auto-défense. Il a même un conseil à donner aux jeunes qui arrivent en France en passant par Briançon mais ça vaut pour tous les autres aussi._
**Ravages :** Est ce que tu peux te présenter ? Ce que tas envie de dire sur toi , qui tu es…
**Junior :**Je me nomme Yao Kouassi Junior. Je suis arrivé en France en 2023. Je suis rentré de lItalie en France en 2023 par Briançon. Jai été accueilli par des amis. Jai fait plus de 3 mois avec eux, ils étaient sympas avec moi. Jattendais mes documents administratifs qui devaient arriver de la Côte dIvoire. Après cette attente mes papiers sont arrivés et je suis parti sur Nice pour aller faire ma demande de minorité. Ma demande a été accepté et jai été transféré à Nantes par le juge. Mais quand je suis arrivé à Nantes cétait pas facile.
**R. :** Pourquoi c'était pas facile?
**J. :** Parce que je venais darriver, je connaissais pas la ville, cétait pas facile. Jai rencontré des racistes dans ma vie quotidienne. A lécole comme en ville. Les gens me jugeaient pour ma couleur et pour mon accent. Ils me disaient « le blédard », ils se moquaient de moi, quand ils me voyaient ils se mettaient ensemble à rigoler. A lécole, dans la ville, dans les transports en commun, les personnes âgées comme les jeunes. Y'a des gens qui veulent pas m'approcher parce que je suis noir. Souvent cest triste, mais on essaie de faire avec.
Mais jétais étonné de croiser des gens qui nous détestait autant sans nous connaître. Moi on m'avait dit que les gens sont racistes à Nice [où Junior a passé son entretien pour la reconnaissance de minorité]. Mais comme Nantes c'est une grande ville, je me suis dit que les gens sont intelligents, que y'a beaucoup de blacks, donc je ne vois pas pourquoi je serais jugé pour ma peau. Mais c'était une erreur. Quand je suis arrivé au centre de formation, cétait pas la même chose. Tes le seul black et tous les regards sont sur toi. Ils te le disent pas en face. Ils se mettent ensemble, ils commencent à te critiquer, et quand tu tapproches deux ça sarrête. Ils parlent plus mais une fois que tu tournes le dos ça reprend. Cest frustrant.
Après moi jai expliqué à mon association [lassociation prestataire de l'Aide Sociale à l'Enfance du département où il habite] les moqueries et tout ça et je leur ai dit que jarrivais pas à bien travailler à lécole. Parce que à chaque fois quon nous pose des questions, jai peur de prendre la parole. Et lassociation ma dit que cétait comme ça, que jallais croiser les bonnes personnes et les mauvaises personnes et il fallait que je mhabitue.
A l'école, quand je suis arrivé, j'étais en retard , y'avait des choses que je devais rattraper. Avec le professeur ça allait, mais c'est toujours les élèves. Mais c'est pas des élèves dans la même classe, ce sont des élèves qui sont dans la cour, par exemple à 10h, quand on sort juste pour un quart d'heure, c'est là que tout commence. On va manger à la cantine, y'a trop de regard, donc ça fait que moi je vais plus manger à la cantine. J'ai passé plus de 6 mois sans manger là-bas. J'ai mangé là-bas deux fois et on me facturait quand même. Je disais que c'était les plats qui m'allaient pas, mais c'était le comportement des élèves qui faisait que j'y allais pas. Les dirigeants ils n'ont pas de problèmes avec moi, c'est toujours les élèves.
**R. :** T'as déjà répondu à une attaque raciste à l'école?
**J. :** Oui j'ai déjà répondu. A l'école j'ai injurié une fille, parce que elle avait dit que j'avais une tête de violeur. Alors moi je lui ai dit carrément que j'allais violer sa maman puis elle-même. Elle s'est mise à pleurer. Moi je n'ai pas voulu dire ça, mais c'était pour lui faire peur. Après tout ça, jai cherché une alternance pour quitter cette école. Maintenant je fais une formation dans laide aux personnes âgées.
**R. :** Et là, avec les personnes âgées, ya eu des problèmes de racisme?
**J. :** Oui. Une fois je suis allée chez un monsieur. La première fois jy suis allé avec un collègue qui est blanc, un français. Quand je suis arrivé là-bas, le monsieur a dit « Mais cest qui lui là ? ». Mon collègue a dit « Cest Junior, cest un jeune en stage ». Et là le regard du monsieur a changé, jai su quil était pas content. Un jour je suis revenu seul, le monsieur il ma fatigué. Il me disait «  Prend ça » « Apporte-moi ça ». A la fin jétais épuisé et je lui ai dit « Je peux pas faire tout, je suis pas un robot monsieur. Je viens pour prendre soin de vous, c'est pas pour vous faire du mal ». Donc rapidement j'ai appelé mon entreprise et j'ai dit « Je vais plus aller chez lui ». La patronne m'a demandé pourquoi. Je lui ai expliqué, j'ai dit que quand je suis arrivé, directement le monsieur m'a dit d'aller laver mes mains, comme si mes mains étaient sales, alors que quand j'étais là-bas la première fois avec le blanc, il ne lui a jamais dit de laver les mains. La patronne a compris et je suis plus allé là-bas. A part lui ça va, les autres je m'entend bien. Y'a même d'autres personnes qui me donnent des cadeaux.
**R. :** Et toi, avec toute cette expérience, si tu devais dire ce que c'était le racisme tu dirais que c'est quoi?
**J. :** Le racisme moi je dis que c'est les gens qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, parce qu'on peut pas juger quelqu'un quand on le connaît pas. On peut pas juger une personne parce qu'elle n'a pas le même accent que toi. Donc c'est les personnes qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, qui ne sont jamais sorties de leur ville ou leur pays, ce sont des racistes.
**R. :** Et est-ce que tu penses que y'en aura toujours du racisme ?
**J. :** Si si y'en aura toujours. Parce que y'a toujours des gens qui sont bêtes. Par exemple cette dame que j'ai eu à l'école. Quand elle parlait, ça se voyait qu'elle était raciste. Une fois je suis venu en retard. Tout de suite j'ai vu que sa réaction, quand les autres viennent en retard, c'est pas la même réaction que quand moi je viens en retard. Je lui ai dit « Madame si vous pensez que si on est pas de la même couleur que vous, vous ne pouvez pas nous former, dites-moi et je viendrais plus ici ». Elle m'a dit « Non Junior c'est pas ça, moi je fais tout pour être là et puis toi, tu es en retard ». Je lui ai dis « Madame moi c'est la première fois que je suis en retard , y'en a qui arrivent toujours en retard et vous rigolez, tout le monde rigole ici mais pourquoi quand c'est mon tour vous changez de visage ? ».
**R. :** Elle t'a dit quoi?
**J. :** Elle a rien dit, elle a dit qu'il faut pas que je le prenne mal. Elle a vu que j'étais fâché, parce que moi je rigole pas. Quand tu es raciste je te montre que tu es bête. Après elle m'a appelé quand le cours était fini, elle m'a dit « Non Junior, faut pas le prendre comme ça. Je t'aime bien, je vois que tu es intégré, c'est bien ». Je lui ai dit « Non mais madame, je suis toujours à l'heure, ce jour-là c'était à cause des transports, donc faudrait que vous me compreniez ». Après ça, ça va mieux. Mais comme elle est devenue formatrice elle est obligée de dire qu'elle est pas raciste, mais on sent qu'elle l'est.
**R. :** Toi tu trouves que ça se sent chez les gens?
**J. :** Oui. Y'a des gens ça se sent, mais y'a des gens tu sens que c'est l'amour vrai. Parce que moi si quelqu'un me dit « Tous les français sont racistes », je vais dire que c'est faux parce que avec vous j'ai appris que tout le monde n'est pas raciste. Mais par contre il y en a. Et il y en a trop trop trop trop.
**R. :** Et comment tu penses qu'on pourra arrêter d'être raciste ?
**J. :** D'abord on doit pas les écouter, on doit répondre avec des actes concrets. On doit leur prouver que nous on vaut mieux que eux. Par exemple aujourd'hui si tu vas dans les hôpitaux et dans les restos, il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent. Donc on doit leur montrer qu'on est pas venu en France pour faire autre chose que travailler et s'intégrer et faire comme tout le monde. C'est à nous de le prouver. Parce que quand on fait le racisme sur toi, on te dit que tu peux pas y arriver, parce qu'on te dit ça, que toi t'es noir, que tu peux pas le faire et on se moque de toi, donc tu dois montrer que malgré ta couleur tu peux faire comme les autres. C'est comme quand tu as des enfants, qui te comprennent pas, tu dois faire un effort pour les éduquer, que tes enfants puissent comprendre. C'est à nous de les éduquer.
**R. :** Toi tu penses que tu vas toujours subir du racisme dans ta vie, en France ?
**J. :** Oui. Mais je sais que je veux m'intégrer, peu importe ce que les gens vont dire. Moi je m'en fous en fait. Mes réactions face aux personnes ce ne sont plus les mêmes. En 2023 je répondait du tac au tac, mais maintenant je réfléchis une fois deux fois trois fois avant de répondre. Je veux plus répondre. Plus tu réponds, plus ça devient grave. Mais si tu vis ta vie comme si tu n'entendais pas, tu vis mieux. C'est ça que je voudrais dire aux noirs qui subissent du racisme, de ne pas écouter, de faire comme s'ils les voyaient pas, de se concentrer sur leurs objectifs. A quelqu'un qui te critique, tu lui répond pas, parce que quand tu réponds, ça lui donne de la force. Si tu réponds à chaque fois tu seras fatigué.
Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France, que Briançon c'est juste une petite ville où les gens sont tellement sympas, mais quand ils vont arriver en ville, il faut qu'ils se préparent mentalement, parce qu'ils vont subir des choses, ils vont trouver les bonnes personnes comme les mauvaises. J'ai un mot à leur dire, c'est de ne pas juger trop vite parce que c'est en jugeant que tu deviens raciste.

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Title: Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?
Author: ravages
Date: 2025-10-24
Modified: 2025-10-24
Tags:
Slug: chronique-juridique-montgenevre
Numero: 3
Weight: 5
### Chronique juridique d'une année mouvementée
**Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a donné comme résultat une victoire incroyable - mais qui naura duré que sept mois seulement. Il aura suffi au ministre de l'intérieur de service (nous n'avons même pas envie de le nommer ici) d'adresser une circulaire aux chefs de la police, pour rétablir à l'identique le mode opératoire précédent et effacer d'un coup d'éponge tous ces efforts et tous ces espoirs.**
**De quoi s'interroger, encore une fois, sur la notion de droit et sur le pouvoir d'incidence de nos combats.**
8 février 2024 : huit personnes soudanaises sont libérées du poste-frontière de Montgenèvre, situé à la frontière avec lItalie, proche de Briançon (Hautes-Alpes). En mains, elles détiennent un procès-verbal de fin de retenue administrative reçu par la police aux frontières (PAF). Elles sont autorisées à se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile en préfecture.
Ce soudain changement de pratiques est directement lié à lordonnance du Conseil dÉtat produite six jours plus tôt : le 2 février 2024, par un arrêt inédit dit « arrêt ADDE e.a», le juge administratif suprême a clarifié le régime applicable aux étranger.s extra-européen.es interpellé·es aux frontières intérieures. Ce faisant, le Conseil dÉtat a recadré les pratiques de ladministration ayant cours depuis le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures en 2015, consistant à délivrer des “refus dentrée” aux personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne.
Cet arrêt du Conseil dÉtat est le fruit dun long processus contentieux porté par plusieurs associations nationales et locales, que nous détaillerons brièvement.
En novembre 2015, la France a utilisé une disposition dérogatoire au code Frontière Schengen en vue de sécuriser la tenue de la COP21 à Paris, puis en raison de létat durgence proclamé après les attentats en novembre : le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, avec une série de points de passages autorisés (PPA), qui sont les seuls lieux où les contrôles didentité et des conditions dentrée sur le territoire peuvent être mis en œuvre par les autorités 7/7 et 24/24. Ce rétablissement a été prolongé tous les six mois par notification à la Commission européenne. La frontière franco-italienne comporte 31 PPA au total dont dix dans les Alpes-Maritimes, quatre en Savoie, un dans les Alpes de Haute-Provence, et trois dans les Hautes-Alpes.
En cas dun rétablissement des contrôles à leurs frontières intérieures, lancien Code Frontière Schengen précisait que les États pouvaient appliquer les « dispositions pertinentes » du régime en vigueur aux frontières extérieures. Les autorités françaises ont appliqué cette disposition en optant pour la notification de refus dentrée aux personnes interpellées aux PPA. Habituellement appliquée aux frontières extérieures de lUnion européenne, par exemple en zone dattente dans les aéroports internationaux, la procédure de refus dentrée sinscrit dans le régime de la non-admission, conçue pour empêcher les personnes non autorisées daccéder au territoire national et les refouler vers lÉtat dont elles proviennent. La procédure de refus dentrée a ainsi remplacé les procédures de réadmissions simplifiées prévues par laccord de Chambéry dès 2015 dans les Alpes-Maritimes, avant de sétendre à lensemble de la frontière franco-italienne (Anafé, 2022).
Les personnes à qui étaient délivrées un refus dentrée aux PPA nétaient pas considérées être entrées sur le territoire. Or, dans la zone frontière du Briançonnais, les contrôles se sont largement étendus, à partir de 2016, au-delà des PPA du col de Montgenèvre et du col de l'Échelle, jusquà la Vallée de la Clarée, au-dessus de la station de Montgenèvre, et également dans la vallée de Cervières.
Afin dencadrer cette pratique, la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 (dite "pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie") a légalisé dans le droit français la possibilité de délivrer des refus dentrée aux PPA dune part, mais également dans une bande de 10 kilomètres en deçà de la frontière (article L. 213-3-1 du CESEDA - ancienne version de lactuel article L. 332-3).
Le choix, par les autorités françaises, davoir recours au régime de la (non)admission à la frontière franco-italienne peut sexpliquer par la facilité de sa mise en œuvre: bien moins contraignante, la procédure des refus dentrée permet à la France de se dispenser de mettre en place une mesure déloignement une OQTF ou une réadmission simplifiée, nécessitant laccord de lItalie et donc les exigences de la directive « Retour », en matière de respect des droits et procédures. Les conséquences sont ainsi considérables pour les droits des personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne, notamment en matière de recours administratif, de rétention, de laccès au soutien des associations, et du droit dasile.
Les associations ont interpellé à plusieurs reprises le gouvernement sur lillégalité de la non-application de la directive “Retour” aux frontières intérieures, sans effet.
Pourtant, la Cour de justice de lUnion européenne (CJUE) avait pris position dans une décision du 19 mars 2019  - larrêt « Arib » - concernant une annulation dun placement en rétention dun ressortissant marocain suite à son interpellation à la frontière franco-espagnole. Elle avait jugé quun État membre de lUE qui a rétabli des contrôles à ses frontières intérieures doit appliquer la directive « Retour » à une personne interpellée en situation irrégulière « à proximité immédiate » dune de ces frontières, considérant que cette personne se trouve déjà sur le territoire national. En conséquence, le Conseil dÉtat avait jugé, le 27 novembre 2020, que les dispositions de la directive « Retour » sont effectivement applicables lorsquune personne est contrôlée dans la zone des 10 kilomètres après la frontière. Par cette décision, le Conseil dÉtat a ainsi annulé larticle L. 213-3-1 du CESEDA (ancienne version de lactuel article L. 332-3) qui permettait de notifier des refus dentrée aux frontières intérieures terrestres.
Cette décision na provoqué aucune modification des pratiques de lÉtat : le ministère de lIntérieur a soutenu que des refus dentrée pouvaient encore être opposés aux personnes contrôlées sur les PPA des frontières terrestres, et ce au prétexte que larrêt « Arib » navait « pas pris formellement position sur le droit applicable » dans ce cas. En effet, larrêt « Arib » concernait « une personne interpellée à proximité immédiate » et non à la frontière (ADDE et a., 2023).
Par une requête en date du 1er mars 2021, des associations ont pointé lillégalité de larticle L. 332-3 du CESEDA au regard du droit européen, qui étendait lapplication du régime des refus dentrée aux contrôles effectués aux frontières intérieures de lespace Schengen, et demandait son annulation. Elles demandaient par ailleurs au Conseil dÉtat de se tourner vers la CJUE pour éclaircir ce point sous la forme dune question préjudicielle, ce quil a fait le 24 février 2022. Les associations requérantes ont déposé des observations à lintention de la Cour, fournissant entre autres un grand nombre de refus dentrée comportant des secteurs dinterpellations éloignés de la « ligne » frontalière.
Dans une décision inédite, la CJUE a jugé, dans un arrêt du 21 septembre 2023, que lorsquun État membre réintroduit des contrôles à ses frontières intérieures il ne peut notifier une décision de refus dentrée à une personne qui se présente à un PPA, confirmant comme larrêt « Arib », quune personne ressortissante dun pays tiers interpellé à un PPA situé sur le territoire dun État membre et ne remplissant pas les conditions pour y séjourner est en séjour irrégulier au sens de la directive « Retour ». Larrêt du 2 février 2024 du Conseil dÉtat est la transposition en droit français de la jurisprudence de la CJUE : en cas de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, des refus dentrée peuvent être prononcés, mais doivent être accompagnés dune mesure déloignement ou dune procédure de remise aux autorités du pays limitrophes dans le cadre dune convention bilatérale (à la frontière franco-italienne, les accord de Chambéry). Enfin, le Conseil dÉtat précise le cadre applicable à la privation de liberté dans lattente de lexécution dune décision de réadmission. Celle-ci peut se traduire par une « mesure de vérification de droit au séjour », procédure durant laquelle la personne interpellée a le droit de bénéficier dun·e interprète, dêtre assistée dun avocat, dêtre examinée par un·e médecien·ne, de prévenir une personne de son choix, sa famille, et/ou les autorités consulaires de son pays. Le placement en rétention (articles L740-1 à L744-17 du CESEDA) est également possible, si la personne ne présente pas de garanties de représentation effective. Enfin, larrêt souligne que si la personne interpellée souhaite former une demande dasile lors de son interpellation ou au cours de son placement en retenue pour vérification de droit au séjour, ce sont les dispositions du CESEDA qui sappliquent (livre V).
Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se sont fait ressentir dans la zone-frontière du Briançonnais. Alors que cela ne sétait produit que très rarement, des personnes interpellées à Montgenèvre, sont sorties libres du poste de la PAF, en possession dun procès-verbal de fin de vérification de droit au séjour, mentionnant quelles devaient se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile. Dans le même temps, quelques personnes étaient renvoyées en Italie, sous la procédure de réadmission simplifiée Schengen. Durant les semaines puis les mois suivants, les observateur·ices des droits à la frontière ont été surpris.es et destabilisé.s tant le droit dasile tendait à être respecté à la PAF de Montgenèvre : la quasi-totalité des personnes interpellées, ou se présentant directement au poste, étaient placées en retenue administrative en cellule au sein du bâtiment de la PAF ou a minima en vérification didentité. Bénéficiant dun entretien individuel avec un·e agent·e de la PAF, dun·e interprète, les personnes pouvaient alors formuler une demande dasile, et ressortaient généralement au bout de quatre à cinq heures de retenue. Les Algecos ont cessé dêtre utilisés. Les personnes nentrant pas dans la catégorie demandeur·euses dasile étaient alors réadmises en Italie si leurs empreintes navaient pas été enregistrées précédemment par la PAF. Dans de rares cas, par exemple en cas de second passage, certaines personnes ont reçu des OQTF.
Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.
La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.
Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.

20
content/03/edito_03.md Normal file
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Title: Edito
Author: ravages
Date: 12/04/2023
Weight: 0
Slug: edito_03
Numero: 3
#### Ravages n°03, été 2025
Persistons donc.
Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.
Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.
Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.
Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.

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Title: Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !
Author: ravages
Date: 12/04/2023
Weight: 8
Slug: fuoco-ai-cra
Numero: 3
### Témoignages de lutte des collectifs anti-CRA/CPR de Lyon, Marseille et Turin.
*Pour ce numéro de Ravages nous avons laissé la parole aux collectifs qui luttent contre les CRA des trois plus grandes villes autour de nous : Marseille, Lyon et Turin. Nous n'avons pas demandé à nos ami.es d'écrire des textes exhaustifs sur l'histoire et l'actualité des CRA, ni sur le quotidien de leurs luttes. Nous n'avons rien demandé de précis, en fait : nous avons juste proposé de leur faire un peu de place dans notre petite revue pour qu'iels expriment ce qui leur tenait à cœur d'exprimer. Le résultat est un mélange bouillonnant de styles et de voix différentes, où se mêlent témoignages de détenus et d'activistes, informations actuelles et moins actuelles, quelques éléments d'analyse politique et plein d'autres choses assez surprenantes parfois. Tout ce que nous aimons plus que tout par ici.*

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Title: Lyon. Les CRA: pire que tout
Author: ravages
Date: 12/04/2023
Weight: 9
Slug: lyon-cra-pire-que-tout
Numero: 3
**« Ya pas 3 solutions, ya 2 solutions, soit on sort, soit on meurt. La France, cest un pays, ya pas de droit. Le pays des Droits de lHomme ? Quels Droits de lHomme ? Ils sont où les Droits de lHomme ? Ya des gens ici qui nont rien fait. Ya des gens qui refusent le test et qui vont en prison et qui reviennent, cest des allers-retours. On sen fout si on mange pas une semaine, 2 semaines. Cest même pas la rage, cest même pas la colère, cest la hagra [^1]. Cest pas quand je vais être mort que je vais être en colère, cest maintenant ! Je veux que quelquun vienne voir ce qui se passe ici, on devient fou »**
_Ces paroles d'une personne en grève de la faim au Centre de rétention administrative (CRA) de Lyon en 2021, ont été recueillies par le collectif Anti-Cra qui existe depuis janvier 2019._
_Ce collectif se donne justement comme buts principaux de soutenir les détenu·es et être un relais/mégaphone pour leurs revendications, notamment via la diffusion de témoignages et des nouvelles de l'intérieur[^2]. Il s'est formé pour remédier à l'absence voire à l'omission de la question des CRA dans les débats sociétaux et jusque dans les actions et réflexions des mouvements de gauche. L'objectif de ces publications est d'intervenir dans le discours médiatique mais aussi dans les milieux militants en portant une position abolitionniste, anti-raciste et anti-carcérale. Le collectif nous expose ici quelques éléments contextuels concernant les Centres de Rétention Administrative et le contrôle des personnes sans-papiérisées à Lyon, dans le but d'illustrer la manière dont les frontières se prolongent, répètent et reproduisent à lintérieur du territoire français. La plupart des choses évoquées ne sont pas spécifiques à Lyon, mais sont représentatives d'une structure répressive plus globale, qui se décline depuis des décennies et se durcit toujours plus._
### C'est quoi un CRA ?
Les centres de rétention sont des prisons sur le territoire, souvent à proximité de port ou d'aéroport, où la police surveille des personnes jusqu'à leur libération ou leur expulsion (90 jours max). On appelle cette rétention "administrative" car c'est une décision (le plus souvent une OQTF assortie d'une IRTF) prise par la Préfecture qui va déterminer son placement ou non (pas comme au pénal où  il faut avoir commis un délit ou un crime et avoir été jugé pour cela). 
LÉtat Nation obsédé par le contrôle de ses frontières et l'expulsion des personnes illégalisées n'a cessée d'étendre les possibilités de refoulement. Le CRA en est un exemple parfait : lÉtat invente une frontière au cœur de son territoire. A l'instar des Zones d'attente, la frontière n'est plus un tracée sur une carte mais une fiction juridique exportable partout. Reste plus qu'à faire des murs, des cours grillagés et des déplacements sous contrôles policiers et, pour les puissances occidentales, rien de plus facile ! Le premier né en France est le Hangar de Arenc [^3], installé clandestinement dans les années 1960 dans le port de Marseille. Il a servi à séquestrer les immigré·es algérien·nes non désirées avant de les déporter. On en dénombre aujourd'hui 20 en métropole et 4 en Outre-Mer.
Les CRA, aujourd'hui encadrés par la loi (CESEDA) [^4], n'ont pourtant rien perdu de la logique raciste, sécuritaire et coloniale : les étrangèr.es en France sont contrôlées, enfermées et expulsées dès que leur situation administrative est contestée (et tout est fait pour qu'elle soit très difficile à stabiliser). Derrière l'objectif affiché de maintenir les personnes enfermées le temps d'organiser leur expulsion, les CRA sont des lieux où la violence physique et psychologique s'exerce au quotidien par des organes de lÉtat (administration, police, tribunaux).
### Zoom sur Lyon
Dans la région Auvergne-Rhônes-Alpes, il existe deux CRA, juste à côté de laéroport de Lyon-Saint-Exupéry. 
Le premier a été construit en 1995 et a été agrandi deux fois : en 2019 et en 2020, avec l'ajout de préfabriqués pour une capacité de 140 places. Le deuxième, bâti en 2022, en compte le même nombre. Appelé « le CRA du futur », il s'inscrit dans le « Plan CRA » initié en 2017 par le ministère de l'Intérieur. Il doit servir de modèle pour les prochaines constructions : ultra-sécurisation, surveillance constante par caméra pour éviter au maximum le contact avec les détenus, espaces cloisonnés, menottage systématique pour les déplacements, mise à l'isolement fréquente. 
Le Plan CRA prévoit une augmentation importante de la capacité de ces lieux de rétention, couplée à une criminalisation inouïe des personnes sans-papiériées. La loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur de 2023 (avec un amendement de Ciotti) prévoit d'atteindre les 3 000 places en rétention d'ici 2027 (en 2023 il y en avait environ 1900). Entre 2017 et 2023, 400 nouvelles places ont été crées, par la création de nouveaux CRA (Oissel, Béziers, Nantes, Aix-en-Provence, Nice, Mérignac, Mayotte) et par l'agrandissement d'autres (Strasbourg, Nîmes, Metz, Hendaye, Mesnil-Amelot). L'augmentation des places en CRA va de paire avec un arsenal juridique toujours plus répressif facilitant les placements. 
S'il existe un « continuum de l'enfermement » pour les personnes sans-papiérisées, depuis leur arrivée sur le territoire français et jusqu'à leur expulsion [^3], les CRA sont les lieux où ce continuum se matérialise, s'incarne et se ressent de la manière la plus concrète.
L'emplacement des CRA, d'abord, s'inscrit dans la mise à l'écart institutionnelle des personnes étrangères. A Lyon, les deux CRA se trouvent à plus de 30min en voiture et 1h de transport en commun du centre-ville. La distance et la complexité d'accès renforcent l'hermétisation de ces lieux. A cela s'ajoute la difficulté liée à contacter les personnes à l'intérieur. Aux deux CRA de Lyon, quand les cabines téléphoniques ne sont pas HS, il arrive que ce soit les flics qui répondent aux appels, comme si de rien n'était.
Il y a une dissimulation de tout ce qui se passe à l'intérieur : pas le droit à un téléphone avec caméra, grande difficulté pour les médias d'y entrer, silenciation des mouvements de contestation et de résistance, des grèves de la faim, mais aussi des suicides et des décès, qui, comme dans les autres prisons, ne sont pas autre chose que des assassinats dÉtat.
### Pire qu'en détention, et de pire en pire...
Depuis le début des activités du collectif, les témoignages recueillis se rejoignent invariablement sur les mêmes points : les conditions de rétention insupportables, "pires qu'en prison", le sentiment d'incompréhension, de choc et de dégoût, les violences physiques et psychologiques de la part des flics qui traitent les détenus "comme des animaux", la solitude, l'isolement, l'ennui.
On nous parle aussi des conditions d'arrestation très variées : dans des lieux très fréquentés comme les gares ou certaines grosses stations de métro ; lors de contrôles partout dans la ville ; à la préfecture, quand les personnes sous assignation à résidence s'y présentent pour signer ; ou encore en sortie de prison [^4], preuve de la stigmatisation et de la double peine à laquelle les personnes sans-papiérisées sont systématiquement soumises.
Dernièrement, on a pu assister à des arrestations à la sortie de lhôpital : aucun lieu ne semble ainsi pouvoir épargner les personnes illégalisées : la possibilité de se faire arrêter les suit partout où elles se déplacent.
Avec les derniers durcissements de la criminalisation des personnes sans-papiérisées et la volonté affichée d'augmenter le nombre d'arrestations et de rendre plus efficaces et systématiques les OQTF, on remarque aussi de plus en plus de séjours en CRA qui senchaînent ou même qui s'alternent avec des séjours en prison. Après 4 jours (ou 48h selon certaines situations) de la sortie du CRA, une personne peut à nouveau être retenue et refaire 3 mois. Une personne nous a raconté être à son troisième séjour en CRA en une seule année ! 
La durée moyenne d'un enfermement en CRA a sensiblement augmenté ces dernières années, passant de 12.8 jours en 2017 à 28.5 en 2023. Pour minimiser encore plus les chances de libération par le juge de la liberté et de la détention (JLD, qui vérifie les conditions de la retenue à 48h puis au 28ème jour), la circulaire Retailleau de janvier 2025 demande aux préfets de faire systématiquement appel contre toutes les décisions de libération.
Parmi les personnes enfermées dans les CRA en métropole, environ 35% sont déportées pendant leur rétention. Ce pourcentage monte à 84% en outre-mer (principalement à Mayotte où se trouve 60% des personnes enfermées en CRA en France)[^7]. Pour diverses raisons, beaucoup de détenu.es ne sont pas ou difficilement expulsables, par exemple, si un consulat ne reconnaît pas une personne qui ne possède pas de passeport. 
Elles sont donc enfermées en vue d'une expulsion qui n'arrivera pas. L'enfermement se révèle ainsi comme pure punition pour le fait de ne pas avoir les bons papiers.
L'utilisation de la "menace ou trouble à l'ordre public" est devenue quasi systématique pour justifier l'enfermement (contre la possibilité d'une assignation à résidence ou d'un délai de départ volontaire) . 
L'occupation policière des quartiers populaires et la répression contre les illégalismes vers lesquels de nombreuses personnes sans-papiérisées se tournent face à la pauvreté, engendrent ainsi une double peine et un double enfermement : on condamne au pénal et on expulse ensuite. C'était particulièrement visible lors des opérations "Place nette" menées par Darmanin, qui ciblaient la figure de l"étranger-délinquant".
A Lyon ça se matérialise par une occupation policière du quartier de la Guillotière et par un harcèlement des personnes qui « zonent » place Mazagran ou place Dupont. Idem pour les arrêts de transport très fréquentés comme Part Dieu, Charpennes, Saxe Gambetta, Perrache, Gabriel Péri, ce qui impacte en plus le quotidien et le déplacement des personnes ciblées. Des copaines nous ont raconté leurs stratégies d'évitement des zones de contrôle et du calcul permanent de leur trajet au quotidien.
### Toute sorte d'abus, témoignages 
Un ami enfermé en CRA raconte le silence (et l'inhumanité) du personnel auquel il se heurte quand il demande de l'aide et des renseignements :
 "Jai écrit une plainte, ils lont prise et nont rien fait de plus. Je ne vois personne, ne rencontre personne, personne ne me parle. Il y en a un qui est venu me voir. Je lui demande: tu peux écrire ça au directeur? Il dit non. Tu peux écrire aux droits humains? Non."
Un autre exemple de privation des droits fondamentaux à lœuvre dans les CRA : à l'intérieur, il est impossible pour les personnes d'avoir accès à des soins corrects. Voici un témoignage enregistré en avril 2024 au CRA St-Exupéry :
« Ça se passe comment quand tu demandes de voir des infirmières ?
\- Des fois, avec de la chance, la première fois, tu demandes, ça peut être dans un jour. Mais cest un coup, ils tappellent pas. Jai fait la demande il y a 3 jours, mais jai pas vu linfirmière.
\- Sans explications ? Ils te disent pas quand tu pourras la voir ?
\- Jai demandé à voir un médecin, je suis resté une semaine avec les douleurs. Cest des trucs de ouf en fait.
\- Et comment ça se passe quand tu vois une infirmière? Comment ils traitent?
\- Bah en fait ils rigolent, ils parlent gentiment devant toi mais même eux ils sont contre nous. On sait pas ce quil se passe. Ils te donnent un truc, même si tes pas content et que tu retournes la voir pour lui dire « ouais ça sert à rien ça, faut changer, faut faire un truc », ils sen foutent. Dans la zone, ici, cest la dèche. On va dire que cest la jungle ici. Les toilettes elles ont pas de porte, tu mets un drap. Les chauffages y en a qui marchent pas. Y a un téléphone dans la zone, il est fait pour contacter des avocats, Forum et… pour faire pleins de trucs. Pareil, il marche pas. Le téléphone.. bah.. comment je vous explique… y a un téléphone accroché au milieu de la zone, cest pour tout le monde. Il marche pas. Ils ont pas le droit de laisser les téléphones comme ça. Des fois ils font le nettoyage, ils viennent, ils font le nettoyage et ils laissent même pas des sacs-poubelle pour mettre à lextérieur. Y a pas de sac-poubelle des fois. Cest rare quils mettent des sacs-poubelle. Du coup tu sors tu marches dans le couloir et tu trouves des sacs-poubelle à côté des chambres. Ici, cest invivable en fait ».
À lautomne 2020, un prisonnier tabassé par les flics racontait comment le médecin avait minimisé ses blessures pour couvrir ses agresseurs :
« Pour moi, cest pas un médecin. Cest pas un médecin. Il ma dit Ouais, je vois, tas une cicatrice sur ton front, tas des bleus sur la tête. Mais il y avait le policier à côté de lui. Mais franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Je lui ai dit, Toi tes pas un médecin en fait, tu viens me voir au mitard, tu me dis montre tes bras, montre tes jambes, mais déjà, quand tu viens me voir, devrait pas y avoir la police à côté de toi là, et, la vérité, je lui ai dit, tes pas un médecin toi, tes un policier, tes plus quun policier. Cest plus quun policier lui, je sais, je suis parti à linfirmerie le lendemain, je suis allé voir linfirmière pour porter plainte, tout ça, ils mont donné 0 jours dITT. Jai montré à linfirmière, Regarde, hier jétais pas bleu comme ça, jétais pas gonflé comme ça. Elle ma dit, Ouais, cest vrai, je vais parler avec le médecin. Ils mont pas appelé ».
**Une seul solution: A BAT LES CRA !**
En 2024 l'Ordre des avocat.es de Lyon demande la fermeture du CRA 2 pour conditions de rétention indignes et "atteintes aux droits fondamentaux des retenus ". La demande est rejetée par le Tribunal Administratif de Lyon [^8].
En réalité, tout ce qui est dénoncé par le barreau de Lyon n'est que le reflet du système carcéral dans son entièreté : si l'on souhaite vraiment une vie digne pour toustes, il ne s'agit pas d'améliorer les conditions à l'intérieur de ce système, mais de l'abolir totalement.
L'enfermement ne représente qu'une facette de cette machine à fabriquer l'illégalisme, l'exclusion et l'inégalité entre les êtres, à travers un contrôle systématique des personnes considérées indésirables et une déclinaison de la frontière à tous les niveaux de la société et des rapports humains.
[^1]: En Arabe, quelque chose comme misère, mais pas au sens de pauvreté, plutôt de maltraitance. Faire la misère à quelqu'un signifie qu'on lui fait passer un sale moment. C'est ça la hagra.
[^2]: sur le blog www.crametoncralyon.noblogs.org et sur les réseaux
[^3]: Voir témoignage anti-Cra de Marseille
[^4]: Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
[^5]: Julia Gélot, Quand la frontière devient une prison. Lenfermement des migrants aux portes de lEurope, Éditions du Croquant, 2023
[^6]: Robin Bouctot, De la prison au CRA, CQFD n. 241, mai 2025.
[^7]:Cimade, Rapport 2023 sur les centres et locaux de rétention administrative
[^8]: Pierre Lemerle, Conditions de retentions « indignes » à Lyon, la justice rejette la demande de fermeture du « CRA du futur », Médiapart 24 octobre 2024

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Title: Marseille. Un hangar sur le port
Author: ravages
Date: 12/04/2023
Slug: marseille-hangar-port
Numero: 3
Weight: 10
### Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA
Le texte qui suit a été élaboré à partir d'une émission de radio réalisée le 20 avril 2025 à la Courte Échelle, émission anti-carcérale sur Radio Galère. Le collectif Marseille Anti-CRA y discute avec Mustapha, passé par la prison clandestine d'Arenc dans les années 70, à l'occasion des 50 ans de la découverte de celle-ci et de l'affaire qui s'en est suivie.
En tant que collectif anti-CRA  de Marseille, on voulait aujourd'hui vous raconter cette histoire trop peu connue, voire invisibilisée, alors qu'elle nous semble révélatrice de toute une logique qui anime les centres de rétention encore aujourd'hui. On voulait surtout vous en parler parce qu'il semble que savoir d'où proviennent les CRA, et savoir comment on n'a pas voulu que ça se sache, ça les rend vraiment intolérables, et qu'on n'espère bien contribuer à ce qu'ils ne soient plus jamais tolérés.
Il y a 50 ans à Marseille on découvrait l'existence d'un hangar sur le port qui servait de prison pour étrangers. Lorsque l'affaire d'Arenc éclate, en avril 1975, ce qui est révélé, c'est tout une mécanique de l'expulsion des personnes étrangères illégalisées qui a eu le champ libre pendant 12 ans pour se mettre en place, pour se rationaliser, à l'abri des regards.
12 ans pendant lesquelles le tri entre les bonnes et les mauvaises mobilités avaient été laissé à la discrétion d'un appareil administratif et policier hérité de la période coloniale.
12 ans pendant lesquelles la dignité des personnes immigrées a été bafouée et leur parole étouffée.On découvre que pendant 12 ans tout a été fait en supposant que personne n'avait besoin de savoir ce que lÉtat faisait derrière ces murs, ni les personnes qui risquaient d'y être enfermées, ni les personnes au nom duquel lÉtat ose prétendre agir.
Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de ce qui allait devenir le premier centre de rétention administrative.
Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.
*Mustapha, tu es là ?*
Oui, je vous entends.
*Super ! Alors, est-ce que tu veux te présenter ?*
Je suis Moustapha Mohamadi, je suis militant associatif aujourd'hui parce que je suis vieux. Mais à l'époque, j'étais militant actif pour défendre le droit des immigrés, pour le droit à vivre en sécurité contre les crimes racistes et contre la ségrégation. Depuis 72, il y a eu des grèves de la faim, et à chaque fois, il y a eu des répressions, des interventions de la police. En janvier 75, pendant une grève de la faim à Montpellier, la police a envahi le lieu, ils ont expulsé, ils ont chargé, ils ont tiré par les cheveux les personnes. Les Français, les gens du comité de soutien, ils les ont mis à part, ils les ont renvoyés chez eux, maltraités, insultés. Les grévistes de la faim, parqués dans des bus, ont été envoyés dans des centres de tri. Et une dizaine, qui d'après la police étaient zarma les meneurs, ils nous ont emmenés dans les commissariats, mais répartis, pas tous ensemble.
Moi, je me suis retrouvé avec un autre camarade dans les cellules du commissariat de Montpellier et deux jours après nous avons été embarqués par les gendarmes. On nous a fait rentrer dans un truc... Ça ne voulait rien dire... C'était un immense hangar. C'était le fameux centre de Arenc, qui était très peu connu, parce que personne ne le savait, même les avocats ne savaient pas son existence.
Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on a été présentés à un juge, ni il y a eu de procès-verbal, ni il y a eu des interrogatoires ou quoi que ce soit. On nous a embarqués dans les commissariats et on s'est retrouvés dans les estafettes. Et on s'est retrouvés à Arenc, pour une expulsion rapide. Ce centre il existait depuis les années 50, c'est-à-dire avant l'indépendance de l'Algérie. Ils ont refoulé et expulsé des personnes qui étaient d'origine française à l'époque, puisque l'Algérie n'était pas encore indépendante. Alors, vous voyez, la discrimination avait commencé longtemps avant ces problèmes-là qui ont émergé, du racisme après l'indépendance de l'Algérie.
Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.
*Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?*
Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion.
Et, pour être précis par rapport à la question, on ne connaissait pas. On savait qu'il y avait des expulsions. C'est à partir du moment où nous, une fois expulsés, nous avons expliqué, puis avec le travail de l'avocat qui a été fait en 75, que le scandale a éclaté. Alors qu'au niveau de la préfecture, ils étaient tous au courant. Il y a des traces écrites. Les archives ont toujours existé, mais le commissaire qui gérait ça dans le port de Marseille ne les a jamais transmis ni à la préfecture de police, ni au ministère de l'intérieur, ni à la direction de la police. C'était son bien à lui. Quand il est parti à la retraite, il les a déposés aux archives départementales. Donc c'est pour ça qu'il n'y avait pas de traces pour déventuels chercheurs qui demandaient des informations auprès de la police ou de la justice.
*Comme tu l'as dit, il y avait une volonté de cacher ce qui se passait dans ce centre, d'en cacher l'existence même. Est-ce que tu veux raconter un peu comment ça a pu enfin être révélé ?*
C'est vrai qu'il y avait une volonté de cacher le non-respect des règles de la République. C'est les responsables qui ont tout fait pour étouffer. Un hangar où la police régulièrement accompagne des personnes menottées et qu'on enferme sans droit de visite, personne ne les voit, et qu'après, ils les sortent, des fois c'est la nuit, quand il y a un vol la nuit, ou quand il y a un bateau qui part la nuit. Mais dans cet espace qui est le port de Marseille, qui est immense, où il y a les dockers, où il y a les autres policiers, où il y a les autres personnes qui travaillent, il ne faut pas nous faire croire qu'ils n'étaient pas au courant. C'était la loi de l'omerta, il ne faut rien dire, et les gens, quand ils voient quelqu'un menotté, emmené,  ils doivent se dire, celui-là, il a quelque chose à se reprocher.
Donc, il y avait cette volonté d'étouffer, jusqu'à ce qu'un avocat, le jour où son client avait un sursis et qu'il devait sortir de chez le juge, il n'est pas sorti de chez le juge, la police l'avait embarqué. La famille de cette personne-là, ils ont vu que leur proche n'est pas sorti, ils ont vu que la police l'a embarqué. L'avocat, quand ils l'ont rappelé, il leur a dit « Suivez ce fourgon et vous me dites où c'est qu'il est allé ». Et c'est comme ça que la famille a suivi le fourgon de la police, et le fourgon est rentré dans le port. Eux, ils n'ont pas pu rentrer, mais c'est comme ça que l'avocat s'est rendu compte qu'on lui cachait quelque chose, puisque quand il interpellait le parquet, on lui disait : « Mais ça y est, on lui a accordé le sursis, il est en sursis », ou alors : « Non, on ne le connaît pas, on ne l'a pas chez nous, il n'est dans aucun commissariat ». Et l'avocat n'a pas baissé les bras, il voulait aller jusqu'au fond de cette histoire. Et c'est comme ça qu'il a découvert ce centre de rétention. Et il a mobilisé, entre autres, un journaliste, je crois, qui s'appelait Alex Panzani. Il a alerté les journaux de l'époque. Il y avait plein de journaux qui se sont saisis de ça, y compris la presse algérienne qui avait envoyé un journaliste qui a enquêté là-dessus.
C'est comme ça que le scandale a éclaté. Et les autorités de l'État ont essayé de nier, jusqu'à ce qu'il y ait plein d'articles et des reportages de radio, de télé. Mais l'État n'a pas été condamné, puisque tout de suite après ils ont légalisé le centre par la loi, il est devenu légal. Et du coup ils ont créé d'autres centres. C'est-à-dire, le truc inhumain est devenu quelque chose de légal et acceptable et c'est aujourd'hui les centres de rétention. Voilà un peu comment on a réglé le problème d'un truc illégal, inhumain. Il est resté inhumain, mais il est devenu légal parce que le législateur a décidé qu'il est légal.
*Et à l'époque, je veux dire avant que ça devienne légal, est-ce qu'il y a eu des mobilisations ? Comment tu expliques qu'elles ont échoué ou que ça a pu rentrer en droit ?*
Il y a eu à Marseille un collectif d'Arenc qui a fonctionné quand le scandale a éclaté. Il y avait des manifestations, des militants, des associations qui étaient mobilisés contre la prison d'Arenc avant qu'elle soit légalisée. Il y a eu un collectif qui a fonctionné pendant longtemps, jusqu'aux années 70-78, je pense. Et je sais pas, je sais que la semaine qui vient, il y a une rencontre avec un collectif et un syndicat qui organisent une projection du film « Un hangar sur le port » (voir bibliographie) avec le réalisateur. Le fait qu'il y a eu ce documentaire qui a sorti de l'anonymat, ce scandale, c'est déjà, à mon avis, une bonne chose. Ne serait-ce que pour les victimes. C'est-à-dire, en gros, on vous embarque, on vous met au centre de Arenc, vous ne savez pas pourquoi vous êtes là et vous ne savez pas où vous allez partir ni quand. Et le problème, c'est que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, une grande partie ne sont jamais revenus... Qu'est-ce qu'ils sont devenus ? Ou bien ils sont revenus par un autre biais puis ils sont restés discrets. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de témoignage. Le seul témoignage qui avait existé avant la reconnaissance c'est ce qui était apparu dans la presse après le scandale qui a éclaté, après les articles et tout ça jusqu'à la légalisation. Là ç'a commencé à bouger, les gens surveillaient de plus près des membres de leur famille qui étaient arrêtés etc.
Tu es en train de dire qu'il y a des personnes qui sont passées par le centre, qui sont revenues après mais qu'elles n'ont pas osé prendre la parole et qu'il a fallu attendre que ce soit un avocat, qui ne soit pas dans la même situation administrative, qui s'empare du sujet, pour que ça puisse sortir parce qu'il n'y a que lui qui avait la possibilité d'être écouté, puisque en fait les autres sans papiers on ne les écoutait pas... Et j'ai l'impression que ça se sent un peu dans le film, que la parole est beaucoup donnée à cet avocat là, vraiment... Toi t'es passé avant du coup ? T'es passé avant le scandale ?
Non c'est-à-dire que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, ils n'avaient pas un arrêté d'expulsion, c'est pour ça que je dis ils ont légalisé : ils ont légalisé en faisant passer les internés dans ces centres de rétention, ils les ont fait passer par une décision judiciaire, c'est à dire qu'on ne peut pas contester. A l'époque, il n'y avait pas ça : la plupart c'était ceux qui descendaient du bateau ou de l'avion et tout de suite on les a refoulés et en attendant l'expulsion ils étaient dans ce centre. Ou alors c'était des personnes comme moi, arrêtées par la police après une manif, et qui ont été tout de suite transférées du commissariat à Arenc, sans respecter les procédures légales, à savoir : on te présente à un juge, le juge te signifie ton expulsion, ton retour, d'aller en prison etc. Quand vous êtes en prison, il y a le droit de visite. Tes proches, ton avocat peuvent venir vous voir, tu peux correspondre, tu peux téléphoner. A Arenc, il n'y avait pas de possibilité de communiquer avec l'extérieur, parce que personne ne savait où c'était. Vous-même vous saviez pas où vous étiez. Il n'y avait ni le moyen de téléphoner ni le moyen d'appeler quelqu'un.
*Du coup c'était impossible pour les personnes qui passaient dedans de communiquer avec l'extérieur et de dire ce qui leur arrivait et une fois qu'elles étaient sorties personne ne les aurait crues parce qu'il n'y avait aucune trace...*
Il n'y a pas de trace. Impossible. Il n'y a aucun procès verbal fait par un juge qui me signifie de quitter le territoire. Vous voyez un peu le scandale. Et moi je pense qu'à l'époque... On ne va pas faire le procès des gens de l'époque qui étaient là-bas, qui travaillaient dans le port, dans les différents services et les policiers et le personnel du port... Mais il ne faut pas dire qu'ils ne savaient pas. Peut-être que ce n'était pas leur priorité à l'époque...
Oui c'est ça peut-être qu'au-delà de la matérialité même du centre qui empêchait que la parole des gens enfermés sorte, il y avait peut-être aussi un contexte qui faisait que la parole des gens qu'on enfermait de toute façon était assez peu relayée.
C'est simple : on est emmené par des gendarmes ou des policiers, on nous fait monter là-haut, c'est un policier qui ouvre le hangar, qui fait rentrer les personnes qui l'ont accompagné. Il lui signe le papier comme si c'était une marchandise qui vient d'être livrée. Lui il repart, il rentre dans son service ou dans le patelin d'où il est venu, et les autres ils referment la porte derrière, mais le port continue ses activités, ça continue, ça va, ça vient. On charge et on décharge les bateaux. Et quand vous êtes à l'intérieur comme c'est en hauteur c'est très haut, tout est enfermé, vous ne pouvez même pas crier, même si vous criez avec le bruit qu'il y a dans le port personne ne vous entend. Donc et d'autant plus que personne ne savait l'existence de ça, donc vos proches, s'ils savaient que vous avez été arrêtés, ils pouvaient chercher partout : au commissariat, au tribunal, à la prison, il n'y avait pas de traces.
En tous les cas je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces personnes qui ont été maintenues dans l'ombre, dans le déni de leurs droits, de leur existence, de leur personnalité. J'espère que ça aura un écho pour qu'à l'avenir on n'ait pas ce genre de choses qui se reproduisent ici.
Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à l'heure...
Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.
**POUR ALLER PLUS LOIN**    
- Radio galère
- insta/site de Marseille AntiCRA
- Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975
- « Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425
- Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014
- Olivier Bertrand, Un hangar sur le port (Ina, France TV et Al Jazeera) diffusé le 4 octobre à 21h45 sur France 3, puis en replay sur france.tv

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Title: La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte
Author: ravages
Date: 12/04/2023
Weight: 7
Slug: mediterranee
Numero: 3
**Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !**
Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration [^1], lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.
**Ravages :** Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?
**Sophia :** Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité [^2], transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
Daprès les estimations de lOrganisation mondiale pour les migrations, on a atteint ce chiffre ahurissant de 30mille personnes mortes ou disparues en Méditerranée depuis 2014. Ce chiffre, qui recouvre une multitude de vies brisées et de familles endeuillés ne tient pas compte de tous les naufrages qui ne sont pas documentés, ni de tout ce qui se passe sur la route Atlantique où, rien qu'en 2024, presque 10 000 personnes auraient disparu, selon l'ONG Caminando Fronteras. Le bilan est donc encore plus lourd.
**R. :** Un énorme cimetière...
**S. :** Pire que ça ! Au lendemain du naufrage de Pylos (Grèce) qui, le 14 juin 2023, a coûté la vie à plus de 600 personnes en raison de la non-assistance des États européens, la société civile na cessé de le répéter : la Méditerranée nest pas seulement un cimetière, mais une scène de crime ! Cela fait maintenant plus de 30 ans que lEurope sarroge un droit de laisser-mourir et même un permis de tuer à ses frontières maritimes, en adoptant une double stratégie. Dune part en militarisant ses frontières pour tenter dempêcher les personnes exilées darriver sur le sol européen, et dautre part en externalisant ses frontières, cest-à-dire en sous-traitant les interceptions à des acteurs non-européens.
Tout ça bien que lon sache que ces politiques ne fonctionnent pas : très coûteuse en vie humaines (et coûteuse pour le contribuable européen, avec des milliards deuros qui sont réalloués du social au sécuritaire), elles ne font que déplacer les routes migratoires, sans les arrêter, poussant les personnes exilées à emprunter des voies de plus en plus dangereuses. Cette dynamique est particulièrement visible en Méditerranée : Au fil des tentatives de fermeture des différentes routes (dabord avec laccord UE-Turquie en 2016, puis avec le soutien aux garde-côtes libyens à partir de 2017 et le renforcement des contrôles le long de la route tunisienne à partir de 2022), les routes se sont déplacées jusquen Atlantique, où on a pu constater une très forte augmentation des départs depuis 2020.
**R. :** On dirait que les routes migratoires se modifient selon le principe des vases communicants : si ça bouche à un endroit, ça se remplit à un autre.
**S. :** C'est un peu plus compliqué que ça. Il faut toujours se rappeler que les facteurs qui influencent les parcours migratoires sont multiples et complexes et que les personnes exilées ont leur propre agentivité, c'est-à-dire leur propre capacité à être maîtres de leurs existences. Bien sûr, leur mobilité est contrainte par ces politiques migratoires très violentes dont on a déjà parlé. Il ne sagit pas de minimiser cet aspect, mais de reconnaître que les personnes en mouvement, en continuant inlassablement de transgresser les frontières, obligent constamment les politiques et les pratiques frontalières à changer et à se repositionner. Idem avec les pratiques de solidarité qui ne cessent de sadapter aux nouvelles contraintes : tout est en mouvement !
**R. :** Un tableau très complexe, et mouvant en plus, dans lequel il n'est pas simple de se situer et d'intervenir.
**S. :** Oui, la Méditerranée est un vrai espace de lutte, avec plein de protagonistes et où tout bouge très vite. Cest un espace proprement politique, qui ne peut se réduire à une approche purement humanitaire. La meilleure approche pour moi est celle de l « autonomie des migrations » qui implique de reconnaître les personnes exilées comme étant les actrices de leur mobilité et non simplement comme des victimes. Cest également essentiel pour situer nos luttes et réfléchir à notre place en tant que soutien dans le combat pour la liberté de circulation de toutes et tous et tenter de se tenir à distance de la figure de la sauveuse / du sauveur blanc qui découle dun héritage colonial et dune tradition fortement ancré dans le monde de lhumanitaire..
**R. :** Selon la presse [^3], les débarquements sur les côtes de l'Italie du Sud ont drastiquement baissé l'année dernière (2024). Qu'est-ce que tu peux nous dire à cet égard ?
**S. :** Regarder de plus près la situation en Méditerranée centrale fournit un bon exemple pour comprendre la frontière maritime comme espace de lutte. La Méditerranée centrale cest la route qui part de Tunisie et Libye (plus rarement dEgypte) en direction principalement de lItalie (ça fait maintenant plusieurs année que Malte fait tout pour éviter toute arrivée  sur lîle).
En 2024, on a effectivement enregistré moins darrivées que les années précédentes. 65 000 personnes sont arrivées en Italie par cette route, tandis que plus de 21 000 personnes ont été refoulées en Libye après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, soutenus et équipées par lUE. Des camarades de la société civile tunisienne estiment que plus de 60 000 autres personnes ont été interceptées et renvoyées en Tunisie, pays qui, à linstar de la Libye, est tristement connu pour les violences et les violations de droits commises à lencontre des personnes exilées quil sagisse de détention arbitraire, refoulements dans des zones désertiques, violences sexuelles…Cest ce quon peut appeler un « régime de refoulement par procuration » : dans le cadre de différents accords, les garde-côtes tunisiens et libyens reçoivent un soutien financier, logistique et matériel leur permettant daugmenter fortement leur présence en mer et deffectuer un nombre croissant d'interceptions, afin de ramener des personnes dans les pays quelles tentent désespérément de fuir. Ce quon constate depuis plusieurs années, cest que les autorités des États européens se sont progressivement déchargées de leurs responsabilités en termes de recherche et de sauvetage, se contentant dans la majorité des cas de surveiller la Méditerranée depuis les airs, et dalerter les garde-côtes libyens et tunisiens des départs, pour que les embarcations soient interceptées avant quelles ne puissent atteindre les eaux territoriales européennes.
**R. :** C'est ce que fait Frontex, dont le budget se chiffre en milliards et ne cesse d'augmenter.
**S. :** En effet, cest notamment le rôle de Frontex de surveiller la mer à l'aide de drones et d'avions, dans le but de faciliter les refoulements. Mais il y a aussi des bateaux marchands qui régulièrement sont chargés par les États européens de refouler des personnes vers la Libye, la Tunisie ou lÉgypte. Cela en violation du droit international qui interdit formellement de renvoyer des personnes dans un lieu où elles risquent dêtre persécutées. Sur la ligne téléphonique dAlarm Phone, nous sommes régulièrement en contact avec des bateaux sur le point dêtre refoulés. Cest toujours une situation très compliquée. Les personnes disent souvent quun renvoi en Libye, par exemple, est pire que la mort…
**R. :** Mais en mer il n'y a pas que les bateaux des personnes exilées et ceux des flics qui les pourchassent.
**S. :** Bien sûr, heureusement ! En Méditerranée centrale, il y a un autre type dacteur présent : les organisations civiles de sauvetage en mer. Il sagit dun ensemble dacteurs qui travaillent ensemble à dénoncer les politiques européennes de non-assistance et de sous-traitance, et qui se mobilisent pour combler les manquements des États en matière de recherche et de sauvetage. Il y a Alarm Phone qui reçoit les appels, trois avions civils chargés de repérer les embarcations en détresse, et plus dune vingtaine de bateaux qui peuvent soutenir les personnes en mer, soit en les embarquant, soit en accompagnant leur bateau jusquà destination. Ces acteurs se sont rassemblés sous lappellation provocatrice de « Civil MRCC »  ( Centre de coordination de sauvetage de la société civile), pour dénoncer et lutter contre les politiques de laisser mourir.
**R. :** Et comme on le voit, ces acteurs sont de plus en plus criminalisés…
**S. :** Exactement… Depuis plusieurs années, cette flotte civile est criminalisée par les gouvernements, accusée de créer un supposé « appel dair ». Ce qui dune part est faux et dautre part détourne complètement lattention des manquements des États européens en matière de recherche et sauvetage, et de leur responsabilité dans linstauration dun régime dapartheid des mobilités.
Tout est fait pour limiter laction des acteurs civils.On se souvient de la politique de fermeture des ports de lÉtat italien en 2019 et de lentrée en force du Sea Watch avec sa capitaine Carola Rackete dans le port de Lampedusa, après avoir attendu deux semaines en mer avec 42 survivant.es. Aujourdhui, lItalie post-fasciste de Meloni continue de sacharner, en multipliant les stratégies pour maintenir les bateaux dONG loin des zones opérationnelles, notamment en les empêchant de procéder à des secours multiples et en leur assignant des ports très éloignés pour le débarquement des personnes secourues.
Malgré ces attaques, les acteurs civils continuent à faire vivre la solidarité en Méditerranée. Comme pour les personnes exilées, lorsquune nouvelle frontière ou un obstacle sérige, nous nous adaptons, nous trouvons un moyen de le contourner pour continuer tant bien que mal à accompagner les personnes exilées dans leurs tentatives de traversée.
**R. :** Tu peux m'en dire plus sur Alarm phone ?
**S. :** Alarm Phone, cest un réseau transnational dactivistes basé.es un peu partout autour de la Méditerranée, dont lactivité principale est de tenir une ligne téléphonique solidaire avec les personnes en détresse en mer.
Le réseau a été créé en 2014, un an après un naufrage qui a eu lieu en octobre 2013, et qui a coûté la vie à 268 personnes. Le bateau avait coulé après avoir essuyé les tirs dun navire libyen. Les garde-côtes responsables (maltais et italiens) avaient été alertés à plusieurs reprises, mais plutôt que de lancer les secours comme ils sont pourtant tenus de faire en vertu du droit maritime, ils se sont renvoyé la balle et ont laissé les personnes sans assistance, alors que le bateau sombrait. Cest là que plusieurs activistes se sont demandé si les choses auraient pu se passer autrement, si les personnes à bord du bateau avaient pu appeler une ligne indépendante, qui aurait pu dénoncer en direct la situation et exercer une pression immédiate sur les autorités. Le réseau Alarm Phone sest mis en place et, un an après, la ligne téléphonique solidaire recevait ses premiers appels.
En octobre dernier, on fêtait, les 10 ans du réseau et les 8000 bateaux qui nous ont appelés. Dans la rage et la colère. Face à la brutalisation ahurissante du régime des frontières. Face aux morts et au disparus que nous pleurons avec leurs proches. Mais aussi, bien sûr aussi, dans la joie. Dêtre ensemble. De lutter ensemble. De célébrer chaque « boza » (c'est le cri de joie de celles et ceux qui ont réussi à atteindre leur destination) et la force des personnes qui continuent chaque jour à se battre pour exercer leur liberté de mouvement. Aujourdhui le réseau compte près de 300 personnes, venu.e.s des quatre coins du monde. Notre horizon, cest légalité des droits et la liberté de mouvement pour toutes et tous, et que la Méditerranée puisse être un espace qui relie et non pas qui divise.
**R. :** Quelles sont les zones d'action d'Alarm Phone ? Comment ça marche concrètement ?
**S. :** Sur la ligne dAlarm Phone, on reçoit des appels de pleins de régions différentes : la Méditerranée, lAtlantique, la Manche, la frontière entre la Turquie et la Grèce… Le but est de soutenir les personnes en détresse qui très souvent font face à de la non-assistance de la part des Etats ou d'autres types de violences (refoulements dans un pays où les personnes craignent pour leur vie, attaques de garde-côtes…). On alerte les autorités compétentes lorsque ce nest pas encore fait et on leur met la pression pour quelles aillent secourir les embarcations et débarquer les passager.ères dans un lieu sûr, comme le prévoit le droit international. On documente et on dénonce ces violations, et plus largement le régime des visas et les politiques meurtrières de contraintes des mobilités, qui chaque jour sont la cause de décès et disparitions.
Cest un grand réseau, et il y a plein déquipes différentes qui se partagent des tâches différentes : diffuser le numéro dAlarm Phone, créer du lien avec les communautés, sensibiliser (cest-à-dire informer les personnes sur les dangers liées à la traversée, en leur donnant des conseils pour se préparer au mieux), répondre aux appels de détresse, poster des alertes sur les réseaux sociaux, écrire des rapports…
**R. :** Et toi, tu fais quoi ?
**S. :** Au sein dAlarm phone, je tiens des permanences téléphoniques et participe à la rédaction de publications sur la région de la Méditerranée centrale. Je fais aussi partie de léquipe « recherche et suivi » pour la Méditerranée centrale : sil y a eu un refoulement, si un bateau a disparu ou a fait naufrage, on soutient les familles dans la recherche de leurs proches. Sil y a des survivant.es, on essaie de voir comment les soutenir et, siels souhaitent relayer leur voix, on organise des moments de CommémorActions.
Les CommémorActions, ce sont des moments très importants pour le réseau. Des moments où nous nous tenons aux côtés des suvivant.es et des familles pour pleurer celles et ceux qui ont disparu aux frontières européennes. Des moments où sexpriment à la fois le deuil et la colère dans un mélange entre commémoration et manifestation. Ces CommémorActions ont lieu régulièrement, de manière centralisée, dans une ville, comme à Oujda et Zaris les années passées, et de manière décentralisées, à loccasion du 6 février qui est la date anniversaire du massacre de Tajaral lors duquel en 2014, la police des frontières espagnole avait tué au moins 15 personnes qui tentaient de traverser la frontière entre le Maroc et lEspagne.
Avec ces moments de CommémorAction nous faisons une double promesse : celle ne pas oublier celles et ceux qui ont perdu la vie et lutter contre les frontières qui les ont tué·es et celle de ne pas abandonner. La promesse que nous continuerons à nous battre quotidiennement pour la liberté de mouvement,en exigeant la vérité, la justice et des réparations pour les victimes de la migration et pour leurs familles.
**R. :** Parmi les bateaux de sauvetage en Méditerranée il y en a un qui attire particulièrement notre curiosité et notre sympathie : c'est le Louise Michel. Tu peux nous dire un mot sur ce bateau et sur tes activités quand tu montes à bord ?
**S. :** Le Louise Michel, cest un navire de secours civil qui sillonne la Méditerranée centrale depuis 2020. Il a deux particularités. La première cest quil est rose ! Il a été peint à l'aide d'un extincteur par le street-artiste britannique Banksy avant dêtre donné à un petit groupe de militant.es. La seconde, cest que cest un bateau relativement rapide par rapport aux autres navires de la flotte civile, qui peut arriver très vite sur le lieu du cas de détresse, et parfois darriver avant les garde-côtes libyens, ce qui permet déviter un refoulement illégal vers la Libye, où les personnes risquent de graves persécutions.
De manière générale, quand je navigue, sur Louise ou dautres bateaux de secours, je moccupe daccueillir les personnes survivantes. En gros, il sagit dassurer la communication avec les personnes lors du secours, dorganiser la vie à bord une fois que tout le monde est embarqué, dessayer de comprendre les besoins de chacun.e, et surtout dinformer les personnes sur ce qui les attend une fois quelles seront débarquées en Europe et les briefer sur leurs droits. En Europe, cest souvent pour ces personnes un nouveau parcours du combattant qui souvre, alors on essaie de faire en sorte quelles soient le mieux préparées, même si elles sont déjà généralement bien informées. On partage par exemple avec elles le lien du site de welcome2europe.
Le Louise Michel, comme son nom lindique plutôt bien, cest un projet qui se veut radical et féministe. Féministe, parce que ce nest pas toujours évident dévoluer dans le monde de la navigation qui est marqué par une forte tradition patriarcale. Radical, parce que comme pour Alarm Phone, lapproche est celle de la défense de la liberté de mouvement pour toutes et tous. Le discours pour labolition du régime des frontières est très clair : cest une initiative de solidarité transnationale, pas un projet humanitaire.
**R. :** Un mot pour finir...
**S. :** Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après…
Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !
**R. :** Merci Sophia !
[^1]: Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021.
[^2]: Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque".
[^3]: Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.

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Title: Lexique : passeur
Author: ravages
Date: 2025-10-24
Modified: 2025-10-24
Tags:
Slug: passeurs
Numero: 3
Weight: 2
**Les passeur.euses c'est nous (aussi)!**
De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la destination (transitoire le plus souvent), pas le point de départ : c'est normal que les passeurs ne soient pas trop visibles. La situation est très différente à Ventimiglia ou à Calais, mais aussi dans le département de Cuneo [^1] ou dans la vallée de Susa [^2], à deux pas de chez nous.
Peu importe sa visibilité, la figure du passeur-contrebandier est intrinsèquement et historiquement liée au contrôle étatique sur les frontières et sur la mobilité des personnes et des biens. Sans oublier que pratiquement toutes les personnes qui traversent cette foutue frontière ici ont, à un moment ou à un autre de leur voyage, fait appel au moins une fois à cette figure légendaire ou malfamée.
Mais de quoi parle-t-on quand on parle de passeurs ? Qu'est-ce qui se cache derrière la diabolisation de cette figure ? Voici, une interprétation anti-étatique et anti-prohibitionniste.
Se pencher sur la question des passeur.euses c'est constater à quel point certaines fabulations sont dures à mourir, notamment quand les États ont tout intérêt à les entretenir. Nombre d'études et d'enquêtes, journalistiques, sociologiques ou anthropologiques, ont été menées depuis une bonne quinzaine d'année sur ce sujet et ont fait le jour sur quantité de mystifications. Pourtant celles-ci refont surface inlassablement dans la narration étatique autour de la question migratoire.
Pour commencer, il faut récuser le lien automatique, récurrent dans le discours policier, entre aide au passage des frontières et criminalité organisée. « Les organisations internationales de type mafieux semblent occuper une petite portion de [ce] secteur qui a grandi de manière exponentielle depuis la fermeture des frontières et qui reste largement contrôlé par des individus ou des petits groupes locaux. Évidemment, vu la nature illicite du marché, les données officielles sont peu fiables et n'expriment qu'une vision partielle du phénomène. Voilà pourquoi des études de qualité sont fondamentales : elles révèlent ce qu'il se passe dans les interstices des statistiques officielles »[^3].
Une autre vaste falsification concerne lœuvre de diabolisation réalisée et constamment entretenue par une grande partie de la presse, de la classe politique et des institutions policières des pays occidentaux. Les passeur.euses sont généralement représenté.es comme l'exemple même du criminel cruel.le, impitoyable, capable de toute sorte d'abus et de perversion. On les accuse de profiter de la misère et du désespoir de la population la plus faible et la plus indigente qui existe. Dans ce genre de représentations, les personnes en voyage sont présentées le plus souvent comme dépourvues de toute capacité de choix et de discernement, livrées impuissantes à la brutalité de ces criminels.
S'il est certain que des abus se produisent dans les transactions entre passeur.euses et passagèr.es, toutes les études menées sur le terrain soulignent l'importance absolue de la « bonne réputation » du passeur pour que ses affaires prospèrent [^4]. Et quand on demande aux personnes exilées, il n'est pas rare que celles-ci expriment de la reconnaissance aux passeur.ses [^5], malgré les sommes payées pour le voyage, qui paraissent exorbitantes aux yeux des personnes munies de passeports « forts ».
Nous tenons à le répéter afin d'éviter tout malentendu : nous sommes bien à connaissance de nombreux témoignages d'atrocités commises par des passeurs frauduleux et sans scrupules, mais nous considérons, au vu d'études sérieuses et documentées, que ces événements ne sont pas une généralité, et que ce n'est pas la nature de l'aide au passage qui les détermine, mais l'illégalité qui ouvre souvent au pire que l'imagination humaine puisse concevoir.
Les études que nous avons parcourues soulignent aussi la porosité entre les catégories de passeur.euses et passagèr.es, qui se trouvent très souvent dans la même situation de précarité administrative. Souvent les passeur.euses sont des voyageur.euses de l'exil qui, après des périodes de permanences forcée à une étape de leur itinéraire, décident de gagner quelques sous avec cette activité, des fois juste pour pouvoir se payer elleux-même la traversée [^6]. Des personnes migrant.es coincées, donc : pas des gangsters sanguinaires avec des comptes bancaires à six chiffres. Et parfois on parle même de « bons passeurs », qui disent être animé.es par des raisons humanitaires et politiques [^7].
Si iels ne sont pas elleux-même des sans papiers en exil, les passeur.euses sont souvent des habitant.es des régions frontalières pauvres (au Mexique, par exemple, ou sur les côtes atlantiques du Maroc et des pays ouest-africains). Là aussi on est très loin des représentations étatiques, confronté plutôt à une économie de survie qui lie des pauvres sédentaires à des pauvres on the move, pour répondre à un besoin généré par le contrôle policier des frontières [^8]. Et là aussi, les exemples sont nombreux de bons passeur.euses qui agissent consciencieusement, non sans une vision politique empreinte de compassion et de solidarité [^9].
Un autre élément de confusion savamment entretenu par les autorités policières concerne la quasi synonymie qui brouille les notions de passeur (smuggler en anglais) et trafiquant (trafficker en anglais). La première définit le rôle de celui ou de celle qui facilite le passage d'une frontière, tandis que la deuxième a à voir avec la traite des êtres humains (séquestration, privation de passeport, menace, violences) et qui, tout en comprenant le franchissement d'une frontière, a pour but l'exploitation de la personne. Les deux définitions sont d'ailleurs nettement distincte dans le droit international et dans le code pénal français [^11], mais sont aujourd'hui interchangeables dans le discours étatique à tel point que l'ancien OCRIEST (Office Central pour la Répression de lImmigration Irrégulière et de lEmploi dÉtrangers Sans Titre [^12]) s'appelle OLTIM depuis 2022 : Office de Lutte contre le Trafic Illicite de Migrants.
Et tandis que les notions d'aide au passage et de trafic d'humains tendent à s'écraser l'une sur l'autre, à l'intérieur de la définition juridique d'aide au passage la question de la lucrativité tend progressivement à disparaître [^13]. Dans un seul et unique amalgame, on mettra donc trafiquant.es et passeur.euses mais aussi les activistes solidaires. Voici comment, sous couvert de lutte contre la criminalité organisée, les polices européennes mettent en place un système de répression politique qui frappe aussi ONG, associations et toute sorte de collectifs ou individus en lutte contre les frontières [^14].
Et comme souvent dans le cas des prohibitionnismes, l'interdit instaure les conditions du marché noir (envol des prix, organisation de réseaux clandestins), partout où l'on rend illégal l'assouvissement d'une nécessité irrépressible. L'intensité de la répression est proportionnelle aux efforts pour la contourner, dans un jeu de renvois qui rappelle à la fois la course-poursuite et le miroir déformant.
Dans le cas spécifique de la guerre étatique aux passeur.euses, le gigantesque effort produit par les autorités pour déformer le réel n'est comparable qu'à l'inefficacité de leur stratégie répressive. Le patron de l'OLTIM a beau faire étalage des résultats impressionnants de son service (4000 interpellations de « trafiquants d'humains » en 2024)[^15], cette même année est celle où le plus d'exilé.es ont réussi à passer des côtes du Calaisis à celles du Royaume-Uni, le plus souvent en faisant appel à des passeur.euses.
Mais d'autres objectifs, plus subtils et néfastes, sont atteints par cette violente campagne de propagande et de mystification. Voilà diffusée une nouvelle représentation du phénomène migratoire qui est à la fois totalement déshumanisante pour les personnes en voyage, et diabolisante pour toutes les personnes qui, pour plein de raisons différentes, essayent de faciliter le passage des frontières. Fortes de cette nouvelle narration, les forces policières exigent et obtiennent de nouveaux outils voués à criminaliser et réprimer les réseaux solidaires [^16].
En entretenant ce mythe de la lutte contre le trafic illégal d'humains, les États essaient de cacher leur propre responsabilité dans la création et l'entretien de la nécessité, pour certaines catégories de personnes, du recours aux passeurs comme seul moyen pour traverser les frontières. A l'instar de la lutte contre le terrorisme qui justifie un rétablissement abusif des contrôles aux frontières intérieures depuis presque 10 ans, la lutte aux « trafiquants d'humains » autorise un durcissement des peines répressives contre l'ensemble des facilitateur.ices de l'immigration. Au passage, cette stratégie rejette du cadre de la discussion toutes les pistes qui pourraient amener à une vraie réglementation des déplacements de populations. Quid des chemins d'immigration dit légaux ? Pouraiit-on parler par exemple des refus quasiment systématique des visa par les consulats français dans les pays d'émigration [^17] ? Quid encore des « couloirs humanitaires » ou du dispositif de Protection Temporaire qui, créé en 2001, n'a servi qu'une seule fois, au bénéfice des rescapé.es de la guerre en Ukraine ? Aux antipodes de tous ces chemins possibles, notre continent a fait le choix délibéré de renforcer les moyens et la présence des forces de police à chaque coin de frontière, de réduire le droit d'asile et de compliquer l'accès à tous les titres de séjour, de sous-traiter la gestion des flux migratoires au pays limitrophes, d'autoriser des pushbacks de plus en plus violents [^18].
La logique de la création du monstre (que ça soit le terroriste, le trafiquant d'humain ou le narcotrafiquant) réussit en général à faire d'une pierre deux coups : donner à une question complexe une réponse simple mais fausse : l'immigration c'est la faute aux passeur.euses et mettre à profit la peur générée, pour augmenter le degré de militarisation de la société et réduire les libertés individuelles. Quand aux raisons profondes du phénomène (que ça soit de l'immigration, du terrorisme ou du trafic de stupéfiants), elles sont préalablement écartées de la discussion.
[^1]: Lele Odiardo, Passeurs, clandestins à la frontière alpine ; Nunatak n.° 3 été/automne 2018
[^2]: Cecilia Vergnano, Why take such a risk? Beyond profit: motivations of border-crossing facilitators between France and Italy ; Social Anthropology/Anthropologie Sociale (2020), pp. 116
[^3]: Caterina Borelli, Meet the smugglers. Decolonising the mind, questioning the border ; Allegra Lab. Notre traduction.
[^4]: Vergnano
[^5]: Anaïk Pian, Variations autour de la figure du passeur ; Plein droit n° 84, mars 2010 « Passeurs d'étrangers »
[^6]: Luigi Achilli, The “Good” Smuggler: The Ethics and Morals of Human Smuggling among Syrians ; The annals of the American Academy of Political and Social Science, 21 février 2018
[^7]: Achilli
[^8]: Achilli. Cfr. aussi Gabriella Sanchez, Circuit Children: The experiences and perspectives of children engaged in migrant smuggling facilitation on the US-Mexico border ; Anti-trafficking review. Cfr. aussi Mahmoud Keshavarz and Shahram Khosravi, To see like a smuggler, pp. 1-18 ; Pluto Press 2022
[^9]: Pian, Vergnano, Achilli, Sanchez, Keshavarz et Khosravi
[^10]: Plambech Sine, Playing the trafficking card, Blog 22 October 2016
[^11]: Borelli
[^12]: Organisme de la police nationale française qui se consacre à la lutte contre les réseaux (ou « filières ») favorisant limmigration irrégulière, lemploi détrangers dépourvus dautorisation de travail et/ou de séjour ainsi que la fraude documentaire qui en découle. Source Wikipédia
[^13]: Borelli. Cfr. aussi McGregor et Vergnano
[^14]: McGregor, Criminal charges against migrant rights defenders rising, NGO finds ; InfoMigrants 4 septembre 2024
[^15]: Infomigrants (Rédaction), France : plus de 4 000 passeurs ont été interpellés en 2024, 7 février 2025
[^16]: Cfr. Observatoire des libertés associatives, « Au mépris des droits », Mathilde Rogel, 2024.
[^17]: Cfr. La Cimade, Visa refusé, Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas, juillet 2010.
[^18]: Cfr. Refoulements violents à la frontière gréco-turque : récit d'une dérive européenne, Ravages n. 1, septembre 2023.
*A lire aussi :
Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafisti, www.dal-mare-al-carcere.info*

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Title: Turin. Histoire d'une trêve
Author: ravages
Date: 12/04/2023
Weight: 11
Slug: turin-histoire-treve
Numero: 3
*Les CPR (Centri di Permanenza per il Rimpatrio) c'est les CRA d'Italie, avec quelques différences. Par exemple, chez nos voisin.es la rétention administrative peut durer jusqu'à 18 mois, depuis que Salvini et Meloni se sont amusées à rivaliser en cruauté, en augmentant le terme de 90 à 180 jours et de 180 jours à 18 mois. En plus de ça, deux des douze CPR actifs en Italie se trouvent... en Albanie, suite au Protocol Italie-Albanie, établi le 15 février 2024 pour une durée de 5 ans, qui semble séduire les gouvernements fascistes de notre continent.*
*Cet article parle d'une trêve qui a duré deux ans, pour le collectif Anti-CPR de Turin, mais surtout pour le quartier et toute la ville de Turin, avec une baisse significative de leur "chasse à l'homme sans papiers" . La trêve a commencé en mars 2023, quand un grand incendie déclenché par les détenus a provoqué la fermeture du centre de Via Brunelleschi, et elle s'est terminé le 25 mars dernier, quand il a rouvert (et refermé) ses portes. Mais il a suffi de quelques semaines pour que ce lieu infâme et hautement inflammable brûle à nouveau, le soir du 1er mai, et se retrouve une nouvelle fois impraticable pour cinq sixième de sa structure.*
*On aimerait pouvoir se réjouir de ce dernier incendie comme de tous les autres qui se sont déclarés et se déclareront prochainement, dans tous les types existants de prison. Mais une bien triste nouvelle nous en empêche : celle de la mort plus que suspecte d'Hamid Badoui, le 19 mai dans la prison Le Vallette de Turin. L'homme, résident depuis quinze ans en Italie, avait été enfermé dans le CPR de Bari suite au non-renouvellement de son titre de séjour. Du CPR de Bari, il est déporté dans celui de Shengjin (Albanie), jusqu'à ce que la Cour de Cassation atteste que sa rétention est illégale. Une fois libéré, il est à nouveau arrêté dans les rues de Turin et violemment maîtrisé par les agents de la police. La suite nous apprend qu'il se serait pendu dans la nuit avec les lacets de ses chaussures. « Mieux la prison que Shengjin » seraient son dernier message à son avocat. Plusieurs associations et collectifs réclament une autopsie.*
Une soirée de l'hiver 2023, le téléphone-expulsion sonnait. Il était tard, à l'autre bout du fil les gars hurlaient. Le CPR de Corso Brunelleschi était en feu. On s'est arraché à nos occupation pour s'y précipiter, incrédules. 
Derrière les murs montait dans la nuit un noir plus dense de fumé et l'on sentait partout lodeur pointue des gaz et du brulé. L'odeur du désordre. 
On a fait ce qu'on fait toujours, ce qu'on sait faire en somme, pas grand chose, du bruit et des pétards pour réchauffer les rues de leurs silence de mort. **FREEDOM HURRYA LIBERTÀ.**
Et enfin, dans un bref contour en ombres, on les a vus. Les lampadaires silhouettaient durement les contre-jours. Ils étaient bien là, ces gars qui n'étaient jusqu'à présent que les voix accrochées à une cabine téléphonique, debout et hilares sur les toits des baraques de la prison.
"Tout le monde crie ici, fait du bruit et il y a encore des gars sur le toit. Les flics sont devant les portes. Même la zone jaune fait comme nous. On en a assez. Les flics sont sortis des cages et ils ont peur dentrer. On crie. On ne se sent plus comme des êtres humains... Deux camions de police sont arrivés, ils entrent peut-être ici..." 
Quand tout est retombé ensuite, c'est curieusement la pensée du feu enfin éteint qui a rendu plus plausible encore cette nuit là. Si la beauté pouvait mourir c'est qu'elle existait vraiment.
Cette révolte allait tout changer. 
A nous qui sommes né.es avec l'idée d'un monde irréversible, il nous semblait enfin qu'il s'était ouvert une porte, une perspective. Quelques personnes avaient réussi à arracher une parcelle de liberté et à graver une certitude: face à la résignation ou à l'asservissement, à la mort programmée ou à la folie, répond parfois la révolte.
Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait.
S'en était finit, ils avaient gagné.
Ça a duré 2 ans, la trêve.
N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.
La fonction fondamentale des centres de rétention est d'une part l'évidente mise à profit de l'enfermement et de l'expulsion d'un bon nombre de personnes « sans papier », en retirant des rues une partie de ce surplus humain qui n'a pas (ou plus) trouvé de valorisation dans « l'inclusion » aux modèles capitalistes.
D'autre part les centres sont la matérialisation ultime du chantage à l'asservissement des personnes libres. Ils agissent comme un moyen de dissuasion, en instillant la peur, en bridant les résistances, pour imposer toujours plus efficacement des conditions de vies précaires au sous-prolétariat et au prolétariat majoritairement racisés.
Mais les centres de rétention ont toujours et surtout été les structures fondamentales pour assurer la perpétuation d'un ordre colonial alimenté aujourd'hui encore par une rhétorique de guerre suffocante, sur la menace du fameux « ennemi intérieur ».
Et l'actualité de ces derniers mois n'allait encore que nous le confirmer. 
Aux portes de l'Europe, débutait un génocide algorithmique perpétré en mondovision, visant le raffinement sadique du colonialisme de peuplement israélien.
Rappelons que là-bas les Palestinien.nes sont soumises à la rétention administrative [^1] depuis le début de l'occupation israélienne en 1967 et qu'ils l'étaient déjà auparavant de la même manière, sous le mandat britannique. Outil de punition collective, les centres de rétention utilisés surtout depuis la seconde intifada de septembre 2000, permettent à l'armée israélienne de retenir indéfiniment des prisonniers sans procès, sur la base d'informations tenues secrètes.
De la même manière en Italie, la répression de la résistance palestinienne et de sa solidarité internationale a explicité clairement le glissement de l'utilisation de la rétention administrative à des fins purement punitives. Les procédures sont accélérées et permettent ainsi en un éclair de légaliser une détention arbitraire et expéditive.
Par exemple à l'hiver 2024, à la suite d'une demande d'extradition des autorités israéliennes, trois Palestiniens (Ali, Anaan et Mansour) se retrouvent incarcérés en prison de haute sécurité, accusés d'association subversive à des fins de terrorisme internationale.
En septembre dernier, alors que le tribunal avait ordonné la libération immédiate de l'un des trois, Mansour Doghmosh se voit immédiatement conduit au CPR de Ponte Galeria (Rome), à peine sorti de prison. C'est l'argument de la « pericolosità sociale » [^2] qui est mis en avant par le préfet pour maintenir la détention hors du cadre pénal et suffit à incarcérer Mansour de nouveau, même si sa libération vient d'être ordonnée, en raison de l'absence d'éléments circonstanciels sérieux.
On peut aussi citer l'exemple du réfugié politique algérien Seif Bensouibat, éducateur détenu quelque temps dans le même CPR, à la suite de messages en soutien au peuple palestinien sur un tchat privé.
De la même manière et dans le silence le plus totale, nous avons su qu' il y a quelques mois, des jeunes partis des quartiers Nord de Turin à une manifestation nationale à Milan, ont été arrêtés puis mis en CPR à leurs retour. L'un d'entre eux a été déporté depuis.
Dans un climat de propagande belliqueuse, on note a quel point l'utilisation institutionnalisé de la « pericolosità sociale » permet, dans une  référence directe mais induite à la symbolique de l'ennemi interne l'expérimentation toujours plus étendue de sa criminalisation. 
Plus généralement l'utilisation, dans les articles de loi, d'un lexique extrêmement vague, permet de fait une application toujours plus subjective et extensible de la loi.
Le passage direct de la prison au CPR n'est pas non plus une nouveauté procédurale : il arrive de plus en plus souvent qu'après avoir purgé leur peine, les personnes sans papiers (ou n'ayant pas pu les renouveler pendant leur incarcération) soient envoyées quelques mois de plus derrière les murs d'un CPR, parfois pour être déportées vers leur pays d'origine, ou simplement pour purger une sorte de deuxième peine plus afflictive et violente encore.
Les personnes ici citées le sont comme exemples parce qu'elles nous semblent extrêmement emblématiques en ce qu'elles subissent les répercutions répressives directes de l'actualité de ces derniers mois. Mais elles permettent surtout de rendre compte d'un des mécanismes raciste et colonial sur lequel se base la gouvernance néolibérale. Il faut pour cela rester attentif à ce que la médiatisation de cas isolés et leur narration personnalisante ne participent pas à l'invisibilisation d'une réalité systémiques massive. 
Dans ce contexte, et comme un Napoléon en campagne, Georgia Meloni foulait de ses bottes le sol albanais pour y négocier la construction de nouvelles colonies pénales, reconfirmant l'épanouissement du concept expansionniste italien depuis sa chute et son expulsion par la résistance en 1945.
Le cas albanais est devenu pendant cette trêve notre centre d'intérêt principal, puisqu'il redéfinit plus clairement la ligne européenne de relocalisation de la rétention « administrative » et de la torture, ainsi que sa stratégie d'annihilation brutale de l'excédent humain du capitalisme.
Ils espèrent que plus on est loin des yeux, plus on est loin du cœur.
Ils ont déplacé les cages à la périphérie des villes, près des vaches, quelque part dans un pré.
Sur des îles, en pleine mer, parmi les poissons.
Ils ont fait pousser des murs, ajouté des barbelés et des cadenas pour leurs trousseaux de clés.
Ils ont même créé un nouveau bateau-prison, un engin flottant pour enfermer les sans papiers au large de la Manche. Le Bibby Stochkolm. Quel nom. [^3]
L'accord avec l'Albanie est une nouvelle démonstration du projet d'externalisation des frontières européenne, avec la coopération des gouvernements du pourtour méditerranéen, par le biais de soi-disant accords bilatéraux avec des pays tiers sûrs. La collaboration des gouvernements de ces pays est rendue possible par l'injection d'argent nécessaire pour « stabiliser » l'économie, en alimentant le récit si cher à Meloni de la « revendication du droit de ne pas migrer ». 
Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une tendance à long terme: délocalisation des frontières, délégation du contrôle, expérimentation technologique et juridique massive...Il s'agit d'éléments consolidés des politiques migratoires contemporaines, à partir desquels le « modèle albanais» a pris forme.
Aux nouveaux CPR de Gjader et Shengjin, s'applique une double juridiction: italien à l'intérieur des murs des installations, albanais à l'extérieur. La présence d'une prison à l'intérieur du camp est donc justifiée par cet arrangement juridique, qui souligne une fois de plus le lien entre la rétention administrative et la détention pénale. La présence d'une prison italienne en territoire albanais n'est pas sans rappeler les prisons fascistes d'Érythrée, dernières prisons italiennes en terre étrangère, et leur matrice purement coloniale.
Outre les politiques de dissuasion mises en place depuis des années, il semble donc que l'Europe soit prête à intervenir de manière tout aussi radicale dans l'expulsion forcée des personnes qui sont restées ou sont devenues illégales sur son territoire. C'est en tout cas ce qui ressort pour l'instant de la nouvelle proposition de la Commission européenne de mars dernier où le protocole italo-albanais a été érigé en modèle dans la mise en œuvre du dernier Pacte européen sur la migration et lasile. L'Europe devrait bientôt disposer d'un nouveau cadre législatif commun qui permettra aux États membres, d'accélérer et de simplifier les procédures d'expulsion, ainsi que d'autoriser et d'étendre, sur le modèle albanais, le transfert des demandeurs d'asile déboutés en attente d'expulsion en dehors de l'UE vers des « centres de retour » spécialement construits pour les expulsions.
La trêve est finie aujourd'hui. Le 25 Mars dernier le CPR de corso Brunelleschi rouvrait ses portes. Mais il est certain qu'il y aura d'autres révoltes et autant d'autres mobilisations en solidarité avec les prisonniers et contre le génocide en cours à Gaza au Soudan et ailleurs encore.
Si les CPR sont une stratégie répressive en amont pour décourager la lutte des classes oppressés en les tenant en échec, il nous paraît alors que peut être cette lutte la soit en quelques sorte une lutte d'introductive à toute les autres...
Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En intersection et en solidarité, élargissons la brèche ! **Free Palestine ! Fuoco ai CPR !**
[^1]: C'est peut-être le bon moment pour expliquer la différence entre détention pénale et rétention administrative, même si tout ce que vous lirez dans ces pages montre bien à quel point cette distinction est et a toujours été, en France comme partout ailleurs, seulement théorique : contrairement à la détention, la rétention administrative ne devrait pas être une mesure punitive en soi. Elle devrait être prise à l'encontre d'une personne étrangère en situation irrégulière dans le but exclusif de l'expulsion, et devrait s'appliquer seulement dans des cas très spécifiques. 
[^2]: Que nous traduirons littéralement par « danger social » et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la notion de « trouble ou menace à l'ordre public », dont l'utilisation prolifère ces derniers temps dans le système judiciaire français.
[^3]: Sacré nom et sacrée histoire vraiment : John Bibby, fondateur de la compagnie de transports maritimes britannique Bibby Line, actuelle propriétaire du Bibby Stocholm, commença sa carrière au début du XIX siècle avec trois bateaux affrétés pour la traite des esclaves. Il fut mystérieusement (et bienheureusement) tué en 1840, mais sa compagnie a continué de prospérer jusqu'à aujourd'hui. Deux siècles d'expertise dans le sang et le pognon. Chapeau.

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<h1>Archives for ravages</h1> <h1>Archives for ravages</h1>
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<dt>ven. 24 octobre 2025</dt>
<dd><a href="/breves-3.html">Brèves</a></dd>
<dt>ven. 24 octobre 2025</dt>
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<dt>ven. 24 octobre 2025</dt>
<dd><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></dd>
<dt>ven. 24 octobre 2025</dt>
<dd><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></dd>
<dt>ven. 24 octobre 2025</dt>
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<dt>ven. 11 octobre 2024</dt> <dt>ven. 11 octobre 2024</dt>
<dd><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></dd> <dd><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></dd>
<dt>ven. 11 octobre 2024</dt> <dt>ven. 11 octobre 2024</dt>
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<dt>lun. 04 décembre 2023</dt> <dt>lun. 04 décembre 2023</dt>
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<dt>lun. 04 décembre 2023</dt>
<dd><a href="/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html">La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</a></dd> <dd><a href="/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html">La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</a></dd>
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<dd><a href="/lexique-frontiere.html">Lexique : frontière</a></dd> <dd><a href="/lexique-frontiere.html">Lexique : frontière</a></dd>
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<dd><a href="/lintegration-a-coups-de-patates.html">L'intégration à coups de patates</a></dd> <dd><a href="/lintegration-a-coups-de-patates.html">L'intégration à coups de patates</a></dd>
<dt>lun. 04 décembre 2023</dt> <dt>lun. 04 décembre 2023</dt>
<dd><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></dd>
<dt>lun. 04 décembre 2023</dt>
<dd><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></dd>
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<dd><a href="/refoulements-violents-a-la-frontiere-greco-turque-recit-dune-derive-europeenne.html">Refoulements violents à la frontière greco-turque : récit d'une dérive européenne</a></dd> <dd><a href="/refoulements-violents-a-la-frontiere-greco-turque-recit-dune-derive-europeenne.html">Refoulements violents à la frontière greco-turque : récit d'une dérive européenne</a></dd>
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<dd><a href="/remplacer-les-frontieres-par-des-forets-dherbes-sauvages-des-imaginaires-territoriaux-emancipateurs-contre-linvisibilisation-des-frontieres.html">Remplacer les frontières par des forêts d'herbes sauvages : des imaginaires territoriaux émancipateurs contre l'invisibilisation des frontières</a></dd> <dd><a href="/remplacer-les-frontieres-par-des-forets-dherbes-sauvages-des-imaginaires-territoriaux-emancipateurs-contre-linvisibilisation-des-frontieres.html">Remplacer les frontières par des forêts d'herbes sauvages : des imaginaires territoriaux émancipateurs contre l'invisibilisation des frontières</a></dd>
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<dd><a href="/tadi-taxi-oula-saroukh.html">Tadi taxi oula saroukh ?</a></dd> <dd><a href="/tadi-taxi-oula-saroukh.html">Tadi taxi oula saroukh ?</a></dd>
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<dd><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></dd>
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<title>ravages - Articles by ravages</title> <title>ravages - Articles by ravages</title>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
</section> </section>
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<h2>Sommaire</h2> <h2>Sommaire</h2>
<ul> <ul>
<!-- Figure out current issue number --> <!-- Figure out current issue number -->
<li><a href="/edito_02.html">Edito</a></li> <li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li>
<li><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></li> <li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/lexique-appel-dair.html">Lexique : appel d'air</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/calais-ca-existe-le-deuil-solidaire.html">Calais : ça existe le deuil solidaire ?</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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<title>ravages - Articles by ravages</title> <title>ravages - Articles by ravages</title>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
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<h2>Sommaire</h2> <h2>Sommaire</h2>
<ul> <ul>
<!-- Figure out current issue number --> <!-- Figure out current issue number -->
<li><a href="/edito_02.html">Edito</a></li> <li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li>
<li><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></li> <li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/lexique-appel-dair.html">Lexique : appel d'air</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/calais-ca-existe-le-deuil-solidaire.html">Calais : ça existe le deuil solidaire ?</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
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<h2>Sommaire</h2> <h2>Sommaire</h2>
<ul> <ul>
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<li><a href="/lexique-appel-dair.html">Lexique : appel d'air</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
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<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
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<h2>Sommaire</h2> <h2>Sommaire</h2>
<ul> <ul>
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<li><a href="/edito_02.html">Edito</a></li> <li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li>
<li><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></li> <li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/lexique-appel-dair.html">Lexique : appel d'air</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/calais-ca-existe-le-deuil-solidaire.html">Calais : ça existe le deuil solidaire ?</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
<hr> <hr>
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<title>ravages - Articles by ravages</title>
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<h2 id='site-subtitle'><div class="subtitle-box""">chroniques de luttes à la frontière franco-italienne</div></h2>
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<section id="content">
<h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
</section>
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<h2>Sommaire</h2>
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<li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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<title>ravages - Articles by ravages</title>
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<h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p>
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<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
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<title>ravages - Authors</title> <title>ravages - Authors</title>
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<h1>Authors on ravages</h1> <h1>Authors on ravages</h1>
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<li><a href="/author/theo.html">theo</a> (1)</li>
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<h2 class="entry-title">Brèves </h2>
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<p><strong>Tout va mal, y'a pas à chier.</strong>
<em>L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.</em></p>
<h3>5 juillet</h3>
<p>À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.</p>
<h3>14 juillet</h3>
<p>Un autre incendie se déclare dans une chambre du Refuge Solidaire à Briançon. Cest sans conséquences pour les personnes présentes, mais le bâtiment est inutilisable pendant plusieurs semaines. Sur demande des pompiers et bien à contrecœur, le maire de Briançon est contraint de réquisitionner un gymnase et de le mettre à disposition pour l'hébergement d'urgence des primo-arrivant.es. Mais au bout de deux nuits, c'est le préfet qui prend le relais, en préemptant la Maison de la Géologie. Étonnante sollicitude de nos caïd locaux qui, pendant des années, n'avaient pris en charge que la répression et la stigmatisation du phénomène migratoire. Le souvenir de la grande occupation du Pado de l'été 2023 aurait fait peur aux flics ?</p>
<h3>3 septembre</h3>
<p>Dans le détroit du Pas-de-Calis, naufrage d'une embarcation transportant 65 personnes exilées. L'après-midi du même jour, Gérald Darmanin s'exprime à Boulogne-sur-Mer. Il remercie les secours et défend la stratégie adoptée par le gouvernement sur cette frontière, avec ses 1700 policiers et gendarmes déployés. Il semble pourtant que les passages de cette frontière ne cessent d'augmenter et que l'année courante soit la plus meurtrière depuis le début du phénomène des bateaux de fortune sur la Manche. Si une stratégie existe vraiment, on a du mal à comprendre ses objectifs.</p>
<h3>2 octobre</h3>
<p>À Hendaye (Pays Basque) 7 militant.es issues d'organisations politiques, sociales et syndicales, dont 3 membres de la Fédération Etorkinekin Diakité, se retrouvent en garde-à-vue, inculpées pour avoir aidé 36 personnes à traverser la frontière franco-espagnole. L'action de désobéissance civile avait été revendiquée par une vingtaine d'associations et collectifs locaux. Elle s'était déroulé le 24 mars 2024 pendant la Korrika (manifestation sportive, festive et solidaire qui, tous les deux ans, traverse le Pays Basque sur un parcours de plus de 2700 kilomètres). L'indignation provoquée par cette arrestation va donner lieu à un mouvement de soutien populaire de grande ampleur. Plusieurs manifestations seront organisées en France et en Espagne par des dizaines d'associations, syndicats et collectifs. Le procès, qui aurait dû commencer le 28 janvier, sera plusieurs fois reporté, jusqu'à la date du 7 octobre 2025.</p>
<h3>9 octobre</h3>
<p>À Briançon, ouverture d'un nouveau squat : le Boulodrome Libre ou Bou'li. Le même jour, à Madrid, le premier ministre Pedro Sanchez prononce un discours pro-immigration qui dit, entre autre : « Nous sommes des enfants de limmigration. Nous nallons pas être les parents de la xénophobie ».
Voilà deux choses qui n'ont rien à voir mais qui font bien plaisir.</p>
<h3>14 octobre</h3>
<p>L'Italie transfère vers l'Albanie un premier groupe de personnes exilées interceptées au large de Lampedusa. Mais le 18 octobre, le Tribunal de Rome nie la validité légale de la mesure et les exilé.es sont rapatrié.es sur le territoire italien. A partir d'avril, un des deux centres albanais, celui de Gjader, sera transformé en CPR (l'équivalent des CRA en Italie : voir l'article Histoire d'une trêve), où quelques dizaines de personnes sont enfermées sans procès et sans pouvoir communiquer avec leurs familles et leurs avocats, pour être ensuite rapatriées vers leur pays d'origine (en passant à nouveau par l'Italie, l'Albanie n'étant pas en mesure d'expulser directement).</p>
<h3>14 novembre</h3>
<p>Le Bou'li est expulsé et quatre personnes écopent de 24 heures de garde-à-vue. Le même jour, à Montgenèvre, la PAF reprend les refoulements comme si la décision du conseil dÉtat du 2 février n'existait pas (voir l'article Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?) Encore deux choses qui n'ont pas vraiment de rapport, à gerber toutes les deux par contre.</p>
<h3>9 décembre</h3>
<p>Le régime de Bachar Al-Assad n'est pas tombé depuis vingt-quatre heures que déjà Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège et Suède s'empressent de suspendre les demandes d'asile des exilé.es syrien.nes. Remarquable mélange d'illusionnisme bureaucratique et d'opportunisme raciste : en un tour de main la chute d'une dynastie sanguinaire devient un prétexte pour expulser des gens.</p>
<h3>31 décembre</h3>
<p>C'est la fin de l'année et c'est l'heure des bilans. Il semble quen 2024 le nombre de traversées en Méditerranée ait baissé de presque 60% par rapport à 2023. On n'aime pas trop les chiffres par ici, mais pour une fois nous avons envie de jouer le jeu. Parce qu'on parle de 70mille personnes arrivées par la mer en une année, sur un continent qui compte presque 450 millions d'habitant.e.s. La proportion est donc de 0,015% en 2024, 0,03% en 2023. Ya plus d'alcool dans une bière sans alcool. Peut-être que ça peut faire réfléchir celleux qui parlent d'invasion, de grand remplacement, de submersion, et qui ont fait de l'immigration un sujet électoral plus urgent que le réchauffement climatique ou les mort.e.s au travail (par exemple).</p>
<h3>19 janvier</h3>
<p>À Turin, Osama Najim dit « Almasri », dirigeant de la police judiciaire libyenne, était de passage avec ses potes pour voir un match de foot. Peinard le gars, sur qui pèsent des accusations d'abus, violences et tortures, perpétrées dans le centre de rétention pour migrant.es de Tripoli dont il est le directeur. La police italienne l'arrête le dimanche soir suite à un signalement de l'Interpol, mais trois jours plus tard il est relâché par intercession du Ministre de la Justice en personne, qui lui paye un vol pour Tripoli. Peinard le gars.
Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-côtes libyens, pour qu'ils capturent les migrant.es dans les eaux territoriales libyenne et les enferment de manière arbitraire dans des prisons absolument terrifiantes. (A lire : Out of Libya, rapport de Médecins Sans Frontières, mais aussi notre article La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte.)</p>
<h3>23 janvier</h3>
<p>Le ministre de l'Intérieur Retailleau diffuse une circulaire ministérielle qui durcit les normes pour la régularisation des travailleur.euses étrangères. Elle prévoit notamment d'apporter la preuve d'une présence dau moins sept ans en France, contre cinq ou trois auparavant, et de fournir une preuve avancée de maîtrise du français (un diplôme ou bien une certification linguistique), là où la précédente circulaire Valls demandait simplement une maîtrise orale. Enfin, en cas de refus de la demande de régularisation, la préfecture devra « systématiquement » délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à la personne concernée.</p>
<h3>6 février</h3>
<p>En Lybie, 93 cadavres de migrant.es retrouvés dans deux fosses communes dans les régions de Jikharra et Kufra. En mars 2024, une autre fosse commune avait été découverte, contenant au moins 65 corps.</p>
<h3>12 février</h3>
<p>Aux USA,120 mots sont bannis par l'administration Trump du lexique de la recherche scientifique. Sur la liste on trouve Activisme, Défenseur, Équité, Égalité, Inclusion, Femme, Minorité, Réchauffement Climatique, Trauma. Plus localement, dans la région PACA, l'actuel président a annoncé que toute subvention sera refusée aux associations utilisant la langue inclusive. Nous allons essayer d'utiliser tous ces mots et la langue inclusive à fond, dans ce numéro et partout, tant que c'est encore possible. Et à rester woke aussi, n'en déplaise aux croûtons réactionnaires de tous les âges et bords politiques.</p>
<h3>13 février</h3>
<p>LÉtat français est condamné par la cour administrative de Bordeaux à payer plus de 800mille euros de dédommagement à la Communauté dagglomération Pays Basque, pour le financement du centre Pausa de Bayonne, qui, depuis 2019, accueille les primo-arrivant.es de la frontière franco-espagnole. La cour a rappelé que l'hébergement d'urgence est une responsabilité dÉtat et tout le blabla. Le précédent semble donner des idées aux assos briançonnaises en galère de thune. Les ravago-anarco-toto-no-border que nous sommes restent (comme souvent) dubitatives. Nous considérons que, malgré toutes ses limites, un Refuge Solidaire autonome fera toujours moins pire que les mercenaires d'un État fasciste, sans oublier que c'est grâce à l'existence de ce Refuge tâtonnant et cradingue que Briançon, avec ces centaines de bénévoles et activistes qui débarquent tous les ans des quatre coins du monde, est aujourd'hui un creuset de luttes, de rencontres et d'inventions antagonistes.</p>
<h3>20 février</h3>
<p>Avec le soutien du gouvernement, le Sénat adopte une proposition de loi visant à interdire le mariage entre français.es et étrang.ères en situation irrégulière. Il y a peu de chance que le Conseil constitutionnel laisse passer cette aberration, la liberté du mariage étant inscrite dans la Déclaration des Droits de lHomme. Mais les racistes au pouvoir sont joueurs aha! En tout cas avec l'argent et la peau des autres - ça oui.</p>
<h3>26 février</h3>
<p>À l'issue d'un comité interministériel autour de l'immigration, Bayrou annonce la généralisation du recours à la « Force Frontière » dans l'ensemble de l'Hexagone. Il s'agit de la fameuse Border Force, annoncée mais jamais vraiment expérimentée l'été 2023, dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Ce dispositif regroupe la gendarmerie, la police, les douanes, l'armée et tutti quanti. Pourtant, dans notre souvenir, l'été 2023 a été celui d'un sensationnel record d'arrivées. Alors pourquoi pas ! Il suffit, encore une fois, d'oublier les tonnes d'argent publique jetées par la fenêtre.</p>
<h3>18 mars</h3>
<p>Benyamin Nétanyahou décide de bombarder Gaza et de rompre le cessez-le-feu du 15 janvier 2025. L'attaque fait au moins 413 morts selon le ministère de la santé palestinien. Pendant que le génocide suit son cours, en France le collectif Urgence Palestine risque la dissolution. Monde colonial de merde.</p>
<h3>Mi-avril</h3>
<p>À Briançon, la crise de financement qui bouscule le monde associatif touche de plein fouet le Refuge Solidaire. L'asso se trouve à devoir licencier la plupart de ses salarié.es. Le milieu militant briançonnais plus compact que jamais se serre les coudes pour éviter une fermeture qui risquerait d'être définitive.</p>
<h3>25 avril</h3>
<p>Aboubakar Cissé est poignardé à mort dans la mosquée Khadidja près d'Ales, dans le Gard. Le meurtrier aurait crié « Ton Allah de merde ». Mais y en a toujours qui refusent d'utiliser le mot islamophobie, genre « nos » ministres (Valls, Berger, Retailleau et tous les autres). Remonde de merde.</p>
<h3>13 mai</h3>
<p>Àprès avoir été reçu Place Beauveau par le ministre Retailleau, le maire de Briançon Arnaud Murgia se félicite sur les réseaux sociaux d'avoir obtenu « une compagnie de CRS en renfort à la frontière ». Décidément, l'État ne regarde pas à la dépense quand il s'agit d'alimenter la propagande de la répression. Et en plus, à la différence de la Border Force, les CRS sont tout de suite bien présents à Montgenèvre, avec leurs sales tronches et leurs manières d'hooligans.</p>
<h3>15 mai</h3>
<p>Ça y est, le rouleau compresseur des Jeux Olympiques dhiver 2030 est lancée. Le contrat hôte a été signé par le Comité International Olympique (CIO) et les régions AURA et PACA, tandis que la loi « dexception » des Jeux Olympiques sera inspectée au Sénat en juin. Elle prévoit dans ses articles 34 et 35 de passer à un niveau supérieur de flicage et de militarisation de notre ville de frontière, avec des nouvelles caméras dopées à l'Intelligence Artificielle et des « interdictions de paraître pour les personnes constituant une menace pour la sécurité publique ».</p>
<h3>17 mai</h3>
<p>À Milan, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment, devait se tenir le premier sommet continental sur la « remigration », le projet de déportation massive de toutes les personnes racisées en dehors des frontières du continent européen. Le but avéré de la réunion était de trouver des moyens concrets pour « mettre en œuvre ce projet dans les systèmes politiques occidentaux » et « diffuser lidée dans le débat public ». Mille antifascistes défilent dans les rues de la ville. L'hôtel qui aurait dû héberger la bande de fachos annule la réservation. L'événement n'aura pas lieu.</p>
<h3>31 mai</h3>
<p>Les autorités britanniques ont détecté 1194 arrivées de migrant.es ayant traversé la Manche pour cette seule journée. C'est un record. Nous aimerions souhaiter bon vent et bon courage à nos ami.es qui traversent une mer de plus en quête d'un avenir meilleur. Pendant ce temps, le premier ministre Keir Starmer promet de réduire significativement l'immigration régulière et irrégulière dans son pays.</p>
<h3>31 mai bis</h3>
<p>Dans le Var, un habitant de nationalité tunisienne est tué par balle par son voisin qui venait de publier sur les réseaux sociaux des vidéos à caractère raciste. Le parquet anti-terroriste est saisi, on parle bien de meurtre raciste. Par contre le mot islamophobie reste imprononçable. Re-re-re-monde de merde.</p>
<h3>Début juin</h3>
<p>3 nouveaux Algecos sont apparus au côté de la PAF de Montgenèvre. Si hier, « seulement » 20 personnes pouvaient se retrouver enfermées pendant 24 heures maximum dans un seul Algeco (qui a tout récemment été équipé de toilettes, grandiose !), les chiffres pourront monter jusqu'à une centaine de personnes dorénavant. Des filets toujours plus grands pour la pratique du refoulement, que les flics et leurs tuteurs adorent tant.</p>
<h3>18-19 juin</h3>
<p>« Ne venez pas en France, nous naccepterons rien, cest la tolérance zéro » : c'est par ces mots que Retailleau annonce deux jours de rafles de « clandestins »  partout sur le territoire français. 4000 agents et soldats sont mobilisés. La date du 18 juin était associée jusque-là à l'appel lancé par De Gaulle en 1944 contre le pétainisme et le Nazi-Fascisme. Il le sera maintenant au rétablissement officiel des rafles racsites en France, par les nouveaux fascistes au pouvoir. </p>
<h3>2 juillet</h3>
<p>L'Assemblée Nationale adopte une nouvelle loi sur les CRA. Elle augmente la durée de rétention de 90 à 210 jours, permet le port du bracelet électronique pendant 6 mois à la sortie du CRA, autorise l'enfermement en CRA des personnes demandeuses d'asile. C'est pas pour se répéter, mais tout va mal, y a pas à chier.</p>
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<h2>Sommaire</h2>
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<li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
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<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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<title>ravages - L'année 2023 vue d'ici</title> <title>ravages - L'année 2023 vue d'ici</title>
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<title>ravages - L'année 2024 vue d'ici</title> <title>ravages - L'année 2024 vue d'ici</title>
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<h2 class="entry-title">« C'est qui le blédard ? » </h2>
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<h3>Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail</h3>
<p><em>Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande de blanc.hes dans cette revue et nous pensons qu'il faut parler de racisme partout et notamment entre nous, mais que pour ça il faut aussi parfois se taire et écouter.</em>
<em>Alors on a pensé à interviewer notre jeune ami Junior, qui est arrivé en France il y a deux ans en passant la frontière à Montgenèvre. Il a réussi à se faire reconnaître mineur, ce qui est refusé à 70% des jeunes qui le demandent en France (source Médecins du Monde) et il a été pris en charge par les structures de la protection à l'enfance qui ont décidé de l'envoyer à Nantes. Il s'est vu alors attribuer une place en foyer, l'accompagnement par une association, l'accès à des formations pour des métiers peu qualifiés. Mais même avec ça, tout n'est pas rose !</em>
<em>Aujourd'hui Junior nous parle du racisme qu'il rencontre partout depuis qu'il vit en France : au travail, à l'école, dans la rue. En salle de classe, à la cantine, dans la cours de récré. Il nous expose ses réflexions, son cheminement, ses petits et grands combats, ses techniques d'auto-défense. Il a même un conseil à donner aux jeunes qui arrivent en France en passant par Briançon mais ça vaut pour tous les autres aussi.</em></p>
<p><strong>Ravages :</strong> Est ce que tu peux te présenter ? Ce que tas envie de dire sur toi , qui tu es…</p>
<p><strong>Junior :</strong>Je me nomme Yao Kouassi Junior. Je suis arrivé en France en 2023. Je suis rentré de lItalie en France en 2023 par Briançon. Jai été accueilli par des amis. Jai fait plus de 3 mois avec eux, ils étaient sympas avec moi. Jattendais mes documents administratifs qui devaient arriver de la Côte dIvoire. Après cette attente mes papiers sont arrivés et je suis parti sur Nice pour aller faire ma demande de minorité. Ma demande a été accepté et jai été transféré à Nantes par le juge. Mais quand je suis arrivé à Nantes cétait pas facile.</p>
<p><strong>R. :</strong> Pourquoi c'était pas facile?</p>
<p><strong>J. :</strong> Parce que je venais darriver, je connaissais pas la ville, cétait pas facile. Jai rencontré des racistes dans ma vie quotidienne. A lécole comme en ville. Les gens me jugeaient pour ma couleur et pour mon accent. Ils me disaient « le blédard », ils se moquaient de moi, quand ils me voyaient ils se mettaient ensemble à rigoler. A lécole, dans la ville, dans les transports en commun, les personnes âgées comme les jeunes. Y'a des gens qui veulent pas m'approcher parce que je suis noir. Souvent cest triste, mais on essaie de faire avec.
Mais jétais étonné de croiser des gens qui nous détestait autant sans nous connaître. Moi on m'avait dit que les gens sont racistes à Nice [où Junior a passé son entretien pour la reconnaissance de minorité]. Mais comme Nantes c'est une grande ville, je me suis dit que les gens sont intelligents, que y'a beaucoup de blacks, donc je ne vois pas pourquoi je serais jugé pour ma peau. Mais c'était une erreur. Quand je suis arrivé au centre de formation, cétait pas la même chose. Tes le seul black et tous les regards sont sur toi. Ils te le disent pas en face. Ils se mettent ensemble, ils commencent à te critiquer, et quand tu tapproches deux ça sarrête. Ils parlent plus mais une fois que tu tournes le dos ça reprend. Cest frustrant.
Après moi jai expliqué à mon association [lassociation prestataire de l'Aide Sociale à l'Enfance du département où il habite] les moqueries et tout ça et je leur ai dit que jarrivais pas à bien travailler à lécole. Parce que à chaque fois quon nous pose des questions, jai peur de prendre la parole. Et lassociation ma dit que cétait comme ça, que jallais croiser les bonnes personnes et les mauvaises personnes et il fallait que je mhabitue.
A l'école, quand je suis arrivé, j'étais en retard , y'avait des choses que je devais rattraper. Avec le professeur ça allait, mais c'est toujours les élèves. Mais c'est pas des élèves dans la même classe, ce sont des élèves qui sont dans la cour, par exemple à 10h, quand on sort juste pour un quart d'heure, c'est là que tout commence. On va manger à la cantine, y'a trop de regard, donc ça fait que moi je vais plus manger à la cantine. J'ai passé plus de 6 mois sans manger là-bas. J'ai mangé là-bas deux fois et on me facturait quand même. Je disais que c'était les plats qui m'allaient pas, mais c'était le comportement des élèves qui faisait que j'y allais pas. Les dirigeants ils n'ont pas de problèmes avec moi, c'est toujours les élèves.</p>
<p><strong>R. :</strong> T'as déjà répondu à une attaque raciste à l'école?</p>
<p><strong>J. :</strong> Oui j'ai déjà répondu. A l'école j'ai injurié une fille, parce que elle avait dit que j'avais une tête de violeur. Alors moi je lui ai dit carrément que j'allais violer sa maman puis elle-même. Elle s'est mise à pleurer. Moi je n'ai pas voulu dire ça, mais c'était pour lui faire peur. Après tout ça, jai cherché une alternance pour quitter cette école. Maintenant je fais une formation dans laide aux personnes âgées.</p>
<p><strong>R. :</strong> Et là, avec les personnes âgées, ya eu des problèmes de racisme?</p>
<p><strong>J. :</strong> Oui. Une fois je suis allée chez un monsieur. La première fois jy suis allé avec un collègue qui est blanc, un français. Quand je suis arrivé là-bas, le monsieur a dit « Mais cest qui lui là ? ». Mon collègue a dit « Cest Junior, cest un jeune en stage ». Et là le regard du monsieur a changé, jai su quil était pas content. Un jour je suis revenu seul, le monsieur il ma fatigué. Il me disait «  Prend ça » « Apporte-moi ça ». A la fin jétais épuisé et je lui ai dit « Je peux pas faire tout, je suis pas un robot monsieur. Je viens pour prendre soin de vous, c'est pas pour vous faire du mal ». Donc rapidement j'ai appelé mon entreprise et j'ai dit « Je vais plus aller chez lui ». La patronne m'a demandé pourquoi. Je lui ai expliqué, j'ai dit que quand je suis arrivé, directement le monsieur m'a dit d'aller laver mes mains, comme si mes mains étaient sales, alors que quand j'étais là-bas la première fois avec le blanc, il ne lui a jamais dit de laver les mains. La patronne a compris et je suis plus allé là-bas. A part lui ça va, les autres je m'entend bien. Y'a même d'autres personnes qui me donnent des cadeaux.</p>
<p><strong>R. :</strong> Et toi, avec toute cette expérience, si tu devais dire ce que c'était le racisme tu dirais que c'est quoi?</p>
<p><strong>J. :</strong> Le racisme moi je dis que c'est les gens qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, parce qu'on peut pas juger quelqu'un quand on le connaît pas. On peut pas juger une personne parce qu'elle n'a pas le même accent que toi. Donc c'est les personnes qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, qui ne sont jamais sorties de leur ville ou leur pays, ce sont des racistes.</p>
<p><strong>R. :</strong> Et est-ce que tu penses que y'en aura toujours du racisme ?</p>
<p><strong>J. :</strong> Si si y'en aura toujours. Parce que y'a toujours des gens qui sont bêtes. Par exemple cette dame que j'ai eu à l'école. Quand elle parlait, ça se voyait qu'elle était raciste. Une fois je suis venu en retard. Tout de suite j'ai vu que sa réaction, quand les autres viennent en retard, c'est pas la même réaction que quand moi je viens en retard. Je lui ai dit « Madame si vous pensez que si on est pas de la même couleur que vous, vous ne pouvez pas nous former, dites-moi et je viendrais plus ici ». Elle m'a dit « Non Junior c'est pas ça, moi je fais tout pour être là et puis toi, tu es en retard ». Je lui ai dis « Madame moi c'est la première fois que je suis en retard , y'en a qui arrivent toujours en retard et vous rigolez, tout le monde rigole ici mais pourquoi quand c'est mon tour vous changez de visage ? ».</p>
<p><strong>R. :</strong> Elle t'a dit quoi?</p>
<p><strong>J. :</strong> Elle a rien dit, elle a dit qu'il faut pas que je le prenne mal. Elle a vu que j'étais fâché, parce que moi je rigole pas. Quand tu es raciste je te montre que tu es bête. Après elle m'a appelé quand le cours était fini, elle m'a dit « Non Junior, faut pas le prendre comme ça. Je t'aime bien, je vois que tu es intégré, c'est bien ». Je lui ai dit « Non mais madame, je suis toujours à l'heure, ce jour-là c'était à cause des transports, donc faudrait que vous me compreniez ». Après ça, ça va mieux. Mais comme elle est devenue formatrice elle est obligée de dire qu'elle est pas raciste, mais on sent qu'elle l'est.</p>
<p><strong>R. :</strong> Toi tu trouves que ça se sent chez les gens?</p>
<p><strong>J. :</strong> Oui. Y'a des gens ça se sent, mais y'a des gens tu sens que c'est l'amour vrai. Parce que moi si quelqu'un me dit « Tous les français sont racistes », je vais dire que c'est faux parce que avec vous j'ai appris que tout le monde n'est pas raciste. Mais par contre il y en a. Et il y en a trop trop trop trop.</p>
<p><strong>R. :</strong> Et comment tu penses qu'on pourra arrêter d'être raciste ?</p>
<p><strong>J. :</strong> D'abord on doit pas les écouter, on doit répondre avec des actes concrets. On doit leur prouver que nous on vaut mieux que eux. Par exemple aujourd'hui si tu vas dans les hôpitaux et dans les restos, il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent. Donc on doit leur montrer qu'on est pas venu en France pour faire autre chose que travailler et s'intégrer et faire comme tout le monde. C'est à nous de le prouver. Parce que quand on fait le racisme sur toi, on te dit que tu peux pas y arriver, parce qu'on te dit ça, que toi t'es noir, que tu peux pas le faire et on se moque de toi, donc tu dois montrer que malgré ta couleur tu peux faire comme les autres. C'est comme quand tu as des enfants, qui te comprennent pas, tu dois faire un effort pour les éduquer, que tes enfants puissent comprendre. C'est à nous de les éduquer.</p>
<p><strong>R. :</strong> Toi tu penses que tu vas toujours subir du racisme dans ta vie, en France ?</p>
<p><strong>J. :</strong> Oui. Mais je sais que je veux m'intégrer, peu importe ce que les gens vont dire. Moi je m'en fous en fait. Mes réactions face aux personnes ce ne sont plus les mêmes. En 2023 je répondait du tac au tac, mais maintenant je réfléchis une fois deux fois trois fois avant de répondre. Je veux plus répondre. Plus tu réponds, plus ça devient grave. Mais si tu vis ta vie comme si tu n'entendais pas, tu vis mieux. C'est ça que je voudrais dire aux noirs qui subissent du racisme, de ne pas écouter, de faire comme s'ils les voyaient pas, de se concentrer sur leurs objectifs. A quelqu'un qui te critique, tu lui répond pas, parce que quand tu réponds, ça lui donne de la force. Si tu réponds à chaque fois tu seras fatigué.
Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France, que Briançon c'est juste une petite ville où les gens sont tellement sympas, mais quand ils vont arriver en ville, il faut qu'ils se préparent mentalement, parce qu'ils vont subir des choses, ils vont trouver les bonnes personnes comme les mauvaises. J'ai un mot à leur dire, c'est de ne pas juger trop vite parce que c'est en jugeant que tu deviens raciste.</p>
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<h2>Sommaire</h2>
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<title>ravages - Un café éthique et woke au Refuge !</title>
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<h2 class="entry-title">Un café éthique et woke au Refuge ! </h2>
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<h3>Du coup une chicorée plutôt</h3>
<p><strong>Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et puis on sest dit que oui, premièrement parce que ça nous faisait plaisir décrire un article sur une initiative du Refuge qui a éveillé notre enthousiasme. Deuxièmement parce que nous espérons que, après le tremblement de terre de ce printemps, ce lieu retrouve et garde son équilibre pour très longtemps au moins jusquà la prochaine crise et que les cafés éthiques reprennent à lautomne prochain.</strong></p>
<p>Depuis novembre 2024, des Cafés Éthiques ont été mis en place au sein du Refuge Solidaire à Briançon. Ça se passe tous les premiers mercredis du mois et ça consiste en un temps de discussion et réflexion ouvert à tout le monde, où lon aborde toute sorte de questions qui ont à voir avec léthique de laccueil. Vous voyez toutes ces choses dont on se dit toujours : Oh ! il y aurait tellement de choses à dire là-dessus !, et : Ah si seulement on avait le temps pour discuter de cela ! Eh bien ! les associations Refuge Solidaire, Terrasses Solidaires (qui gère le bâtiment du Refuge) et Médecins du Monde, plus toute une multitude dactivistes et bénévoles qui fréquentent ce lieu ont décidé de prendre le temps quil faut, de sasseoir et discuter, en buvant une boisson coloniale ou pas.</p>
<p>Limpulsion a été donnée en partie par la fermeture de fin août 2023, qui a mis en lumière de violentes scissions entre bon nombre dacteurxices de « laccueil » sur le terrain. Au moment de la réouverture deux mois plus tard, Terrasses Solidaires a décidé de demander de laide à lassociation Pépites and Co, un cabinet de consultant.es qui accompagne la transformation des organisations et des acteur.ices associatives, publiques et de lÉconomie Sociale et Solidaire. Le cabinet leur a conseillé de ré-écrire leur projet associatif et de redéfinir leurs statuts. Sest imposé alors la nécessité dune commission éthique. Deux salariées, une de Médecin du Monde et lautre des Terrasses se sont emparées du projet : organiser des temps de discussion pour aboutir à lécriture de la nouvelle charte éthique du Refuge Solidaire. Une ami de Ravages était dans les parages et a été embarquée dans le projet. Et cest à partir de plusieurs conversations avec elle que cet article sest écrit.</p>
<p>Quand notre amie sest vue proposer de participer au projet, elle sest dit que cétait le moment parfait pour réaliser plusieurs objectifs qui semblaient utopiques quelques mois auparavant : créer du lien entre le milieu militant et le Refuge, participer à la politisation de ce lieu, redéfinir ce que signifie laccueil avec de nouveaux concepts très en vogue dans certains milieux woke (les rapports de pouvoir, les systèmes de domination et doppression, le complexe du sauveur blanc, etc.) Le projet a quelque chose denthousiasmant, en effet, pour un lieu comme le Refuge qui pratique une activité généralement exercée par des structures étatiques, soumises à des logiques plutôt imperméables à la critique militante, désignées en plus par des codes et acronymes obscurs et
peu ragoûtants tel que 115, CHRS, CADA, SAMA… Et cest bien en ça que le Refuge diffère ! Ni lÉtat ni aucune de ses succursales ne mettent un poil de radis dans cette structure, ce qui offre énormément plus de libertés sur les pratiques, les manières de faire, de penser et de communiquer.</p>
<p>Sauf que, de manière un peu évidente, la façon dinterpréter l« accueil » au Refuge na jamais fait consensus. Deux visions antinomiques se sont longtemps opposées au sein de lassociation : une favorisant linclusion, dans une volonté détablir/rétablir une certaine équité entre accueillant.e.s et accueilli.e.s, majoritairement portée par les bénévoles, les activistes et une partie des salarié.e.s ; de lautre côté, une vision dun accueil contrôlé et maîtrisé, perçu comme nécessaire à la fonction refuge de montagne, portée par certain.e.s salarié.e.s et ancien.nes membres du CA 1. Cest donc la confrontation entre ces deux visions (et les mille et une nuances intermédiaires autour de laccueil) qui a posé le cadre des Cafés Éthiques.</p>
<p>Qui participe ? Un petit groupe variable de militantexs, salariéexs et bénévoles, gravitant autour du Refuge. Quelle est la proposition ? Un temps déchange informel et convivial chaque mois pour remettre en question les pratiques dune structure, en abordant notamment les situations de racisme et de sexisme, et réfléchir collectivement à des solutions. Lobjectif immédiat ? Atteindre un consensus éthique, cest-à-dire un avis compris par touxtes. Lobjectif ultime ? La co-construction dune charte éthique partagée par toutes les associations des Terrasses Solidaires.</p>
<p>Depuis novembre, ce sont sept cafés qui ont eu lieu. Personne nest « formée » pour animer ce genre de temps. Cest donc avec une approche horizontale que sont abordés ces moments, en considérant quil ne sagit pas dun cours descendant mais bien de temps déchange, auxquels
assistent entre 20 et 30 personnes à chaque fois. Le premier café est venu poser des bases communes : les notions de privilèges, de discriminations, de préjugés, et les définitions des différents systèmes doppressions et de dominations, à travers notamment loutil de la roue des privilèges. Pour le deuxième temps, Médecins du Monde a financé la venue dune salariée du Planning Familial des Hautes-Alpes pour parler des stéréotypes de genre, comme continuum des violences sexistes et sexuelles, lors dun premier atelier de sensibilisation. Un deuxième a suivi sur la posture découte face à la réception de récits de violences sexistes et sexuelles.</p>
<p>On ne va pas énumérer et expliciter ici tous les sujets et débats ayant eu lieu durant ces Cafés. Mais ce que nous pouvons retenir, cest que, grâce à cette initiative, le Refuge Solidaire sest enfin emparé du gros sujet auquel il fait face : cest quoi accueillir quelquunex dans un contexte de frontières ? Quelles sont les discriminations inhérentes à un hébergement durgence/structure daccueil et lesquelles relèvent du racisme ? Est-ce que laccueil de personnes en situation de précarité induit nécessairement des rapports de domination ? Plus généralement, est-ce-que laccueil au Refuge est intrinsèquement raciste ? Car oui, ce qui a pu diviser, et divise encore au Refuge, ce sont les enjeux de racisme. Pendant longtemps, le racisme a été un non-sujet au sein du Refuge. Bien évidemment, des remarques, des messes-basses, des invectives ont toujours su fuser à bon ou mauvais escient dans lenceinte ou en dehors. Mais cest pour la première fois que le sujet est posé sur la table, pour en discuter ensemble. Cest enfin la prise en compte que tout le monde ne débarque pas du même endroit et quil est nécessaire et impérieux de discuter de nos pratiques et de nos postures. Laccueil dun public précaire spécifique aux hébergements durgence, mais en plus racisé, racialisé (dans le sens où notre propre regard blanc produit ce racisme, sous couvert de simples préjugés raciaux) a toujours créé des tensions. Cest en partie un clash générationnel, entre les ancien.nes, qui ont longtemps eu du mal à parler de la race, et les jeunes militant.e.s et bénévoles, qui de leur côté, adoptent volontiers un discours antiraciste et évoquent les potentiels enjeux raciaux qui se jouent dans les lieux daccueil. Mais, au-delà des différentes générations, les visions et les façons de faire accueil sont aussi le reflet de positionnements politiques très polarisées dans le contexte briançonnais, entre no-border dun côté et humanitaires soi-disant apolitiques de lautre, légalistes et non-légalistes, partisan.es de la charité ou de lautogestion. Cest très binaire, et entre les deux se trouve toujours le spectre de la complexité.</p>
<p>Ce spectre, ce sont les bénévoles du Refuge Solidaire, les salariéexs, les maraudeurses, toute une foule hétéroclite où personne na la prétention de cocher toutes les cases dune des polarités. Mais cest en cela que ces temps de discussion se sont imposés, avec la nécessité de confronter différentes visions, et douvrir certaines discussions de fond dans ce contexte durgence.</p>
<p>Ce qui au départ peut sembler abstrait et flou ces fameuses questions déthique devient extrêmement concret dans les locaux du Refuge. On commence par admettre quil existe des biais discriminants dans laccueil et on finit par se rendre compte que certaines attitudes peuvent mettre mal à laise les personnes qui viennent darriver, comme le fait de commencer une conversation par des questions intrusives en lui demandant par où elle est passée, doù elle vient, quest-ce quelle a subi. On en vient à discuter de laccès à certaines pièces du Refuge, notamment la cuisine ou
la réserve de nourriture, dont il faut connaître deux codes pour y avoir accès. Ou encore le vestiaire du bas, lui aussi doté dun verrou, ou la salle du « linge propre » et celle du « linge sale » dans lesquelles se trouvent les machines à laver, mais également les réserves de savon, rasoirs, couvertures et autres. Et le fait que les espaces de vie des bénévoles et ceux des personnes accueillies soient séparés. Et le comptage dans les chambres à 6 heures du matin, qui ne contribue par à améliorer la qualité du sommeil collectif.</p>
<p>Ces questions montrent bien la difficulté de trouver léquilibre entre ce qui relève dune structure daccueil durgence, et toutes les problématiques liées spécifiquement à laccueil dun public racisé qui endure généralement un long voyage dexil. Et cest presque vertigineux de voir jusquoù le questionnement peut sétendre. Par exemple, en réalisant que le contexte daccueil réduit forcément les postures sociales aidant.e/aidé.e, en figeant par là-même lidentité des personnes accueillies à un «instant T» de leur vie, et en les liant inextricablement à leurs conditions de «personnes qui traversent les frontières». On peut aussi interroger le partage des espaces et vérifier sil ne produit pas une une sorte de «ségrégation» des personnes accueillies dans un rôle totalement passif, puisque toutes les ressources matérielles, pourtant destinées aux personnes accueillies, ont un accès restreint, et ne sont accessibles que aux salarié.e.s et aux bénévoles. Est-ce-que cela ne représente pas, symboliquement au moins, des rapports de domination entre personnes avec les bons papiers et celles sans les bons papiers ? Et en même temps, ce côté structurant, «enfermant» même, dun lieu daccueil, ne peut-il pas avoir aussi un effet rassurant pour les personnes qui arrivent ? La possibilité de ne pas réfléchir à ce que lon doit cuisiner, de se laisser bercer par le rythme fixe des repas établi par lorga du lieu, peut aussi faire du bien après un parcours dexil déjà long.</p>
<p>Entre ces différentes positions, des solutions concrètes, un peu bancales parfois, ont pu alors advenir. Si les gens nont pas accès aux cuisines, est-ce quil pourrait y avoir un peu de nourriture mise à disposition, permettant plus dautonomie pour les personnes accueillies ? Le comptage à 6 heures du matin est-il vraiment nécessaire ? Un des derniers cafés éthiques a porté autour des mots, et de leur importance. Comment nommer les personnes qui arrivent, celles qui bénévolent ? Devons-nous parler de migrations, de personnes en exil, en mouvement ? Devons-nous parler
dun contexte durgence, ou plutôt dun besoin dorganisation immédiate ? Comment créer une culture commune sur les mots utilisés, et décortiquer les termes stigmatisants, réducteurs, binaires ?</p>
<p>Ces cafés ont donc été lun des premiers débats collectifs, au sein dun milieu militant et activiste aux trajectoires très plurielles. On ne parlera évidemment pas là dune révolution, mais dune grande avancée sûrement, dans un lieu comme le Refuge qui a débuté dans une dynamique purement humanitaire et charitable. Lexercice de lautocritique ne peut amener quà une amélioration des pratiques.</p>
<p>Pour notre amie, le Refuge est un lieu qui a évolué avec son temps, où certaines manières de faire sont devenues obsolètes, ou sont tolérées beaucoup plus difficilement. A tout cela, elle oppose quand même une grosse limite: comment inclut-on la parole des personnes concernées, cest-à-dire
les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, beaucoup de réponse à trouver, mais les énergies sont là et lenvie aussi. Ou au moins on lespère.</p>
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<li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
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<title>ravages - Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</title>
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<h2 class="entry-title">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ? </h2>
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<h3>Chronique juridique d'une année mouvementée</h3>
<p><strong>Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a donné comme résultat une victoire incroyable - mais qui naura duré que sept mois seulement. Il aura suffi au ministre de l'intérieur de service (nous n'avons même pas envie de le nommer ici) d'adresser une circulaire aux chefs de la police, pour rétablir à l'identique le mode opératoire précédent et effacer d'un coup d'éponge tous ces efforts et tous ces espoirs.</strong>
<strong>De quoi s'interroger, encore une fois, sur la notion de droit et sur le pouvoir d'incidence de nos combats.</strong></p>
<p>8 février 2024 : huit personnes soudanaises sont libérées du poste-frontière de Montgenèvre, situé à la frontière avec lItalie, proche de Briançon (Hautes-Alpes). En mains, elles détiennent un procès-verbal de fin de retenue administrative reçu par la police aux frontières (PAF). Elles sont autorisées à se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile en préfecture.</p>
<p>Ce soudain changement de pratiques est directement lié à lordonnance du Conseil dÉtat produite six jours plus tôt : le 2 février 2024, par un arrêt inédit dit « arrêt ADDE e.a», le juge administratif suprême a clarifié le régime applicable aux étranger.s extra-européen.es interpellé·es aux frontières intérieures. Ce faisant, le Conseil dÉtat a recadré les pratiques de ladministration ayant cours depuis le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures en 2015, consistant à délivrer des “refus dentrée” aux personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne.
Cet arrêt du Conseil dÉtat est le fruit dun long processus contentieux porté par plusieurs associations nationales et locales, que nous détaillerons brièvement.</p>
<p>En novembre 2015, la France a utilisé une disposition dérogatoire au code Frontière Schengen en vue de sécuriser la tenue de la COP21 à Paris, puis en raison de létat durgence proclamé après les attentats en novembre : le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, avec une série de points de passages autorisés (PPA), qui sont les seuls lieux où les contrôles didentité et des conditions dentrée sur le territoire peuvent être mis en œuvre par les autorités 7/7 et 24/24. Ce rétablissement a été prolongé tous les six mois par notification à la Commission européenne. La frontière franco-italienne comporte 31 PPA au total dont dix dans les Alpes-Maritimes, quatre en Savoie, un dans les Alpes de Haute-Provence, et trois dans les Hautes-Alpes.</p>
<p>En cas dun rétablissement des contrôles à leurs frontières intérieures, lancien Code Frontière Schengen précisait que les États pouvaient appliquer les « dispositions pertinentes » du régime en vigueur aux frontières extérieures. Les autorités françaises ont appliqué cette disposition en optant pour la notification de refus dentrée aux personnes interpellées aux PPA. Habituellement appliquée aux frontières extérieures de lUnion européenne, par exemple en zone dattente dans les aéroports internationaux, la procédure de refus dentrée sinscrit dans le régime de la non-admission, conçue pour empêcher les personnes non autorisées daccéder au territoire national et les refouler vers lÉtat dont elles proviennent. La procédure de refus dentrée a ainsi remplacé les procédures de réadmissions simplifiées prévues par laccord de Chambéry dès 2015 dans les Alpes-Maritimes, avant de sétendre à lensemble de la frontière franco-italienne (Anafé, 2022).</p>
<p>Les personnes à qui étaient délivrées un refus dentrée aux PPA nétaient pas considérées être entrées sur le territoire. Or, dans la zone frontière du Briançonnais, les contrôles se sont largement étendus, à partir de 2016, au-delà des PPA du col de Montgenèvre et du col de l'Échelle, jusquà la Vallée de la Clarée, au-dessus de la station de Montgenèvre, et également dans la vallée de Cervières.</p>
<p>Afin dencadrer cette pratique, la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 (dite "pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie") a légalisé dans le droit français la possibilité de délivrer des refus dentrée aux PPA dune part, mais également dans une bande de 10 kilomètres en deçà de la frontière (article L. 213-3-1 du CESEDA - ancienne version de lactuel article L. 332-3).</p>
<p>Le choix, par les autorités françaises, davoir recours au régime de la (non)admission à la frontière franco-italienne peut sexpliquer par la facilité de sa mise en œuvre: bien moins contraignante, la procédure des refus dentrée permet à la France de se dispenser de mettre en place une mesure déloignement une OQTF ou une réadmission simplifiée, nécessitant laccord de lItalie et donc les exigences de la directive « Retour », en matière de respect des droits et procédures. Les conséquences sont ainsi considérables pour les droits des personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne, notamment en matière de recours administratif, de rétention, de laccès au soutien des associations, et du droit dasile.</p>
<p>Les associations ont interpellé à plusieurs reprises le gouvernement sur lillégalité de la non-application de la directive “Retour” aux frontières intérieures, sans effet.</p>
<p>Pourtant, la Cour de justice de lUnion européenne (CJUE) avait pris position dans une décision du 19 mars 2019  - larrêt « Arib » - concernant une annulation dun placement en rétention dun ressortissant marocain suite à son interpellation à la frontière franco-espagnole. Elle avait jugé quun État membre de lUE qui a rétabli des contrôles à ses frontières intérieures doit appliquer la directive « Retour » à une personne interpellée en situation irrégulière « à proximité immédiate » dune de ces frontières, considérant que cette personne se trouve déjà sur le territoire national. En conséquence, le Conseil dÉtat avait jugé, le 27 novembre 2020, que les dispositions de la directive « Retour » sont effectivement applicables lorsquune personne est contrôlée dans la zone des 10 kilomètres après la frontière. Par cette décision, le Conseil dÉtat a ainsi annulé larticle L. 213-3-1 du CESEDA (ancienne version de lactuel article L. 332-3) qui permettait de notifier des refus dentrée aux frontières intérieures terrestres.</p>
<p>Cette décision na provoqué aucune modification des pratiques de lÉtat : le ministère de lIntérieur a soutenu que des refus dentrée pouvaient encore être opposés aux personnes contrôlées sur les PPA des frontières terrestres, et ce au prétexte que larrêt « Arib » navait « pas pris formellement position sur le droit applicable » dans ce cas. En effet, larrêt « Arib » concernait « une personne interpellée à proximité immédiate » et non à la frontière (ADDE et a., 2023).</p>
<p>Par une requête en date du 1er mars 2021, des associations ont pointé lillégalité de larticle L. 332-3 du CESEDA au regard du droit européen, qui étendait lapplication du régime des refus dentrée aux contrôles effectués aux frontières intérieures de lespace Schengen, et demandait son annulation. Elles demandaient par ailleurs au Conseil dÉtat de se tourner vers la CJUE pour éclaircir ce point sous la forme dune question préjudicielle, ce quil a fait le 24 février 2022. Les associations requérantes ont déposé des observations à lintention de la Cour, fournissant entre autres un grand nombre de refus dentrée comportant des secteurs dinterpellations éloignés de la « ligne » frontalière.</p>
<p>Dans une décision inédite, la CJUE a jugé, dans un arrêt du 21 septembre 2023, que lorsquun État membre réintroduit des contrôles à ses frontières intérieures il ne peut notifier une décision de refus dentrée à une personne qui se présente à un PPA, confirmant comme larrêt « Arib », quune personne ressortissante dun pays tiers interpellé à un PPA situé sur le territoire dun État membre et ne remplissant pas les conditions pour y séjourner est en séjour irrégulier au sens de la directive « Retour ». Larrêt du 2 février 2024 du Conseil dÉtat est la transposition en droit français de la jurisprudence de la CJUE : en cas de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, des refus dentrée peuvent être prononcés, mais doivent être accompagnés dune mesure déloignement ou dune procédure de remise aux autorités du pays limitrophes dans le cadre dune convention bilatérale (à la frontière franco-italienne, les accord de Chambéry). Enfin, le Conseil dÉtat précise le cadre applicable à la privation de liberté dans lattente de lexécution dune décision de réadmission. Celle-ci peut se traduire par une « mesure de vérification de droit au séjour », procédure durant laquelle la personne interpellée a le droit de bénéficier dun·e interprète, dêtre assistée dun avocat, dêtre examinée par un·e médecien·ne, de prévenir une personne de son choix, sa famille, et/ou les autorités consulaires de son pays. Le placement en rétention (articles L740-1 à L744-17 du CESEDA) est également possible, si la personne ne présente pas de garanties de représentation effective. Enfin, larrêt souligne que si la personne interpellée souhaite former une demande dasile lors de son interpellation ou au cours de son placement en retenue pour vérification de droit au séjour, ce sont les dispositions du CESEDA qui sappliquent (livre V).
Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se sont fait ressentir dans la zone-frontière du Briançonnais. Alors que cela ne sétait produit que très rarement, des personnes interpellées à Montgenèvre, sont sorties libres du poste de la PAF, en possession dun procès-verbal de fin de vérification de droit au séjour, mentionnant quelles devaient se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile. Dans le même temps, quelques personnes étaient renvoyées en Italie, sous la procédure de réadmission simplifiée Schengen. Durant les semaines puis les mois suivants, les observateur·ices des droits à la frontière ont été surpris.es et destabilisé.s tant le droit dasile tendait à être respecté à la PAF de Montgenèvre : la quasi-totalité des personnes interpellées, ou se présentant directement au poste, étaient placées en retenue administrative en cellule au sein du bâtiment de la PAF ou a minima en vérification didentité. Bénéficiant dun entretien individuel avec un·e agent·e de la PAF, dun·e interprète, les personnes pouvaient alors formuler une demande dasile, et ressortaient généralement au bout de quatre à cinq heures de retenue. Les Algecos ont cessé dêtre utilisés. Les personnes nentrant pas dans la catégorie demandeur·euses dasile étaient alors réadmises en Italie si leurs empreintes navaient pas été enregistrées précédemment par la PAF. Dans de rares cas, par exemple en cas de second passage, certaines personnes ont reçu des OQTF.</p>
<p>Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.</p>
<p>La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.</p>
<p>Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.</p>
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<h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
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<title>ravages - Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</title> <title>ravages - Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</title>
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&lt;em&gt;L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout va mal, y'a pas à chier.&lt;/strong&gt;
&lt;em&gt;L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;5 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un autre incendie se déclare dans une chambre du Refuge Solidaire à Briançon. Cest sans conséquences pour les personnes présentes, mais le bâtiment est inutilisable pendant plusieurs semaines. Sur demande des pompiers et bien à contrecœur, le maire de Briançon est contraint de réquisitionner un gymnase et de le mettre à disposition pour l'hébergement d'urgence des primo-arrivant.es. Mais au bout de deux nuits, c'est le préfet qui prend le relais, en préemptant la Maison de la Géologie. Étonnante sollicitude de nos caïd locaux qui, pendant des années, n'avaient pris en charge que la répression et la stigmatisation du phénomène migratoire. Le souvenir de la grande occupation du Pado de l'été 2023 aurait fait peur aux flics ?&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;3 septembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le détroit du Pas-de-Calis, naufrage d'une embarcation transportant 65 personnes exilées. L'après-midi du même jour, Gérald Darmanin s'exprime à Boulogne-sur-Mer. Il remercie les secours et défend la stratégie adoptée par le gouvernement sur cette frontière, avec ses 1700 policiers et gendarmes déployés. Il semble pourtant que les passages de cette frontière ne cessent d'augmenter et que l'année courante soit la plus meurtrière depuis le début du phénomène des bateaux de fortune sur la Manche. Si une stratégie existe vraiment, on a du mal à comprendre ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;2 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Hendaye (Pays Basque) 7 militant.es issues d'organisations politiques, sociales et syndicales, dont 3 membres de la Fédération Etorkinekin Diakité, se retrouvent en garde-à-vue, inculpées pour avoir aidé 36 personnes à traverser la frontière franco-espagnole. L'action de désobéissance civile avait été revendiquée par une vingtaine d'associations et collectifs locaux. Elle s'était déroulé le 24 mars 2024 pendant la Korrika (manifestation sportive, festive et solidaire qui, tous les deux ans, traverse le Pays Basque sur un parcours de plus de 2700 kilomètres). L'indignation provoquée par cette arrestation va donner lieu à un mouvement de soutien populaire de grande ampleur. Plusieurs manifestations seront organisées en France et en Espagne par des dizaines d'associations, syndicats et collectifs. Le procès, qui aurait dû commencer le 28 janvier, sera plusieurs fois reporté, jusqu'à la date du 7 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;9 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Briançon, ouverture d'un nouveau squat : le Boulodrome Libre ou Bou'li. Le même jour, à Madrid, le premier ministre Pedro Sanchez prononce un discours pro-immigration qui dit, entre autre : « Nous sommes des enfants de limmigration. Nous nallons pas être les parents de la xénophobie ».
Voilà deux choses qui n'ont rien à voir mais qui font bien plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Italie transfère vers l'Albanie un premier groupe de personnes exilées interceptées au large de Lampedusa. Mais le 18 octobre, le Tribunal de Rome nie la validité légale de la mesure et les exilé.es sont rapatrié.es sur le territoire italien. A partir d'avril, un des deux centres albanais, celui de Gjader, sera transformé en CPR (l'équivalent des CRA en Italie : voir l'article Histoire d'une trêve), où quelques dizaines de personnes sont enfermées sans procès et sans pouvoir communiquer avec leurs familles et leurs avocats, pour être ensuite rapatriées vers leur pays d'origine (en passant à nouveau par l'Italie, l'Albanie n'étant pas en mesure d'expulser directement).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 novembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Bou'li est expulsé et quatre personnes écopent de 24 heures de garde-à-vue. Le même jour, à Montgenèvre, la PAF reprend les refoulements comme si la décision du conseil dÉtat du 2 février n'existait pas (voir l'article Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?) Encore deux choses qui n'ont pas vraiment de rapport, à gerber toutes les deux par contre.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;9 décembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le régime de Bachar Al-Assad n'est pas tombé depuis vingt-quatre heures que déjà Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège et Suède s'empressent de suspendre les demandes d'asile des exilé.es syrien.nes. Remarquable mélange d'illusionnisme bureaucratique et d'opportunisme raciste : en un tour de main la chute d'une dynastie sanguinaire devient un prétexte pour expulser des gens.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 décembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin de l'année et c'est l'heure des bilans. Il semble quen 2024 le nombre de traversées en Méditerranée ait baissé de presque 60% par rapport à 2023. On n'aime pas trop les chiffres par ici, mais pour une fois nous avons envie de jouer le jeu. Parce qu'on parle de 70mille personnes arrivées par la mer en une année, sur un continent qui compte presque 450 millions d'habitant.e.s. La proportion est donc de 0,015% en 2024, 0,03% en 2023. Ya plus d'alcool dans une bière sans alcool. Peut-être que ça peut faire réfléchir celleux qui parlent d'invasion, de grand remplacement, de submersion, et qui ont fait de l'immigration un sujet électoral plus urgent que le réchauffement climatique ou les mort.e.s au travail (par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;19 janvier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Turin, Osama Najim dit « Almasri », dirigeant de la police judiciaire libyenne, était de passage avec ses potes pour voir un match de foot. Peinard le gars, sur qui pèsent des accusations d'abus, violences et tortures, perpétrées dans le centre de rétention pour migrant.es de Tripoli dont il est le directeur. La police italienne l'arrête le dimanche soir suite à un signalement de l'Interpol, mais trois jours plus tard il est relâché par intercession du Ministre de la Justice en personne, qui lui paye un vol pour Tripoli. Peinard le gars.
Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-côtes libyens, pour qu'ils capturent les migrant.es dans les eaux territoriales libyenne et les enferment de manière arbitraire dans des prisons absolument terrifiantes. (A lire : Out of Libya, rapport de Médecins Sans Frontières, mais aussi notre article La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte.)&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;23 janvier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'Intérieur Retailleau diffuse une circulaire ministérielle qui durcit les normes pour la régularisation des travailleur.euses étrangères. Elle prévoit notamment d'apporter la preuve d'une présence dau moins sept ans en France, contre cinq ou trois auparavant, et de fournir une preuve avancée de maîtrise du français (un diplôme ou bien une certification linguistique), là où la précédente circulaire Valls demandait simplement une maîtrise orale. Enfin, en cas de refus de la demande de régularisation, la préfecture devra « systématiquement » délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à la personne concernée.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;6 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Lybie, 93 cadavres de migrant.es retrouvés dans deux fosses communes dans les régions de Jikharra et Kufra. En mars 2024, une autre fosse commune avait été découverte, contenant au moins 65 corps.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;12 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux USA,120 mots sont bannis par l'administration Trump du lexique de la recherche scientifique. Sur la liste on trouve Activisme, Défenseur, Équité, Égalité, Inclusion, Femme, Minorité, Réchauffement Climatique, Trauma. Plus localement, dans la région PACA, l'actuel président a annoncé que toute subvention sera refusée aux associations utilisant la langue inclusive. Nous allons essayer d'utiliser tous ces mots et la langue inclusive à fond, dans ce numéro et partout, tant que c'est encore possible. Et à rester woke aussi, n'en déplaise aux croûtons réactionnaires de tous les âges et bords politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;13 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;LÉtat français est condamné par la cour administrative de Bordeaux à payer plus de 800mille euros de dédommagement à la Communauté dagglomération Pays Basque, pour le financement du centre Pausa de Bayonne, qui, depuis 2019, accueille les primo-arrivant.es de la frontière franco-espagnole. La cour a rappelé que l'hébergement d'urgence est une responsabilité dÉtat et tout le blabla. Le précédent semble donner des idées aux assos briançonnaises en galère de thune. Les ravago-anarco-toto-no-border que nous sommes restent (comme souvent) dubitatives. Nous considérons que, malgré toutes ses limites, un Refuge Solidaire autonome fera toujours moins pire que les mercenaires d'un État fasciste, sans oublier que c'est grâce à l'existence de ce Refuge tâtonnant et cradingue que Briançon, avec ces centaines de bénévoles et activistes qui débarquent tous les ans des quatre coins du monde, est aujourd'hui un creuset de luttes, de rencontres et d'inventions antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;20 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec le soutien du gouvernement, le Sénat adopte une proposition de loi visant à interdire le mariage entre français.es et étrang.ères en situation irrégulière. Il y a peu de chance que le Conseil constitutionnel laisse passer cette aberration, la liberté du mariage étant inscrite dans la Déclaration des Droits de lHomme. Mais les racistes au pouvoir sont joueurs aha! En tout cas avec l'argent et la peau des autres - ça oui.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;26 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À l'issue d'un comité interministériel autour de l'immigration, Bayrou annonce la généralisation du recours à la « Force Frontière » dans l'ensemble de l'Hexagone. Il s'agit de la fameuse Border Force, annoncée mais jamais vraiment expérimentée l'été 2023, dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Ce dispositif regroupe la gendarmerie, la police, les douanes, l'armée et tutti quanti. Pourtant, dans notre souvenir, l'été 2023 a été celui d'un sensationnel record d'arrivées. Alors pourquoi pas ! Il suffit, encore une fois, d'oublier les tonnes d'argent publique jetées par la fenêtre.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;18 mars&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Benyamin Nétanyahou décide de bombarder Gaza et de rompre le cessez-le-feu du 15 janvier 2025. L'attaque fait au moins 413 morts selon le ministère de la santé palestinien. Pendant que le génocide suit son cours, en France le collectif Urgence Palestine risque la dissolution. Monde colonial de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Mi-avril&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Briançon, la crise de financement qui bouscule le monde associatif touche de plein fouet le Refuge Solidaire. L'asso se trouve à devoir licencier la plupart de ses salarié.es. Le milieu militant briançonnais plus compact que jamais se serre les coudes pour éviter une fermeture qui risquerait d'être définitive.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;25 avril&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aboubakar Cissé est poignardé à mort dans la mosquée Khadidja près d'Ales, dans le Gard. Le meurtrier aurait crié « Ton Allah de merde ». Mais y en a toujours qui refusent d'utiliser le mot islamophobie, genre « nos » ministres (Valls, Berger, Retailleau et tous les autres). Remonde de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;13 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Àprès avoir été reçu Place Beauveau par le ministre Retailleau, le maire de Briançon Arnaud Murgia se félicite sur les réseaux sociaux d'avoir obtenu « une compagnie de CRS en renfort à la frontière ». Décidément, l'État ne regarde pas à la dépense quand il s'agit d'alimenter la propagande de la répression. Et en plus, à la différence de la Border Force, les CRS sont tout de suite bien présents à Montgenèvre, avec leurs sales tronches et leurs manières d'hooligans.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;15 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ça y est, le rouleau compresseur des Jeux Olympiques dhiver 2030 est lancée. Le contrat hôte a été signé par le Comité International Olympique (CIO) et les régions AURA et PACA, tandis que la loi « dexception » des Jeux Olympiques sera inspectée au Sénat en juin. Elle prévoit dans ses articles 34 et 35 de passer à un niveau supérieur de flicage et de militarisation de notre ville de frontière, avec des nouvelles caméras dopées à l'Intelligence Artificielle et des « interdictions de paraître pour les personnes constituant une menace pour la sécurité publique ».&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;17 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Milan, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment, devait se tenir le premier sommet continental sur la « remigration », le projet de déportation massive de toutes les personnes racisées en dehors des frontières du continent européen. Le but avéré de la réunion était de trouver des moyens concrets pour « mettre en œuvre ce projet dans les systèmes politiques occidentaux » et « diffuser lidée dans le débat public ». Mille antifascistes défilent dans les rues de la ville. L'hôtel qui aurait dû héberger la bande de fachos annule la réservation. L'événement n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les autorités britanniques ont détecté 1194 arrivées de migrant.es ayant traversé la Manche pour cette seule journée. C'est un record. Nous aimerions souhaiter bon vent et bon courage à nos ami.es qui traversent une mer de plus en quête d'un avenir meilleur. Pendant ce temps, le premier ministre Keir Starmer promet de réduire significativement l'immigration régulière et irrégulière dans son pays.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 mai bis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le Var, un habitant de nationalité tunisienne est tué par balle par son voisin qui venait de publier sur les réseaux sociaux des vidéos à caractère raciste. Le parquet anti-terroriste est saisi, on parle bien de meurtre raciste. Par contre le mot islamophobie reste imprononçable. Re-re-re-monde de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Début juin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;3 nouveaux Algecos sont apparus au côté de la PAF de Montgenèvre. Si hier, « seulement » 20 personnes pouvaient se retrouver enfermées pendant 24 heures maximum dans un seul Algeco (qui a tout récemment été équipé de toilettes, grandiose !), les chiffres pourront monter jusqu'à une centaine de personnes dorénavant. Des filets toujours plus grands pour la pratique du refoulement, que les flics et leurs tuteurs adorent tant.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;18-19 juin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;« Ne venez pas en France, nous naccepterons rien, cest la tolérance zéro » : c'est par ces mots que Retailleau annonce deux jours de rafles de « clandestins »  partout sur le territoire français. 4000 agents et soldats sont mobilisés. La date du 18 juin était associée jusque-là à l'appel lancé par De Gaulle en 1944 contre le pétainisme et le Nazi-Fascisme. Il le sera maintenant au rétablissement officiel des rafles racsites en France, par les nouveaux fascistes au pouvoir. &lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;2 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Assemblée Nationale adopte une nouvelle loi sur les CRA. Elle augmente la durée de rétention de 90 à 210 jours, permet le port du bracelet électronique pendant 6 mois à la sortie du CRA, autorise l'enfermement en CRA des personnes demandeuses d'asile. C'est pas pour se répéter, mais tout va mal, y a pas à chier.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>« C'est qui le blédard ? »</title><link href="/c-est-qui-le-bledard.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/c-est-qui-le-bledard.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande de blanc.hes dans cette revue et nous pensons qu'il faut parler de racisme partout et notamment entre nous, mais que pour ça il faut aussi parfois se taire et écouter.&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Alors on a pensé à interviewer notre jeune ami Junior, qui est arrivé en France il y a deux ans en passant la frontière à Montgenèvre. Il a réussi à se faire reconnaître mineur, ce qui est refusé à 70% des jeunes qui le demandent en France (source Médecins du Monde) et il a été pris en charge par les structures de la protection à l'enfance qui ont décidé de l'envoyer à Nantes. Il s'est vu alors attribuer une place en foyer, l'accompagnement par une association, l'accès à des formations pour des métiers peu qualifiés. Mais même avec ça, tout n'est pas rose !&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Aujourd'hui Junior nous parle du racisme qu'il rencontre partout depuis qu'il vit en France : au travail, à l'école, dans la rue. En salle de classe, à la cantine, dans la cours de récré. Il nous expose ses réflexions, son cheminement, ses petits et grands combats, ses techniques d'auto-défense. Il a même un conseil à donner aux jeunes qui arrivent en France en passant par Briançon mais ça vaut pour tous les autres aussi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Est ce que tu peux te présenter ? Ce que tas envie de dire sur toi , qui tu es…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Junior :&lt;/strong&gt;Je me nomme Yao Kouassi Junior. Je suis arrivé en France en 2023. Je suis rentré de lItalie en France en 2023 par Briançon. Jai été accueilli par des amis. Jai fait plus de 3 mois avec eux, ils étaient sympas avec moi. Jattendais mes documents administratifs qui devaient arriver de la Côte dIvoire. Après cette attente mes papiers sont arrivés et je suis parti sur Nice pour aller faire ma demande de minorité. Ma demande a été accepté et jai été transféré à Nantes par le juge. Mais quand je suis arrivé à Nantes cétait pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Pourquoi c'était pas facile?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Parce que je venais darriver, je connaissais pas la ville, cétait pas facile. Jai rencontré des racistes dans ma vie quotidienne. A lécole comme en ville. Les gens me jugeaient pour ma couleur et pour mon accent. Ils me disaient « le blédard », ils se moquaient de moi, quand ils me voyaient ils se mettaient ensemble à rigoler. A lécole, dans la ville, dans les transports en commun, les personnes âgées comme les jeunes. Y'a des gens qui veulent pas m'approcher parce que je suis noir. Souvent cest triste, mais on essaie de faire avec.
Mais jétais étonné de croiser des gens qui nous détestait autant sans nous connaître. Moi on m'avait dit que les gens sont racistes à Nice [où Junior a passé son entretien pour la reconnaissance de minorité]. Mais comme Nantes c'est une grande ville, je me suis dit que les gens sont intelligents, que y'a beaucoup de blacks, donc je ne vois pas pourquoi je serais jugé pour ma peau. Mais c'était une erreur. Quand je suis arrivé au centre de formation, cétait pas la même chose. Tes le seul black et tous les regards sont sur toi. Ils te le disent pas en face. Ils se mettent ensemble, ils commencent à te critiquer, et quand tu tapproches deux ça sarrête. Ils parlent plus mais une fois que tu tournes le dos ça reprend. Cest frustrant.
Après moi jai expliqué à mon association [lassociation prestataire de l'Aide Sociale à l'Enfance du département où il habite] les moqueries et tout ça et je leur ai dit que jarrivais pas à bien travailler à lécole. Parce que à chaque fois quon nous pose des questions, jai peur de prendre la parole. Et lassociation ma dit que cétait comme ça, que jallais croiser les bonnes personnes et les mauvaises personnes et il fallait que je mhabitue.
A l'école, quand je suis arrivé, j'étais en retard , y'avait des choses que je devais rattraper. Avec le professeur ça allait, mais c'est toujours les élèves. Mais c'est pas des élèves dans la même classe, ce sont des élèves qui sont dans la cour, par exemple à 10h, quand on sort juste pour un quart d'heure, c'est là que tout commence. On va manger à la cantine, y'a trop de regard, donc ça fait que moi je vais plus manger à la cantine. J'ai passé plus de 6 mois sans manger là-bas. J'ai mangé là-bas deux fois et on me facturait quand même. Je disais que c'était les plats qui m'allaient pas, mais c'était le comportement des élèves qui faisait que j'y allais pas. Les dirigeants ils n'ont pas de problèmes avec moi, c'est toujours les élèves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; T'as déjà répondu à une attaque raciste à l'école?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui j'ai déjà répondu. A l'école j'ai injurié une fille, parce que elle avait dit que j'avais une tête de violeur. Alors moi je lui ai dit carrément que j'allais violer sa maman puis elle-même. Elle s'est mise à pleurer. Moi je n'ai pas voulu dire ça, mais c'était pour lui faire peur. Après tout ça, jai cherché une alternance pour quitter cette école. Maintenant je fais une formation dans laide aux personnes âgées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et là, avec les personnes âgées, ya eu des problèmes de racisme?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Une fois je suis allée chez un monsieur. La première fois jy suis allé avec un collègue qui est blanc, un français. Quand je suis arrivé là-bas, le monsieur a dit « Mais cest qui lui là ? ». Mon collègue a dit « Cest Junior, cest un jeune en stage ». Et là le regard du monsieur a changé, jai su quil était pas content. Un jour je suis revenu seul, le monsieur il ma fatigué. Il me disait «  Prend ça » « Apporte-moi ça ». A la fin jétais épuisé et je lui ai dit « Je peux pas faire tout, je suis pas un robot monsieur. Je viens pour prendre soin de vous, c'est pas pour vous faire du mal ». Donc rapidement j'ai appelé mon entreprise et j'ai dit « Je vais plus aller chez lui ». La patronne m'a demandé pourquoi. Je lui ai expliqué, j'ai dit que quand je suis arrivé, directement le monsieur m'a dit d'aller laver mes mains, comme si mes mains étaient sales, alors que quand j'étais là-bas la première fois avec le blanc, il ne lui a jamais dit de laver les mains. La patronne a compris et je suis plus allé là-bas. A part lui ça va, les autres je m'entend bien. Y'a même d'autres personnes qui me donnent des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et toi, avec toute cette expérience, si tu devais dire ce que c'était le racisme tu dirais que c'est quoi?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Le racisme moi je dis que c'est les gens qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, parce qu'on peut pas juger quelqu'un quand on le connaît pas. On peut pas juger une personne parce qu'elle n'a pas le même accent que toi. Donc c'est les personnes qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, qui ne sont jamais sorties de leur ville ou leur pays, ce sont des racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et est-ce que tu penses que y'en aura toujours du racisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Si si y'en aura toujours. Parce que y'a toujours des gens qui sont bêtes. Par exemple cette dame que j'ai eu à l'école. Quand elle parlait, ça se voyait qu'elle était raciste. Une fois je suis venu en retard. Tout de suite j'ai vu que sa réaction, quand les autres viennent en retard, c'est pas la même réaction que quand moi je viens en retard. Je lui ai dit « Madame si vous pensez que si on est pas de la même couleur que vous, vous ne pouvez pas nous former, dites-moi et je viendrais plus ici ». Elle m'a dit « Non Junior c'est pas ça, moi je fais tout pour être là et puis toi, tu es en retard ». Je lui ai dis « Madame moi c'est la première fois que je suis en retard , y'en a qui arrivent toujours en retard et vous rigolez, tout le monde rigole ici mais pourquoi quand c'est mon tour vous changez de visage ? ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Elle t'a dit quoi?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Elle a rien dit, elle a dit qu'il faut pas que je le prenne mal. Elle a vu que j'étais fâché, parce que moi je rigole pas. Quand tu es raciste je te montre que tu es bête. Après elle m'a appelé quand le cours était fini, elle m'a dit « Non Junior, faut pas le prendre comme ça. Je t'aime bien, je vois que tu es intégré, c'est bien ». Je lui ai dit « Non mais madame, je suis toujours à l'heure, ce jour-là c'était à cause des transports, donc faudrait que vous me compreniez ». Après ça, ça va mieux. Mais comme elle est devenue formatrice elle est obligée de dire qu'elle est pas raciste, mais on sent qu'elle l'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Toi tu trouves que ça se sent chez les gens?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Y'a des gens ça se sent, mais y'a des gens tu sens que c'est l'amour vrai. Parce que moi si quelqu'un me dit « Tous les français sont racistes », je vais dire que c'est faux parce que avec vous j'ai appris que tout le monde n'est pas raciste. Mais par contre il y en a. Et il y en a trop trop trop trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et comment tu penses qu'on pourra arrêter d'être raciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; D'abord on doit pas les écouter, on doit répondre avec des actes concrets. On doit leur prouver que nous on vaut mieux que eux. Par exemple aujourd'hui si tu vas dans les hôpitaux et dans les restos, il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent. Donc on doit leur montrer qu'on est pas venu en France pour faire autre chose que travailler et s'intégrer et faire comme tout le monde. C'est à nous de le prouver. Parce que quand on fait le racisme sur toi, on te dit que tu peux pas y arriver, parce qu'on te dit ça, que toi t'es noir, que tu peux pas le faire et on se moque de toi, donc tu dois montrer que malgré ta couleur tu peux faire comme les autres. C'est comme quand tu as des enfants, qui te comprennent pas, tu dois faire un effort pour les éduquer, que tes enfants puissent comprendre. C'est à nous de les éduquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Toi tu penses que tu vas toujours subir du racisme dans ta vie, en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Mais je sais que je veux m'intégrer, peu importe ce que les gens vont dire. Moi je m'en fous en fait. Mes réactions face aux personnes ce ne sont plus les mêmes. En 2023 je répondait du tac au tac, mais maintenant je réfléchis une fois deux fois trois fois avant de répondre. Je veux plus répondre. Plus tu réponds, plus ça devient grave. Mais si tu vis ta vie comme si tu n'entendais pas, tu vis mieux. C'est ça que je voudrais dire aux noirs qui subissent du racisme, de ne pas écouter, de faire comme s'ils les voyaient pas, de se concentrer sur leurs objectifs. A quelqu'un qui te critique, tu lui répond pas, parce que quand tu réponds, ça lui donne de la force. Si tu réponds à chaque fois tu seras fatigué.
Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France, que Briançon c'est juste une petite ville où les gens sont tellement sympas, mais quand ils vont arriver en ville, il faut qu'ils se préparent mentalement, parce qu'ils vont subir des choses, ils vont trouver les bonnes personnes comme les mauvaises. J'ai un mot à leur dire, c'est de ne pas juger trop vite parce que c'est en jugeant que tu deviens raciste.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Un café éthique et woke au Refuge !</title><link href="/cafe-ethique.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/cafe-ethique.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Du coup une chicorée plutôt&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Du coup une chicorée plutôt&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et puis on sest dit que oui, premièrement parce que ça nous faisait plaisir décrire un article sur une initiative du Refuge qui a éveillé notre enthousiasme. Deuxièmement parce que nous espérons que, après le tremblement de terre de ce printemps, ce lieu retrouve et garde son équilibre pour très longtemps au moins jusquà la prochaine crise et que les cafés éthiques reprennent à lautomne prochain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre 2024, des Cafés Éthiques ont été mis en place au sein du Refuge Solidaire à Briançon. Ça se passe tous les premiers mercredis du mois et ça consiste en un temps de discussion et réflexion ouvert à tout le monde, où lon aborde toute sorte de questions qui ont à voir avec léthique de laccueil. Vous voyez toutes ces choses dont on se dit toujours : Oh ! il y aurait tellement de choses à dire là-dessus !, et : Ah si seulement on avait le temps pour discuter de cela ! Eh bien ! les associations Refuge Solidaire, Terrasses Solidaires (qui gère le bâtiment du Refuge) et Médecins du Monde, plus toute une multitude dactivistes et bénévoles qui fréquentent ce lieu ont décidé de prendre le temps quil faut, de sasseoir et discuter, en buvant une boisson coloniale ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limpulsion a été donnée en partie par la fermeture de fin août 2023, qui a mis en lumière de violentes scissions entre bon nombre dacteurxices de « laccueil » sur le terrain. Au moment de la réouverture deux mois plus tard, Terrasses Solidaires a décidé de demander de laide à lassociation Pépites and Co, un cabinet de consultant.es qui accompagne la transformation des organisations et des acteur.ices associatives, publiques et de lÉconomie Sociale et Solidaire. Le cabinet leur a conseillé de ré-écrire leur projet associatif et de redéfinir leurs statuts. Sest imposé alors la nécessité dune commission éthique. Deux salariées, une de Médecin du Monde et lautre des Terrasses se sont emparées du projet : organiser des temps de discussion pour aboutir à lécriture de la nouvelle charte éthique du Refuge Solidaire. Une ami de Ravages était dans les parages et a été embarquée dans le projet. Et cest à partir de plusieurs conversations avec elle que cet article sest écrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand notre amie sest vue proposer de participer au projet, elle sest dit que cétait le moment parfait pour réaliser plusieurs objectifs qui semblaient utopiques quelques mois auparavant : créer du lien entre le milieu militant et le Refuge, participer à la politisation de ce lieu, redéfinir ce que signifie laccueil avec de nouveaux concepts très en vogue dans certains milieux woke (les rapports de pouvoir, les systèmes de domination et doppression, le complexe du sauveur blanc, etc.) Le projet a quelque chose denthousiasmant, en effet, pour un lieu comme le Refuge qui pratique une activité généralement exercée par des structures étatiques, soumises à des logiques plutôt imperméables à la critique militante, désignées en plus par des codes et acronymes obscurs et
peu ragoûtants tel que 115, CHRS, CADA, SAMA… Et cest bien en ça que le Refuge diffère ! Ni lÉtat ni aucune de ses succursales ne mettent un poil de radis dans cette structure, ce qui offre énormément plus de libertés sur les pratiques, les manières de faire, de penser et de communiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que, de manière un peu évidente, la façon dinterpréter l« accueil » au Refuge na jamais fait consensus. Deux visions antinomiques se sont longtemps opposées au sein de lassociation : une favorisant linclusion, dans une volonté détablir/rétablir une certaine équité entre accueillant.e.s et accueilli.e.s, majoritairement portée par les bénévoles, les activistes et une partie des salarié.e.s ; de lautre côté, une vision dun accueil contrôlé et maîtrisé, perçu comme nécessaire à la fonction refuge de montagne, portée par certain.e.s salarié.e.s et ancien.nes membres du CA 1. Cest donc la confrontation entre ces deux visions (et les mille et une nuances intermédiaires autour de laccueil) qui a posé le cadre des Cafés Éthiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui participe ? Un petit groupe variable de militantexs, salariéexs et bénévoles, gravitant autour du Refuge. Quelle est la proposition ? Un temps déchange informel et convivial chaque mois pour remettre en question les pratiques dune structure, en abordant notamment les situations de racisme et de sexisme, et réfléchir collectivement à des solutions. Lobjectif immédiat ? Atteindre un consensus éthique, cest-à-dire un avis compris par touxtes. Lobjectif ultime ? La co-construction dune charte éthique partagée par toutes les associations des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre, ce sont sept cafés qui ont eu lieu. Personne nest « formée » pour animer ce genre de temps. Cest donc avec une approche horizontale que sont abordés ces moments, en considérant quil ne sagit pas dun cours descendant mais bien de temps déchange, auxquels
assistent entre 20 et 30 personnes à chaque fois. Le premier café est venu poser des bases communes : les notions de privilèges, de discriminations, de préjugés, et les définitions des différents systèmes doppressions et de dominations, à travers notamment loutil de la roue des privilèges. Pour le deuxième temps, Médecins du Monde a financé la venue dune salariée du Planning Familial des Hautes-Alpes pour parler des stéréotypes de genre, comme continuum des violences sexistes et sexuelles, lors dun premier atelier de sensibilisation. Un deuxième a suivi sur la posture découte face à la réception de récits de violences sexistes et sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne va pas énumérer et expliciter ici tous les sujets et débats ayant eu lieu durant ces Cafés. Mais ce que nous pouvons retenir, cest que, grâce à cette initiative, le Refuge Solidaire sest enfin emparé du gros sujet auquel il fait face : cest quoi accueillir quelquunex dans un contexte de frontières ? Quelles sont les discriminations inhérentes à un hébergement durgence/structure daccueil et lesquelles relèvent du racisme ? Est-ce que laccueil de personnes en situation de précarité induit nécessairement des rapports de domination ? Plus généralement, est-ce-que laccueil au Refuge est intrinsèquement raciste ? Car oui, ce qui a pu diviser, et divise encore au Refuge, ce sont les enjeux de racisme. Pendant longtemps, le racisme a été un non-sujet au sein du Refuge. Bien évidemment, des remarques, des messes-basses, des invectives ont toujours su fuser à bon ou mauvais escient dans lenceinte ou en dehors. Mais cest pour la première fois que le sujet est posé sur la table, pour en discuter ensemble. Cest enfin la prise en compte que tout le monde ne débarque pas du même endroit et quil est nécessaire et impérieux de discuter de nos pratiques et de nos postures. Laccueil dun public précaire spécifique aux hébergements durgence, mais en plus racisé, racialisé (dans le sens où notre propre regard blanc produit ce racisme, sous couvert de simples préjugés raciaux) a toujours créé des tensions. Cest en partie un clash générationnel, entre les ancien.nes, qui ont longtemps eu du mal à parler de la race, et les jeunes militant.e.s et bénévoles, qui de leur côté, adoptent volontiers un discours antiraciste et évoquent les potentiels enjeux raciaux qui se jouent dans les lieux daccueil. Mais, au-delà des différentes générations, les visions et les façons de faire accueil sont aussi le reflet de positionnements politiques très polarisées dans le contexte briançonnais, entre no-border dun côté et humanitaires soi-disant apolitiques de lautre, légalistes et non-légalistes, partisan.es de la charité ou de lautogestion. Cest très binaire, et entre les deux se trouve toujours le spectre de la complexité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce spectre, ce sont les bénévoles du Refuge Solidaire, les salariéexs, les maraudeurses, toute une foule hétéroclite où personne na la prétention de cocher toutes les cases dune des polarités. Mais cest en cela que ces temps de discussion se sont imposés, avec la nécessité de confronter différentes visions, et douvrir certaines discussions de fond dans ce contexte durgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui au départ peut sembler abstrait et flou ces fameuses questions déthique devient extrêmement concret dans les locaux du Refuge. On commence par admettre quil existe des biais discriminants dans laccueil et on finit par se rendre compte que certaines attitudes peuvent mettre mal à laise les personnes qui viennent darriver, comme le fait de commencer une conversation par des questions intrusives en lui demandant par où elle est passée, doù elle vient, quest-ce quelle a subi. On en vient à discuter de laccès à certaines pièces du Refuge, notamment la cuisine ou
la réserve de nourriture, dont il faut connaître deux codes pour y avoir accès. Ou encore le vestiaire du bas, lui aussi doté dun verrou, ou la salle du « linge propre » et celle du « linge sale » dans lesquelles se trouvent les machines à laver, mais également les réserves de savon, rasoirs, couvertures et autres. Et le fait que les espaces de vie des bénévoles et ceux des personnes accueillies soient séparés. Et le comptage dans les chambres à 6 heures du matin, qui ne contribue par à améliorer la qualité du sommeil collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions montrent bien la difficulté de trouver léquilibre entre ce qui relève dune structure daccueil durgence, et toutes les problématiques liées spécifiquement à laccueil dun public racisé qui endure généralement un long voyage dexil. Et cest presque vertigineux de voir jusquoù le questionnement peut sétendre. Par exemple, en réalisant que le contexte daccueil réduit forcément les postures sociales aidant.e/aidé.e, en figeant par là-même lidentité des personnes accueillies à un «instant T» de leur vie, et en les liant inextricablement à leurs conditions de «personnes qui traversent les frontières». On peut aussi interroger le partage des espaces et vérifier sil ne produit pas une une sorte de «ségrégation» des personnes accueillies dans un rôle totalement passif, puisque toutes les ressources matérielles, pourtant destinées aux personnes accueillies, ont un accès restreint, et ne sont accessibles que aux salarié.e.s et aux bénévoles. Est-ce-que cela ne représente pas, symboliquement au moins, des rapports de domination entre personnes avec les bons papiers et celles sans les bons papiers ? Et en même temps, ce côté structurant, «enfermant» même, dun lieu daccueil, ne peut-il pas avoir aussi un effet rassurant pour les personnes qui arrivent ? La possibilité de ne pas réfléchir à ce que lon doit cuisiner, de se laisser bercer par le rythme fixe des repas établi par lorga du lieu, peut aussi faire du bien après un parcours dexil déjà long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces différentes positions, des solutions concrètes, un peu bancales parfois, ont pu alors advenir. Si les gens nont pas accès aux cuisines, est-ce quil pourrait y avoir un peu de nourriture mise à disposition, permettant plus dautonomie pour les personnes accueillies ? Le comptage à 6 heures du matin est-il vraiment nécessaire ? Un des derniers cafés éthiques a porté autour des mots, et de leur importance. Comment nommer les personnes qui arrivent, celles qui bénévolent ? Devons-nous parler de migrations, de personnes en exil, en mouvement ? Devons-nous parler
dun contexte durgence, ou plutôt dun besoin dorganisation immédiate ? Comment créer une culture commune sur les mots utilisés, et décortiquer les termes stigmatisants, réducteurs, binaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cafés ont donc été lun des premiers débats collectifs, au sein dun milieu militant et activiste aux trajectoires très plurielles. On ne parlera évidemment pas là dune révolution, mais dune grande avancée sûrement, dans un lieu comme le Refuge qui a débuté dans une dynamique purement humanitaire et charitable. Lexercice de lautocritique ne peut amener quà une amélioration des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre amie, le Refuge est un lieu qui a évolué avec son temps, où certaines manières de faire sont devenues obsolètes, ou sont tolérées beaucoup plus difficilement. A tout cela, elle oppose quand même une grosse limite: comment inclut-on la parole des personnes concernées, cest-à-dire
les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, beaucoup de réponse à trouver, mais les énergies sont là et lenvie aussi. Ou au moins on lespère.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</title><link href="/chronique-juridique-montgenevre.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/chronique-juridique-montgenevre.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Chronique juridique d'une année mouvementée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Chronique juridique d'une année mouvementée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a donné comme résultat une victoire incroyable - mais qui naura duré que sept mois seulement. Il aura suffi au ministre de l'intérieur de service (nous n'avons même pas envie de le nommer ici) d'adresser une circulaire aux chefs de la police, pour rétablir à l'identique le mode opératoire précédent et effacer d'un coup d'éponge tous ces efforts et tous ces espoirs.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;De quoi s'interroger, encore une fois, sur la notion de droit et sur le pouvoir d'incidence de nos combats.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 février 2024 : huit personnes soudanaises sont libérées du poste-frontière de Montgenèvre, situé à la frontière avec lItalie, proche de Briançon (Hautes-Alpes). En mains, elles détiennent un procès-verbal de fin de retenue administrative reçu par la police aux frontières (PAF). Elles sont autorisées à se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile en préfecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soudain changement de pratiques est directement lié à lordonnance du Conseil dÉtat produite six jours plus tôt : le 2 février 2024, par un arrêt inédit dit « arrêt ADDE e.a», le juge administratif suprême a clarifié le régime applicable aux étranger.s extra-européen.es interpellé·es aux frontières intérieures. Ce faisant, le Conseil dÉtat a recadré les pratiques de ladministration ayant cours depuis le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures en 2015, consistant à délivrer des “refus dentrée” aux personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne.
Cet arrêt du Conseil dÉtat est le fruit dun long processus contentieux porté par plusieurs associations nationales et locales, que nous détaillerons brièvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2015, la France a utilisé une disposition dérogatoire au code Frontière Schengen en vue de sécuriser la tenue de la COP21 à Paris, puis en raison de létat durgence proclamé après les attentats en novembre : le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, avec une série de points de passages autorisés (PPA), qui sont les seuls lieux où les contrôles didentité et des conditions dentrée sur le territoire peuvent être mis en œuvre par les autorités 7/7 et 24/24. Ce rétablissement a été prolongé tous les six mois par notification à la Commission européenne. La frontière franco-italienne comporte 31 PPA au total dont dix dans les Alpes-Maritimes, quatre en Savoie, un dans les Alpes de Haute-Provence, et trois dans les Hautes-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas dun rétablissement des contrôles à leurs frontières intérieures, lancien Code Frontière Schengen précisait que les États pouvaient appliquer les « dispositions pertinentes » du régime en vigueur aux frontières extérieures. Les autorités françaises ont appliqué cette disposition en optant pour la notification de refus dentrée aux personnes interpellées aux PPA. Habituellement appliquée aux frontières extérieures de lUnion européenne, par exemple en zone dattente dans les aéroports internationaux, la procédure de refus dentrée sinscrit dans le régime de la non-admission, conçue pour empêcher les personnes non autorisées daccéder au territoire national et les refouler vers lÉtat dont elles proviennent. La procédure de refus dentrée a ainsi remplacé les procédures de réadmissions simplifiées prévues par laccord de Chambéry dès 2015 dans les Alpes-Maritimes, avant de sétendre à lensemble de la frontière franco-italienne (Anafé, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes à qui étaient délivrées un refus dentrée aux PPA nétaient pas considérées être entrées sur le territoire. Or, dans la zone frontière du Briançonnais, les contrôles se sont largement étendus, à partir de 2016, au-delà des PPA du col de Montgenèvre et du col de l'Échelle, jusquà la Vallée de la Clarée, au-dessus de la station de Montgenèvre, et également dans la vallée de Cervières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin dencadrer cette pratique, la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 (dite "pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie") a légalisé dans le droit français la possibilité de délivrer des refus dentrée aux PPA dune part, mais également dans une bande de 10 kilomètres en deçà de la frontière (article L. 213-3-1 du CESEDA - ancienne version de lactuel article L. 332-3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix, par les autorités françaises, davoir recours au régime de la (non)admission à la frontière franco-italienne peut sexpliquer par la facilité de sa mise en œuvre: bien moins contraignante, la procédure des refus dentrée permet à la France de se dispenser de mettre en place une mesure déloignement une OQTF ou une réadmission simplifiée, nécessitant laccord de lItalie et donc les exigences de la directive « Retour », en matière de respect des droits et procédures. Les conséquences sont ainsi considérables pour les droits des personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne, notamment en matière de recours administratif, de rétention, de laccès au soutien des associations, et du droit dasile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les associations ont interpellé à plusieurs reprises le gouvernement sur lillégalité de la non-application de la directive “Retour” aux frontières intérieures, sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la Cour de justice de lUnion européenne (CJUE) avait pris position dans une décision du 19 mars 2019  - larrêt « Arib » - concernant une annulation dun placement en rétention dun ressortissant marocain suite à son interpellation à la frontière franco-espagnole. Elle avait jugé quun État membre de lUE qui a rétabli des contrôles à ses frontières intérieures doit appliquer la directive « Retour » à une personne interpellée en situation irrégulière « à proximité immédiate » dune de ces frontières, considérant que cette personne se trouve déjà sur le territoire national. En conséquence, le Conseil dÉtat avait jugé, le 27 novembre 2020, que les dispositions de la directive « Retour » sont effectivement applicables lorsquune personne est contrôlée dans la zone des 10 kilomètres après la frontière. Par cette décision, le Conseil dÉtat a ainsi annulé larticle L. 213-3-1 du CESEDA (ancienne version de lactuel article L. 332-3) qui permettait de notifier des refus dentrée aux frontières intérieures terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette décision na provoqué aucune modification des pratiques de lÉtat : le ministère de lIntérieur a soutenu que des refus dentrée pouvaient encore être opposés aux personnes contrôlées sur les PPA des frontières terrestres, et ce au prétexte que larrêt « Arib » navait « pas pris formellement position sur le droit applicable » dans ce cas. En effet, larrêt « Arib » concernait « une personne interpellée à proximité immédiate » et non à la frontière (ADDE et a., 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une requête en date du 1er mars 2021, des associations ont pointé lillégalité de larticle L. 332-3 du CESEDA au regard du droit européen, qui étendait lapplication du régime des refus dentrée aux contrôles effectués aux frontières intérieures de lespace Schengen, et demandait son annulation. Elles demandaient par ailleurs au Conseil dÉtat de se tourner vers la CJUE pour éclaircir ce point sous la forme dune question préjudicielle, ce quil a fait le 24 février 2022. Les associations requérantes ont déposé des observations à lintention de la Cour, fournissant entre autres un grand nombre de refus dentrée comportant des secteurs dinterpellations éloignés de la « ligne » frontalière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une décision inédite, la CJUE a jugé, dans un arrêt du 21 septembre 2023, que lorsquun État membre réintroduit des contrôles à ses frontières intérieures il ne peut notifier une décision de refus dentrée à une personne qui se présente à un PPA, confirmant comme larrêt « Arib », quune personne ressortissante dun pays tiers interpellé à un PPA situé sur le territoire dun État membre et ne remplissant pas les conditions pour y séjourner est en séjour irrégulier au sens de la directive « Retour ». Larrêt du 2 février 2024 du Conseil dÉtat est la transposition en droit français de la jurisprudence de la CJUE : en cas de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, des refus dentrée peuvent être prononcés, mais doivent être accompagnés dune mesure déloignement ou dune procédure de remise aux autorités du pays limitrophes dans le cadre dune convention bilatérale (à la frontière franco-italienne, les accord de Chambéry). Enfin, le Conseil dÉtat précise le cadre applicable à la privation de liberté dans lattente de lexécution dune décision de réadmission. Celle-ci peut se traduire par une « mesure de vérification de droit au séjour », procédure durant laquelle la personne interpellée a le droit de bénéficier dun·e interprète, dêtre assistée dun avocat, dêtre examinée par un·e médecien·ne, de prévenir une personne de son choix, sa famille, et/ou les autorités consulaires de son pays. Le placement en rétention (articles L740-1 à L744-17 du CESEDA) est également possible, si la personne ne présente pas de garanties de représentation effective. Enfin, larrêt souligne que si la personne interpellée souhaite former une demande dasile lors de son interpellation ou au cours de son placement en retenue pour vérification de droit au séjour, ce sont les dispositions du CESEDA qui sappliquent (livre V).
Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se sont fait ressentir dans la zone-frontière du Briançonnais. Alors que cela ne sétait produit que très rarement, des personnes interpellées à Montgenèvre, sont sorties libres du poste de la PAF, en possession dun procès-verbal de fin de vérification de droit au séjour, mentionnant quelles devaient se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile. Dans le même temps, quelques personnes étaient renvoyées en Italie, sous la procédure de réadmission simplifiée Schengen. Durant les semaines puis les mois suivants, les observateur·ices des droits à la frontière ont été surpris.es et destabilisé.s tant le droit dasile tendait à être respecté à la PAF de Montgenèvre : la quasi-totalité des personnes interpellées, ou se présentant directement au poste, étaient placées en retenue administrative en cellule au sein du bâtiment de la PAF ou a minima en vérification didentité. Bénéficiant dun entretien individuel avec un·e agent·e de la PAF, dun·e interprète, les personnes pouvaient alors formuler une demande dasile, et ressortaient généralement au bout de quatre à cinq heures de retenue. Les Algecos ont cessé dêtre utilisés. Les personnes nentrant pas dans la catégorie demandeur·euses dasile étaient alors réadmises en Italie si leurs empreintes navaient pas été enregistrées précédemment par la PAF. Dans de rares cas, par exemple en cas de second passage, certaines personnes ont reçu des OQTF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Lexique : passeur</title><link href="/passeurs.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/passeurs.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeur.euses c'est nous (aussi)!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeur.euses c'est nous (aussi)!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la destination (transitoire le plus souvent), pas le point de départ : c'est normal que les passeurs ne soient pas trop visibles. La situation est très différente à Ventimiglia ou à Calais, mais aussi dans le département de Cuneo &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ou dans la vallée de Susa &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, à deux pas de chez nous.
Peu importe sa visibilité, la figure du passeur-contrebandier est intrinsèquement et historiquement liée au contrôle étatique sur les frontières et sur la mobilité des personnes et des biens. Sans oublier que pratiquement toutes les personnes qui traversent cette foutue frontière ici ont, à un moment ou à un autre de leur voyage, fait appel au moins une fois à cette figure légendaire ou malfamée.
Mais de quoi parle-t-on quand on parle de passeurs ? Qu'est-ce qui se cache derrière la diabolisation de cette figure ? Voici, une interprétation anti-étatique et anti-prohibitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pencher sur la question des passeur.euses c'est constater à quel point certaines fabulations sont dures à mourir, notamment quand les États ont tout intérêt à les entretenir. Nombre d'études et d'enquêtes, journalistiques, sociologiques ou anthropologiques, ont été menées depuis une bonne quinzaine d'année sur ce sujet et ont fait le jour sur quantité de mystifications. Pourtant celles-ci refont surface inlassablement dans la narration étatique autour de la question migratoire.
Pour commencer, il faut récuser le lien automatique, récurrent dans le discours policier, entre aide au passage des frontières et criminalité organisée. « Les organisations internationales de type mafieux semblent occuper une petite portion de [ce] secteur qui a grandi de manière exponentielle depuis la fermeture des frontières et qui reste largement contrôlé par des individus ou des petits groupes locaux. Évidemment, vu la nature illicite du marché, les données officielles sont peu fiables et n'expriment qu'une vision partielle du phénomène. Voilà pourquoi des études de qualité sont fondamentales : elles révèlent ce qu'il se passe dans les interstices des statistiques officielles »&lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Une autre vaste falsification concerne lœuvre de diabolisation réalisée et constamment entretenue par une grande partie de la presse, de la classe politique et des institutions policières des pays occidentaux. Les passeur.euses sont généralement représenté.es comme l'exemple même du criminel cruel.le, impitoyable, capable de toute sorte d'abus et de perversion. On les accuse de profiter de la misère et du désespoir de la population la plus faible et la plus indigente qui existe. Dans ce genre de représentations, les personnes en voyage sont présentées le plus souvent comme dépourvues de toute capacité de choix et de discernement, livrées impuissantes à la brutalité de ces criminels.
S'il est certain que des abus se produisent dans les transactions entre passeur.euses et passagèr.es, toutes les études menées sur le terrain soulignent l'importance absolue de la « bonne réputation » du passeur pour que ses affaires prospèrent &lt;sup id="fnref:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et quand on demande aux personnes exilées, il n'est pas rare que celles-ci expriment de la reconnaissance aux passeur.ses &lt;sup id="fnref:5"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:5"&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, malgré les sommes payées pour le voyage, qui paraissent exorbitantes aux yeux des personnes munies de passeports « forts ».
Nous tenons à le répéter afin d'éviter tout malentendu : nous sommes bien à connaissance de nombreux témoignages d'atrocités commises par des passeurs frauduleux et sans scrupules, mais nous considérons, au vu d'études sérieuses et documentées, que ces événements ne sont pas une généralité, et que ce n'est pas la nature de l'aide au passage qui les détermine, mais l'illégalité qui ouvre souvent au pire que l'imagination humaine puisse concevoir.
Les études que nous avons parcourues soulignent aussi la porosité entre les catégories de passeur.euses et passagèr.es, qui se trouvent très souvent dans la même situation de précarité administrative. Souvent les passeur.euses sont des voyageur.euses de l'exil qui, après des périodes de permanences forcée à une étape de leur itinéraire, décident de gagner quelques sous avec cette activité, des fois juste pour pouvoir se payer elleux-même la traversée &lt;sup id="fnref:6"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:6"&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Des personnes migrant.es coincées, donc : pas des gangsters sanguinaires avec des comptes bancaires à six chiffres. Et parfois on parle même de « bons passeurs », qui disent être animé.es par des raisons humanitaires et politiques &lt;sup id="fnref:7"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:7"&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Si iels ne sont pas elleux-même des sans papiers en exil, les passeur.euses sont souvent des habitant.es des régions frontalières pauvres (au Mexique, par exemple, ou sur les côtes atlantiques du Maroc et des pays ouest-africains). Là aussi on est très loin des représentations étatiques, confronté plutôt à une économie de survie qui lie des pauvres sédentaires à des pauvres on the move, pour répondre à un besoin généré par le contrôle policier des frontières &lt;sup id="fnref:8"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:8"&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et là aussi, les exemples sont nombreux de bons passeur.euses qui agissent consciencieusement, non sans une vision politique empreinte de compassion et de solidarité &lt;sup id="fnref:9"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:9"&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Un autre élément de confusion savamment entretenu par les autorités policières concerne la quasi synonymie qui brouille les notions de passeur (smuggler en anglais) et trafiquant (trafficker en anglais). La première définit le rôle de celui ou de celle qui facilite le passage d'une frontière, tandis que la deuxième a à voir avec la traite des êtres humains (séquestration, privation de passeport, menace, violences) et qui, tout en comprenant le franchissement d'une frontière, a pour but l'exploitation de la personne. Les deux définitions sont d'ailleurs nettement distincte dans le droit international et dans le code pénal français &lt;sup id="fnref:11"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:11"&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, mais sont aujourd'hui interchangeables dans le discours étatique à tel point que l'ancien OCRIEST (Office Central pour la Répression de lImmigration Irrégulière et de lEmploi dÉtrangers Sans Titre &lt;sup id="fnref:12"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:12"&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;) s'appelle OLTIM depuis 2022 : Office de Lutte contre le Trafic Illicite de Migrants.
Et tandis que les notions d'aide au passage et de trafic d'humains tendent à s'écraser l'une sur l'autre, à l'intérieur de la définition juridique d'aide au passage la question de la lucrativité tend progressivement à disparaître &lt;sup id="fnref:13"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:13"&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Dans un seul et unique amalgame, on mettra donc trafiquant.es et passeur.euses mais aussi les activistes solidaires. Voici comment, sous couvert de lutte contre la criminalité organisée, les polices européennes mettent en place un système de répression politique qui frappe aussi ONG, associations et toute sorte de collectifs ou individus en lutte contre les frontières &lt;sup id="fnref:14"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:14"&gt;14&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Et comme souvent dans le cas des prohibitionnismes, l'interdit instaure les conditions du marché noir (envol des prix, organisation de réseaux clandestins), partout où l'on rend illégal l'assouvissement d'une nécessité irrépressible. L'intensité de la répression est proportionnelle aux efforts pour la contourner, dans un jeu de renvois qui rappelle à la fois la course-poursuite et le miroir déformant.
Dans le cas spécifique de la guerre étatique aux passeur.euses, le gigantesque effort produit par les autorités pour déformer le réel n'est comparable qu'à l'inefficacité de leur stratégie répressive. Le patron de l'OLTIM a beau faire étalage des résultats impressionnants de son service (4000 interpellations de « trafiquants d'humains » en 2024)&lt;sup id="fnref:15"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:15"&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, cette même année est celle où le plus d'exilé.es ont réussi à passer des côtes du Calaisis à celles du Royaume-Uni, le plus souvent en faisant appel à des passeur.euses.
Mais d'autres objectifs, plus subtils et néfastes, sont atteints par cette violente campagne de propagande et de mystification. Voilà diffusée une nouvelle représentation du phénomène migratoire qui est à la fois totalement déshumanisante pour les personnes en voyage, et diabolisante pour toutes les personnes qui, pour plein de raisons différentes, essayent de faciliter le passage des frontières. Fortes de cette nouvelle narration, les forces policières exigent et obtiennent de nouveaux outils voués à criminaliser et réprimer les réseaux solidaires &lt;sup id="fnref:16"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:16"&gt;16&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
En entretenant ce mythe de la lutte contre le trafic illégal d'humains, les États essaient de cacher leur propre responsabilité dans la création et l'entretien de la nécessité, pour certaines catégories de personnes, du recours aux passeurs comme seul moyen pour traverser les frontières. A l'instar de la lutte contre le terrorisme qui justifie un rétablissement abusif des contrôles aux frontières intérieures depuis presque 10 ans, la lutte aux « trafiquants d'humains » autorise un durcissement des peines répressives contre l'ensemble des facilitateur.ices de l'immigration. Au passage, cette stratégie rejette du cadre de la discussion toutes les pistes qui pourraient amener à une vraie réglementation des déplacements de populations. Quid des chemins d'immigration dit légaux ? Pouraiit-on parler par exemple des refus quasiment systématique des visa par les consulats français dans les pays d'émigration &lt;sup id="fnref:17"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:17"&gt;17&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ? Quid encore des « couloirs humanitaires » ou du dispositif de Protection Temporaire qui, créé en 2001, n'a servi qu'une seule fois, au bénéfice des rescapé.es de la guerre en Ukraine ? Aux antipodes de tous ces chemins possibles, notre continent a fait le choix délibéré de renforcer les moyens et la présence des forces de police à chaque coin de frontière, de réduire le droit d'asile et de compliquer l'accès à tous les titres de séjour, de sous-traiter la gestion des flux migratoires au pays limitrophes, d'autoriser des pushbacks de plus en plus violents &lt;sup id="fnref:18"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:18"&gt;18&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
La logique de la création du monstre (que ça soit le terroriste, le trafiquant d'humain ou le narcotrafiquant) réussit en général à faire d'une pierre deux coups : donner à une question complexe une réponse simple mais fausse : l'immigration c'est la faute aux passeur.euses et mettre à profit la peur générée, pour augmenter le degré de militarisation de la société et réduire les libertés individuelles. Quand aux raisons profondes du phénomène (que ça soit de l'immigration, du terrorisme ou du trafic de stupéfiants), elles sont préalablement écartées de la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;A lire aussi :
Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafisti, www.dal-mare-al-carcere.info&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;Lele Odiardo, Passeurs, clandestins à la frontière alpine ; Nunatak n.° 3 été/automne 2018&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Cecilia Vergnano, Why take such a risk? Beyond profit: motivations of border-crossing facilitators between France and Italy ; Social Anthropology/Anthropologie Sociale (2020), pp. 116&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Caterina Borelli, Meet the smugglers. Decolonising the mind, questioning the border ; Allegra Lab. Notre traduction.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:4"&gt;
&lt;p&gt;Vergnano&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:5"&gt;
&lt;p&gt;Anaïk Pian, Variations autour de la figure du passeur ; Plein droit n° 84, mars 2010 « Passeurs d'étrangers »&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:6"&gt;
&lt;p&gt;Luigi Achilli, The “Good” Smuggler: The Ethics and Morals of Human Smuggling among Syrians ; The annals of the American Academy of Political and Social Science, 21 février 2018&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:7"&gt;
&lt;p&gt;Achilli&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:8"&gt;
&lt;p&gt;Achilli. Cfr. aussi Gabriella Sanchez, Circuit Children: The experiences and perspectives of children engaged in migrant smuggling facilitation on the US-Mexico border ; Anti-trafficking review. Cfr. aussi Mahmoud Keshavarz and Shahram Khosravi, To see like a smuggler, pp. 1-18 ; Pluto Press 2022&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:9"&gt;
&lt;p&gt;Pian, Vergnano, Achilli, Sanchez, Keshavarz et Khosravi&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:9" title="Jump back to footnote 9 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:10"&gt;
&lt;p&gt;Plambech Sine, Playing the trafficking card, Blog 22 October 2016&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:10" title="Jump back to footnote 10 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:11"&gt;
&lt;p&gt;Borelli&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:11" title="Jump back to footnote 11 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:12"&gt;
&lt;p&gt;Organisme de la police nationale française qui se consacre à la lutte contre les réseaux (ou « filières ») favorisant limmigration irrégulière, lemploi détrangers dépourvus dautorisation de travail et/ou de séjour ainsi que la fraude documentaire qui en découle. Source Wikipédia&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:12" title="Jump back to footnote 12 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:13"&gt;
&lt;p&gt;Borelli. Cfr. aussi McGregor et Vergnano&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:13" title="Jump back to footnote 13 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:14"&gt;
&lt;p&gt;McGregor, Criminal charges against migrant rights defenders rising, NGO finds ; InfoMigrants 4 septembre 2024&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:14" title="Jump back to footnote 14 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:15"&gt;
&lt;p&gt;Infomigrants (Rédaction), France : plus de 4 000 passeurs ont été interpellés en 2024, 7 février 2025&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:15" title="Jump back to footnote 15 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:16"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. Observatoire des libertés associatives, « Au mépris des droits », Mathilde Rogel, 2024.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:16" title="Jump back to footnote 16 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:17"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. La Cimade, Visa refusé, Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas, juillet 2010.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:17" title="Jump back to footnote 17 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:18"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. Refoulements violents à la frontière gréco-turque : récit d'une dérive européenne, Ravages n. 1, septembre 2023.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:18" title="Jump back to footnote 18 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Edito</title><link href="/edito_03.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/edito_03.html</id><summary type="html">&lt;h4&gt;Ravages n°03, été 2025&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Persistons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h4&gt;Ravages n°03, été 2025&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Persistons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La Méditerranée, cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
Daprès les estimations de lOrganisation mondiale pour les migrations, on a atteint ce chiffre ahurissant de 30mille personnes mortes ou disparues en Méditerranée depuis 2014. Ce chiffre, qui recouvre une multitude de vies brisées et de familles endeuillés ne tient pas compte de tous les naufrages qui ne sont pas documentés, ni de tout ce qui se passe sur la route Atlantique où, rien qu'en 2024, presque 10 000 personnes auraient disparu, selon l'ONG Caminando Fronteras. Le bilan est donc encore plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un énorme cimetière...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Pire que ça ! Au lendemain du naufrage de Pylos (Grèce) qui, le 14 juin 2023, a coûté la vie à plus de 600 personnes en raison de la non-assistance des États européens, la société civile na cessé de le répéter : la Méditerranée nest pas seulement un cimetière, mais une scène de crime ! Cela fait maintenant plus de 30 ans que lEurope sarroge un droit de laisser-mourir et même un permis de tuer à ses frontières maritimes, en adoptant une double stratégie. Dune part en militarisant ses frontières pour tenter dempêcher les personnes exilées darriver sur le sol européen, et dautre part en externalisant ses frontières, cest-à-dire en sous-traitant les interceptions à des acteurs non-européens.
Tout ça bien que lon sache que ces politiques ne fonctionnent pas : très coûteuse en vie humaines (et coûteuse pour le contribuable européen, avec des milliards deuros qui sont réalloués du social au sécuritaire), elles ne font que déplacer les routes migratoires, sans les arrêter, poussant les personnes exilées à emprunter des voies de plus en plus dangereuses. Cette dynamique est particulièrement visible en Méditerranée : Au fil des tentatives de fermeture des différentes routes (dabord avec laccord UE-Turquie en 2016, puis avec le soutien aux garde-côtes libyens à partir de 2017 et le renforcement des contrôles le long de la route tunisienne à partir de 2022), les routes se sont déplacées jusquen Atlantique, où on a pu constater une très forte augmentation des départs depuis 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; On dirait que les routes migratoires se modifient selon le principe des vases communicants : si ça bouche à un endroit, ça se remplit à un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; C'est un peu plus compliqué que ça. Il faut toujours se rappeler que les facteurs qui influencent les parcours migratoires sont multiples et complexes et que les personnes exilées ont leur propre agentivité, c'est-à-dire leur propre capacité à être maîtres de leurs existences. Bien sûr, leur mobilité est contrainte par ces politiques migratoires très violentes dont on a déjà parlé. Il ne sagit pas de minimiser cet aspect, mais de reconnaître que les personnes en mouvement, en continuant inlassablement de transgresser les frontières, obligent constamment les politiques et les pratiques frontalières à changer et à se repositionner. Idem avec les pratiques de solidarité qui ne cessent de sadapter aux nouvelles contraintes : tout est en mouvement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un tableau très complexe, et mouvant en plus, dans lequel il n'est pas simple de se situer et d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Oui, la Méditerranée est un vrai espace de lutte, avec plein de protagonistes et où tout bouge très vite. Cest un espace proprement politique, qui ne peut se réduire à une approche purement humanitaire. La meilleure approche pour moi est celle de l « autonomie des migrations » qui implique de reconnaître les personnes exilées comme étant les actrices de leur mobilité et non simplement comme des victimes. Cest également essentiel pour situer nos luttes et réfléchir à notre place en tant que soutien dans le combat pour la liberté de circulation de toutes et tous et tenter de se tenir à distance de la figure de la sauveuse / du sauveur blanc qui découle dun héritage colonial et dune tradition fortement ancré dans le monde de lhumanitaire..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Selon la presse &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, les débarquements sur les côtes de l'Italie du Sud ont drastiquement baissé l'année dernière (2024). Qu'est-ce que tu peux nous dire à cet égard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Regarder de plus près la situation en Méditerranée centrale fournit un bon exemple pour comprendre la frontière maritime comme espace de lutte. La Méditerranée centrale cest la route qui part de Tunisie et Libye (plus rarement dEgypte) en direction principalement de lItalie (ça fait maintenant plusieurs année que Malte fait tout pour éviter toute arrivée  sur lîle).
En 2024, on a effectivement enregistré moins darrivées que les années précédentes. 65 000 personnes sont arrivées en Italie par cette route, tandis que plus de 21 000 personnes ont été refoulées en Libye après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, soutenus et équipées par lUE. Des camarades de la société civile tunisienne estiment que plus de 60 000 autres personnes ont été interceptées et renvoyées en Tunisie, pays qui, à linstar de la Libye, est tristement connu pour les violences et les violations de droits commises à lencontre des personnes exilées quil sagisse de détention arbitraire, refoulements dans des zones désertiques, violences sexuelles…Cest ce quon peut appeler un « régime de refoulement par procuration » : dans le cadre de différents accords, les garde-côtes tunisiens et libyens reçoivent un soutien financier, logistique et matériel leur permettant daugmenter fortement leur présence en mer et deffectuer un nombre croissant d'interceptions, afin de ramener des personnes dans les pays quelles tentent désespérément de fuir. Ce quon constate depuis plusieurs années, cest que les autorités des États européens se sont progressivement déchargées de leurs responsabilités en termes de recherche et de sauvetage, se contentant dans la majorité des cas de surveiller la Méditerranée depuis les airs, et dalerter les garde-côtes libyens et tunisiens des départs, pour que les embarcations soient interceptées avant quelles ne puissent atteindre les eaux territoriales européennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; C'est ce que fait Frontex, dont le budget se chiffre en milliards et ne cesse d'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; En effet, cest notamment le rôle de Frontex de surveiller la mer à l'aide de drones et d'avions, dans le but de faciliter les refoulements. Mais il y a aussi des bateaux marchands qui régulièrement sont chargés par les États européens de refouler des personnes vers la Libye, la Tunisie ou lÉgypte. Cela en violation du droit international qui interdit formellement de renvoyer des personnes dans un lieu où elles risquent dêtre persécutées. Sur la ligne téléphonique dAlarm Phone, nous sommes régulièrement en contact avec des bateaux sur le point dêtre refoulés. Cest toujours une situation très compliquée. Les personnes disent souvent quun renvoi en Libye, par exemple, est pire que la mort…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Mais en mer il n'y a pas que les bateaux des personnes exilées et ceux des flics qui les pourchassent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Bien sûr, heureusement ! En Méditerranée centrale, il y a un autre type dacteur présent : les organisations civiles de sauvetage en mer. Il sagit dun ensemble dacteurs qui travaillent ensemble à dénoncer les politiques européennes de non-assistance et de sous-traitance, et qui se mobilisent pour combler les manquements des États en matière de recherche et de sauvetage. Il y a Alarm Phone qui reçoit les appels, trois avions civils chargés de repérer les embarcations en détresse, et plus dune vingtaine de bateaux qui peuvent soutenir les personnes en mer, soit en les embarquant, soit en accompagnant leur bateau jusquà destination. Ces acteurs se sont rassemblés sous lappellation provocatrice de « Civil MRCC »  ( Centre de coordination de sauvetage de la société civile), pour dénoncer et lutter contre les politiques de laisser mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et comme on le voit, ces acteurs sont de plus en plus criminalisés…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Exactement… Depuis plusieurs années, cette flotte civile est criminalisée par les gouvernements, accusée de créer un supposé « appel dair ». Ce qui dune part est faux et dautre part détourne complètement lattention des manquements des États européens en matière de recherche et sauvetage, et de leur responsabilité dans linstauration dun régime dapartheid des mobilités.
Tout est fait pour limiter laction des acteurs civils.On se souvient de la politique de fermeture des ports de lÉtat italien en 2019 et de lentrée en force du Sea Watch avec sa capitaine Carola Rackete dans le port de Lampedusa, après avoir attendu deux semaines en mer avec 42 survivant.es. Aujourdhui, lItalie post-fasciste de Meloni continue de sacharner, en multipliant les stratégies pour maintenir les bateaux dONG loin des zones opérationnelles, notamment en les empêchant de procéder à des secours multiples et en leur assignant des ports très éloignés pour le débarquement des personnes secourues.
Malgré ces attaques, les acteurs civils continuent à faire vivre la solidarité en Méditerranée. Comme pour les personnes exilées, lorsquune nouvelle frontière ou un obstacle sérige, nous nous adaptons, nous trouvons un moyen de le contourner pour continuer tant bien que mal à accompagner les personnes exilées dans leurs tentatives de traversée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Tu peux m'en dire plus sur Alarm phone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Alarm Phone, cest un réseau transnational dactivistes basé.es un peu partout autour de la Méditerranée, dont lactivité principale est de tenir une ligne téléphonique solidaire avec les personnes en détresse en mer.
Le réseau a été créé en 2014, un an après un naufrage qui a eu lieu en octobre 2013, et qui a coûté la vie à 268 personnes. Le bateau avait coulé après avoir essuyé les tirs dun navire libyen. Les garde-côtes responsables (maltais et italiens) avaient été alertés à plusieurs reprises, mais plutôt que de lancer les secours comme ils sont pourtant tenus de faire en vertu du droit maritime, ils se sont renvoyé la balle et ont laissé les personnes sans assistance, alors que le bateau sombrait. Cest là que plusieurs activistes se sont demandé si les choses auraient pu se passer autrement, si les personnes à bord du bateau avaient pu appeler une ligne indépendante, qui aurait pu dénoncer en direct la situation et exercer une pression immédiate sur les autorités. Le réseau Alarm Phone sest mis en place et, un an après, la ligne téléphonique solidaire recevait ses premiers appels.
En octobre dernier, on fêtait, les 10 ans du réseau et les 8000 bateaux qui nous ont appelés. Dans la rage et la colère. Face à la brutalisation ahurissante du régime des frontières. Face aux morts et au disparus que nous pleurons avec leurs proches. Mais aussi, bien sûr aussi, dans la joie. Dêtre ensemble. De lutter ensemble. De célébrer chaque « boza » (c'est le cri de joie de celles et ceux qui ont réussi à atteindre leur destination) et la force des personnes qui continuent chaque jour à se battre pour exercer leur liberté de mouvement. Aujourdhui le réseau compte près de 300 personnes, venu.e.s des quatre coins du monde. Notre horizon, cest légalité des droits et la liberté de mouvement pour toutes et tous, et que la Méditerranée puisse être un espace qui relie et non pas qui divise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Quelles sont les zones d'action d'Alarm Phone ? Comment ça marche concrètement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Sur la ligne dAlarm Phone, on reçoit des appels de pleins de régions différentes : la Méditerranée, lAtlantique, la Manche, la frontière entre la Turquie et la Grèce… Le but est de soutenir les personnes en détresse qui très souvent font face à de la non-assistance de la part des Etats ou d'autres types de violences (refoulements dans un pays où les personnes craignent pour leur vie, attaques de garde-côtes…). On alerte les autorités compétentes lorsque ce nest pas encore fait et on leur met la pression pour quelles aillent secourir les embarcations et débarquer les passager.ères dans un lieu sûr, comme le prévoit le droit international. On documente et on dénonce ces violations, et plus largement le régime des visas et les politiques meurtrières de contraintes des mobilités, qui chaque jour sont la cause de décès et disparitions.
Cest un grand réseau, et il y a plein déquipes différentes qui se partagent des tâches différentes : diffuser le numéro dAlarm Phone, créer du lien avec les communautés, sensibiliser (cest-à-dire informer les personnes sur les dangers liées à la traversée, en leur donnant des conseils pour se préparer au mieux), répondre aux appels de détresse, poster des alertes sur les réseaux sociaux, écrire des rapports…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et toi, tu fais quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Au sein dAlarm phone, je tiens des permanences téléphoniques et participe à la rédaction de publications sur la région de la Méditerranée centrale. Je fais aussi partie de léquipe « recherche et suivi » pour la Méditerranée centrale : sil y a eu un refoulement, si un bateau a disparu ou a fait naufrage, on soutient les familles dans la recherche de leurs proches. Sil y a des survivant.es, on essaie de voir comment les soutenir et, siels souhaitent relayer leur voix, on organise des moments de CommémorActions.
Les CommémorActions, ce sont des moments très importants pour le réseau. Des moments où nous nous tenons aux côtés des suvivant.es et des familles pour pleurer celles et ceux qui ont disparu aux frontières européennes. Des moments où sexpriment à la fois le deuil et la colère dans un mélange entre commémoration et manifestation. Ces CommémorActions ont lieu régulièrement, de manière centralisée, dans une ville, comme à Oujda et Zaris les années passées, et de manière décentralisées, à loccasion du 6 février qui est la date anniversaire du massacre de Tajaral lors duquel en 2014, la police des frontières espagnole avait tué au moins 15 personnes qui tentaient de traverser la frontière entre le Maroc et lEspagne.
Avec ces moments de CommémorAction nous faisons une double promesse : celle ne pas oublier celles et ceux qui ont perdu la vie et lutter contre les frontières qui les ont tué·es et celle de ne pas abandonner. La promesse que nous continuerons à nous battre quotidiennement pour la liberté de mouvement,en exigeant la vérité, la justice et des réparations pour les victimes de la migration et pour leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Parmi les bateaux de sauvetage en Méditerranée il y en a un qui attire particulièrement notre curiosité et notre sympathie : c'est le Louise Michel. Tu peux nous dire un mot sur ce bateau et sur tes activités quand tu montes à bord ?
&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Le Louise Michel, cest un navire de secours civil qui sillonne la Méditerranée centrale depuis 2020. Il a deux particularités. La première cest quil est rose ! Il a été peint à l'aide d'un extincteur par le street-artiste britannique Banksy avant dêtre donné à un petit groupe de militant.es. La seconde, cest que cest un bateau relativement rapide par rapport aux autres navires de la flotte civile, qui peut arriver très vite sur le lieu du cas de détresse, et parfois darriver avant les garde-côtes libyens, ce qui permet déviter un refoulement illégal vers la Libye, où les personnes risquent de graves persécutions.
De manière générale, quand je navigue, sur Louise ou dautres bateaux de secours, je moccupe daccueillir les personnes survivantes. En gros, il sagit dassurer la communication avec les personnes lors du secours, dorganiser la vie à bord une fois que tout le monde est embarqué, dessayer de comprendre les besoins de chacun.e, et surtout dinformer les personnes sur ce qui les attend une fois quelles seront débarquées en Europe et les briefer sur leurs droits. En Europe, cest souvent pour ces personnes un nouveau parcours du combattant qui souvre, alors on essaie de faire en sorte quelles soient le mieux préparées, même si elles sont déjà généralement bien informées. On partage par exemple avec elles le lien du site de welcome2europe.
Le Louise Michel, comme son nom lindique plutôt bien, cest un projet qui se veut radical et féministe. Féministe, parce que ce nest pas toujours évident dévoluer dans le monde de la navigation qui est marqué par une forte tradition patriarcale. Radical, parce que comme pour Alarm Phone, lapproche est celle de la défense de la liberté de mouvement pour toutes et tous. Le discours pour labolition du régime des frontières est très clair : cest une initiative de solidarité transnationale, pas un projet humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un mot pour finir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après…
Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Merci Sophia !&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque".&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry></feed>

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<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom"><title>ravages</title><link href="/" rel="alternate"></link><link href="/feeds/all.atom.xml" rel="self"></link><id>/</id><updated>2024-10-11T00:00:00+02:00</updated><subtitle>chroniques de luttes à la frontière franco-italienne</subtitle><entry><title>L'année 2024 vue d'ici</title><link href="/breves02.html" rel="alternate"></link><published>2024-10-11T00:00:00+02:00</published><updated>2024-10-11T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2024-10-11:/breves02.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;La frontière se relâche ici (temporairement au moins) pour mieux serrer ses mailles ailleurs, plus loin de chez nous et plus en profondeur dans nos systèmes juridiques.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; <feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom"><title>ravages</title><link href="/" rel="alternate"></link><link href="/feeds/all.atom.xml" rel="self"></link><id>/</id><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><subtitle>chroniques de luttes à la frontière franco-italienne</subtitle><entry><title>Brèves</title><link href="/breves-3.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>theo</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/breves-3.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout va mal, y'a pas à chier.&lt;/strong&gt;
&lt;em&gt;L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout va mal, y'a pas à chier.&lt;/strong&gt;
&lt;em&gt;L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;5 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un autre incendie se déclare dans une chambre du Refuge Solidaire à Briançon. Cest sans conséquences pour les personnes présentes, mais le bâtiment est inutilisable pendant plusieurs semaines. Sur demande des pompiers et bien à contrecœur, le maire de Briançon est contraint de réquisitionner un gymnase et de le mettre à disposition pour l'hébergement d'urgence des primo-arrivant.es. Mais au bout de deux nuits, c'est le préfet qui prend le relais, en préemptant la Maison de la Géologie. Étonnante sollicitude de nos caïd locaux qui, pendant des années, n'avaient pris en charge que la répression et la stigmatisation du phénomène migratoire. Le souvenir de la grande occupation du Pado de l'été 2023 aurait fait peur aux flics ?&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;3 septembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le détroit du Pas-de-Calis, naufrage d'une embarcation transportant 65 personnes exilées. L'après-midi du même jour, Gérald Darmanin s'exprime à Boulogne-sur-Mer. Il remercie les secours et défend la stratégie adoptée par le gouvernement sur cette frontière, avec ses 1700 policiers et gendarmes déployés. Il semble pourtant que les passages de cette frontière ne cessent d'augmenter et que l'année courante soit la plus meurtrière depuis le début du phénomène des bateaux de fortune sur la Manche. Si une stratégie existe vraiment, on a du mal à comprendre ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;2 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Hendaye (Pays Basque) 7 militant.es issues d'organisations politiques, sociales et syndicales, dont 3 membres de la Fédération Etorkinekin Diakité, se retrouvent en garde-à-vue, inculpées pour avoir aidé 36 personnes à traverser la frontière franco-espagnole. L'action de désobéissance civile avait été revendiquée par une vingtaine d'associations et collectifs locaux. Elle s'était déroulé le 24 mars 2024 pendant la Korrika (manifestation sportive, festive et solidaire qui, tous les deux ans, traverse le Pays Basque sur un parcours de plus de 2700 kilomètres). L'indignation provoquée par cette arrestation va donner lieu à un mouvement de soutien populaire de grande ampleur. Plusieurs manifestations seront organisées en France et en Espagne par des dizaines d'associations, syndicats et collectifs. Le procès, qui aurait dû commencer le 28 janvier, sera plusieurs fois reporté, jusqu'à la date du 7 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;9 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Briançon, ouverture d'un nouveau squat : le Boulodrome Libre ou Bou'li. Le même jour, à Madrid, le premier ministre Pedro Sanchez prononce un discours pro-immigration qui dit, entre autre : « Nous sommes des enfants de limmigration. Nous nallons pas être les parents de la xénophobie ».
Voilà deux choses qui n'ont rien à voir mais qui font bien plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Italie transfère vers l'Albanie un premier groupe de personnes exilées interceptées au large de Lampedusa. Mais le 18 octobre, le Tribunal de Rome nie la validité légale de la mesure et les exilé.es sont rapatrié.es sur le territoire italien. A partir d'avril, un des deux centres albanais, celui de Gjader, sera transformé en CPR (l'équivalent des CRA en Italie : voir l'article Histoire d'une trêve), où quelques dizaines de personnes sont enfermées sans procès et sans pouvoir communiquer avec leurs familles et leurs avocats, pour être ensuite rapatriées vers leur pays d'origine (en passant à nouveau par l'Italie, l'Albanie n'étant pas en mesure d'expulser directement).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 novembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Bou'li est expulsé et quatre personnes écopent de 24 heures de garde-à-vue. Le même jour, à Montgenèvre, la PAF reprend les refoulements comme si la décision du conseil dÉtat du 2 février n'existait pas (voir l'article Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?) Encore deux choses qui n'ont pas vraiment de rapport, à gerber toutes les deux par contre.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;9 décembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le régime de Bachar Al-Assad n'est pas tombé depuis vingt-quatre heures que déjà Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège et Suède s'empressent de suspendre les demandes d'asile des exilé.es syrien.nes. Remarquable mélange d'illusionnisme bureaucratique et d'opportunisme raciste : en un tour de main la chute d'une dynastie sanguinaire devient un prétexte pour expulser des gens.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 décembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin de l'année et c'est l'heure des bilans. Il semble quen 2024 le nombre de traversées en Méditerranée ait baissé de presque 60% par rapport à 2023. On n'aime pas trop les chiffres par ici, mais pour une fois nous avons envie de jouer le jeu. Parce qu'on parle de 70mille personnes arrivées par la mer en une année, sur un continent qui compte presque 450 millions d'habitant.e.s. La proportion est donc de 0,015% en 2024, 0,03% en 2023. Ya plus d'alcool dans une bière sans alcool. Peut-être que ça peut faire réfléchir celleux qui parlent d'invasion, de grand remplacement, de submersion, et qui ont fait de l'immigration un sujet électoral plus urgent que le réchauffement climatique ou les mort.e.s au travail (par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;19 janvier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Turin, Osama Najim dit « Almasri », dirigeant de la police judiciaire libyenne, était de passage avec ses potes pour voir un match de foot. Peinard le gars, sur qui pèsent des accusations d'abus, violences et tortures, perpétrées dans le centre de rétention pour migrant.es de Tripoli dont il est le directeur. La police italienne l'arrête le dimanche soir suite à un signalement de l'Interpol, mais trois jours plus tard il est relâché par intercession du Ministre de la Justice en personne, qui lui paye un vol pour Tripoli. Peinard le gars.
Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-côtes libyens, pour qu'ils capturent les migrant.es dans les eaux territoriales libyenne et les enferment de manière arbitraire dans des prisons absolument terrifiantes. (A lire : Out of Libya, rapport de Médecins Sans Frontières, mais aussi notre article La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte.)&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;23 janvier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'Intérieur Retailleau diffuse une circulaire ministérielle qui durcit les normes pour la régularisation des travailleur.euses étrangères. Elle prévoit notamment d'apporter la preuve d'une présence dau moins sept ans en France, contre cinq ou trois auparavant, et de fournir une preuve avancée de maîtrise du français (un diplôme ou bien une certification linguistique), là où la précédente circulaire Valls demandait simplement une maîtrise orale. Enfin, en cas de refus de la demande de régularisation, la préfecture devra « systématiquement » délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à la personne concernée.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;6 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Lybie, 93 cadavres de migrant.es retrouvés dans deux fosses communes dans les régions de Jikharra et Kufra. En mars 2024, une autre fosse commune avait été découverte, contenant au moins 65 corps.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;12 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux USA,120 mots sont bannis par l'administration Trump du lexique de la recherche scientifique. Sur la liste on trouve Activisme, Défenseur, Équité, Égalité, Inclusion, Femme, Minorité, Réchauffement Climatique, Trauma. Plus localement, dans la région PACA, l'actuel président a annoncé que toute subvention sera refusée aux associations utilisant la langue inclusive. Nous allons essayer d'utiliser tous ces mots et la langue inclusive à fond, dans ce numéro et partout, tant que c'est encore possible. Et à rester woke aussi, n'en déplaise aux croûtons réactionnaires de tous les âges et bords politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;13 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;LÉtat français est condamné par la cour administrative de Bordeaux à payer plus de 800mille euros de dédommagement à la Communauté dagglomération Pays Basque, pour le financement du centre Pausa de Bayonne, qui, depuis 2019, accueille les primo-arrivant.es de la frontière franco-espagnole. La cour a rappelé que l'hébergement d'urgence est une responsabilité dÉtat et tout le blabla. Le précédent semble donner des idées aux assos briançonnaises en galère de thune. Les ravago-anarco-toto-no-border que nous sommes restent (comme souvent) dubitatives. Nous considérons que, malgré toutes ses limites, un Refuge Solidaire autonome fera toujours moins pire que les mercenaires d'un État fasciste, sans oublier que c'est grâce à l'existence de ce Refuge tâtonnant et cradingue que Briançon, avec ces centaines de bénévoles et activistes qui débarquent tous les ans des quatre coins du monde, est aujourd'hui un creuset de luttes, de rencontres et d'inventions antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;20 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec le soutien du gouvernement, le Sénat adopte une proposition de loi visant à interdire le mariage entre français.es et étrang.ères en situation irrégulière. Il y a peu de chance que le Conseil constitutionnel laisse passer cette aberration, la liberté du mariage étant inscrite dans la Déclaration des Droits de lHomme. Mais les racistes au pouvoir sont joueurs aha! En tout cas avec l'argent et la peau des autres - ça oui.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;26 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À l'issue d'un comité interministériel autour de l'immigration, Bayrou annonce la généralisation du recours à la « Force Frontière » dans l'ensemble de l'Hexagone. Il s'agit de la fameuse Border Force, annoncée mais jamais vraiment expérimentée l'été 2023, dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Ce dispositif regroupe la gendarmerie, la police, les douanes, l'armée et tutti quanti. Pourtant, dans notre souvenir, l'été 2023 a été celui d'un sensationnel record d'arrivées. Alors pourquoi pas ! Il suffit, encore une fois, d'oublier les tonnes d'argent publique jetées par la fenêtre.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;18 mars&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Benyamin Nétanyahou décide de bombarder Gaza et de rompre le cessez-le-feu du 15 janvier 2025. L'attaque fait au moins 413 morts selon le ministère de la santé palestinien. Pendant que le génocide suit son cours, en France le collectif Urgence Palestine risque la dissolution. Monde colonial de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Mi-avril&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Briançon, la crise de financement qui bouscule le monde associatif touche de plein fouet le Refuge Solidaire. L'asso se trouve à devoir licencier la plupart de ses salarié.es. Le milieu militant briançonnais plus compact que jamais se serre les coudes pour éviter une fermeture qui risquerait d'être définitive.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;25 avril&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aboubakar Cissé est poignardé à mort dans la mosquée Khadidja près d'Ales, dans le Gard. Le meurtrier aurait crié « Ton Allah de merde ». Mais y en a toujours qui refusent d'utiliser le mot islamophobie, genre « nos » ministres (Valls, Berger, Retailleau et tous les autres). Remonde de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;13 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Àprès avoir été reçu Place Beauveau par le ministre Retailleau, le maire de Briançon Arnaud Murgia se félicite sur les réseaux sociaux d'avoir obtenu « une compagnie de CRS en renfort à la frontière ». Décidément, l'État ne regarde pas à la dépense quand il s'agit d'alimenter la propagande de la répression. Et en plus, à la différence de la Border Force, les CRS sont tout de suite bien présents à Montgenèvre, avec leurs sales tronches et leurs manières d'hooligans.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;15 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ça y est, le rouleau compresseur des Jeux Olympiques dhiver 2030 est lancée. Le contrat hôte a été signé par le Comité International Olympique (CIO) et les régions AURA et PACA, tandis que la loi « dexception » des Jeux Olympiques sera inspectée au Sénat en juin. Elle prévoit dans ses articles 34 et 35 de passer à un niveau supérieur de flicage et de militarisation de notre ville de frontière, avec des nouvelles caméras dopées à l'Intelligence Artificielle et des « interdictions de paraître pour les personnes constituant une menace pour la sécurité publique ».&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;17 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Milan, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment, devait se tenir le premier sommet continental sur la « remigration », le projet de déportation massive de toutes les personnes racisées en dehors des frontières du continent européen. Le but avéré de la réunion était de trouver des moyens concrets pour « mettre en œuvre ce projet dans les systèmes politiques occidentaux » et « diffuser lidée dans le débat public ». Mille antifascistes défilent dans les rues de la ville. L'hôtel qui aurait dû héberger la bande de fachos annule la réservation. L'événement n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les autorités britanniques ont détecté 1194 arrivées de migrant.es ayant traversé la Manche pour cette seule journée. C'est un record. Nous aimerions souhaiter bon vent et bon courage à nos ami.es qui traversent une mer de plus en quête d'un avenir meilleur. Pendant ce temps, le premier ministre Keir Starmer promet de réduire significativement l'immigration régulière et irrégulière dans son pays.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 mai bis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le Var, un habitant de nationalité tunisienne est tué par balle par son voisin qui venait de publier sur les réseaux sociaux des vidéos à caractère raciste. Le parquet anti-terroriste est saisi, on parle bien de meurtre raciste. Par contre le mot islamophobie reste imprononçable. Re-re-re-monde de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Début juin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;3 nouveaux Algecos sont apparus au côté de la PAF de Montgenèvre. Si hier, « seulement » 20 personnes pouvaient se retrouver enfermées pendant 24 heures maximum dans un seul Algeco (qui a tout récemment été équipé de toilettes, grandiose !), les chiffres pourront monter jusqu'à une centaine de personnes dorénavant. Des filets toujours plus grands pour la pratique du refoulement, que les flics et leurs tuteurs adorent tant.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;18-19 juin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;« Ne venez pas en France, nous naccepterons rien, cest la tolérance zéro » : c'est par ces mots que Retailleau annonce deux jours de rafles de « clandestins »  partout sur le territoire français. 4000 agents et soldats sont mobilisés. La date du 18 juin était associée jusque-là à l'appel lancé par De Gaulle en 1944 contre le pétainisme et le Nazi-Fascisme. Il le sera maintenant au rétablissement officiel des rafles racsites en France, par les nouveaux fascistes au pouvoir. &lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;2 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Assemblée Nationale adopte une nouvelle loi sur les CRA. Elle augmente la durée de rétention de 90 à 210 jours, permet le port du bracelet électronique pendant 6 mois à la sortie du CRA, autorise l'enfermement en CRA des personnes demandeuses d'asile. C'est pas pour se répéter, mais tout va mal, y a pas à chier.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>« C'est qui le blédard ? »</title><link href="/c-est-qui-le-bledard.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/c-est-qui-le-bledard.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande de blanc.hes dans cette revue et nous pensons qu'il faut parler de racisme partout et notamment entre nous, mais que pour ça il faut aussi parfois se taire et écouter.&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Alors on a pensé à interviewer notre jeune ami Junior, qui est arrivé en France il y a deux ans en passant la frontière à Montgenèvre. Il a réussi à se faire reconnaître mineur, ce qui est refusé à 70% des jeunes qui le demandent en France (source Médecins du Monde) et il a été pris en charge par les structures de la protection à l'enfance qui ont décidé de l'envoyer à Nantes. Il s'est vu alors attribuer une place en foyer, l'accompagnement par une association, l'accès à des formations pour des métiers peu qualifiés. Mais même avec ça, tout n'est pas rose !&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Aujourd'hui Junior nous parle du racisme qu'il rencontre partout depuis qu'il vit en France : au travail, à l'école, dans la rue. En salle de classe, à la cantine, dans la cours de récré. Il nous expose ses réflexions, son cheminement, ses petits et grands combats, ses techniques d'auto-défense. Il a même un conseil à donner aux jeunes qui arrivent en France en passant par Briançon mais ça vaut pour tous les autres aussi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Est ce que tu peux te présenter ? Ce que tas envie de dire sur toi , qui tu es…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Junior :&lt;/strong&gt;Je me nomme Yao Kouassi Junior. Je suis arrivé en France en 2023. Je suis rentré de lItalie en France en 2023 par Briançon. Jai été accueilli par des amis. Jai fait plus de 3 mois avec eux, ils étaient sympas avec moi. Jattendais mes documents administratifs qui devaient arriver de la Côte dIvoire. Après cette attente mes papiers sont arrivés et je suis parti sur Nice pour aller faire ma demande de minorité. Ma demande a été accepté et jai été transféré à Nantes par le juge. Mais quand je suis arrivé à Nantes cétait pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Pourquoi c'était pas facile?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Parce que je venais darriver, je connaissais pas la ville, cétait pas facile. Jai rencontré des racistes dans ma vie quotidienne. A lécole comme en ville. Les gens me jugeaient pour ma couleur et pour mon accent. Ils me disaient « le blédard », ils se moquaient de moi, quand ils me voyaient ils se mettaient ensemble à rigoler. A lécole, dans la ville, dans les transports en commun, les personnes âgées comme les jeunes. Y'a des gens qui veulent pas m'approcher parce que je suis noir. Souvent cest triste, mais on essaie de faire avec.
Mais jétais étonné de croiser des gens qui nous détestait autant sans nous connaître. Moi on m'avait dit que les gens sont racistes à Nice [où Junior a passé son entretien pour la reconnaissance de minorité]. Mais comme Nantes c'est une grande ville, je me suis dit que les gens sont intelligents, que y'a beaucoup de blacks, donc je ne vois pas pourquoi je serais jugé pour ma peau. Mais c'était une erreur. Quand je suis arrivé au centre de formation, cétait pas la même chose. Tes le seul black et tous les regards sont sur toi. Ils te le disent pas en face. Ils se mettent ensemble, ils commencent à te critiquer, et quand tu tapproches deux ça sarrête. Ils parlent plus mais une fois que tu tournes le dos ça reprend. Cest frustrant.
Après moi jai expliqué à mon association [lassociation prestataire de l'Aide Sociale à l'Enfance du département où il habite] les moqueries et tout ça et je leur ai dit que jarrivais pas à bien travailler à lécole. Parce que à chaque fois quon nous pose des questions, jai peur de prendre la parole. Et lassociation ma dit que cétait comme ça, que jallais croiser les bonnes personnes et les mauvaises personnes et il fallait que je mhabitue.
A l'école, quand je suis arrivé, j'étais en retard , y'avait des choses que je devais rattraper. Avec le professeur ça allait, mais c'est toujours les élèves. Mais c'est pas des élèves dans la même classe, ce sont des élèves qui sont dans la cour, par exemple à 10h, quand on sort juste pour un quart d'heure, c'est là que tout commence. On va manger à la cantine, y'a trop de regard, donc ça fait que moi je vais plus manger à la cantine. J'ai passé plus de 6 mois sans manger là-bas. J'ai mangé là-bas deux fois et on me facturait quand même. Je disais que c'était les plats qui m'allaient pas, mais c'était le comportement des élèves qui faisait que j'y allais pas. Les dirigeants ils n'ont pas de problèmes avec moi, c'est toujours les élèves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; T'as déjà répondu à une attaque raciste à l'école?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui j'ai déjà répondu. A l'école j'ai injurié une fille, parce que elle avait dit que j'avais une tête de violeur. Alors moi je lui ai dit carrément que j'allais violer sa maman puis elle-même. Elle s'est mise à pleurer. Moi je n'ai pas voulu dire ça, mais c'était pour lui faire peur. Après tout ça, jai cherché une alternance pour quitter cette école. Maintenant je fais une formation dans laide aux personnes âgées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et là, avec les personnes âgées, ya eu des problèmes de racisme?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Une fois je suis allée chez un monsieur. La première fois jy suis allé avec un collègue qui est blanc, un français. Quand je suis arrivé là-bas, le monsieur a dit « Mais cest qui lui là ? ». Mon collègue a dit « Cest Junior, cest un jeune en stage ». Et là le regard du monsieur a changé, jai su quil était pas content. Un jour je suis revenu seul, le monsieur il ma fatigué. Il me disait «  Prend ça » « Apporte-moi ça ». A la fin jétais épuisé et je lui ai dit « Je peux pas faire tout, je suis pas un robot monsieur. Je viens pour prendre soin de vous, c'est pas pour vous faire du mal ». Donc rapidement j'ai appelé mon entreprise et j'ai dit « Je vais plus aller chez lui ». La patronne m'a demandé pourquoi. Je lui ai expliqué, j'ai dit que quand je suis arrivé, directement le monsieur m'a dit d'aller laver mes mains, comme si mes mains étaient sales, alors que quand j'étais là-bas la première fois avec le blanc, il ne lui a jamais dit de laver les mains. La patronne a compris et je suis plus allé là-bas. A part lui ça va, les autres je m'entend bien. Y'a même d'autres personnes qui me donnent des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et toi, avec toute cette expérience, si tu devais dire ce que c'était le racisme tu dirais que c'est quoi?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Le racisme moi je dis que c'est les gens qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, parce qu'on peut pas juger quelqu'un quand on le connaît pas. On peut pas juger une personne parce qu'elle n'a pas le même accent que toi. Donc c'est les personnes qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, qui ne sont jamais sorties de leur ville ou leur pays, ce sont des racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et est-ce que tu penses que y'en aura toujours du racisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Si si y'en aura toujours. Parce que y'a toujours des gens qui sont bêtes. Par exemple cette dame que j'ai eu à l'école. Quand elle parlait, ça se voyait qu'elle était raciste. Une fois je suis venu en retard. Tout de suite j'ai vu que sa réaction, quand les autres viennent en retard, c'est pas la même réaction que quand moi je viens en retard. Je lui ai dit « Madame si vous pensez que si on est pas de la même couleur que vous, vous ne pouvez pas nous former, dites-moi et je viendrais plus ici ». Elle m'a dit « Non Junior c'est pas ça, moi je fais tout pour être là et puis toi, tu es en retard ». Je lui ai dis « Madame moi c'est la première fois que je suis en retard , y'en a qui arrivent toujours en retard et vous rigolez, tout le monde rigole ici mais pourquoi quand c'est mon tour vous changez de visage ? ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Elle t'a dit quoi?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Elle a rien dit, elle a dit qu'il faut pas que je le prenne mal. Elle a vu que j'étais fâché, parce que moi je rigole pas. Quand tu es raciste je te montre que tu es bête. Après elle m'a appelé quand le cours était fini, elle m'a dit « Non Junior, faut pas le prendre comme ça. Je t'aime bien, je vois que tu es intégré, c'est bien ». Je lui ai dit « Non mais madame, je suis toujours à l'heure, ce jour-là c'était à cause des transports, donc faudrait que vous me compreniez ». Après ça, ça va mieux. Mais comme elle est devenue formatrice elle est obligée de dire qu'elle est pas raciste, mais on sent qu'elle l'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Toi tu trouves que ça se sent chez les gens?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Y'a des gens ça se sent, mais y'a des gens tu sens que c'est l'amour vrai. Parce que moi si quelqu'un me dit « Tous les français sont racistes », je vais dire que c'est faux parce que avec vous j'ai appris que tout le monde n'est pas raciste. Mais par contre il y en a. Et il y en a trop trop trop trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et comment tu penses qu'on pourra arrêter d'être raciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; D'abord on doit pas les écouter, on doit répondre avec des actes concrets. On doit leur prouver que nous on vaut mieux que eux. Par exemple aujourd'hui si tu vas dans les hôpitaux et dans les restos, il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent. Donc on doit leur montrer qu'on est pas venu en France pour faire autre chose que travailler et s'intégrer et faire comme tout le monde. C'est à nous de le prouver. Parce que quand on fait le racisme sur toi, on te dit que tu peux pas y arriver, parce qu'on te dit ça, que toi t'es noir, que tu peux pas le faire et on se moque de toi, donc tu dois montrer que malgré ta couleur tu peux faire comme les autres. C'est comme quand tu as des enfants, qui te comprennent pas, tu dois faire un effort pour les éduquer, que tes enfants puissent comprendre. C'est à nous de les éduquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Toi tu penses que tu vas toujours subir du racisme dans ta vie, en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Mais je sais que je veux m'intégrer, peu importe ce que les gens vont dire. Moi je m'en fous en fait. Mes réactions face aux personnes ce ne sont plus les mêmes. En 2023 je répondait du tac au tac, mais maintenant je réfléchis une fois deux fois trois fois avant de répondre. Je veux plus répondre. Plus tu réponds, plus ça devient grave. Mais si tu vis ta vie comme si tu n'entendais pas, tu vis mieux. C'est ça que je voudrais dire aux noirs qui subissent du racisme, de ne pas écouter, de faire comme s'ils les voyaient pas, de se concentrer sur leurs objectifs. A quelqu'un qui te critique, tu lui répond pas, parce que quand tu réponds, ça lui donne de la force. Si tu réponds à chaque fois tu seras fatigué.
Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France, que Briançon c'est juste une petite ville où les gens sont tellement sympas, mais quand ils vont arriver en ville, il faut qu'ils se préparent mentalement, parce qu'ils vont subir des choses, ils vont trouver les bonnes personnes comme les mauvaises. J'ai un mot à leur dire, c'est de ne pas juger trop vite parce que c'est en jugeant que tu deviens raciste.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Un café éthique et woke au Refuge !</title><link href="/cafe-ethique.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/cafe-ethique.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Du coup une chicorée plutôt&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Du coup une chicorée plutôt&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et puis on sest dit que oui, premièrement parce que ça nous faisait plaisir décrire un article sur une initiative du Refuge qui a éveillé notre enthousiasme. Deuxièmement parce que nous espérons que, après le tremblement de terre de ce printemps, ce lieu retrouve et garde son équilibre pour très longtemps au moins jusquà la prochaine crise et que les cafés éthiques reprennent à lautomne prochain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre 2024, des Cafés Éthiques ont été mis en place au sein du Refuge Solidaire à Briançon. Ça se passe tous les premiers mercredis du mois et ça consiste en un temps de discussion et réflexion ouvert à tout le monde, où lon aborde toute sorte de questions qui ont à voir avec léthique de laccueil. Vous voyez toutes ces choses dont on se dit toujours : Oh ! il y aurait tellement de choses à dire là-dessus !, et : Ah si seulement on avait le temps pour discuter de cela ! Eh bien ! les associations Refuge Solidaire, Terrasses Solidaires (qui gère le bâtiment du Refuge) et Médecins du Monde, plus toute une multitude dactivistes et bénévoles qui fréquentent ce lieu ont décidé de prendre le temps quil faut, de sasseoir et discuter, en buvant une boisson coloniale ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limpulsion a été donnée en partie par la fermeture de fin août 2023, qui a mis en lumière de violentes scissions entre bon nombre dacteurxices de « laccueil » sur le terrain. Au moment de la réouverture deux mois plus tard, Terrasses Solidaires a décidé de demander de laide à lassociation Pépites and Co, un cabinet de consultant.es qui accompagne la transformation des organisations et des acteur.ices associatives, publiques et de lÉconomie Sociale et Solidaire. Le cabinet leur a conseillé de ré-écrire leur projet associatif et de redéfinir leurs statuts. Sest imposé alors la nécessité dune commission éthique. Deux salariées, une de Médecin du Monde et lautre des Terrasses se sont emparées du projet : organiser des temps de discussion pour aboutir à lécriture de la nouvelle charte éthique du Refuge Solidaire. Une ami de Ravages était dans les parages et a été embarquée dans le projet. Et cest à partir de plusieurs conversations avec elle que cet article sest écrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand notre amie sest vue proposer de participer au projet, elle sest dit que cétait le moment parfait pour réaliser plusieurs objectifs qui semblaient utopiques quelques mois auparavant : créer du lien entre le milieu militant et le Refuge, participer à la politisation de ce lieu, redéfinir ce que signifie laccueil avec de nouveaux concepts très en vogue dans certains milieux woke (les rapports de pouvoir, les systèmes de domination et doppression, le complexe du sauveur blanc, etc.) Le projet a quelque chose denthousiasmant, en effet, pour un lieu comme le Refuge qui pratique une activité généralement exercée par des structures étatiques, soumises à des logiques plutôt imperméables à la critique militante, désignées en plus par des codes et acronymes obscurs et
peu ragoûtants tel que 115, CHRS, CADA, SAMA… Et cest bien en ça que le Refuge diffère ! Ni lÉtat ni aucune de ses succursales ne mettent un poil de radis dans cette structure, ce qui offre énormément plus de libertés sur les pratiques, les manières de faire, de penser et de communiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que, de manière un peu évidente, la façon dinterpréter l« accueil » au Refuge na jamais fait consensus. Deux visions antinomiques se sont longtemps opposées au sein de lassociation : une favorisant linclusion, dans une volonté détablir/rétablir une certaine équité entre accueillant.e.s et accueilli.e.s, majoritairement portée par les bénévoles, les activistes et une partie des salarié.e.s ; de lautre côté, une vision dun accueil contrôlé et maîtrisé, perçu comme nécessaire à la fonction refuge de montagne, portée par certain.e.s salarié.e.s et ancien.nes membres du CA 1. Cest donc la confrontation entre ces deux visions (et les mille et une nuances intermédiaires autour de laccueil) qui a posé le cadre des Cafés Éthiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui participe ? Un petit groupe variable de militantexs, salariéexs et bénévoles, gravitant autour du Refuge. Quelle est la proposition ? Un temps déchange informel et convivial chaque mois pour remettre en question les pratiques dune structure, en abordant notamment les situations de racisme et de sexisme, et réfléchir collectivement à des solutions. Lobjectif immédiat ? Atteindre un consensus éthique, cest-à-dire un avis compris par touxtes. Lobjectif ultime ? La co-construction dune charte éthique partagée par toutes les associations des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre, ce sont sept cafés qui ont eu lieu. Personne nest « formée » pour animer ce genre de temps. Cest donc avec une approche horizontale que sont abordés ces moments, en considérant quil ne sagit pas dun cours descendant mais bien de temps déchange, auxquels
assistent entre 20 et 30 personnes à chaque fois. Le premier café est venu poser des bases communes : les notions de privilèges, de discriminations, de préjugés, et les définitions des différents systèmes doppressions et de dominations, à travers notamment loutil de la roue des privilèges. Pour le deuxième temps, Médecins du Monde a financé la venue dune salariée du Planning Familial des Hautes-Alpes pour parler des stéréotypes de genre, comme continuum des violences sexistes et sexuelles, lors dun premier atelier de sensibilisation. Un deuxième a suivi sur la posture découte face à la réception de récits de violences sexistes et sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne va pas énumérer et expliciter ici tous les sujets et débats ayant eu lieu durant ces Cafés. Mais ce que nous pouvons retenir, cest que, grâce à cette initiative, le Refuge Solidaire sest enfin emparé du gros sujet auquel il fait face : cest quoi accueillir quelquunex dans un contexte de frontières ? Quelles sont les discriminations inhérentes à un hébergement durgence/structure daccueil et lesquelles relèvent du racisme ? Est-ce que laccueil de personnes en situation de précarité induit nécessairement des rapports de domination ? Plus généralement, est-ce-que laccueil au Refuge est intrinsèquement raciste ? Car oui, ce qui a pu diviser, et divise encore au Refuge, ce sont les enjeux de racisme. Pendant longtemps, le racisme a été un non-sujet au sein du Refuge. Bien évidemment, des remarques, des messes-basses, des invectives ont toujours su fuser à bon ou mauvais escient dans lenceinte ou en dehors. Mais cest pour la première fois que le sujet est posé sur la table, pour en discuter ensemble. Cest enfin la prise en compte que tout le monde ne débarque pas du même endroit et quil est nécessaire et impérieux de discuter de nos pratiques et de nos postures. Laccueil dun public précaire spécifique aux hébergements durgence, mais en plus racisé, racialisé (dans le sens où notre propre regard blanc produit ce racisme, sous couvert de simples préjugés raciaux) a toujours créé des tensions. Cest en partie un clash générationnel, entre les ancien.nes, qui ont longtemps eu du mal à parler de la race, et les jeunes militant.e.s et bénévoles, qui de leur côté, adoptent volontiers un discours antiraciste et évoquent les potentiels enjeux raciaux qui se jouent dans les lieux daccueil. Mais, au-delà des différentes générations, les visions et les façons de faire accueil sont aussi le reflet de positionnements politiques très polarisées dans le contexte briançonnais, entre no-border dun côté et humanitaires soi-disant apolitiques de lautre, légalistes et non-légalistes, partisan.es de la charité ou de lautogestion. Cest très binaire, et entre les deux se trouve toujours le spectre de la complexité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce spectre, ce sont les bénévoles du Refuge Solidaire, les salariéexs, les maraudeurses, toute une foule hétéroclite où personne na la prétention de cocher toutes les cases dune des polarités. Mais cest en cela que ces temps de discussion se sont imposés, avec la nécessité de confronter différentes visions, et douvrir certaines discussions de fond dans ce contexte durgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui au départ peut sembler abstrait et flou ces fameuses questions déthique devient extrêmement concret dans les locaux du Refuge. On commence par admettre quil existe des biais discriminants dans laccueil et on finit par se rendre compte que certaines attitudes peuvent mettre mal à laise les personnes qui viennent darriver, comme le fait de commencer une conversation par des questions intrusives en lui demandant par où elle est passée, doù elle vient, quest-ce quelle a subi. On en vient à discuter de laccès à certaines pièces du Refuge, notamment la cuisine ou
la réserve de nourriture, dont il faut connaître deux codes pour y avoir accès. Ou encore le vestiaire du bas, lui aussi doté dun verrou, ou la salle du « linge propre » et celle du « linge sale » dans lesquelles se trouvent les machines à laver, mais également les réserves de savon, rasoirs, couvertures et autres. Et le fait que les espaces de vie des bénévoles et ceux des personnes accueillies soient séparés. Et le comptage dans les chambres à 6 heures du matin, qui ne contribue par à améliorer la qualité du sommeil collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions montrent bien la difficulté de trouver léquilibre entre ce qui relève dune structure daccueil durgence, et toutes les problématiques liées spécifiquement à laccueil dun public racisé qui endure généralement un long voyage dexil. Et cest presque vertigineux de voir jusquoù le questionnement peut sétendre. Par exemple, en réalisant que le contexte daccueil réduit forcément les postures sociales aidant.e/aidé.e, en figeant par là-même lidentité des personnes accueillies à un «instant T» de leur vie, et en les liant inextricablement à leurs conditions de «personnes qui traversent les frontières». On peut aussi interroger le partage des espaces et vérifier sil ne produit pas une une sorte de «ségrégation» des personnes accueillies dans un rôle totalement passif, puisque toutes les ressources matérielles, pourtant destinées aux personnes accueillies, ont un accès restreint, et ne sont accessibles que aux salarié.e.s et aux bénévoles. Est-ce-que cela ne représente pas, symboliquement au moins, des rapports de domination entre personnes avec les bons papiers et celles sans les bons papiers ? Et en même temps, ce côté structurant, «enfermant» même, dun lieu daccueil, ne peut-il pas avoir aussi un effet rassurant pour les personnes qui arrivent ? La possibilité de ne pas réfléchir à ce que lon doit cuisiner, de se laisser bercer par le rythme fixe des repas établi par lorga du lieu, peut aussi faire du bien après un parcours dexil déjà long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces différentes positions, des solutions concrètes, un peu bancales parfois, ont pu alors advenir. Si les gens nont pas accès aux cuisines, est-ce quil pourrait y avoir un peu de nourriture mise à disposition, permettant plus dautonomie pour les personnes accueillies ? Le comptage à 6 heures du matin est-il vraiment nécessaire ? Un des derniers cafés éthiques a porté autour des mots, et de leur importance. Comment nommer les personnes qui arrivent, celles qui bénévolent ? Devons-nous parler de migrations, de personnes en exil, en mouvement ? Devons-nous parler
dun contexte durgence, ou plutôt dun besoin dorganisation immédiate ? Comment créer une culture commune sur les mots utilisés, et décortiquer les termes stigmatisants, réducteurs, binaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cafés ont donc été lun des premiers débats collectifs, au sein dun milieu militant et activiste aux trajectoires très plurielles. On ne parlera évidemment pas là dune révolution, mais dune grande avancée sûrement, dans un lieu comme le Refuge qui a débuté dans une dynamique purement humanitaire et charitable. Lexercice de lautocritique ne peut amener quà une amélioration des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre amie, le Refuge est un lieu qui a évolué avec son temps, où certaines manières de faire sont devenues obsolètes, ou sont tolérées beaucoup plus difficilement. A tout cela, elle oppose quand même une grosse limite: comment inclut-on la parole des personnes concernées, cest-à-dire
les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, beaucoup de réponse à trouver, mais les énergies sont là et lenvie aussi. Ou au moins on lespère.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</title><link href="/chronique-juridique-montgenevre.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/chronique-juridique-montgenevre.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Chronique juridique d'une année mouvementée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Chronique juridique d'une année mouvementée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a donné comme résultat une victoire incroyable - mais qui naura duré que sept mois seulement. Il aura suffi au ministre de l'intérieur de service (nous n'avons même pas envie de le nommer ici) d'adresser une circulaire aux chefs de la police, pour rétablir à l'identique le mode opératoire précédent et effacer d'un coup d'éponge tous ces efforts et tous ces espoirs.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;De quoi s'interroger, encore une fois, sur la notion de droit et sur le pouvoir d'incidence de nos combats.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 février 2024 : huit personnes soudanaises sont libérées du poste-frontière de Montgenèvre, situé à la frontière avec lItalie, proche de Briançon (Hautes-Alpes). En mains, elles détiennent un procès-verbal de fin de retenue administrative reçu par la police aux frontières (PAF). Elles sont autorisées à se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile en préfecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soudain changement de pratiques est directement lié à lordonnance du Conseil dÉtat produite six jours plus tôt : le 2 février 2024, par un arrêt inédit dit « arrêt ADDE e.a», le juge administratif suprême a clarifié le régime applicable aux étranger.s extra-européen.es interpellé·es aux frontières intérieures. Ce faisant, le Conseil dÉtat a recadré les pratiques de ladministration ayant cours depuis le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures en 2015, consistant à délivrer des “refus dentrée” aux personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne.
Cet arrêt du Conseil dÉtat est le fruit dun long processus contentieux porté par plusieurs associations nationales et locales, que nous détaillerons brièvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2015, la France a utilisé une disposition dérogatoire au code Frontière Schengen en vue de sécuriser la tenue de la COP21 à Paris, puis en raison de létat durgence proclamé après les attentats en novembre : le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, avec une série de points de passages autorisés (PPA), qui sont les seuls lieux où les contrôles didentité et des conditions dentrée sur le territoire peuvent être mis en œuvre par les autorités 7/7 et 24/24. Ce rétablissement a été prolongé tous les six mois par notification à la Commission européenne. La frontière franco-italienne comporte 31 PPA au total dont dix dans les Alpes-Maritimes, quatre en Savoie, un dans les Alpes de Haute-Provence, et trois dans les Hautes-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas dun rétablissement des contrôles à leurs frontières intérieures, lancien Code Frontière Schengen précisait que les États pouvaient appliquer les « dispositions pertinentes » du régime en vigueur aux frontières extérieures. Les autorités françaises ont appliqué cette disposition en optant pour la notification de refus dentrée aux personnes interpellées aux PPA. Habituellement appliquée aux frontières extérieures de lUnion européenne, par exemple en zone dattente dans les aéroports internationaux, la procédure de refus dentrée sinscrit dans le régime de la non-admission, conçue pour empêcher les personnes non autorisées daccéder au territoire national et les refouler vers lÉtat dont elles proviennent. La procédure de refus dentrée a ainsi remplacé les procédures de réadmissions simplifiées prévues par laccord de Chambéry dès 2015 dans les Alpes-Maritimes, avant de sétendre à lensemble de la frontière franco-italienne (Anafé, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes à qui étaient délivrées un refus dentrée aux PPA nétaient pas considérées être entrées sur le territoire. Or, dans la zone frontière du Briançonnais, les contrôles se sont largement étendus, à partir de 2016, au-delà des PPA du col de Montgenèvre et du col de l'Échelle, jusquà la Vallée de la Clarée, au-dessus de la station de Montgenèvre, et également dans la vallée de Cervières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin dencadrer cette pratique, la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 (dite "pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie") a légalisé dans le droit français la possibilité de délivrer des refus dentrée aux PPA dune part, mais également dans une bande de 10 kilomètres en deçà de la frontière (article L. 213-3-1 du CESEDA - ancienne version de lactuel article L. 332-3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix, par les autorités françaises, davoir recours au régime de la (non)admission à la frontière franco-italienne peut sexpliquer par la facilité de sa mise en œuvre: bien moins contraignante, la procédure des refus dentrée permet à la France de se dispenser de mettre en place une mesure déloignement une OQTF ou une réadmission simplifiée, nécessitant laccord de lItalie et donc les exigences de la directive « Retour », en matière de respect des droits et procédures. Les conséquences sont ainsi considérables pour les droits des personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne, notamment en matière de recours administratif, de rétention, de laccès au soutien des associations, et du droit dasile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les associations ont interpellé à plusieurs reprises le gouvernement sur lillégalité de la non-application de la directive “Retour” aux frontières intérieures, sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la Cour de justice de lUnion européenne (CJUE) avait pris position dans une décision du 19 mars 2019  - larrêt « Arib » - concernant une annulation dun placement en rétention dun ressortissant marocain suite à son interpellation à la frontière franco-espagnole. Elle avait jugé quun État membre de lUE qui a rétabli des contrôles à ses frontières intérieures doit appliquer la directive « Retour » à une personne interpellée en situation irrégulière « à proximité immédiate » dune de ces frontières, considérant que cette personne se trouve déjà sur le territoire national. En conséquence, le Conseil dÉtat avait jugé, le 27 novembre 2020, que les dispositions de la directive « Retour » sont effectivement applicables lorsquune personne est contrôlée dans la zone des 10 kilomètres après la frontière. Par cette décision, le Conseil dÉtat a ainsi annulé larticle L. 213-3-1 du CESEDA (ancienne version de lactuel article L. 332-3) qui permettait de notifier des refus dentrée aux frontières intérieures terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette décision na provoqué aucune modification des pratiques de lÉtat : le ministère de lIntérieur a soutenu que des refus dentrée pouvaient encore être opposés aux personnes contrôlées sur les PPA des frontières terrestres, et ce au prétexte que larrêt « Arib » navait « pas pris formellement position sur le droit applicable » dans ce cas. En effet, larrêt « Arib » concernait « une personne interpellée à proximité immédiate » et non à la frontière (ADDE et a., 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une requête en date du 1er mars 2021, des associations ont pointé lillégalité de larticle L. 332-3 du CESEDA au regard du droit européen, qui étendait lapplication du régime des refus dentrée aux contrôles effectués aux frontières intérieures de lespace Schengen, et demandait son annulation. Elles demandaient par ailleurs au Conseil dÉtat de se tourner vers la CJUE pour éclaircir ce point sous la forme dune question préjudicielle, ce quil a fait le 24 février 2022. Les associations requérantes ont déposé des observations à lintention de la Cour, fournissant entre autres un grand nombre de refus dentrée comportant des secteurs dinterpellations éloignés de la « ligne » frontalière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une décision inédite, la CJUE a jugé, dans un arrêt du 21 septembre 2023, que lorsquun État membre réintroduit des contrôles à ses frontières intérieures il ne peut notifier une décision de refus dentrée à une personne qui se présente à un PPA, confirmant comme larrêt « Arib », quune personne ressortissante dun pays tiers interpellé à un PPA situé sur le territoire dun État membre et ne remplissant pas les conditions pour y séjourner est en séjour irrégulier au sens de la directive « Retour ». Larrêt du 2 février 2024 du Conseil dÉtat est la transposition en droit français de la jurisprudence de la CJUE : en cas de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, des refus dentrée peuvent être prononcés, mais doivent être accompagnés dune mesure déloignement ou dune procédure de remise aux autorités du pays limitrophes dans le cadre dune convention bilatérale (à la frontière franco-italienne, les accord de Chambéry). Enfin, le Conseil dÉtat précise le cadre applicable à la privation de liberté dans lattente de lexécution dune décision de réadmission. Celle-ci peut se traduire par une « mesure de vérification de droit au séjour », procédure durant laquelle la personne interpellée a le droit de bénéficier dun·e interprète, dêtre assistée dun avocat, dêtre examinée par un·e médecien·ne, de prévenir une personne de son choix, sa famille, et/ou les autorités consulaires de son pays. Le placement en rétention (articles L740-1 à L744-17 du CESEDA) est également possible, si la personne ne présente pas de garanties de représentation effective. Enfin, larrêt souligne que si la personne interpellée souhaite former une demande dasile lors de son interpellation ou au cours de son placement en retenue pour vérification de droit au séjour, ce sont les dispositions du CESEDA qui sappliquent (livre V).
Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se sont fait ressentir dans la zone-frontière du Briançonnais. Alors que cela ne sétait produit que très rarement, des personnes interpellées à Montgenèvre, sont sorties libres du poste de la PAF, en possession dun procès-verbal de fin de vérification de droit au séjour, mentionnant quelles devaient se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile. Dans le même temps, quelques personnes étaient renvoyées en Italie, sous la procédure de réadmission simplifiée Schengen. Durant les semaines puis les mois suivants, les observateur·ices des droits à la frontière ont été surpris.es et destabilisé.s tant le droit dasile tendait à être respecté à la PAF de Montgenèvre : la quasi-totalité des personnes interpellées, ou se présentant directement au poste, étaient placées en retenue administrative en cellule au sein du bâtiment de la PAF ou a minima en vérification didentité. Bénéficiant dun entretien individuel avec un·e agent·e de la PAF, dun·e interprète, les personnes pouvaient alors formuler une demande dasile, et ressortaient généralement au bout de quatre à cinq heures de retenue. Les Algecos ont cessé dêtre utilisés. Les personnes nentrant pas dans la catégorie demandeur·euses dasile étaient alors réadmises en Italie si leurs empreintes navaient pas été enregistrées précédemment par la PAF. Dans de rares cas, par exemple en cas de second passage, certaines personnes ont reçu des OQTF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Lexique : passeur</title><link href="/passeurs.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/passeurs.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeur.euses c'est nous (aussi)!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeur.euses c'est nous (aussi)!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la destination (transitoire le plus souvent), pas le point de départ : c'est normal que les passeurs ne soient pas trop visibles. La situation est très différente à Ventimiglia ou à Calais, mais aussi dans le département de Cuneo &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ou dans la vallée de Susa &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, à deux pas de chez nous.
Peu importe sa visibilité, la figure du passeur-contrebandier est intrinsèquement et historiquement liée au contrôle étatique sur les frontières et sur la mobilité des personnes et des biens. Sans oublier que pratiquement toutes les personnes qui traversent cette foutue frontière ici ont, à un moment ou à un autre de leur voyage, fait appel au moins une fois à cette figure légendaire ou malfamée.
Mais de quoi parle-t-on quand on parle de passeurs ? Qu'est-ce qui se cache derrière la diabolisation de cette figure ? Voici, une interprétation anti-étatique et anti-prohibitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pencher sur la question des passeur.euses c'est constater à quel point certaines fabulations sont dures à mourir, notamment quand les États ont tout intérêt à les entretenir. Nombre d'études et d'enquêtes, journalistiques, sociologiques ou anthropologiques, ont été menées depuis une bonne quinzaine d'année sur ce sujet et ont fait le jour sur quantité de mystifications. Pourtant celles-ci refont surface inlassablement dans la narration étatique autour de la question migratoire.
Pour commencer, il faut récuser le lien automatique, récurrent dans le discours policier, entre aide au passage des frontières et criminalité organisée. « Les organisations internationales de type mafieux semblent occuper une petite portion de [ce] secteur qui a grandi de manière exponentielle depuis la fermeture des frontières et qui reste largement contrôlé par des individus ou des petits groupes locaux. Évidemment, vu la nature illicite du marché, les données officielles sont peu fiables et n'expriment qu'une vision partielle du phénomène. Voilà pourquoi des études de qualité sont fondamentales : elles révèlent ce qu'il se passe dans les interstices des statistiques officielles »&lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Une autre vaste falsification concerne lœuvre de diabolisation réalisée et constamment entretenue par une grande partie de la presse, de la classe politique et des institutions policières des pays occidentaux. Les passeur.euses sont généralement représenté.es comme l'exemple même du criminel cruel.le, impitoyable, capable de toute sorte d'abus et de perversion. On les accuse de profiter de la misère et du désespoir de la population la plus faible et la plus indigente qui existe. Dans ce genre de représentations, les personnes en voyage sont présentées le plus souvent comme dépourvues de toute capacité de choix et de discernement, livrées impuissantes à la brutalité de ces criminels.
S'il est certain que des abus se produisent dans les transactions entre passeur.euses et passagèr.es, toutes les études menées sur le terrain soulignent l'importance absolue de la « bonne réputation » du passeur pour que ses affaires prospèrent &lt;sup id="fnref:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et quand on demande aux personnes exilées, il n'est pas rare que celles-ci expriment de la reconnaissance aux passeur.ses &lt;sup id="fnref:5"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:5"&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, malgré les sommes payées pour le voyage, qui paraissent exorbitantes aux yeux des personnes munies de passeports « forts ».
Nous tenons à le répéter afin d'éviter tout malentendu : nous sommes bien à connaissance de nombreux témoignages d'atrocités commises par des passeurs frauduleux et sans scrupules, mais nous considérons, au vu d'études sérieuses et documentées, que ces événements ne sont pas une généralité, et que ce n'est pas la nature de l'aide au passage qui les détermine, mais l'illégalité qui ouvre souvent au pire que l'imagination humaine puisse concevoir.
Les études que nous avons parcourues soulignent aussi la porosité entre les catégories de passeur.euses et passagèr.es, qui se trouvent très souvent dans la même situation de précarité administrative. Souvent les passeur.euses sont des voyageur.euses de l'exil qui, après des périodes de permanences forcée à une étape de leur itinéraire, décident de gagner quelques sous avec cette activité, des fois juste pour pouvoir se payer elleux-même la traversée &lt;sup id="fnref:6"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:6"&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Des personnes migrant.es coincées, donc : pas des gangsters sanguinaires avec des comptes bancaires à six chiffres. Et parfois on parle même de « bons passeurs », qui disent être animé.es par des raisons humanitaires et politiques &lt;sup id="fnref:7"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:7"&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Si iels ne sont pas elleux-même des sans papiers en exil, les passeur.euses sont souvent des habitant.es des régions frontalières pauvres (au Mexique, par exemple, ou sur les côtes atlantiques du Maroc et des pays ouest-africains). Là aussi on est très loin des représentations étatiques, confronté plutôt à une économie de survie qui lie des pauvres sédentaires à des pauvres on the move, pour répondre à un besoin généré par le contrôle policier des frontières &lt;sup id="fnref:8"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:8"&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et là aussi, les exemples sont nombreux de bons passeur.euses qui agissent consciencieusement, non sans une vision politique empreinte de compassion et de solidarité &lt;sup id="fnref:9"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:9"&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Un autre élément de confusion savamment entretenu par les autorités policières concerne la quasi synonymie qui brouille les notions de passeur (smuggler en anglais) et trafiquant (trafficker en anglais). La première définit le rôle de celui ou de celle qui facilite le passage d'une frontière, tandis que la deuxième a à voir avec la traite des êtres humains (séquestration, privation de passeport, menace, violences) et qui, tout en comprenant le franchissement d'une frontière, a pour but l'exploitation de la personne. Les deux définitions sont d'ailleurs nettement distincte dans le droit international et dans le code pénal français &lt;sup id="fnref:11"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:11"&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, mais sont aujourd'hui interchangeables dans le discours étatique à tel point que l'ancien OCRIEST (Office Central pour la Répression de lImmigration Irrégulière et de lEmploi dÉtrangers Sans Titre &lt;sup id="fnref:12"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:12"&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;) s'appelle OLTIM depuis 2022 : Office de Lutte contre le Trafic Illicite de Migrants.
Et tandis que les notions d'aide au passage et de trafic d'humains tendent à s'écraser l'une sur l'autre, à l'intérieur de la définition juridique d'aide au passage la question de la lucrativité tend progressivement à disparaître &lt;sup id="fnref:13"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:13"&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Dans un seul et unique amalgame, on mettra donc trafiquant.es et passeur.euses mais aussi les activistes solidaires. Voici comment, sous couvert de lutte contre la criminalité organisée, les polices européennes mettent en place un système de répression politique qui frappe aussi ONG, associations et toute sorte de collectifs ou individus en lutte contre les frontières &lt;sup id="fnref:14"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:14"&gt;14&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Et comme souvent dans le cas des prohibitionnismes, l'interdit instaure les conditions du marché noir (envol des prix, organisation de réseaux clandestins), partout où l'on rend illégal l'assouvissement d'une nécessité irrépressible. L'intensité de la répression est proportionnelle aux efforts pour la contourner, dans un jeu de renvois qui rappelle à la fois la course-poursuite et le miroir déformant.
Dans le cas spécifique de la guerre étatique aux passeur.euses, le gigantesque effort produit par les autorités pour déformer le réel n'est comparable qu'à l'inefficacité de leur stratégie répressive. Le patron de l'OLTIM a beau faire étalage des résultats impressionnants de son service (4000 interpellations de « trafiquants d'humains » en 2024)&lt;sup id="fnref:15"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:15"&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, cette même année est celle où le plus d'exilé.es ont réussi à passer des côtes du Calaisis à celles du Royaume-Uni, le plus souvent en faisant appel à des passeur.euses.
Mais d'autres objectifs, plus subtils et néfastes, sont atteints par cette violente campagne de propagande et de mystification. Voilà diffusée une nouvelle représentation du phénomène migratoire qui est à la fois totalement déshumanisante pour les personnes en voyage, et diabolisante pour toutes les personnes qui, pour plein de raisons différentes, essayent de faciliter le passage des frontières. Fortes de cette nouvelle narration, les forces policières exigent et obtiennent de nouveaux outils voués à criminaliser et réprimer les réseaux solidaires &lt;sup id="fnref:16"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:16"&gt;16&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
En entretenant ce mythe de la lutte contre le trafic illégal d'humains, les États essaient de cacher leur propre responsabilité dans la création et l'entretien de la nécessité, pour certaines catégories de personnes, du recours aux passeurs comme seul moyen pour traverser les frontières. A l'instar de la lutte contre le terrorisme qui justifie un rétablissement abusif des contrôles aux frontières intérieures depuis presque 10 ans, la lutte aux « trafiquants d'humains » autorise un durcissement des peines répressives contre l'ensemble des facilitateur.ices de l'immigration. Au passage, cette stratégie rejette du cadre de la discussion toutes les pistes qui pourraient amener à une vraie réglementation des déplacements de populations. Quid des chemins d'immigration dit légaux ? Pouraiit-on parler par exemple des refus quasiment systématique des visa par les consulats français dans les pays d'émigration &lt;sup id="fnref:17"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:17"&gt;17&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ? Quid encore des « couloirs humanitaires » ou du dispositif de Protection Temporaire qui, créé en 2001, n'a servi qu'une seule fois, au bénéfice des rescapé.es de la guerre en Ukraine ? Aux antipodes de tous ces chemins possibles, notre continent a fait le choix délibéré de renforcer les moyens et la présence des forces de police à chaque coin de frontière, de réduire le droit d'asile et de compliquer l'accès à tous les titres de séjour, de sous-traiter la gestion des flux migratoires au pays limitrophes, d'autoriser des pushbacks de plus en plus violents &lt;sup id="fnref:18"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:18"&gt;18&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
La logique de la création du monstre (que ça soit le terroriste, le trafiquant d'humain ou le narcotrafiquant) réussit en général à faire d'une pierre deux coups : donner à une question complexe une réponse simple mais fausse : l'immigration c'est la faute aux passeur.euses et mettre à profit la peur générée, pour augmenter le degré de militarisation de la société et réduire les libertés individuelles. Quand aux raisons profondes du phénomène (que ça soit de l'immigration, du terrorisme ou du trafic de stupéfiants), elles sont préalablement écartées de la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;A lire aussi :
Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafisti, www.dal-mare-al-carcere.info&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;Lele Odiardo, Passeurs, clandestins à la frontière alpine ; Nunatak n.° 3 été/automne 2018&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Cecilia Vergnano, Why take such a risk? Beyond profit: motivations of border-crossing facilitators between France and Italy ; Social Anthropology/Anthropologie Sociale (2020), pp. 116&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Caterina Borelli, Meet the smugglers. Decolonising the mind, questioning the border ; Allegra Lab. Notre traduction.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:4"&gt;
&lt;p&gt;Vergnano&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:5"&gt;
&lt;p&gt;Anaïk Pian, Variations autour de la figure du passeur ; Plein droit n° 84, mars 2010 « Passeurs d'étrangers »&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:6"&gt;
&lt;p&gt;Luigi Achilli, The “Good” Smuggler: The Ethics and Morals of Human Smuggling among Syrians ; The annals of the American Academy of Political and Social Science, 21 février 2018&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:7"&gt;
&lt;p&gt;Achilli&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:8"&gt;
&lt;p&gt;Achilli. Cfr. aussi Gabriella Sanchez, Circuit Children: The experiences and perspectives of children engaged in migrant smuggling facilitation on the US-Mexico border ; Anti-trafficking review. Cfr. aussi Mahmoud Keshavarz and Shahram Khosravi, To see like a smuggler, pp. 1-18 ; Pluto Press 2022&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:9"&gt;
&lt;p&gt;Pian, Vergnano, Achilli, Sanchez, Keshavarz et Khosravi&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:9" title="Jump back to footnote 9 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:10"&gt;
&lt;p&gt;Plambech Sine, Playing the trafficking card, Blog 22 October 2016&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:10" title="Jump back to footnote 10 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:11"&gt;
&lt;p&gt;Borelli&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:11" title="Jump back to footnote 11 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:12"&gt;
&lt;p&gt;Organisme de la police nationale française qui se consacre à la lutte contre les réseaux (ou « filières ») favorisant limmigration irrégulière, lemploi détrangers dépourvus dautorisation de travail et/ou de séjour ainsi que la fraude documentaire qui en découle. Source Wikipédia&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:12" title="Jump back to footnote 12 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:13"&gt;
&lt;p&gt;Borelli. Cfr. aussi McGregor et Vergnano&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:13" title="Jump back to footnote 13 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:14"&gt;
&lt;p&gt;McGregor, Criminal charges against migrant rights defenders rising, NGO finds ; InfoMigrants 4 septembre 2024&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:14" title="Jump back to footnote 14 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:15"&gt;
&lt;p&gt;Infomigrants (Rédaction), France : plus de 4 000 passeurs ont été interpellés en 2024, 7 février 2025&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:15" title="Jump back to footnote 15 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:16"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. Observatoire des libertés associatives, « Au mépris des droits », Mathilde Rogel, 2024.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:16" title="Jump back to footnote 16 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:17"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. La Cimade, Visa refusé, Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas, juillet 2010.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:17" title="Jump back to footnote 17 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:18"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. Refoulements violents à la frontière gréco-turque : récit d'une dérive européenne, Ravages n. 1, septembre 2023.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:18" title="Jump back to footnote 18 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>L'année 2024 vue d'ici</title><link href="/breves02.html" rel="alternate"></link><published>2024-10-11T00:00:00+02:00</published><updated>2024-10-11T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2024-10-11:/breves02.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;La frontière se relâche ici (temporairement au moins) pour mieux serrer ses mailles ailleurs, plus loin de chez nous et plus en profondeur dans nos systèmes juridiques.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;On est un peu désolé.e de présenter des brèves si noires si plombantes pour notre deuxième numéro. Dans le premier, on avait …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;La frontière se relâche ici (temporairement au moins) pour mieux serrer ses mailles ailleurs, plus loin de chez nous et plus en profondeur dans nos systèmes juridiques.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;On est un peu désolé.e de présenter des brèves si noires si plombantes pour notre deuxième numéro. Dans le premier, on avait …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;La frontière se relâche ici (temporairement au moins) pour mieux serrer ses mailles ailleurs, plus loin de chez nous et plus en profondeur dans nos systèmes juridiques.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;On est un peu désolé.e de présenter des brèves si noires si plombantes pour notre deuxième numéro. Dans le premier, on avait réussi à y mettre un peu de brio, selon le principe bien connu (nous venons tout juste de linventer) de la «sarbacane à plume», qui pique et chatouille en même temps. Mais cette fois cest pas possible, cest vraiment trop. Avec deux personnes mortes en traversant la frontière au mois doctobre (après la mort de Moussa le 7 août), deux expulsions de squats en un mois, une loi-immigration que Marine Le Pen décrit comme «une victoire idéologique», et sans oublier le nouveau pacte migratoire européen à gerber, cest plus possible dêtre drôles, on peut pas. La sarbacane est pleine de plomb et de venin.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;On est un peu désolé.e de présenter des brèves si noires si plombantes pour notre deuxième numéro. Dans le premier, on avait réussi à y mettre un peu de brio, selon le principe bien connu (nous venons tout juste de linventer) de la «sarbacane à plume», qui pique et chatouille en même temps. Mais cette fois cest pas possible, cest vraiment trop. Avec deux personnes mortes en traversant la frontière au mois doctobre (après la mort de Moussa le 7 août), deux expulsions de squats en un mois, une loi-immigration que Marine Le Pen décrit comme «une victoire idéologique», et sans oublier le nouveau pacte migratoire européen à gerber, cest plus possible dêtre drôles, on peut pas. La sarbacane est pleine de plomb et de venin.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;30 novembre&lt;/h3&gt; &lt;h3&gt;30 novembre&lt;/h3&gt;
@ -583,7 +789,14 @@ En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.&lt;/p&gt; Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"&gt;&lt;/p&gt;</content><category term="02"></category></entry><entry><title>La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</title><link href="/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple le fait quun accueil qui se dit inconditionnel et une jauge à ne pas dépasser ne vont pas facilement de pair, quun bâtiment ne peut se dire plein tant quil est vide à 60%, que les normes nont pas été inventées pour le bien de lhumanité, spécialement quand elles obligent de gens à dormir dans un couloir pourri plutôt que dans une chambre de merde. Et que les discours de lautorité, de la propriété, de lurgence et de la peur ont plutôt mauvaise presse dans nos pages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"&gt;&lt;/p&gt;</content><category term="02"></category></entry><entry><title>Edito</title><link href="/edito_03.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/edito_03.html</id><summary type="html">&lt;h4&gt;Ravages n°03, été 2025&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Persistons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h4&gt;Ravages n°03, été 2025&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Persistons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</title><link href="/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple le fait quun accueil qui se dit inconditionnel et une jauge à ne pas dépasser ne vont pas facilement de pair, quun bâtiment ne peut se dire plein tant quil est vide à 60%, que les normes nont pas été inventées pour le bien de lhumanité, spécialement quand elles obligent de gens à dormir dans un couloir pourri plutôt que dans une chambre de merde. Et que les discours de lautorité, de la propriété, de lurgence et de la peur ont plutôt mauvaise presse dans nos pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant on pouvait toujours pousser les murs. Quand les chambres étaient pleines on se serrait encore plus. On dormait dehors, on tapissait la cuisine de matelas en se demandant comment on allait faire pour que tout le monde dorme dans un local si petit. Avant cétait «le squat», mettez lintonation que vous voudrez dans ces mots. Le Refuge&lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; du 37 rue Pasteur avait ses règles, celles dun lieu plus ou moins autogéré, tout autant contournées, détournées, enjambées par les bénévoles et les personnes accueillies sil le fallait, en fonction des circonstances. Parce quil y avait des règles, mais pas de propriétaire pour les faire respecter, on nen gardait que le meilleur : des indications de bon sens à respecter quand cest possible, à oublier le reste du temps. Et ça a duré des années, et on en a vu passer du monde ! Ne nous demandez pas les chiffres, on naime pas ça, mais on peut vous dire quon sest retrouvé à cent et même plus, dans ce petit lieu chaotique et passablement insalubre. On pourrait nous suspecter dagiter le fameux «cétait mieux avant» , mais on dit juste que les règles étaient moins étouffantes peut être au détriment du confort matériel du lieu. Et puis en août 2021, après un virage à droite de la mairie et des luttes intestines quon vous épargne ici, le Refuge a fermé ses portes, et cest là-haut, à côté de lhôpital, quil les a rouvertes, dans les locaux des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant on pouvait toujours pousser les murs. Quand les chambres étaient pleines on se serrait encore plus. On dormait dehors, on tapissait la cuisine de matelas en se demandant comment on allait faire pour que tout le monde dorme dans un local si petit. Avant cétait «le squat», mettez lintonation que vous voudrez dans ces mots. Le Refuge&lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; du 37 rue Pasteur avait ses règles, celles dun lieu plus ou moins autogéré, tout autant contournées, détournées, enjambées par les bénévoles et les personnes accueillies sil le fallait, en fonction des circonstances. Parce quil y avait des règles, mais pas de propriétaire pour les faire respecter, on nen gardait que le meilleur : des indications de bon sens à respecter quand cest possible, à oublier le reste du temps. Et ça a duré des années, et on en a vu passer du monde ! Ne nous demandez pas les chiffres, on naime pas ça, mais on peut vous dire quon sest retrouvé à cent et même plus, dans ce petit lieu chaotique et passablement insalubre. On pourrait nous suspecter dagiter le fameux «cétait mieux avant» , mais on dit juste que les règles étaient moins étouffantes peut être au détriment du confort matériel du lieu. Et puis en août 2021, après un virage à droite de la mairie et des luttes intestines quon vous épargne ici, le Refuge a fermé ses portes, et cest là-haut, à côté de lhôpital, quil les a rouvertes, dans les locaux des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau Refuge est plus grand, et plus cher aussi. Derrière lachat et la rénovation du 34 route de Grenoble qui a coûté plus ou moins un million deuros avant même douvrir ses portes il y a Olivier Legrain du fond Riace France et ancien du groupe Lafarge, et Jean-François Rambicur de la fondation Arceal-Caritas France, administrateur du groupe Roquette, petit géant de lagro-industrie française et méga-pollueur. Alors voilà, des personnes très sérieuses ont donné beaucoup dargent, et il sagirait de ne pas en faire nimporte quoi. Le nouveau Refuge se pare de nouvelles règles. Il y a des normes de sécurité, dhygiène, des façons régulières et irrégulières de se rendre au sous-sol, dans la cuisine, dans la réserve de vêtements, et celle de nourriture. Il y a des clés, des codes qui ferment des portes, des protocoles daccueil, dentrée, de sortie et de soin. Il y a aussi trois étages supplémentaires, dont deux avec des chambres, des toilettes et des douches, que les propriétaires ont décidé de ne pas destiner à laccueil, et qui restent donc vides et inutilisés, parce que pas aux normes, alors quil suffirait de faire tomber une porte pour y accéder. Et puis il y a un.e « russe » dont tout le monde parle, Responsable Unique de Sécurité, de son vrai nom, qui ne dort pas la nuit à lidée que la moindre infraction à lune de ses règles ne finisse par lui coûter la prison. Et parmi ces règles, il y a la jauge : 64 personnes, à ne pas dépasser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le nouveau Refuge est plus grand, et plus cher aussi. Derrière lachat et la rénovation du 34 route de Grenoble qui a coûté plus ou moins un million deuros avant même douvrir ses portes il y a Olivier Legrain du fond Riace France et ancien du groupe Lafarge, et Jean-François Rambicur de la fondation Arceal-Caritas France, administrateur du groupe Roquette, petit géant de lagro-industrie française et méga-pollueur. Alors voilà, des personnes très sérieuses ont donné beaucoup dargent, et il sagirait de ne pas en faire nimporte quoi. Le nouveau Refuge se pare de nouvelles règles. Il y a des normes de sécurité, dhygiène, des façons régulières et irrégulières de se rendre au sous-sol, dans la cuisine, dans la réserve de vêtements, et celle de nourriture. Il y a des clés, des codes qui ferment des portes, des protocoles daccueil, dentrée, de sortie et de soin. Il y a aussi trois étages supplémentaires, dont deux avec des chambres, des toilettes et des douches, que les propriétaires ont décidé de ne pas destiner à laccueil, et qui restent donc vides et inutilisés, parce que pas aux normes, alors quil suffirait de faire tomber une porte pour y accéder. Et puis il y a un.e « russe » dont tout le monde parle, Responsable Unique de Sécurité, de son vrai nom, qui ne dort pas la nuit à lidée que la moindre infraction à lune de ses règles ne finisse par lui coûter la prison. Et parmi ces règles, il y a la jauge : 64 personnes, à ne pas dépasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de cet article nest pas de dire : refusons largent des patrons-philanthropes et organisons-nous pour laccueil digne et autogéré des personnes exilées même si on dit ça un peu quand même mais de comprendre un peu mieux comment les protocoles qui régulent lhospitalité affectent laccueil et le traitement des personnes exilées au Refuge. Et de dénoncer, au passage, certains abus vraiment intolérables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le but de cet article nest pas de dire : refusons largent des patrons-philanthropes et organisons-nous pour laccueil digne et autogéré des personnes exilées même si on dit ça un peu quand même mais de comprendre un peu mieux comment les protocoles qui régulent lhospitalité affectent laccueil et le traitement des personnes exilées au Refuge. Et de dénoncer, au passage, certains abus vraiment intolérables.&lt;/p&gt;
@ -676,7 +889,62 @@ En 2015 cette frontière sest partiellement refermée. LEtat a établi une
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; On peut manger des plats, de la nourriture française, quand nous sommes arrivés cest ce quon mangeait, puisquon navait pas commencé à préparer nous-mêmes à manger. Cest les éducateurs qui préparent à manger, mais nous aussi on veut essayer de faire des trucs, laissez-nous tranquillement faire notre truc, on se met à laise et ça passe. Nous on veut juste pouvoir faire nos courses, et eux [les éducateurs] ils sont là pour signer les reçus, même pas pour payer avec leur argent, pour signer le reçu seulement. Après on revient à la maison. Cest ce quon veut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; On peut manger des plats, de la nourriture française, quand nous sommes arrivés cest ce quon mangeait, puisquon navait pas commencé à préparer nous-mêmes à manger. Cest les éducateurs qui préparent à manger, mais nous aussi on veut essayer de faire des trucs, laissez-nous tranquillement faire notre truc, on se met à laise et ça passe. Nous on veut juste pouvoir faire nos courses, et eux [les éducateurs] ils sont là pour signer les reçus, même pas pour payer avec leur argent, pour signer le reçu seulement. Après on revient à la maison. Cest ce quon veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%206.jpg"&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%206.jpg"&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R:&lt;/strong&gt; Ya dautres choses que vous navez pas le droit de faire ici ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R:&lt;/strong&gt; Ya dautres choses que vous navez pas le droit de faire ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; Un jour un ami ma envoyé de la semoule de manioc, que nous on appelle en Côte dIvoire de lattiéké, quon mange beaucoup avec la main, jamais avec une cuillère, même les riches ils mangent avec la main. Ce jour-là jai fait de lattiéké, avec des haricots, des œufs, et on a mangé avec A. [un jeune pris en charge par lassociation]. On était à laise, on mangeait, et moi mon plat était un peu caché, parce quun éducateur était là mais il voyait pas, et quand il est rentré dans la cuisine il a vu A., et il a commencé à dire « Mais quest-ce que tu fais ? » Moi je parlais pas, je mangeais, et léducateur a commencé à crier sur A., « Les gars ça se fait pas ici, on na pas le droit de manger avec la main. » Il a continué à parler, mais moi à un moment jai pris la parole et on sest engueulé. Il a dit « et si Emmanuel Macron il arrive tout à lheure, est-ce que tu mangeras avec la main? » Jai dit « il est où Emmanuel Macron? Je sais que la France cest pour toi, mais la Côte dIvoire cest pour moi, je mange avec la main, tu peux pas me forcer à manger avec une cuillère », parce quon est chez nous ici, même si cest pas chez nous, on dort ici, on mange ici, on fait tout ici, donc cest chez nous. Il me dit « Et si on te voyait dans un restaurant ? » Je lui dis « Déjà moi jaime pas aller dans les restaurants, jaime pas, je préfère manger chez moi, à laise, tranquille, je bois mon eau et jai fini. » Avec un repas au restaurant ça me fait deux semaines de courses à la maison, donc chez moi cest mieux. Après dautres éducateurs sont arrivés et nous ont dit quon ne pouvait pas manger avec la main. Nous on a dit, « quand on mange, allez dans le bureau, fermez le bureau, et laissez-nous manger dans la cuisine. Vous êtes là pour travailler avec nous, pas pour venir faire votre loi comme vous faites avec vos enfants. » Ca sest passé comme ça avec eux. &lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%207.jpg"&gt; Après le chef est venu, il a essayé de nous obliger à manger avec une cuillère ou une fourchette, il a dit « parce que quand vous allez commencer votre apprentissage, vous allez manger avec des collègues, et si vous mangez avec votre main... » Jai dit « Déjà jai pas encore commencé lapprentissage, et quand je commence, si je vois que tous mes amis ont des cuillères, moi aussi je vais prendre une cuillère, je vais pas manger devant eux avec ma main. Mais ici je suis chez moi cest pour ça que je mange avec la main. » Si jai envie de manger avec ma main, je mange avec ma main. Tout est comme ça ici. Hier jai dit au nouvel éducateur, « Ici je vis dans une petite prison. Je vis dans une petite prison. »&lt;/p&gt;</content><category term="01"></category></entry><entry><title>Refoulements violents à la frontière greco-turque : récit d'une dérive européenne</title><link href="/refoulements-violents-a-la-frontiere-greco-turque-recit-dune-derive-europeenne.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/refoulements-violents-a-la-frontiere-greco-turque-recit-dune-derive-europeenne.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;LUnion européenne, obsédée par la théorie paranoïaque de lappel dair, mène une politique dexternalisation de ses frontières depuis maintenant presque dix ans. Pour tenter de paralyser les passages migratoires, lUnion a signé des accords avec les pays voisins, comme avec la Turquie, en 2016, qui …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;LUnion européenne, obsédée par la théorie paranoïaque de lappel dair, mène une politique dexternalisation de ses frontières depuis maintenant presque dix ans. Pour tenter de paralyser les passages migratoires, lUnion a signé des accords avec les pays voisins, comme avec la Turquie, en 2016, qui est alors devenue un véritable sous-traitant du droit à lasile, et procède depuis à laccueil des personnes qui arrivent sur son territoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; Un jour un ami ma envoyé de la semoule de manioc, que nous on appelle en Côte dIvoire de lattiéké, quon mange beaucoup avec la main, jamais avec une cuillère, même les riches ils mangent avec la main. Ce jour-là jai fait de lattiéké, avec des haricots, des œufs, et on a mangé avec A. [un jeune pris en charge par lassociation]. On était à laise, on mangeait, et moi mon plat était un peu caché, parce quun éducateur était là mais il voyait pas, et quand il est rentré dans la cuisine il a vu A., et il a commencé à dire « Mais quest-ce que tu fais ? » Moi je parlais pas, je mangeais, et léducateur a commencé à crier sur A., « Les gars ça se fait pas ici, on na pas le droit de manger avec la main. » Il a continué à parler, mais moi à un moment jai pris la parole et on sest engueulé. Il a dit « et si Emmanuel Macron il arrive tout à lheure, est-ce que tu mangeras avec la main? » Jai dit « il est où Emmanuel Macron? Je sais que la France cest pour toi, mais la Côte dIvoire cest pour moi, je mange avec la main, tu peux pas me forcer à manger avec une cuillère », parce quon est chez nous ici, même si cest pas chez nous, on dort ici, on mange ici, on fait tout ici, donc cest chez nous. Il me dit « Et si on te voyait dans un restaurant ? » Je lui dis « Déjà moi jaime pas aller dans les restaurants, jaime pas, je préfère manger chez moi, à laise, tranquille, je bois mon eau et jai fini. » Avec un repas au restaurant ça me fait deux semaines de courses à la maison, donc chez moi cest mieux. Après dautres éducateurs sont arrivés et nous ont dit quon ne pouvait pas manger avec la main. Nous on a dit, « quand on mange, allez dans le bureau, fermez le bureau, et laissez-nous manger dans la cuisine. Vous êtes là pour travailler avec nous, pas pour venir faire votre loi comme vous faites avec vos enfants. » Ca sest passé comme ça avec eux. &lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%207.jpg"&gt; Après le chef est venu, il a essayé de nous obliger à manger avec une cuillère ou une fourchette, il a dit « parce que quand vous allez commencer votre apprentissage, vous allez manger avec des collègues, et si vous mangez avec votre main... » Jai dit « Déjà jai pas encore commencé lapprentissage, et quand je commence, si je vois que tous mes amis ont des cuillères, moi aussi je vais prendre une cuillère, je vais pas manger devant eux avec ma main. Mais ici je suis chez moi cest pour ça que je mange avec la main. » Si jai envie de manger avec ma main, je mange avec ma main. Tout est comme ça ici. Hier jai dit au nouvel éducateur, « Ici je vis dans une petite prison. Je vis dans une petite prison. »&lt;/p&gt;</content><category term="01"></category></entry><entry><title>La Méditerranée, cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
Daprès les estimations de lOrganisation mondiale pour les migrations, on a atteint ce chiffre ahurissant de 30mille personnes mortes ou disparues en Méditerranée depuis 2014. Ce chiffre, qui recouvre une multitude de vies brisées et de familles endeuillés ne tient pas compte de tous les naufrages qui ne sont pas documentés, ni de tout ce qui se passe sur la route Atlantique où, rien qu'en 2024, presque 10 000 personnes auraient disparu, selon l'ONG Caminando Fronteras. Le bilan est donc encore plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un énorme cimetière...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Pire que ça ! Au lendemain du naufrage de Pylos (Grèce) qui, le 14 juin 2023, a coûté la vie à plus de 600 personnes en raison de la non-assistance des États européens, la société civile na cessé de le répéter : la Méditerranée nest pas seulement un cimetière, mais une scène de crime ! Cela fait maintenant plus de 30 ans que lEurope sarroge un droit de laisser-mourir et même un permis de tuer à ses frontières maritimes, en adoptant une double stratégie. Dune part en militarisant ses frontières pour tenter dempêcher les personnes exilées darriver sur le sol européen, et dautre part en externalisant ses frontières, cest-à-dire en sous-traitant les interceptions à des acteurs non-européens.
Tout ça bien que lon sache que ces politiques ne fonctionnent pas : très coûteuse en vie humaines (et coûteuse pour le contribuable européen, avec des milliards deuros qui sont réalloués du social au sécuritaire), elles ne font que déplacer les routes migratoires, sans les arrêter, poussant les personnes exilées à emprunter des voies de plus en plus dangereuses. Cette dynamique est particulièrement visible en Méditerranée : Au fil des tentatives de fermeture des différentes routes (dabord avec laccord UE-Turquie en 2016, puis avec le soutien aux garde-côtes libyens à partir de 2017 et le renforcement des contrôles le long de la route tunisienne à partir de 2022), les routes se sont déplacées jusquen Atlantique, où on a pu constater une très forte augmentation des départs depuis 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; On dirait que les routes migratoires se modifient selon le principe des vases communicants : si ça bouche à un endroit, ça se remplit à un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; C'est un peu plus compliqué que ça. Il faut toujours se rappeler que les facteurs qui influencent les parcours migratoires sont multiples et complexes et que les personnes exilées ont leur propre agentivité, c'est-à-dire leur propre capacité à être maîtres de leurs existences. Bien sûr, leur mobilité est contrainte par ces politiques migratoires très violentes dont on a déjà parlé. Il ne sagit pas de minimiser cet aspect, mais de reconnaître que les personnes en mouvement, en continuant inlassablement de transgresser les frontières, obligent constamment les politiques et les pratiques frontalières à changer et à se repositionner. Idem avec les pratiques de solidarité qui ne cessent de sadapter aux nouvelles contraintes : tout est en mouvement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un tableau très complexe, et mouvant en plus, dans lequel il n'est pas simple de se situer et d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Oui, la Méditerranée est un vrai espace de lutte, avec plein de protagonistes et où tout bouge très vite. Cest un espace proprement politique, qui ne peut se réduire à une approche purement humanitaire. La meilleure approche pour moi est celle de l « autonomie des migrations » qui implique de reconnaître les personnes exilées comme étant les actrices de leur mobilité et non simplement comme des victimes. Cest également essentiel pour situer nos luttes et réfléchir à notre place en tant que soutien dans le combat pour la liberté de circulation de toutes et tous et tenter de se tenir à distance de la figure de la sauveuse / du sauveur blanc qui découle dun héritage colonial et dune tradition fortement ancré dans le monde de lhumanitaire..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Selon la presse &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, les débarquements sur les côtes de l'Italie du Sud ont drastiquement baissé l'année dernière (2024). Qu'est-ce que tu peux nous dire à cet égard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Regarder de plus près la situation en Méditerranée centrale fournit un bon exemple pour comprendre la frontière maritime comme espace de lutte. La Méditerranée centrale cest la route qui part de Tunisie et Libye (plus rarement dEgypte) en direction principalement de lItalie (ça fait maintenant plusieurs année que Malte fait tout pour éviter toute arrivée  sur lîle).
En 2024, on a effectivement enregistré moins darrivées que les années précédentes. 65 000 personnes sont arrivées en Italie par cette route, tandis que plus de 21 000 personnes ont été refoulées en Libye après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, soutenus et équipées par lUE. Des camarades de la société civile tunisienne estiment que plus de 60 000 autres personnes ont été interceptées et renvoyées en Tunisie, pays qui, à linstar de la Libye, est tristement connu pour les violences et les violations de droits commises à lencontre des personnes exilées quil sagisse de détention arbitraire, refoulements dans des zones désertiques, violences sexuelles…Cest ce quon peut appeler un « régime de refoulement par procuration » : dans le cadre de différents accords, les garde-côtes tunisiens et libyens reçoivent un soutien financier, logistique et matériel leur permettant daugmenter fortement leur présence en mer et deffectuer un nombre croissant d'interceptions, afin de ramener des personnes dans les pays quelles tentent désespérément de fuir. Ce quon constate depuis plusieurs années, cest que les autorités des États européens se sont progressivement déchargées de leurs responsabilités en termes de recherche et de sauvetage, se contentant dans la majorité des cas de surveiller la Méditerranée depuis les airs, et dalerter les garde-côtes libyens et tunisiens des départs, pour que les embarcations soient interceptées avant quelles ne puissent atteindre les eaux territoriales européennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; C'est ce que fait Frontex, dont le budget se chiffre en milliards et ne cesse d'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; En effet, cest notamment le rôle de Frontex de surveiller la mer à l'aide de drones et d'avions, dans le but de faciliter les refoulements. Mais il y a aussi des bateaux marchands qui régulièrement sont chargés par les États européens de refouler des personnes vers la Libye, la Tunisie ou lÉgypte. Cela en violation du droit international qui interdit formellement de renvoyer des personnes dans un lieu où elles risquent dêtre persécutées. Sur la ligne téléphonique dAlarm Phone, nous sommes régulièrement en contact avec des bateaux sur le point dêtre refoulés. Cest toujours une situation très compliquée. Les personnes disent souvent quun renvoi en Libye, par exemple, est pire que la mort…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Mais en mer il n'y a pas que les bateaux des personnes exilées et ceux des flics qui les pourchassent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Bien sûr, heureusement ! En Méditerranée centrale, il y a un autre type dacteur présent : les organisations civiles de sauvetage en mer. Il sagit dun ensemble dacteurs qui travaillent ensemble à dénoncer les politiques européennes de non-assistance et de sous-traitance, et qui se mobilisent pour combler les manquements des États en matière de recherche et de sauvetage. Il y a Alarm Phone qui reçoit les appels, trois avions civils chargés de repérer les embarcations en détresse, et plus dune vingtaine de bateaux qui peuvent soutenir les personnes en mer, soit en les embarquant, soit en accompagnant leur bateau jusquà destination. Ces acteurs se sont rassemblés sous lappellation provocatrice de « Civil MRCC »  ( Centre de coordination de sauvetage de la société civile), pour dénoncer et lutter contre les politiques de laisser mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et comme on le voit, ces acteurs sont de plus en plus criminalisés…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Exactement… Depuis plusieurs années, cette flotte civile est criminalisée par les gouvernements, accusée de créer un supposé « appel dair ». Ce qui dune part est faux et dautre part détourne complètement lattention des manquements des États européens en matière de recherche et sauvetage, et de leur responsabilité dans linstauration dun régime dapartheid des mobilités.
Tout est fait pour limiter laction des acteurs civils.On se souvient de la politique de fermeture des ports de lÉtat italien en 2019 et de lentrée en force du Sea Watch avec sa capitaine Carola Rackete dans le port de Lampedusa, après avoir attendu deux semaines en mer avec 42 survivant.es. Aujourdhui, lItalie post-fasciste de Meloni continue de sacharner, en multipliant les stratégies pour maintenir les bateaux dONG loin des zones opérationnelles, notamment en les empêchant de procéder à des secours multiples et en leur assignant des ports très éloignés pour le débarquement des personnes secourues.
Malgré ces attaques, les acteurs civils continuent à faire vivre la solidarité en Méditerranée. Comme pour les personnes exilées, lorsquune nouvelle frontière ou un obstacle sérige, nous nous adaptons, nous trouvons un moyen de le contourner pour continuer tant bien que mal à accompagner les personnes exilées dans leurs tentatives de traversée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Tu peux m'en dire plus sur Alarm phone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Alarm Phone, cest un réseau transnational dactivistes basé.es un peu partout autour de la Méditerranée, dont lactivité principale est de tenir une ligne téléphonique solidaire avec les personnes en détresse en mer.
Le réseau a été créé en 2014, un an après un naufrage qui a eu lieu en octobre 2013, et qui a coûté la vie à 268 personnes. Le bateau avait coulé après avoir essuyé les tirs dun navire libyen. Les garde-côtes responsables (maltais et italiens) avaient été alertés à plusieurs reprises, mais plutôt que de lancer les secours comme ils sont pourtant tenus de faire en vertu du droit maritime, ils se sont renvoyé la balle et ont laissé les personnes sans assistance, alors que le bateau sombrait. Cest là que plusieurs activistes se sont demandé si les choses auraient pu se passer autrement, si les personnes à bord du bateau avaient pu appeler une ligne indépendante, qui aurait pu dénoncer en direct la situation et exercer une pression immédiate sur les autorités. Le réseau Alarm Phone sest mis en place et, un an après, la ligne téléphonique solidaire recevait ses premiers appels.
En octobre dernier, on fêtait, les 10 ans du réseau et les 8000 bateaux qui nous ont appelés. Dans la rage et la colère. Face à la brutalisation ahurissante du régime des frontières. Face aux morts et au disparus que nous pleurons avec leurs proches. Mais aussi, bien sûr aussi, dans la joie. Dêtre ensemble. De lutter ensemble. De célébrer chaque « boza » (c'est le cri de joie de celles et ceux qui ont réussi à atteindre leur destination) et la force des personnes qui continuent chaque jour à se battre pour exercer leur liberté de mouvement. Aujourdhui le réseau compte près de 300 personnes, venu.e.s des quatre coins du monde. Notre horizon, cest légalité des droits et la liberté de mouvement pour toutes et tous, et que la Méditerranée puisse être un espace qui relie et non pas qui divise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Quelles sont les zones d'action d'Alarm Phone ? Comment ça marche concrètement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Sur la ligne dAlarm Phone, on reçoit des appels de pleins de régions différentes : la Méditerranée, lAtlantique, la Manche, la frontière entre la Turquie et la Grèce… Le but est de soutenir les personnes en détresse qui très souvent font face à de la non-assistance de la part des Etats ou d'autres types de violences (refoulements dans un pays où les personnes craignent pour leur vie, attaques de garde-côtes…). On alerte les autorités compétentes lorsque ce nest pas encore fait et on leur met la pression pour quelles aillent secourir les embarcations et débarquer les passager.ères dans un lieu sûr, comme le prévoit le droit international. On documente et on dénonce ces violations, et plus largement le régime des visas et les politiques meurtrières de contraintes des mobilités, qui chaque jour sont la cause de décès et disparitions.
Cest un grand réseau, et il y a plein déquipes différentes qui se partagent des tâches différentes : diffuser le numéro dAlarm Phone, créer du lien avec les communautés, sensibiliser (cest-à-dire informer les personnes sur les dangers liées à la traversée, en leur donnant des conseils pour se préparer au mieux), répondre aux appels de détresse, poster des alertes sur les réseaux sociaux, écrire des rapports…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et toi, tu fais quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Au sein dAlarm phone, je tiens des permanences téléphoniques et participe à la rédaction de publications sur la région de la Méditerranée centrale. Je fais aussi partie de léquipe « recherche et suivi » pour la Méditerranée centrale : sil y a eu un refoulement, si un bateau a disparu ou a fait naufrage, on soutient les familles dans la recherche de leurs proches. Sil y a des survivant.es, on essaie de voir comment les soutenir et, siels souhaitent relayer leur voix, on organise des moments de CommémorActions.
Les CommémorActions, ce sont des moments très importants pour le réseau. Des moments où nous nous tenons aux côtés des suvivant.es et des familles pour pleurer celles et ceux qui ont disparu aux frontières européennes. Des moments où sexpriment à la fois le deuil et la colère dans un mélange entre commémoration et manifestation. Ces CommémorActions ont lieu régulièrement, de manière centralisée, dans une ville, comme à Oujda et Zaris les années passées, et de manière décentralisées, à loccasion du 6 février qui est la date anniversaire du massacre de Tajaral lors duquel en 2014, la police des frontières espagnole avait tué au moins 15 personnes qui tentaient de traverser la frontière entre le Maroc et lEspagne.
Avec ces moments de CommémorAction nous faisons une double promesse : celle ne pas oublier celles et ceux qui ont perdu la vie et lutter contre les frontières qui les ont tué·es et celle de ne pas abandonner. La promesse que nous continuerons à nous battre quotidiennement pour la liberté de mouvement,en exigeant la vérité, la justice et des réparations pour les victimes de la migration et pour leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Parmi les bateaux de sauvetage en Méditerranée il y en a un qui attire particulièrement notre curiosité et notre sympathie : c'est le Louise Michel. Tu peux nous dire un mot sur ce bateau et sur tes activités quand tu montes à bord ?
&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Le Louise Michel, cest un navire de secours civil qui sillonne la Méditerranée centrale depuis 2020. Il a deux particularités. La première cest quil est rose ! Il a été peint à l'aide d'un extincteur par le street-artiste britannique Banksy avant dêtre donné à un petit groupe de militant.es. La seconde, cest que cest un bateau relativement rapide par rapport aux autres navires de la flotte civile, qui peut arriver très vite sur le lieu du cas de détresse, et parfois darriver avant les garde-côtes libyens, ce qui permet déviter un refoulement illégal vers la Libye, où les personnes risquent de graves persécutions.
De manière générale, quand je navigue, sur Louise ou dautres bateaux de secours, je moccupe daccueillir les personnes survivantes. En gros, il sagit dassurer la communication avec les personnes lors du secours, dorganiser la vie à bord une fois que tout le monde est embarqué, dessayer de comprendre les besoins de chacun.e, et surtout dinformer les personnes sur ce qui les attend une fois quelles seront débarquées en Europe et les briefer sur leurs droits. En Europe, cest souvent pour ces personnes un nouveau parcours du combattant qui souvre, alors on essaie de faire en sorte quelles soient le mieux préparées, même si elles sont déjà généralement bien informées. On partage par exemple avec elles le lien du site de welcome2europe.
Le Louise Michel, comme son nom lindique plutôt bien, cest un projet qui se veut radical et féministe. Féministe, parce que ce nest pas toujours évident dévoluer dans le monde de la navigation qui est marqué par une forte tradition patriarcale. Radical, parce que comme pour Alarm Phone, lapproche est celle de la défense de la liberté de mouvement pour toutes et tous. Le discours pour labolition du régime des frontières est très clair : cest une initiative de solidarité transnationale, pas un projet humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un mot pour finir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après…
Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Merci Sophia !&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque".&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Refoulements violents à la frontière greco-turque : récit d'une dérive européenne</title><link href="/refoulements-violents-a-la-frontiere-greco-turque-recit-dune-derive-europeenne.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/refoulements-violents-a-la-frontiere-greco-turque-recit-dune-derive-europeenne.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;LUnion européenne, obsédée par la théorie paranoïaque de lappel dair, mène une politique dexternalisation de ses frontières depuis maintenant presque dix ans. Pour tenter de paralyser les passages migratoires, lUnion a signé des accords avec les pays voisins, comme avec la Turquie, en 2016, qui …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;LUnion européenne, obsédée par la théorie paranoïaque de lappel dair, mène une politique dexternalisation de ses frontières depuis maintenant presque dix ans. Pour tenter de paralyser les passages migratoires, lUnion a signé des accords avec les pays voisins, comme avec la Turquie, en 2016, qui est alors devenue un véritable sous-traitant du droit à lasile, et procède depuis à laccueil des personnes qui arrivent sur son territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreuses sont les personnes qui osent tout de même la traversée, par voie terrestre ou maritime, vers lEurope. La frontière gréco-turque est depuis devenue un lieu sinistre où les exilé.es sont soumis.es aux règles dun ping-pong meurtrier et confronté.es, dannée en année, à toujours plus de monstruosités : «encampements», travaux forcés, mois dattente puis de renvois, tentatives de traversée ratées, violences physiques et psychologiques, manque de sommeil, de nourriture et de soins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nombreuses sont les personnes qui osent tout de même la traversée, par voie terrestre ou maritime, vers lEurope. La frontière gréco-turque est depuis devenue un lieu sinistre où les exilé.es sont soumis.es aux règles dun ping-pong meurtrier et confronté.es, dannée en année, à toujours plus de monstruosités : «encampements», travaux forcés, mois dattente puis de renvois, tentatives de traversée ratées, violences physiques et psychologiques, manque de sommeil, de nourriture et de soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au paroxysme de cette politique migratoire violente et violatrice des droits les plus fondamentaux se trouve le recours quasi systématique aux refoulements, ou « pushbacks ». Pour répondre à nos questions sur cette pratique, nous avons contacté Marion, avocate au Legal Centre Lesvos (LCL) en Grèce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au paroxysme de cette politique migratoire violente et violatrice des droits les plus fondamentaux se trouve le recours quasi systématique aux refoulements, ou « pushbacks ». Pour répondre à nos questions sur cette pratique, nous avons contacté Marion, avocate au Legal Centre Lesvos (LCL) en Grèce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt="Une silhouette d'algues à côté de la lune" src="../images/01/fill%201.jpg"&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt="Une silhouette d'algues à côté de la lune" src="../images/01/fill%201.jpg"&gt;&lt;/p&gt;

78
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<title>ravages - Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</title>
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<h3>Témoignages de lutte des collectifs anti-CRA/CPR de Lyon, Marseille et Turin.</h3>
<p><em>Pour ce numéro de Ravages nous avons laissé la parole aux collectifs qui luttent contre les CRA des trois plus grandes villes autour de nous : Marseille, Lyon et Turin. Nous n'avons pas demandé à nos ami.es d'écrire des textes exhaustifs sur l'histoire et l'actualité des CRA, ni sur le quotidien de leurs luttes. Nous n'avons rien demandé de précis, en fait : nous avons juste proposé de leur faire un peu de place dans notre petite revue pour qu'iels expriment ce qui leur tenait à cœur d'exprimer. Le résultat est un mélange bouillonnant de styles et de voix différentes, où se mêlent témoignages de détenus et d'activistes, informations actuelles et moins actuelles, quelques éléments d'analyse politique et plein d'autres choses assez surprenantes parfois. Tout ce que nous aimons plus que tout par ici.</em></p>
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<h2>Sommaire</h2>
<ul>
<!-- Figure out current issue number -->
<li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li>
<li><a href="/breves-3.html">Brèves</a></li>
<li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
<hr>
<li><a href="/pages/contact.html">Contact</a></li>
<li><a href="/pages/soutenir.html">Soutenir</a></li>
<li><a href="/pages/tous_les_numeros.html">Tous les numéros</a></li>
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<title>ravages</title> <title>ravages</title>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
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<h2>Sommaire</h2> <h2>Sommaire</h2>
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<li><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></li> <li><a href="/breves-3.html">Brèves</a></li>
<li><a href="/lexique-appel-dair.html">Lexique : appel d'air</a></li> <li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/calais-ca-existe-le-deuil-solidaire.html">Calais : ça existe le deuil solidaire ?</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
<hr> <hr>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
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<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/calais-ca-existe-le-deuil-solidaire.html">Calais : ça existe le deuil solidaire ?</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
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<h2>Sommaire</h2> <h2>Sommaire</h2>
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<li><a href="/edito_02.html">Edito</a></li> <li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li>
<li><a href="/breves02.html">L'année 2024 vue d'ici</a></li> <li><a href="/breves-3.html">Brèves</a></li>
<li><a href="/lexique-appel-dair.html">Lexique : appel d'air</a></li> <li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/calais-ca-existe-le-deuil-solidaire.html">Calais : ça existe le deuil solidaire ?</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/un-jour-comme-un-autre-a-upupa-ventimiglia.html">Un jour comme un autre à Upupa, Ventimiglia</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/remerciements.html">Remerciements</a></li> <li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
<hr> <hr>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h3>L'inexorable montée du fascisme des années '20 (du XXIe siècle)</h3> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<h4>Ravages n°02, été 2024</h4> <p>Persistons donc.</p>
<blockquote> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>« Quand il s'approchait de la frontière et qu'il a vu les tricornes de la Guardia Civil, mon père a découvert, parce que la réalité se construit avec des symboles, qu'il n'avait pas trouvé la liberté, loin de là, mais que pendant quelques semaines il s'était échappé de l'immense prison qu'était l'Espagne franquiste ».</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
</blockquote> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Cette citation, tiré d'un chouette bouquin* de Paco Ignacio Taibo II, parle de l'année 1957, pendant laquelle le père de l'auteur avait suivi le Tour de France en tant que journaliste. Il s'apprêtait, au moment évoqué ici, à rentrer dans son pays, où la dictature sévissait depuis presque vingt ans. <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
En lisant cette phrases, nous avons eu un drôle de frisson, et l'impression que, depuis quelques temps, il nous arrive quelque chose de comparable, à nous, les habitant.es du Briançonnais, quand on revient à nos belles montagnes tout près de la frontière, après un petit tour ailleurs.</p>
<p>C'était rien qu'un picotement au début. La sensation s'éveillait à partir de détails presque anodins, par exemple quand, en feuilletant le programme de cinéma d'une autre ville, on découvrait des films qui parlaient de la frontière et qui n'allaient pas être projetés dans les salles de chez nous, sans aucune explication ni officieuse ni officielle (voir les Brèves). Ou encore quand, après avoir été en visite chez des ami.es en d'autres villes de France, on s'est rendu compte qu'on commençait à oublier à quel point c'est agréable de passer la porte d'un café associatif, parce qu'à Briançon il n'y en a plus depuis longtemps, depuis entre autres que la mairie a pris pour habitude de préempter les locaux en vente, dès qu'elle soupçonne les gauchistes du coin de vouloir en faire un fief de fauteurs de trouble.</p>
<p>La chose s'est faite un peu moins frivole quand on a réalisé que, dans notre grande et lumineuse médiathèque, les bibliothécaires ne se sentent pas tout à fait libres de commander et de proposer les ouvrages qu'iels souhaitent, par crainte des représailles d'un minable de maire qui se prend pour le shérif de Nottingham (ou pour un hiérarque fasciste). Mais la gorge a commencé à sèchement se serrer quand on a appris que, dans le lycée de Briançon, le proviseur avait été sommé par la sous-préfecture d'annuler une rencontre autour du thème de l'immigration, qui pourtant avait été demandée par les élèves (voir les Brèves). Et on a vraiment du mal à respirer, ces derniers temps, à la vue de toutes ces voitures de la police nationale qui rôdent dans la ville, parce qu'on commence à avoir vraiment trop d'ami.es qui se sont faites arrêter, insulter, maltraiter, parfois diriger vers un CRA, sans autres raisons que la couleur de leur peau, ou le fait d'avoir réagi à la violence insensée d'une interpellation (voir les Brèves).
Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire sans cesse depuis l'élection en 2020 d'un maire de droite dont le plus grand rêve est d'être invité chez Cyril Hanouna (pardonnez-nous la vulgarité de ces propos). Mais tout s'accélère dans le mauvais sens depuis l'extrémisation droitière du deuxième mandat macronien. Et cette descente aux enfers risque de s'étendre à tout le pays, avec la montée en puissance des partis fascistes aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Sans oublier une Union Européenne qui repousse les limites du droit, pour consolider des frontières meurtrières et des pratiques juridiques excluantes.</p>
<p>C'est un peu de cela que nous parlons, dans les pages qui suivent. Une chute drôle serait bien la bienvenue là, une lueur même évanescente d'optimisme. Mais non.</p>
<p><em>Merci aux contributeur·rices de ce 2ème numéro : Mody Bic, Vrrhngt, Plume, Biche, Ptitpois, FleurBleue, Le race salta fosso, sussurrimi, gravier, Legrosmulot, Dayion.</em></p>
<p><img alt="Couverture du 2ème numéro de Ravages : un poisson géant arrive la bouche ouverte en-dessous d'un personnage qui nage" src="../images/02/Couv.jpg"></p>
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<li><a href="/est-ce-que-tu-maimes-vraiment.html">Est-ce que tu m'aimes vraiment ?</a></li> <li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/le-pado-carnet-de-bord.html">Le Pado : carnet de bord</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
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<h2 id='site-subtitle'><div class="subtitle-box""">chroniques de luttes à la frontière franco-italienne</div></h2>
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<h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
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<h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
</section>
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<h2>Sommaire</h2>
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<li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
<li><a href="/chronique-juridique-montgenevre.html">Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</a></li>
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
<hr>
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<li><a href="/pages/tous_les_numeros.html">Tous les numéros</a></li>
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<title>ravages - La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</title> <title>ravages - La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</title>
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<title>ravages - Le Pado : carnet de bord</title> <title>ravages - Le Pado : carnet de bord</title>
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<title>ravages - Lexique : appel d'air</title> <title>ravages - Lexique : appel d'air</title>
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<title>ravages - Lexique : frontière</title> <title>ravages - Lexique : frontière</title>
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<title>ravages - L'intégration à coups de patates</title> <title>ravages - L'intégration à coups de patates</title>
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<title>ravages - Lyon. Les CRA: pire que tout</title>
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<h2 class="entry-title">Lyon. Les CRA: pire que tout </h2>
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<p><strong>« Ya pas 3 solutions, ya 2 solutions, soit on sort, soit on meurt. La France, cest un pays, ya pas de droit. Le pays des Droits de lHomme ? Quels Droits de lHomme ? Ils sont où les Droits de lHomme ? Ya des gens ici qui nont rien fait. Ya des gens qui refusent le test et qui vont en prison et qui reviennent, cest des allers-retours. On sen fout si on mange pas une semaine, 2 semaines. Cest même pas la rage, cest même pas la colère, cest la hagra <sup id="fnref:1"><a class="footnote-ref" href="#fn:1">1</a></sup>. Cest pas quand je vais être mort que je vais être en colère, cest maintenant ! Je veux que quelquun vienne voir ce qui se passe ici, on devient fou »</strong></p>
<p><em>Ces paroles d'une personne en grève de la faim au Centre de rétention administrative (CRA) de Lyon en 2021, ont été recueillies par le collectif Anti-Cra qui existe depuis janvier 2019.</em>
<em>Ce collectif se donne justement comme buts principaux de soutenir les détenu·es et être un relais/mégaphone pour leurs revendications, notamment via la diffusion de témoignages et des nouvelles de l'intérieur<sup id="fnref:2"><a class="footnote-ref" href="#fn:2">2</a></sup>. Il s'est formé pour remédier à l'absence voire à l'omission de la question des CRA dans les débats sociétaux et jusque dans les actions et réflexions des mouvements de gauche. L'objectif de ces publications est d'intervenir dans le discours médiatique mais aussi dans les milieux militants en portant une position abolitionniste, anti-raciste et anti-carcérale. Le collectif nous expose ici quelques éléments contextuels concernant les Centres de Rétention Administrative et le contrôle des personnes sans-papiérisées à Lyon, dans le but d'illustrer la manière dont les frontières se prolongent, répètent et reproduisent à lintérieur du territoire français. La plupart des choses évoquées ne sont pas spécifiques à Lyon, mais sont représentatives d'une structure répressive plus globale, qui se décline depuis des décennies et se durcit toujours plus.</em></p>
<h3>C'est quoi un CRA ?</h3>
<p>Les centres de rétention sont des prisons sur le territoire, souvent à proximité de port ou d'aéroport, où la police surveille des personnes jusqu'à leur libération ou leur expulsion (90 jours max). On appelle cette rétention "administrative" car c'est une décision (le plus souvent une OQTF assortie d'une IRTF) prise par la Préfecture qui va déterminer son placement ou non (pas comme au pénal où  il faut avoir commis un délit ou un crime et avoir été jugé pour cela). </p>
<p>LÉtat Nation obsédé par le contrôle de ses frontières et l'expulsion des personnes illégalisées n'a cessée d'étendre les possibilités de refoulement. Le CRA en est un exemple parfait : lÉtat invente une frontière au cœur de son territoire. A l'instar des Zones d'attente, la frontière n'est plus un tracée sur une carte mais une fiction juridique exportable partout. Reste plus qu'à faire des murs, des cours grillagés et des déplacements sous contrôles policiers et, pour les puissances occidentales, rien de plus facile ! Le premier né en France est le Hangar de Arenc <sup id="fnref:3"><a class="footnote-ref" href="#fn:3">3</a></sup>, installé clandestinement dans les années 1960 dans le port de Marseille. Il a servi à séquestrer les immigré·es algérien·nes non désirées avant de les déporter. On en dénombre aujourd'hui 20 en métropole et 4 en Outre-Mer.</p>
<p>Les CRA, aujourd'hui encadrés par la loi (CESEDA) <sup id="fnref:4"><a class="footnote-ref" href="#fn:4">4</a></sup>, n'ont pourtant rien perdu de la logique raciste, sécuritaire et coloniale : les étrangèr.es en France sont contrôlées, enfermées et expulsées dès que leur situation administrative est contestée (et tout est fait pour qu'elle soit très difficile à stabiliser). Derrière l'objectif affiché de maintenir les personnes enfermées le temps d'organiser leur expulsion, les CRA sont des lieux où la violence physique et psychologique s'exerce au quotidien par des organes de lÉtat (administration, police, tribunaux).</p>
<h3>Zoom sur Lyon</h3>
<p>Dans la région Auvergne-Rhônes-Alpes, il existe deux CRA, juste à côté de laéroport de Lyon-Saint-Exupéry. 
Le premier a été construit en 1995 et a été agrandi deux fois : en 2019 et en 2020, avec l'ajout de préfabriqués pour une capacité de 140 places. Le deuxième, bâti en 2022, en compte le même nombre. Appelé « le CRA du futur », il s'inscrit dans le « Plan CRA » initié en 2017 par le ministère de l'Intérieur. Il doit servir de modèle pour les prochaines constructions : ultra-sécurisation, surveillance constante par caméra pour éviter au maximum le contact avec les détenus, espaces cloisonnés, menottage systématique pour les déplacements, mise à l'isolement fréquente. </p>
<p>Le Plan CRA prévoit une augmentation importante de la capacité de ces lieux de rétention, couplée à une criminalisation inouïe des personnes sans-papiériées. La loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur de 2023 (avec un amendement de Ciotti) prévoit d'atteindre les 3 000 places en rétention d'ici 2027 (en 2023 il y en avait environ 1900). Entre 2017 et 2023, 400 nouvelles places ont été crées, par la création de nouveaux CRA (Oissel, Béziers, Nantes, Aix-en-Provence, Nice, Mérignac, Mayotte) et par l'agrandissement d'autres (Strasbourg, Nîmes, Metz, Hendaye, Mesnil-Amelot). L'augmentation des places en CRA va de paire avec un arsenal juridique toujours plus répressif facilitant les placements. </p>
<p>S'il existe un « continuum de l'enfermement » pour les personnes sans-papiérisées, depuis leur arrivée sur le territoire français et jusqu'à leur expulsion <sup id="fnref2:3"><a class="footnote-ref" href="#fn:3">3</a></sup>, les CRA sont les lieux où ce continuum se matérialise, s'incarne et se ressent de la manière la plus concrète.
L'emplacement des CRA, d'abord, s'inscrit dans la mise à l'écart institutionnelle des personnes étrangères. A Lyon, les deux CRA se trouvent à plus de 30min en voiture et 1h de transport en commun du centre-ville. La distance et la complexité d'accès renforcent l'hermétisation de ces lieux. A cela s'ajoute la difficulté liée à contacter les personnes à l'intérieur. Aux deux CRA de Lyon, quand les cabines téléphoniques ne sont pas HS, il arrive que ce soit les flics qui répondent aux appels, comme si de rien n'était.
Il y a une dissimulation de tout ce qui se passe à l'intérieur : pas le droit à un téléphone avec caméra, grande difficulté pour les médias d'y entrer, silenciation des mouvements de contestation et de résistance, des grèves de la faim, mais aussi des suicides et des décès, qui, comme dans les autres prisons, ne sont pas autre chose que des assassinats dÉtat.</p>
<h3>Pire qu'en détention, et de pire en pire...</h3>
<p>Depuis le début des activités du collectif, les témoignages recueillis se rejoignent invariablement sur les mêmes points : les conditions de rétention insupportables, "pires qu'en prison", le sentiment d'incompréhension, de choc et de dégoût, les violences physiques et psychologiques de la part des flics qui traitent les détenus "comme des animaux", la solitude, l'isolement, l'ennui.
On nous parle aussi des conditions d'arrestation très variées : dans des lieux très fréquentés comme les gares ou certaines grosses stations de métro ; lors de contrôles partout dans la ville ; à la préfecture, quand les personnes sous assignation à résidence s'y présentent pour signer ; ou encore en sortie de prison <sup id="fnref2:4"><a class="footnote-ref" href="#fn:4">4</a></sup>, preuve de la stigmatisation et de la double peine à laquelle les personnes sans-papiérisées sont systématiquement soumises.
Dernièrement, on a pu assister à des arrestations à la sortie de lhôpital : aucun lieu ne semble ainsi pouvoir épargner les personnes illégalisées : la possibilité de se faire arrêter les suit partout où elles se déplacent.</p>
<p>Avec les derniers durcissements de la criminalisation des personnes sans-papiérisées et la volonté affichée d'augmenter le nombre d'arrestations et de rendre plus efficaces et systématiques les OQTF, on remarque aussi de plus en plus de séjours en CRA qui senchaînent ou même qui s'alternent avec des séjours en prison. Après 4 jours (ou 48h selon certaines situations) de la sortie du CRA, une personne peut à nouveau être retenue et refaire 3 mois. Une personne nous a raconté être à son troisième séjour en CRA en une seule année ! </p>
<p>La durée moyenne d'un enfermement en CRA a sensiblement augmenté ces dernières années, passant de 12.8 jours en 2017 à 28.5 en 2023. Pour minimiser encore plus les chances de libération par le juge de la liberté et de la détention (JLD, qui vérifie les conditions de la retenue à 48h puis au 28ème jour), la circulaire Retailleau de janvier 2025 demande aux préfets de faire systématiquement appel contre toutes les décisions de libération.</p>
<p>Parmi les personnes enfermées dans les CRA en métropole, environ 35% sont déportées pendant leur rétention. Ce pourcentage monte à 84% en outre-mer (principalement à Mayotte où se trouve 60% des personnes enfermées en CRA en France)<sup id="fnref:7"><a class="footnote-ref" href="#fn:7">7</a></sup>. Pour diverses raisons, beaucoup de détenu.es ne sont pas ou difficilement expulsables, par exemple, si un consulat ne reconnaît pas une personne qui ne possède pas de passeport. </p>
<p>Elles sont donc enfermées en vue d'une expulsion qui n'arrivera pas. L'enfermement se révèle ainsi comme pure punition pour le fait de ne pas avoir les bons papiers.</p>
<p>L'utilisation de la "menace ou trouble à l'ordre public" est devenue quasi systématique pour justifier l'enfermement (contre la possibilité d'une assignation à résidence ou d'un délai de départ volontaire) . </p>
<p>L'occupation policière des quartiers populaires et la répression contre les illégalismes vers lesquels de nombreuses personnes sans-papiérisées se tournent face à la pauvreté, engendrent ainsi une double peine et un double enfermement : on condamne au pénal et on expulse ensuite. C'était particulièrement visible lors des opérations "Place nette" menées par Darmanin, qui ciblaient la figure de l"étranger-délinquant".</p>
<p>A Lyon ça se matérialise par une occupation policière du quartier de la Guillotière et par un harcèlement des personnes qui « zonent » place Mazagran ou place Dupont. Idem pour les arrêts de transport très fréquentés comme Part Dieu, Charpennes, Saxe Gambetta, Perrache, Gabriel Péri, ce qui impacte en plus le quotidien et le déplacement des personnes ciblées. Des copaines nous ont raconté leurs stratégies d'évitement des zones de contrôle et du calcul permanent de leur trajet au quotidien.</p>
<h3>Toute sorte d'abus, témoignages</h3>
<p>Un ami enfermé en CRA raconte le silence (et l'inhumanité) du personnel auquel il se heurte quand il demande de l'aide et des renseignements :</p>
<p>"Jai écrit une plainte, ils lont prise et nont rien fait de plus. Je ne vois personne, ne rencontre personne, personne ne me parle. Il y en a un qui est venu me voir. Je lui demande: tu peux écrire ça au directeur? Il dit non. Tu peux écrire aux droits humains? Non."</p>
<p>Un autre exemple de privation des droits fondamentaux à lœuvre dans les CRA : à l'intérieur, il est impossible pour les personnes d'avoir accès à des soins corrects. Voici un témoignage enregistré en avril 2024 au CRA St-Exupéry :</p>
<p>« Ça se passe comment quand tu demandes de voir des infirmières ?</p>
<p>- Des fois, avec de la chance, la première fois, tu demandes, ça peut être dans un jour. Mais cest un coup, ils tappellent pas. Jai fait la demande il y a 3 jours, mais jai pas vu linfirmière.</p>
<p>- Sans explications ? Ils te disent pas quand tu pourras la voir ?</p>
<p>- Jai demandé à voir un médecin, je suis resté une semaine avec les douleurs. Cest des trucs de ouf en fait.</p>
<p>- Et comment ça se passe quand tu vois une infirmière? Comment ils traitent?</p>
<p>- Bah en fait ils rigolent, ils parlent gentiment devant toi mais même eux ils sont contre nous. On sait pas ce quil se passe. Ils te donnent un truc, même si tes pas content et que tu retournes la voir pour lui dire « ouais ça sert à rien ça, faut changer, faut faire un truc », ils sen foutent. Dans la zone, ici, cest la dèche. On va dire que cest la jungle ici. Les toilettes elles ont pas de porte, tu mets un drap. Les chauffages y en a qui marchent pas. Y a un téléphone dans la zone, il est fait pour contacter des avocats, Forum et… pour faire pleins de trucs. Pareil, il marche pas. Le téléphone.. bah.. comment je vous explique… y a un téléphone accroché au milieu de la zone, cest pour tout le monde. Il marche pas. Ils ont pas le droit de laisser les téléphones comme ça. Des fois ils font le nettoyage, ils viennent, ils font le nettoyage et ils laissent même pas des sacs-poubelle pour mettre à lextérieur. Y a pas de sac-poubelle des fois. Cest rare quils mettent des sacs-poubelle. Du coup tu sors tu marches dans le couloir et tu trouves des sacs-poubelle à côté des chambres. Ici, cest invivable en fait ».</p>
<p>À lautomne 2020, un prisonnier tabassé par les flics racontait comment le médecin avait minimisé ses blessures pour couvrir ses agresseurs :</p>
<p>« Pour moi, cest pas un médecin. Cest pas un médecin. Il ma dit Ouais, je vois, tas une cicatrice sur ton front, tas des bleus sur la tête. Mais il y avait le policier à côté de lui. Mais franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Je lui ai dit, Toi tes pas un médecin en fait, tu viens me voir au mitard, tu me dis montre tes bras, montre tes jambes, mais déjà, quand tu viens me voir, devrait pas y avoir la police à côté de toi là, et, la vérité, je lui ai dit, tes pas un médecin toi, tes un policier, tes plus quun policier. Cest plus quun policier lui, je sais, je suis parti à linfirmerie le lendemain, je suis allé voir linfirmière pour porter plainte, tout ça, ils mont donné 0 jours dITT. Jai montré à linfirmière, Regarde, hier jétais pas bleu comme ça, jétais pas gonflé comme ça. Elle ma dit, Ouais, cest vrai, je vais parler avec le médecin. Ils mont pas appelé ».</p>
<p><strong>Une seul solution: A BAT LES CRA !</strong></p>
<p>En 2024 l'Ordre des avocat.es de Lyon demande la fermeture du CRA 2 pour conditions de rétention indignes et "atteintes aux droits fondamentaux des retenus ". La demande est rejetée par le Tribunal Administratif de Lyon <sup id="fnref:8"><a class="footnote-ref" href="#fn:8">8</a></sup>.
En réalité, tout ce qui est dénoncé par le barreau de Lyon n'est que le reflet du système carcéral dans son entièreté : si l'on souhaite vraiment une vie digne pour toustes, il ne s'agit pas d'améliorer les conditions à l'intérieur de ce système, mais de l'abolir totalement.
L'enfermement ne représente qu'une facette de cette machine à fabriquer l'illégalisme, l'exclusion et l'inégalité entre les êtres, à travers un contrôle systématique des personnes considérées indésirables et une déclinaison de la frontière à tous les niveaux de la société et des rapports humains.</p>
<div class="footnote">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>En Arabe, quelque chose comme misère, mais pas au sens de pauvreté, plutôt de maltraitance. Faire la misère à quelqu'un signifie qu'on lui fait passer un sale moment. C'est ça la hagra.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>sur le blog www.crametoncralyon.noblogs.org et sur les réseaux&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Voir témoignage anti-Cra de Marseille&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text">&#8617;</a><a class="footnote-backref" href="#fnref2:3" title="Jump back to footnote 3 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:4">
<p>Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text">&#8617;</a><a class="footnote-backref" href="#fnref2:4" title="Jump back to footnote 4 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:5">
<p>Julia Gélot, Quand la frontière devient une prison. Lenfermement des migrants aux portes de lEurope, Éditions du Croquant, 2023&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:6">
<p>Robin Bouctot, De la prison au CRA, CQFD n. 241, mai 2025.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:7">
<p>Cimade, Rapport 2023 sur les centres et locaux de rétention administrative&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:8">
<p>Pierre Lemerle, Conditions de retentions « indignes » à Lyon, la justice rejette la demande de fermeture du « CRA du futur », Médiapart 24 octobre 2024&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
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<title>ravages - Marseille. Un hangar sur le port</title>
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<h2 class="entry-title">Marseille. Un hangar sur le port </h2>
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<h3>Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA</h3>
<p>Le texte qui suit a été élaboré à partir d'une émission de radio réalisée le 20 avril 2025 à la Courte Échelle, émission anti-carcérale sur Radio Galère. Le collectif Marseille Anti-CRA y discute avec Mustapha, passé par la prison clandestine d'Arenc dans les années 70, à l'occasion des 50 ans de la découverte de celle-ci et de l'affaire qui s'en est suivie.</p>
<p>En tant que collectif anti-CRA  de Marseille, on voulait aujourd'hui vous raconter cette histoire trop peu connue, voire invisibilisée, alors qu'elle nous semble révélatrice de toute une logique qui anime les centres de rétention encore aujourd'hui. On voulait surtout vous en parler parce qu'il semble que savoir d'où proviennent les CRA, et savoir comment on n'a pas voulu que ça se sache, ça les rend vraiment intolérables, et qu'on n'espère bien contribuer à ce qu'ils ne soient plus jamais tolérés.</p>
<p>Il y a 50 ans à Marseille on découvrait l'existence d'un hangar sur le port qui servait de prison pour étrangers. Lorsque l'affaire d'Arenc éclate, en avril 1975, ce qui est révélé, c'est tout une mécanique de l'expulsion des personnes étrangères illégalisées qui a eu le champ libre pendant 12 ans pour se mettre en place, pour se rationaliser, à l'abri des regards.</p>
<p>12 ans pendant lesquelles le tri entre les bonnes et les mauvaises mobilités avaient été laissé à la discrétion d'un appareil administratif et policier hérité de la période coloniale.</p>
<p>12 ans pendant lesquelles la dignité des personnes immigrées a été bafouée et leur parole étouffée.On découvre que pendant 12 ans tout a été fait en supposant que personne n'avait besoin de savoir ce que lÉtat faisait derrière ces murs, ni les personnes qui risquaient d'y être enfermées, ni les personnes au nom duquel lÉtat ose prétendre agir.</p>
<p>Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de ce qui allait devenir le premier centre de rétention administrative.</p>
<p>Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.</p>
<p><em>Mustapha, tu es là ?</em></p>
<p>Oui, je vous entends.</p>
<p><em>Super ! Alors, est-ce que tu veux te présenter ?</em></p>
<p>Je suis Moustapha Mohamadi, je suis militant associatif aujourd'hui parce que je suis vieux. Mais à l'époque, j'étais militant actif pour défendre le droit des immigrés, pour le droit à vivre en sécurité contre les crimes racistes et contre la ségrégation. Depuis 72, il y a eu des grèves de la faim, et à chaque fois, il y a eu des répressions, des interventions de la police. En janvier 75, pendant une grève de la faim à Montpellier, la police a envahi le lieu, ils ont expulsé, ils ont chargé, ils ont tiré par les cheveux les personnes. Les Français, les gens du comité de soutien, ils les ont mis à part, ils les ont renvoyés chez eux, maltraités, insultés. Les grévistes de la faim, parqués dans des bus, ont été envoyés dans des centres de tri. Et une dizaine, qui d'après la police étaient zarma les meneurs, ils nous ont emmenés dans les commissariats, mais répartis, pas tous ensemble.</p>
<p>Moi, je me suis retrouvé avec un autre camarade dans les cellules du commissariat de Montpellier et deux jours après nous avons été embarqués par les gendarmes. On nous a fait rentrer dans un truc... Ça ne voulait rien dire... C'était un immense hangar. C'était le fameux centre de Arenc, qui était très peu connu, parce que personne ne le savait, même les avocats ne savaient pas son existence.</p>
<p>Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on a été présentés à un juge, ni il y a eu de procès-verbal, ni il y a eu des interrogatoires ou quoi que ce soit. On nous a embarqués dans les commissariats et on s'est retrouvés dans les estafettes. Et on s'est retrouvés à Arenc, pour une expulsion rapide. Ce centre il existait depuis les années 50, c'est-à-dire avant l'indépendance de l'Algérie. Ils ont refoulé et expulsé des personnes qui étaient d'origine française à l'époque, puisque l'Algérie n'était pas encore indépendante. Alors, vous voyez, la discrimination avait commencé longtemps avant ces problèmes-là qui ont émergé, du racisme après l'indépendance de l'Algérie.</p>
<p>Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.</p>
<p><em>Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?</em></p>
<p>Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion.
Et, pour être précis par rapport à la question, on ne connaissait pas. On savait qu'il y avait des expulsions. C'est à partir du moment où nous, une fois expulsés, nous avons expliqué, puis avec le travail de l'avocat qui a été fait en 75, que le scandale a éclaté. Alors qu'au niveau de la préfecture, ils étaient tous au courant. Il y a des traces écrites. Les archives ont toujours existé, mais le commissaire qui gérait ça dans le port de Marseille ne les a jamais transmis ni à la préfecture de police, ni au ministère de l'intérieur, ni à la direction de la police. C'était son bien à lui. Quand il est parti à la retraite, il les a déposés aux archives départementales. Donc c'est pour ça qu'il n'y avait pas de traces pour déventuels chercheurs qui demandaient des informations auprès de la police ou de la justice.</p>
<p><em>Comme tu l'as dit, il y avait une volonté de cacher ce qui se passait dans ce centre, d'en cacher l'existence même. Est-ce que tu veux raconter un peu comment ça a pu enfin être révélé ?</em></p>
<p>C'est vrai qu'il y avait une volonté de cacher le non-respect des règles de la République. C'est les responsables qui ont tout fait pour étouffer. Un hangar où la police régulièrement accompagne des personnes menottées et qu'on enferme sans droit de visite, personne ne les voit, et qu'après, ils les sortent, des fois c'est la nuit, quand il y a un vol la nuit, ou quand il y a un bateau qui part la nuit. Mais dans cet espace qui est le port de Marseille, qui est immense, où il y a les dockers, où il y a les autres policiers, où il y a les autres personnes qui travaillent, il ne faut pas nous faire croire qu'ils n'étaient pas au courant. C'était la loi de l'omerta, il ne faut rien dire, et les gens, quand ils voient quelqu'un menotté, emmené,  ils doivent se dire, celui-là, il a quelque chose à se reprocher.</p>
<p>Donc, il y avait cette volonté d'étouffer, jusqu'à ce qu'un avocat, le jour où son client avait un sursis et qu'il devait sortir de chez le juge, il n'est pas sorti de chez le juge, la police l'avait embarqué. La famille de cette personne-là, ils ont vu que leur proche n'est pas sorti, ils ont vu que la police l'a embarqué. L'avocat, quand ils l'ont rappelé, il leur a dit « Suivez ce fourgon et vous me dites où c'est qu'il est allé ». Et c'est comme ça que la famille a suivi le fourgon de la police, et le fourgon est rentré dans le port. Eux, ils n'ont pas pu rentrer, mais c'est comme ça que l'avocat s'est rendu compte qu'on lui cachait quelque chose, puisque quand il interpellait le parquet, on lui disait : « Mais ça y est, on lui a accordé le sursis, il est en sursis », ou alors : « Non, on ne le connaît pas, on ne l'a pas chez nous, il n'est dans aucun commissariat ». Et l'avocat n'a pas baissé les bras, il voulait aller jusqu'au fond de cette histoire. Et c'est comme ça qu'il a découvert ce centre de rétention. Et il a mobilisé, entre autres, un journaliste, je crois, qui s'appelait Alex Panzani. Il a alerté les journaux de l'époque. Il y avait plein de journaux qui se sont saisis de ça, y compris la presse algérienne qui avait envoyé un journaliste qui a enquêté là-dessus.</p>
<p>C'est comme ça que le scandale a éclaté. Et les autorités de l'État ont essayé de nier, jusqu'à ce qu'il y ait plein d'articles et des reportages de radio, de télé. Mais l'État n'a pas été condamné, puisque tout de suite après ils ont légalisé le centre par la loi, il est devenu légal. Et du coup ils ont créé d'autres centres. C'est-à-dire, le truc inhumain est devenu quelque chose de légal et acceptable et c'est aujourd'hui les centres de rétention. Voilà un peu comment on a réglé le problème d'un truc illégal, inhumain. Il est resté inhumain, mais il est devenu légal parce que le législateur a décidé qu'il est légal.</p>
<p><em>Et à l'époque, je veux dire avant que ça devienne légal, est-ce qu'il y a eu des mobilisations ? Comment tu expliques qu'elles ont échoué ou que ça a pu rentrer en droit ?</em></p>
<p>Il y a eu à Marseille un collectif d'Arenc qui a fonctionné quand le scandale a éclaté. Il y avait des manifestations, des militants, des associations qui étaient mobilisés contre la prison d'Arenc avant qu'elle soit légalisée. Il y a eu un collectif qui a fonctionné pendant longtemps, jusqu'aux années 70-78, je pense. Et je sais pas, je sais que la semaine qui vient, il y a une rencontre avec un collectif et un syndicat qui organisent une projection du film « Un hangar sur le port » (voir bibliographie) avec le réalisateur. Le fait qu'il y a eu ce documentaire qui a sorti de l'anonymat, ce scandale, c'est déjà, à mon avis, une bonne chose. Ne serait-ce que pour les victimes. C'est-à-dire, en gros, on vous embarque, on vous met au centre de Arenc, vous ne savez pas pourquoi vous êtes là et vous ne savez pas où vous allez partir ni quand. Et le problème, c'est que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, une grande partie ne sont jamais revenus... Qu'est-ce qu'ils sont devenus ? Ou bien ils sont revenus par un autre biais puis ils sont restés discrets. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de témoignage. Le seul témoignage qui avait existé avant la reconnaissance c'est ce qui était apparu dans la presse après le scandale qui a éclaté, après les articles et tout ça jusqu'à la légalisation. Là ç'a commencé à bouger, les gens surveillaient de plus près des membres de leur famille qui étaient arrêtés etc.</p>
<p>Tu es en train de dire qu'il y a des personnes qui sont passées par le centre, qui sont revenues après mais qu'elles n'ont pas osé prendre la parole et qu'il a fallu attendre que ce soit un avocat, qui ne soit pas dans la même situation administrative, qui s'empare du sujet, pour que ça puisse sortir parce qu'il n'y a que lui qui avait la possibilité d'être écouté, puisque en fait les autres sans papiers on ne les écoutait pas... Et j'ai l'impression que ça se sent un peu dans le film, que la parole est beaucoup donnée à cet avocat là, vraiment... Toi t'es passé avant du coup ? T'es passé avant le scandale ?
Non c'est-à-dire que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, ils n'avaient pas un arrêté d'expulsion, c'est pour ça que je dis ils ont légalisé : ils ont légalisé en faisant passer les internés dans ces centres de rétention, ils les ont fait passer par une décision judiciaire, c'est à dire qu'on ne peut pas contester. A l'époque, il n'y avait pas ça : la plupart c'était ceux qui descendaient du bateau ou de l'avion et tout de suite on les a refoulés et en attendant l'expulsion ils étaient dans ce centre. Ou alors c'était des personnes comme moi, arrêtées par la police après une manif, et qui ont été tout de suite transférées du commissariat à Arenc, sans respecter les procédures légales, à savoir : on te présente à un juge, le juge te signifie ton expulsion, ton retour, d'aller en prison etc. Quand vous êtes en prison, il y a le droit de visite. Tes proches, ton avocat peuvent venir vous voir, tu peux correspondre, tu peux téléphoner. A Arenc, il n'y avait pas de possibilité de communiquer avec l'extérieur, parce que personne ne savait où c'était. Vous-même vous saviez pas où vous étiez. Il n'y avait ni le moyen de téléphoner ni le moyen d'appeler quelqu'un.</p>
<p><em>Du coup c'était impossible pour les personnes qui passaient dedans de communiquer avec l'extérieur et de dire ce qui leur arrivait et une fois qu'elles étaient sorties personne ne les aurait crues parce qu'il n'y avait aucune trace...</em></p>
<p>Il n'y a pas de trace. Impossible. Il n'y a aucun procès verbal fait par un juge qui me signifie de quitter le territoire. Vous voyez un peu le scandale. Et moi je pense qu'à l'époque... On ne va pas faire le procès des gens de l'époque qui étaient là-bas, qui travaillaient dans le port, dans les différents services et les policiers et le personnel du port... Mais il ne faut pas dire qu'ils ne savaient pas. Peut-être que ce n'était pas leur priorité à l'époque...
Oui c'est ça peut-être qu'au-delà de la matérialité même du centre qui empêchait que la parole des gens enfermés sorte, il y avait peut-être aussi un contexte qui faisait que la parole des gens qu'on enfermait de toute façon était assez peu relayée.</p>
<p>C'est simple : on est emmené par des gendarmes ou des policiers, on nous fait monter là-haut, c'est un policier qui ouvre le hangar, qui fait rentrer les personnes qui l'ont accompagné. Il lui signe le papier comme si c'était une marchandise qui vient d'être livrée. Lui il repart, il rentre dans son service ou dans le patelin d'où il est venu, et les autres ils referment la porte derrière, mais le port continue ses activités, ça continue, ça va, ça vient. On charge et on décharge les bateaux. Et quand vous êtes à l'intérieur comme c'est en hauteur c'est très haut, tout est enfermé, vous ne pouvez même pas crier, même si vous criez avec le bruit qu'il y a dans le port personne ne vous entend. Donc et d'autant plus que personne ne savait l'existence de ça, donc vos proches, s'ils savaient que vous avez été arrêtés, ils pouvaient chercher partout : au commissariat, au tribunal, à la prison, il n'y avait pas de traces.
En tous les cas je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces personnes qui ont été maintenues dans l'ombre, dans le déni de leurs droits, de leur existence, de leur personnalité. J'espère que ça aura un écho pour qu'à l'avenir on n'ait pas ce genre de choses qui se reproduisent ici.
Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à l'heure...</p>
<p>Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.</p>
<p><strong>POUR ALLER PLUS LOIN</strong>    </p>
<ul>
<li>Radio galère</li>
<li>insta/site de Marseille AntiCRA</li>
<li>Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975</li>
<li>« Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425</li>
<li>Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014</li>
<li>Olivier Bertrand, Un hangar sur le port (Ina, France TV et Al Jazeera) diffusé le 4 octobre à 21h45 sur France 3, puis en replay sur france.tv</li>
</ul>
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<title>ravages - La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title>
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<h2 class="entry-title">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte </h2>
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<p><strong>Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !</strong></p>
<p>Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration <sup id="fnref:1"><a class="footnote-ref" href="#fn:1">1</a></sup>, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.</p>
<p><strong>Ravages :</strong> Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?</p>
<p><strong>Sophia :</strong> Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité <sup id="fnref:2"><a class="footnote-ref" href="#fn:2">2</a></sup>, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
Daprès les estimations de lOrganisation mondiale pour les migrations, on a atteint ce chiffre ahurissant de 30mille personnes mortes ou disparues en Méditerranée depuis 2014. Ce chiffre, qui recouvre une multitude de vies brisées et de familles endeuillés ne tient pas compte de tous les naufrages qui ne sont pas documentés, ni de tout ce qui se passe sur la route Atlantique où, rien qu'en 2024, presque 10 000 personnes auraient disparu, selon l'ONG Caminando Fronteras. Le bilan est donc encore plus lourd.</p>
<p><strong>R. :</strong> Un énorme cimetière...</p>
<p><strong>S. :</strong> Pire que ça ! Au lendemain du naufrage de Pylos (Grèce) qui, le 14 juin 2023, a coûté la vie à plus de 600 personnes en raison de la non-assistance des États européens, la société civile na cessé de le répéter : la Méditerranée nest pas seulement un cimetière, mais une scène de crime ! Cela fait maintenant plus de 30 ans que lEurope sarroge un droit de laisser-mourir et même un permis de tuer à ses frontières maritimes, en adoptant une double stratégie. Dune part en militarisant ses frontières pour tenter dempêcher les personnes exilées darriver sur le sol européen, et dautre part en externalisant ses frontières, cest-à-dire en sous-traitant les interceptions à des acteurs non-européens.
Tout ça bien que lon sache que ces politiques ne fonctionnent pas : très coûteuse en vie humaines (et coûteuse pour le contribuable européen, avec des milliards deuros qui sont réalloués du social au sécuritaire), elles ne font que déplacer les routes migratoires, sans les arrêter, poussant les personnes exilées à emprunter des voies de plus en plus dangereuses. Cette dynamique est particulièrement visible en Méditerranée : Au fil des tentatives de fermeture des différentes routes (dabord avec laccord UE-Turquie en 2016, puis avec le soutien aux garde-côtes libyens à partir de 2017 et le renforcement des contrôles le long de la route tunisienne à partir de 2022), les routes se sont déplacées jusquen Atlantique, où on a pu constater une très forte augmentation des départs depuis 2020.</p>
<p><strong>R. :</strong> On dirait que les routes migratoires se modifient selon le principe des vases communicants : si ça bouche à un endroit, ça se remplit à un autre.</p>
<p><strong>S. :</strong> C'est un peu plus compliqué que ça. Il faut toujours se rappeler que les facteurs qui influencent les parcours migratoires sont multiples et complexes et que les personnes exilées ont leur propre agentivité, c'est-à-dire leur propre capacité à être maîtres de leurs existences. Bien sûr, leur mobilité est contrainte par ces politiques migratoires très violentes dont on a déjà parlé. Il ne sagit pas de minimiser cet aspect, mais de reconnaître que les personnes en mouvement, en continuant inlassablement de transgresser les frontières, obligent constamment les politiques et les pratiques frontalières à changer et à se repositionner. Idem avec les pratiques de solidarité qui ne cessent de sadapter aux nouvelles contraintes : tout est en mouvement !</p>
<p><strong>R. :</strong> Un tableau très complexe, et mouvant en plus, dans lequel il n'est pas simple de se situer et d'intervenir.</p>
<p><strong>S. :</strong> Oui, la Méditerranée est un vrai espace de lutte, avec plein de protagonistes et où tout bouge très vite. Cest un espace proprement politique, qui ne peut se réduire à une approche purement humanitaire. La meilleure approche pour moi est celle de l « autonomie des migrations » qui implique de reconnaître les personnes exilées comme étant les actrices de leur mobilité et non simplement comme des victimes. Cest également essentiel pour situer nos luttes et réfléchir à notre place en tant que soutien dans le combat pour la liberté de circulation de toutes et tous et tenter de se tenir à distance de la figure de la sauveuse / du sauveur blanc qui découle dun héritage colonial et dune tradition fortement ancré dans le monde de lhumanitaire..</p>
<p><strong>R. :</strong> Selon la presse <sup id="fnref:3"><a class="footnote-ref" href="#fn:3">3</a></sup>, les débarquements sur les côtes de l'Italie du Sud ont drastiquement baissé l'année dernière (2024). Qu'est-ce que tu peux nous dire à cet égard ?</p>
<p><strong>S. :</strong> Regarder de plus près la situation en Méditerranée centrale fournit un bon exemple pour comprendre la frontière maritime comme espace de lutte. La Méditerranée centrale cest la route qui part de Tunisie et Libye (plus rarement dEgypte) en direction principalement de lItalie (ça fait maintenant plusieurs année que Malte fait tout pour éviter toute arrivée  sur lîle).
En 2024, on a effectivement enregistré moins darrivées que les années précédentes. 65 000 personnes sont arrivées en Italie par cette route, tandis que plus de 21 000 personnes ont été refoulées en Libye après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, soutenus et équipées par lUE. Des camarades de la société civile tunisienne estiment que plus de 60 000 autres personnes ont été interceptées et renvoyées en Tunisie, pays qui, à linstar de la Libye, est tristement connu pour les violences et les violations de droits commises à lencontre des personnes exilées quil sagisse de détention arbitraire, refoulements dans des zones désertiques, violences sexuelles…Cest ce quon peut appeler un « régime de refoulement par procuration » : dans le cadre de différents accords, les garde-côtes tunisiens et libyens reçoivent un soutien financier, logistique et matériel leur permettant daugmenter fortement leur présence en mer et deffectuer un nombre croissant d'interceptions, afin de ramener des personnes dans les pays quelles tentent désespérément de fuir. Ce quon constate depuis plusieurs années, cest que les autorités des États européens se sont progressivement déchargées de leurs responsabilités en termes de recherche et de sauvetage, se contentant dans la majorité des cas de surveiller la Méditerranée depuis les airs, et dalerter les garde-côtes libyens et tunisiens des départs, pour que les embarcations soient interceptées avant quelles ne puissent atteindre les eaux territoriales européennes.</p>
<p><strong>R. :</strong> C'est ce que fait Frontex, dont le budget se chiffre en milliards et ne cesse d'augmenter.</p>
<p><strong>S. :</strong> En effet, cest notamment le rôle de Frontex de surveiller la mer à l'aide de drones et d'avions, dans le but de faciliter les refoulements. Mais il y a aussi des bateaux marchands qui régulièrement sont chargés par les États européens de refouler des personnes vers la Libye, la Tunisie ou lÉgypte. Cela en violation du droit international qui interdit formellement de renvoyer des personnes dans un lieu où elles risquent dêtre persécutées. Sur la ligne téléphonique dAlarm Phone, nous sommes régulièrement en contact avec des bateaux sur le point dêtre refoulés. Cest toujours une situation très compliquée. Les personnes disent souvent quun renvoi en Libye, par exemple, est pire que la mort…</p>
<p><strong>R. :</strong> Mais en mer il n'y a pas que les bateaux des personnes exilées et ceux des flics qui les pourchassent.</p>
<p><strong>S. :</strong> Bien sûr, heureusement ! En Méditerranée centrale, il y a un autre type dacteur présent : les organisations civiles de sauvetage en mer. Il sagit dun ensemble dacteurs qui travaillent ensemble à dénoncer les politiques européennes de non-assistance et de sous-traitance, et qui se mobilisent pour combler les manquements des États en matière de recherche et de sauvetage. Il y a Alarm Phone qui reçoit les appels, trois avions civils chargés de repérer les embarcations en détresse, et plus dune vingtaine de bateaux qui peuvent soutenir les personnes en mer, soit en les embarquant, soit en accompagnant leur bateau jusquà destination. Ces acteurs se sont rassemblés sous lappellation provocatrice de « Civil MRCC »  ( Centre de coordination de sauvetage de la société civile), pour dénoncer et lutter contre les politiques de laisser mourir.</p>
<p><strong>R. :</strong> Et comme on le voit, ces acteurs sont de plus en plus criminalisés…</p>
<p><strong>S. :</strong> Exactement… Depuis plusieurs années, cette flotte civile est criminalisée par les gouvernements, accusée de créer un supposé « appel dair ». Ce qui dune part est faux et dautre part détourne complètement lattention des manquements des États européens en matière de recherche et sauvetage, et de leur responsabilité dans linstauration dun régime dapartheid des mobilités.
Tout est fait pour limiter laction des acteurs civils.On se souvient de la politique de fermeture des ports de lÉtat italien en 2019 et de lentrée en force du Sea Watch avec sa capitaine Carola Rackete dans le port de Lampedusa, après avoir attendu deux semaines en mer avec 42 survivant.es. Aujourdhui, lItalie post-fasciste de Meloni continue de sacharner, en multipliant les stratégies pour maintenir les bateaux dONG loin des zones opérationnelles, notamment en les empêchant de procéder à des secours multiples et en leur assignant des ports très éloignés pour le débarquement des personnes secourues.
Malgré ces attaques, les acteurs civils continuent à faire vivre la solidarité en Méditerranée. Comme pour les personnes exilées, lorsquune nouvelle frontière ou un obstacle sérige, nous nous adaptons, nous trouvons un moyen de le contourner pour continuer tant bien que mal à accompagner les personnes exilées dans leurs tentatives de traversée.</p>
<p><strong>R. :</strong> Tu peux m'en dire plus sur Alarm phone ?</p>
<p><strong>S. :</strong> Alarm Phone, cest un réseau transnational dactivistes basé.es un peu partout autour de la Méditerranée, dont lactivité principale est de tenir une ligne téléphonique solidaire avec les personnes en détresse en mer.
Le réseau a été créé en 2014, un an après un naufrage qui a eu lieu en octobre 2013, et qui a coûté la vie à 268 personnes. Le bateau avait coulé après avoir essuyé les tirs dun navire libyen. Les garde-côtes responsables (maltais et italiens) avaient été alertés à plusieurs reprises, mais plutôt que de lancer les secours comme ils sont pourtant tenus de faire en vertu du droit maritime, ils se sont renvoyé la balle et ont laissé les personnes sans assistance, alors que le bateau sombrait. Cest là que plusieurs activistes se sont demandé si les choses auraient pu se passer autrement, si les personnes à bord du bateau avaient pu appeler une ligne indépendante, qui aurait pu dénoncer en direct la situation et exercer une pression immédiate sur les autorités. Le réseau Alarm Phone sest mis en place et, un an après, la ligne téléphonique solidaire recevait ses premiers appels.
En octobre dernier, on fêtait, les 10 ans du réseau et les 8000 bateaux qui nous ont appelés. Dans la rage et la colère. Face à la brutalisation ahurissante du régime des frontières. Face aux morts et au disparus que nous pleurons avec leurs proches. Mais aussi, bien sûr aussi, dans la joie. Dêtre ensemble. De lutter ensemble. De célébrer chaque « boza » (c'est le cri de joie de celles et ceux qui ont réussi à atteindre leur destination) et la force des personnes qui continuent chaque jour à se battre pour exercer leur liberté de mouvement. Aujourdhui le réseau compte près de 300 personnes, venu.e.s des quatre coins du monde. Notre horizon, cest légalité des droits et la liberté de mouvement pour toutes et tous, et que la Méditerranée puisse être un espace qui relie et non pas qui divise.</p>
<p><strong>R. :</strong> Quelles sont les zones d'action d'Alarm Phone ? Comment ça marche concrètement ?</p>
<p><strong>S. :</strong> Sur la ligne dAlarm Phone, on reçoit des appels de pleins de régions différentes : la Méditerranée, lAtlantique, la Manche, la frontière entre la Turquie et la Grèce… Le but est de soutenir les personnes en détresse qui très souvent font face à de la non-assistance de la part des Etats ou d'autres types de violences (refoulements dans un pays où les personnes craignent pour leur vie, attaques de garde-côtes…). On alerte les autorités compétentes lorsque ce nest pas encore fait et on leur met la pression pour quelles aillent secourir les embarcations et débarquer les passager.ères dans un lieu sûr, comme le prévoit le droit international. On documente et on dénonce ces violations, et plus largement le régime des visas et les politiques meurtrières de contraintes des mobilités, qui chaque jour sont la cause de décès et disparitions.
Cest un grand réseau, et il y a plein déquipes différentes qui se partagent des tâches différentes : diffuser le numéro dAlarm Phone, créer du lien avec les communautés, sensibiliser (cest-à-dire informer les personnes sur les dangers liées à la traversée, en leur donnant des conseils pour se préparer au mieux), répondre aux appels de détresse, poster des alertes sur les réseaux sociaux, écrire des rapports…</p>
<p><strong>R. :</strong> Et toi, tu fais quoi ?</p>
<p><strong>S. :</strong> Au sein dAlarm phone, je tiens des permanences téléphoniques et participe à la rédaction de publications sur la région de la Méditerranée centrale. Je fais aussi partie de léquipe « recherche et suivi » pour la Méditerranée centrale : sil y a eu un refoulement, si un bateau a disparu ou a fait naufrage, on soutient les familles dans la recherche de leurs proches. Sil y a des survivant.es, on essaie de voir comment les soutenir et, siels souhaitent relayer leur voix, on organise des moments de CommémorActions.
Les CommémorActions, ce sont des moments très importants pour le réseau. Des moments où nous nous tenons aux côtés des suvivant.es et des familles pour pleurer celles et ceux qui ont disparu aux frontières européennes. Des moments où sexpriment à la fois le deuil et la colère dans un mélange entre commémoration et manifestation. Ces CommémorActions ont lieu régulièrement, de manière centralisée, dans une ville, comme à Oujda et Zaris les années passées, et de manière décentralisées, à loccasion du 6 février qui est la date anniversaire du massacre de Tajaral lors duquel en 2014, la police des frontières espagnole avait tué au moins 15 personnes qui tentaient de traverser la frontière entre le Maroc et lEspagne.
Avec ces moments de CommémorAction nous faisons une double promesse : celle ne pas oublier celles et ceux qui ont perdu la vie et lutter contre les frontières qui les ont tué·es et celle de ne pas abandonner. La promesse que nous continuerons à nous battre quotidiennement pour la liberté de mouvement,en exigeant la vérité, la justice et des réparations pour les victimes de la migration et pour leurs familles.</p>
<p><strong>R. :</strong> Parmi les bateaux de sauvetage en Méditerranée il y en a un qui attire particulièrement notre curiosité et notre sympathie : c'est le Louise Michel. Tu peux nous dire un mot sur ce bateau et sur tes activités quand tu montes à bord ?
<strong>S. :</strong> Le Louise Michel, cest un navire de secours civil qui sillonne la Méditerranée centrale depuis 2020. Il a deux particularités. La première cest quil est rose ! Il a été peint à l'aide d'un extincteur par le street-artiste britannique Banksy avant dêtre donné à un petit groupe de militant.es. La seconde, cest que cest un bateau relativement rapide par rapport aux autres navires de la flotte civile, qui peut arriver très vite sur le lieu du cas de détresse, et parfois darriver avant les garde-côtes libyens, ce qui permet déviter un refoulement illégal vers la Libye, où les personnes risquent de graves persécutions.
De manière générale, quand je navigue, sur Louise ou dautres bateaux de secours, je moccupe daccueillir les personnes survivantes. En gros, il sagit dassurer la communication avec les personnes lors du secours, dorganiser la vie à bord une fois que tout le monde est embarqué, dessayer de comprendre les besoins de chacun.e, et surtout dinformer les personnes sur ce qui les attend une fois quelles seront débarquées en Europe et les briefer sur leurs droits. En Europe, cest souvent pour ces personnes un nouveau parcours du combattant qui souvre, alors on essaie de faire en sorte quelles soient le mieux préparées, même si elles sont déjà généralement bien informées. On partage par exemple avec elles le lien du site de welcome2europe.
Le Louise Michel, comme son nom lindique plutôt bien, cest un projet qui se veut radical et féministe. Féministe, parce que ce nest pas toujours évident dévoluer dans le monde de la navigation qui est marqué par une forte tradition patriarcale. Radical, parce que comme pour Alarm Phone, lapproche est celle de la défense de la liberté de mouvement pour toutes et tous. Le discours pour labolition du régime des frontières est très clair : cest une initiative de solidarité transnationale, pas un projet humanitaire.</p>
<p><strong>R. :</strong> Un mot pour finir...</p>
<p><strong>S. :</strong> Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après…
Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !</p>
<p><strong>R. :</strong> Merci Sophia !</p>
<div class="footnote">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque".&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
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<title>ravages - Lexique : passeur</title>
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<h2 id='site-subtitle'><div class="subtitle-box""">chroniques de luttes à la frontière franco-italienne</div></h2>
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<h2 class="entry-title">Lexique : passeur </h2>
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<p><strong>Les passeur.euses c'est nous (aussi)!</strong></p>
<p>De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la destination (transitoire le plus souvent), pas le point de départ : c'est normal que les passeurs ne soient pas trop visibles. La situation est très différente à Ventimiglia ou à Calais, mais aussi dans le département de Cuneo <sup id="fnref:1"><a class="footnote-ref" href="#fn:1">1</a></sup> ou dans la vallée de Susa <sup id="fnref:2"><a class="footnote-ref" href="#fn:2">2</a></sup>, à deux pas de chez nous.
Peu importe sa visibilité, la figure du passeur-contrebandier est intrinsèquement et historiquement liée au contrôle étatique sur les frontières et sur la mobilité des personnes et des biens. Sans oublier que pratiquement toutes les personnes qui traversent cette foutue frontière ici ont, à un moment ou à un autre de leur voyage, fait appel au moins une fois à cette figure légendaire ou malfamée.
Mais de quoi parle-t-on quand on parle de passeurs ? Qu'est-ce qui se cache derrière la diabolisation de cette figure ? Voici, une interprétation anti-étatique et anti-prohibitionniste.</p>
<p>Se pencher sur la question des passeur.euses c'est constater à quel point certaines fabulations sont dures à mourir, notamment quand les États ont tout intérêt à les entretenir. Nombre d'études et d'enquêtes, journalistiques, sociologiques ou anthropologiques, ont été menées depuis une bonne quinzaine d'année sur ce sujet et ont fait le jour sur quantité de mystifications. Pourtant celles-ci refont surface inlassablement dans la narration étatique autour de la question migratoire.
Pour commencer, il faut récuser le lien automatique, récurrent dans le discours policier, entre aide au passage des frontières et criminalité organisée. « Les organisations internationales de type mafieux semblent occuper une petite portion de [ce] secteur qui a grandi de manière exponentielle depuis la fermeture des frontières et qui reste largement contrôlé par des individus ou des petits groupes locaux. Évidemment, vu la nature illicite du marché, les données officielles sont peu fiables et n'expriment qu'une vision partielle du phénomène. Voilà pourquoi des études de qualité sont fondamentales : elles révèlent ce qu'il se passe dans les interstices des statistiques officielles »<sup id="fnref:3"><a class="footnote-ref" href="#fn:3">3</a></sup>.
Une autre vaste falsification concerne lœuvre de diabolisation réalisée et constamment entretenue par une grande partie de la presse, de la classe politique et des institutions policières des pays occidentaux. Les passeur.euses sont généralement représenté.es comme l'exemple même du criminel cruel.le, impitoyable, capable de toute sorte d'abus et de perversion. On les accuse de profiter de la misère et du désespoir de la population la plus faible et la plus indigente qui existe. Dans ce genre de représentations, les personnes en voyage sont présentées le plus souvent comme dépourvues de toute capacité de choix et de discernement, livrées impuissantes à la brutalité de ces criminels.
S'il est certain que des abus se produisent dans les transactions entre passeur.euses et passagèr.es, toutes les études menées sur le terrain soulignent l'importance absolue de la « bonne réputation » du passeur pour que ses affaires prospèrent <sup id="fnref:4"><a class="footnote-ref" href="#fn:4">4</a></sup>. Et quand on demande aux personnes exilées, il n'est pas rare que celles-ci expriment de la reconnaissance aux passeur.ses <sup id="fnref:5"><a class="footnote-ref" href="#fn:5">5</a></sup>, malgré les sommes payées pour le voyage, qui paraissent exorbitantes aux yeux des personnes munies de passeports « forts ».
Nous tenons à le répéter afin d'éviter tout malentendu : nous sommes bien à connaissance de nombreux témoignages d'atrocités commises par des passeurs frauduleux et sans scrupules, mais nous considérons, au vu d'études sérieuses et documentées, que ces événements ne sont pas une généralité, et que ce n'est pas la nature de l'aide au passage qui les détermine, mais l'illégalité qui ouvre souvent au pire que l'imagination humaine puisse concevoir.
Les études que nous avons parcourues soulignent aussi la porosité entre les catégories de passeur.euses et passagèr.es, qui se trouvent très souvent dans la même situation de précarité administrative. Souvent les passeur.euses sont des voyageur.euses de l'exil qui, après des périodes de permanences forcée à une étape de leur itinéraire, décident de gagner quelques sous avec cette activité, des fois juste pour pouvoir se payer elleux-même la traversée <sup id="fnref:6"><a class="footnote-ref" href="#fn:6">6</a></sup>. Des personnes migrant.es coincées, donc : pas des gangsters sanguinaires avec des comptes bancaires à six chiffres. Et parfois on parle même de « bons passeurs », qui disent être animé.es par des raisons humanitaires et politiques <sup id="fnref:7"><a class="footnote-ref" href="#fn:7">7</a></sup>.
Si iels ne sont pas elleux-même des sans papiers en exil, les passeur.euses sont souvent des habitant.es des régions frontalières pauvres (au Mexique, par exemple, ou sur les côtes atlantiques du Maroc et des pays ouest-africains). Là aussi on est très loin des représentations étatiques, confronté plutôt à une économie de survie qui lie des pauvres sédentaires à des pauvres on the move, pour répondre à un besoin généré par le contrôle policier des frontières <sup id="fnref:8"><a class="footnote-ref" href="#fn:8">8</a></sup>. Et là aussi, les exemples sont nombreux de bons passeur.euses qui agissent consciencieusement, non sans une vision politique empreinte de compassion et de solidarité <sup id="fnref:9"><a class="footnote-ref" href="#fn:9">9</a></sup>.
Un autre élément de confusion savamment entretenu par les autorités policières concerne la quasi synonymie qui brouille les notions de passeur (smuggler en anglais) et trafiquant (trafficker en anglais). La première définit le rôle de celui ou de celle qui facilite le passage d'une frontière, tandis que la deuxième a à voir avec la traite des êtres humains (séquestration, privation de passeport, menace, violences) et qui, tout en comprenant le franchissement d'une frontière, a pour but l'exploitation de la personne. Les deux définitions sont d'ailleurs nettement distincte dans le droit international et dans le code pénal français <sup id="fnref:11"><a class="footnote-ref" href="#fn:11">11</a></sup>, mais sont aujourd'hui interchangeables dans le discours étatique à tel point que l'ancien OCRIEST (Office Central pour la Répression de lImmigration Irrégulière et de lEmploi dÉtrangers Sans Titre <sup id="fnref:12"><a class="footnote-ref" href="#fn:12">12</a></sup>) s'appelle OLTIM depuis 2022 : Office de Lutte contre le Trafic Illicite de Migrants.
Et tandis que les notions d'aide au passage et de trafic d'humains tendent à s'écraser l'une sur l'autre, à l'intérieur de la définition juridique d'aide au passage la question de la lucrativité tend progressivement à disparaître <sup id="fnref:13"><a class="footnote-ref" href="#fn:13">13</a></sup>. Dans un seul et unique amalgame, on mettra donc trafiquant.es et passeur.euses mais aussi les activistes solidaires. Voici comment, sous couvert de lutte contre la criminalité organisée, les polices européennes mettent en place un système de répression politique qui frappe aussi ONG, associations et toute sorte de collectifs ou individus en lutte contre les frontières <sup id="fnref:14"><a class="footnote-ref" href="#fn:14">14</a></sup>.
Et comme souvent dans le cas des prohibitionnismes, l'interdit instaure les conditions du marché noir (envol des prix, organisation de réseaux clandestins), partout où l'on rend illégal l'assouvissement d'une nécessité irrépressible. L'intensité de la répression est proportionnelle aux efforts pour la contourner, dans un jeu de renvois qui rappelle à la fois la course-poursuite et le miroir déformant.
Dans le cas spécifique de la guerre étatique aux passeur.euses, le gigantesque effort produit par les autorités pour déformer le réel n'est comparable qu'à l'inefficacité de leur stratégie répressive. Le patron de l'OLTIM a beau faire étalage des résultats impressionnants de son service (4000 interpellations de « trafiquants d'humains » en 2024)<sup id="fnref:15"><a class="footnote-ref" href="#fn:15">15</a></sup>, cette même année est celle où le plus d'exilé.es ont réussi à passer des côtes du Calaisis à celles du Royaume-Uni, le plus souvent en faisant appel à des passeur.euses.
Mais d'autres objectifs, plus subtils et néfastes, sont atteints par cette violente campagne de propagande et de mystification. Voilà diffusée une nouvelle représentation du phénomène migratoire qui est à la fois totalement déshumanisante pour les personnes en voyage, et diabolisante pour toutes les personnes qui, pour plein de raisons différentes, essayent de faciliter le passage des frontières. Fortes de cette nouvelle narration, les forces policières exigent et obtiennent de nouveaux outils voués à criminaliser et réprimer les réseaux solidaires <sup id="fnref:16"><a class="footnote-ref" href="#fn:16">16</a></sup>.
En entretenant ce mythe de la lutte contre le trafic illégal d'humains, les États essaient de cacher leur propre responsabilité dans la création et l'entretien de la nécessité, pour certaines catégories de personnes, du recours aux passeurs comme seul moyen pour traverser les frontières. A l'instar de la lutte contre le terrorisme qui justifie un rétablissement abusif des contrôles aux frontières intérieures depuis presque 10 ans, la lutte aux « trafiquants d'humains » autorise un durcissement des peines répressives contre l'ensemble des facilitateur.ices de l'immigration. Au passage, cette stratégie rejette du cadre de la discussion toutes les pistes qui pourraient amener à une vraie réglementation des déplacements de populations. Quid des chemins d'immigration dit légaux ? Pouraiit-on parler par exemple des refus quasiment systématique des visa par les consulats français dans les pays d'émigration <sup id="fnref:17"><a class="footnote-ref" href="#fn:17">17</a></sup> ? Quid encore des « couloirs humanitaires » ou du dispositif de Protection Temporaire qui, créé en 2001, n'a servi qu'une seule fois, au bénéfice des rescapé.es de la guerre en Ukraine ? Aux antipodes de tous ces chemins possibles, notre continent a fait le choix délibéré de renforcer les moyens et la présence des forces de police à chaque coin de frontière, de réduire le droit d'asile et de compliquer l'accès à tous les titres de séjour, de sous-traiter la gestion des flux migratoires au pays limitrophes, d'autoriser des pushbacks de plus en plus violents <sup id="fnref:18"><a class="footnote-ref" href="#fn:18">18</a></sup>.
La logique de la création du monstre (que ça soit le terroriste, le trafiquant d'humain ou le narcotrafiquant) réussit en général à faire d'une pierre deux coups : donner à une question complexe une réponse simple mais fausse : l'immigration c'est la faute aux passeur.euses et mettre à profit la peur générée, pour augmenter le degré de militarisation de la société et réduire les libertés individuelles. Quand aux raisons profondes du phénomène (que ça soit de l'immigration, du terrorisme ou du trafic de stupéfiants), elles sont préalablement écartées de la discussion.</p>
<p><em>A lire aussi :
Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafisti, www.dal-mare-al-carcere.info</em></p>
<div class="footnote">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Lele Odiardo, Passeurs, clandestins à la frontière alpine ; Nunatak n.° 3 été/automne 2018&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Cecilia Vergnano, Why take such a risk? Beyond profit: motivations of border-crossing facilitators between France and Italy ; Social Anthropology/Anthropologie Sociale (2020), pp. 116&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Caterina Borelli, Meet the smugglers. Decolonising the mind, questioning the border ; Allegra Lab. Notre traduction.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:4">
<p>Vergnano&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:5">
<p>Anaïk Pian, Variations autour de la figure du passeur ; Plein droit n° 84, mars 2010 « Passeurs d'étrangers »&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:6">
<p>Luigi Achilli, The “Good” Smuggler: The Ethics and Morals of Human Smuggling among Syrians ; The annals of the American Academy of Political and Social Science, 21 février 2018&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:7">
<p>Achilli&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:8">
<p>Achilli. Cfr. aussi Gabriella Sanchez, Circuit Children: The experiences and perspectives of children engaged in migrant smuggling facilitation on the US-Mexico border ; Anti-trafficking review. Cfr. aussi Mahmoud Keshavarz and Shahram Khosravi, To see like a smuggler, pp. 1-18 ; Pluto Press 2022&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:9">
<p>Pian, Vergnano, Achilli, Sanchez, Keshavarz et Khosravi&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:9" title="Jump back to footnote 9 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:10">
<p>Plambech Sine, Playing the trafficking card, Blog 22 October 2016&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:10" title="Jump back to footnote 10 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:11">
<p>Borelli&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:11" title="Jump back to footnote 11 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:12">
<p>Organisme de la police nationale française qui se consacre à la lutte contre les réseaux (ou « filières ») favorisant limmigration irrégulière, lemploi détrangers dépourvus dautorisation de travail et/ou de séjour ainsi que la fraude documentaire qui en découle. Source Wikipédia&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:12" title="Jump back to footnote 12 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:13">
<p>Borelli. Cfr. aussi McGregor et Vergnano&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:13" title="Jump back to footnote 13 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:14">
<p>McGregor, Criminal charges against migrant rights defenders rising, NGO finds ; InfoMigrants 4 septembre 2024&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:14" title="Jump back to footnote 14 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:15">
<p>Infomigrants (Rédaction), France : plus de 4 000 passeurs ont été interpellés en 2024, 7 février 2025&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:15" title="Jump back to footnote 15 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:16">
<p>Cfr. Observatoire des libertés associatives, « Au mépris des droits », Mathilde Rogel, 2024.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:16" title="Jump back to footnote 16 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:17">
<p>Cfr. La Cimade, Visa refusé, Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas, juillet 2010.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:17" title="Jump back to footnote 17 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:18">
<p>Cfr. Refoulements violents à la frontière gréco-turque : récit d'une dérive européenne, Ravages n. 1, septembre 2023.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:18" title="Jump back to footnote 18 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
</ol>
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<title>ravages - Refoulements violents à la frontière greco-turque : récit d'une dérive européenne</title> <title>ravages - Refoulements violents à la frontière greco-turque : récit d'une dérive européenne</title>
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<title>ravages - Remplacer les frontières par des forêts d'herbes sauvages : des imaginaires territoriaux émancipateurs contre l'invisibilisation des frontières</title> <title>ravages - Remplacer les frontières par des forêts d'herbes sauvages : des imaginaires territoriaux émancipateurs contre l'invisibilisation des frontières</title>
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<h2 class="entry-title">Turin. Histoire d'une trêve </h2>
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<p><em>Les CPR (Centri di Permanenza per il Rimpatrio) c'est les CRA d'Italie, avec quelques différences. Par exemple, chez nos voisin.es la rétention administrative peut durer jusqu'à 18 mois, depuis que Salvini et Meloni se sont amusées à rivaliser en cruauté, en augmentant le terme de 90 à 180 jours et de 180 jours à 18 mois. En plus de ça, deux des douze CPR actifs en Italie se trouvent... en Albanie, suite au Protocol Italie-Albanie, établi le 15 février 2024 pour une durée de 5 ans, qui semble séduire les gouvernements fascistes de notre continent.</em></p>
<p><em>Cet article parle d'une trêve qui a duré deux ans, pour le collectif Anti-CPR de Turin, mais surtout pour le quartier et toute la ville de Turin, avec une baisse significative de leur "chasse à l'homme sans papiers" . La trêve a commencé en mars 2023, quand un grand incendie déclenché par les détenus a provoqué la fermeture du centre de Via Brunelleschi, et elle s'est terminé le 25 mars dernier, quand il a rouvert (et refermé) ses portes. Mais il a suffi de quelques semaines pour que ce lieu infâme et hautement inflammable brûle à nouveau, le soir du 1er mai, et se retrouve une nouvelle fois impraticable pour cinq sixième de sa structure.</em></p>
<p><em>On aimerait pouvoir se réjouir de ce dernier incendie comme de tous les autres qui se sont déclarés et se déclareront prochainement, dans tous les types existants de prison. Mais une bien triste nouvelle nous en empêche : celle de la mort plus que suspecte d'Hamid Badoui, le 19 mai dans la prison Le Vallette de Turin. L'homme, résident depuis quinze ans en Italie, avait été enfermé dans le CPR de Bari suite au non-renouvellement de son titre de séjour. Du CPR de Bari, il est déporté dans celui de Shengjin (Albanie), jusqu'à ce que la Cour de Cassation atteste que sa rétention est illégale. Une fois libéré, il est à nouveau arrêté dans les rues de Turin et violemment maîtrisé par les agents de la police. La suite nous apprend qu'il se serait pendu dans la nuit avec les lacets de ses chaussures. « Mieux la prison que Shengjin » seraient son dernier message à son avocat. Plusieurs associations et collectifs réclament une autopsie.</em></p>
<p>Une soirée de l'hiver 2023, le téléphone-expulsion sonnait. Il était tard, à l'autre bout du fil les gars hurlaient. Le CPR de Corso Brunelleschi était en feu. On s'est arraché à nos occupation pour s'y précipiter, incrédules. </p>
<p>Derrière les murs montait dans la nuit un noir plus dense de fumé et l'on sentait partout lodeur pointue des gaz et du brulé. L'odeur du désordre. 
On a fait ce qu'on fait toujours, ce qu'on sait faire en somme, pas grand chose, du bruit et des pétards pour réchauffer les rues de leurs silence de mort. <strong>FREEDOM HURRYA LIBERTÀ.</strong></p>
<p>Et enfin, dans un bref contour en ombres, on les a vus. Les lampadaires silhouettaient durement les contre-jours. Ils étaient bien là, ces gars qui n'étaient jusqu'à présent que les voix accrochées à une cabine téléphonique, debout et hilares sur les toits des baraques de la prison.</p>
<p>"Tout le monde crie ici, fait du bruit et il y a encore des gars sur le toit. Les flics sont devant les portes. Même la zone jaune fait comme nous. On en a assez. Les flics sont sortis des cages et ils ont peur dentrer. On crie. On ne se sent plus comme des êtres humains... Deux camions de police sont arrivés, ils entrent peut-être ici..." </p>
<p>Quand tout est retombé ensuite, c'est curieusement la pensée du feu enfin éteint qui a rendu plus plausible encore cette nuit là. Si la beauté pouvait mourir c'est qu'elle existait vraiment.
Cette révolte allait tout changer. 
A nous qui sommes né.es avec l'idée d'un monde irréversible, il nous semblait enfin qu'il s'était ouvert une porte, une perspective. Quelques personnes avaient réussi à arracher une parcelle de liberté et à graver une certitude: face à la résignation ou à l'asservissement, à la mort programmée ou à la folie, répond parfois la révolte.
Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait.
S'en était finit, ils avaient gagné.
Ça a duré 2 ans, la trêve.</p>
<p>N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.</p>
<p>La fonction fondamentale des centres de rétention est d'une part l'évidente mise à profit de l'enfermement et de l'expulsion d'un bon nombre de personnes « sans papier », en retirant des rues une partie de ce surplus humain qui n'a pas (ou plus) trouvé de valorisation dans « l'inclusion » aux modèles capitalistes.
D'autre part les centres sont la matérialisation ultime du chantage à l'asservissement des personnes libres. Ils agissent comme un moyen de dissuasion, en instillant la peur, en bridant les résistances, pour imposer toujours plus efficacement des conditions de vies précaires au sous-prolétariat et au prolétariat majoritairement racisés.</p>
<p>Mais les centres de rétention ont toujours et surtout été les structures fondamentales pour assurer la perpétuation d'un ordre colonial alimenté aujourd'hui encore par une rhétorique de guerre suffocante, sur la menace du fameux « ennemi intérieur ».</p>
<p>Et l'actualité de ces derniers mois n'allait encore que nous le confirmer. 
Aux portes de l'Europe, débutait un génocide algorithmique perpétré en mondovision, visant le raffinement sadique du colonialisme de peuplement israélien.</p>
<p>Rappelons que là-bas les Palestinien.nes sont soumises à la rétention administrative <sup id="fnref:1"><a class="footnote-ref" href="#fn:1">1</a></sup> depuis le début de l'occupation israélienne en 1967 et qu'ils l'étaient déjà auparavant de la même manière, sous le mandat britannique. Outil de punition collective, les centres de rétention utilisés surtout depuis la seconde intifada de septembre 2000, permettent à l'armée israélienne de retenir indéfiniment des prisonniers sans procès, sur la base d'informations tenues secrètes.</p>
<p>De la même manière en Italie, la répression de la résistance palestinienne et de sa solidarité internationale a explicité clairement le glissement de l'utilisation de la rétention administrative à des fins purement punitives. Les procédures sont accélérées et permettent ainsi en un éclair de légaliser une détention arbitraire et expéditive.
Par exemple à l'hiver 2024, à la suite d'une demande d'extradition des autorités israéliennes, trois Palestiniens (Ali, Anaan et Mansour) se retrouvent incarcérés en prison de haute sécurité, accusés d'association subversive à des fins de terrorisme internationale.
En septembre dernier, alors que le tribunal avait ordonné la libération immédiate de l'un des trois, Mansour Doghmosh se voit immédiatement conduit au CPR de Ponte Galeria (Rome), à peine sorti de prison. C'est l'argument de la « pericolosità sociale » <sup id="fnref:2"><a class="footnote-ref" href="#fn:2">2</a></sup> qui est mis en avant par le préfet pour maintenir la détention hors du cadre pénal et suffit à incarcérer Mansour de nouveau, même si sa libération vient d'être ordonnée, en raison de l'absence d'éléments circonstanciels sérieux.
On peut aussi citer l'exemple du réfugié politique algérien Seif Bensouibat, éducateur détenu quelque temps dans le même CPR, à la suite de messages en soutien au peuple palestinien sur un tchat privé.
De la même manière et dans le silence le plus totale, nous avons su qu' il y a quelques mois, des jeunes partis des quartiers Nord de Turin à une manifestation nationale à Milan, ont été arrêtés puis mis en CPR à leurs retour. L'un d'entre eux a été déporté depuis.</p>
<p>Dans un climat de propagande belliqueuse, on note a quel point l'utilisation institutionnalisé de la « pericolosità sociale » permet, dans une  référence directe mais induite à la symbolique de l'ennemi interne l'expérimentation toujours plus étendue de sa criminalisation. 
Plus généralement l'utilisation, dans les articles de loi, d'un lexique extrêmement vague, permet de fait une application toujours plus subjective et extensible de la loi.
Le passage direct de la prison au CPR n'est pas non plus une nouveauté procédurale : il arrive de plus en plus souvent qu'après avoir purgé leur peine, les personnes sans papiers (ou n'ayant pas pu les renouveler pendant leur incarcération) soient envoyées quelques mois de plus derrière les murs d'un CPR, parfois pour être déportées vers leur pays d'origine, ou simplement pour purger une sorte de deuxième peine plus afflictive et violente encore.
Les personnes ici citées le sont comme exemples parce qu'elles nous semblent extrêmement emblématiques en ce qu'elles subissent les répercutions répressives directes de l'actualité de ces derniers mois. Mais elles permettent surtout de rendre compte d'un des mécanismes raciste et colonial sur lequel se base la gouvernance néolibérale. Il faut pour cela rester attentif à ce que la médiatisation de cas isolés et leur narration personnalisante ne participent pas à l'invisibilisation d'une réalité systémiques massive. </p>
<p>Dans ce contexte, et comme un Napoléon en campagne, Georgia Meloni foulait de ses bottes le sol albanais pour y négocier la construction de nouvelles colonies pénales, reconfirmant l'épanouissement du concept expansionniste italien depuis sa chute et son expulsion par la résistance en 1945.</p>
<p>Le cas albanais est devenu pendant cette trêve notre centre d'intérêt principal, puisqu'il redéfinit plus clairement la ligne européenne de relocalisation de la rétention « administrative » et de la torture, ainsi que sa stratégie d'annihilation brutale de l'excédent humain du capitalisme.</p>
<p>Ils espèrent que plus on est loin des yeux, plus on est loin du cœur.
Ils ont déplacé les cages à la périphérie des villes, près des vaches, quelque part dans un pré.
Sur des îles, en pleine mer, parmi les poissons.
Ils ont fait pousser des murs, ajouté des barbelés et des cadenas pour leurs trousseaux de clés.
Ils ont même créé un nouveau bateau-prison, un engin flottant pour enfermer les sans papiers au large de la Manche. Le Bibby Stochkolm. Quel nom. <sup id="fnref:3"><a class="footnote-ref" href="#fn:3">3</a></sup></p>
<p>L'accord avec l'Albanie est une nouvelle démonstration du projet d'externalisation des frontières européenne, avec la coopération des gouvernements du pourtour méditerranéen, par le biais de soi-disant accords bilatéraux avec des pays tiers sûrs. La collaboration des gouvernements de ces pays est rendue possible par l'injection d'argent nécessaire pour « stabiliser » l'économie, en alimentant le récit si cher à Meloni de la « revendication du droit de ne pas migrer ». 
Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une tendance à long terme: délocalisation des frontières, délégation du contrôle, expérimentation technologique et juridique massive...Il s'agit d'éléments consolidés des politiques migratoires contemporaines, à partir desquels le « modèle albanais» a pris forme.</p>
<p>Aux nouveaux CPR de Gjader et Shengjin, s'applique une double juridiction: italien à l'intérieur des murs des installations, albanais à l'extérieur. La présence d'une prison à l'intérieur du camp est donc justifiée par cet arrangement juridique, qui souligne une fois de plus le lien entre la rétention administrative et la détention pénale. La présence d'une prison italienne en territoire albanais n'est pas sans rappeler les prisons fascistes d'Érythrée, dernières prisons italiennes en terre étrangère, et leur matrice purement coloniale.</p>
<p>Outre les politiques de dissuasion mises en place depuis des années, il semble donc que l'Europe soit prête à intervenir de manière tout aussi radicale dans l'expulsion forcée des personnes qui sont restées ou sont devenues illégales sur son territoire. C'est en tout cas ce qui ressort pour l'instant de la nouvelle proposition de la Commission européenne de mars dernier où le protocole italo-albanais a été érigé en modèle dans la mise en œuvre du dernier Pacte européen sur la migration et lasile. L'Europe devrait bientôt disposer d'un nouveau cadre législatif commun qui permettra aux États membres, d'accélérer et de simplifier les procédures d'expulsion, ainsi que d'autoriser et d'étendre, sur le modèle albanais, le transfert des demandeurs d'asile déboutés en attente d'expulsion en dehors de l'UE vers des « centres de retour » spécialement construits pour les expulsions.</p>
<p>La trêve est finie aujourd'hui. Le 25 Mars dernier le CPR de corso Brunelleschi rouvrait ses portes. Mais il est certain qu'il y aura d'autres révoltes et autant d'autres mobilisations en solidarité avec les prisonniers et contre le génocide en cours à Gaza au Soudan et ailleurs encore.</p>
<p>Si les CPR sont une stratégie répressive en amont pour décourager la lutte des classes oppressés en les tenant en échec, il nous paraît alors que peut être cette lutte la soit en quelques sorte une lutte d'introductive à toute les autres...</p>
<p>Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En intersection et en solidarité, élargissons la brèche ! <strong>Free Palestine ! Fuoco ai CPR !</strong></p>
<div class="footnote">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>C'est peut-être le bon moment pour expliquer la différence entre détention pénale et rétention administrative, même si tout ce que vous lirez dans ces pages montre bien à quel point cette distinction est et a toujours été, en France comme partout ailleurs, seulement théorique : contrairement à la détention, la rétention administrative ne devrait pas être une mesure punitive en soi. Elle devrait être prise à l'encontre d'une personne étrangère en situation irrégulière dans le but exclusif de l'expulsion, et devrait s'appliquer seulement dans des cas très spécifiques.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Que nous traduirons littéralement par « danger social » et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la notion de « trouble ou menace à l'ordre public », dont l'utilisation prolifère ces derniers temps dans le système judiciaire français.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Sacré nom et sacrée histoire vraiment : John Bibby, fondateur de la compagnie de transports maritimes britannique Bibby Line, actuelle propriétaire du Bibby Stocholm, commença sa carrière au début du XIX siècle avec trois bateaux affrétés pour la traite des esclaves. Il fut mystérieusement (et bienheureusement) tué en 1840, mais sa compagnie a continué de prospérer jusqu'à aujourd'hui. Deux siècles d'expertise dans le sang et le pognon. Chapeau.&#160;<a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text">&#8617;</a></p>
</li>
</ol>
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