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<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom"><title>ravages - 03</title><link href="/" rel="alternate"></link><link href="/feeds/03.atom.xml" rel="self"></link><id>/</id><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><subtitle>chroniques de luttes à la frontière franco-italienne</subtitle><entry><title>Brèves</title><link href="/breves-3.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>theo</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/breves-3.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout va mal, y'a pas à chier.&lt;/strong&gt;
&lt;em&gt;L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout va mal, y'a pas à chier.&lt;/strong&gt;
&lt;em&gt;L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;5 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un autre incendie se déclare dans une chambre du Refuge Solidaire à Briançon. Cest sans conséquences pour les personnes présentes, mais le bâtiment est inutilisable pendant plusieurs semaines. Sur demande des pompiers et bien à contrecœur, le maire de Briançon est contraint de réquisitionner un gymnase et de le mettre à disposition pour l'hébergement d'urgence des primo-arrivant.es. Mais au bout de deux nuits, c'est le préfet qui prend le relais, en préemptant la Maison de la Géologie. Étonnante sollicitude de nos caïd locaux qui, pendant des années, n'avaient pris en charge que la répression et la stigmatisation du phénomène migratoire. Le souvenir de la grande occupation du Pado de l'été 2023 aurait fait peur aux flics ?&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;3 septembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le détroit du Pas-de-Calis, naufrage d'une embarcation transportant 65 personnes exilées. L'après-midi du même jour, Gérald Darmanin s'exprime à Boulogne-sur-Mer. Il remercie les secours et défend la stratégie adoptée par le gouvernement sur cette frontière, avec ses 1700 policiers et gendarmes déployés. Il semble pourtant que les passages de cette frontière ne cessent d'augmenter et que l'année courante soit la plus meurtrière depuis le début du phénomène des bateaux de fortune sur la Manche. Si une stratégie existe vraiment, on a du mal à comprendre ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;2 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Hendaye (Pays Basque) 7 militant.es issues d'organisations politiques, sociales et syndicales, dont 3 membres de la Fédération Etorkinekin Diakité, se retrouvent en garde-à-vue, inculpées pour avoir aidé 36 personnes à traverser la frontière franco-espagnole. L'action de désobéissance civile avait été revendiquée par une vingtaine d'associations et collectifs locaux. Elle s'était déroulé le 24 mars 2024 pendant la Korrika (manifestation sportive, festive et solidaire qui, tous les deux ans, traverse le Pays Basque sur un parcours de plus de 2700 kilomètres). L'indignation provoquée par cette arrestation va donner lieu à un mouvement de soutien populaire de grande ampleur. Plusieurs manifestations seront organisées en France et en Espagne par des dizaines d'associations, syndicats et collectifs. Le procès, qui aurait dû commencer le 28 janvier, sera plusieurs fois reporté, jusqu'à la date du 7 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;9 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Briançon, ouverture d'un nouveau squat : le Boulodrome Libre ou Bou'li. Le même jour, à Madrid, le premier ministre Pedro Sanchez prononce un discours pro-immigration qui dit, entre autre : « Nous sommes des enfants de limmigration. Nous nallons pas être les parents de la xénophobie ».
Voilà deux choses qui n'ont rien à voir mais qui font bien plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 octobre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Italie transfère vers l'Albanie un premier groupe de personnes exilées interceptées au large de Lampedusa. Mais le 18 octobre, le Tribunal de Rome nie la validité légale de la mesure et les exilé.es sont rapatrié.es sur le territoire italien. A partir d'avril, un des deux centres albanais, celui de Gjader, sera transformé en CPR (l'équivalent des CRA en Italie : voir l'article Histoire d'une trêve), où quelques dizaines de personnes sont enfermées sans procès et sans pouvoir communiquer avec leurs familles et leurs avocats, pour être ensuite rapatriées vers leur pays d'origine (en passant à nouveau par l'Italie, l'Albanie n'étant pas en mesure d'expulser directement).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;14 novembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Bou'li est expulsé et quatre personnes écopent de 24 heures de garde-à-vue. Le même jour, à Montgenèvre, la PAF reprend les refoulements comme si la décision du conseil dÉtat du 2 février n'existait pas (voir l'article Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?) Encore deux choses qui n'ont pas vraiment de rapport, à gerber toutes les deux par contre.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;9 décembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le régime de Bachar Al-Assad n'est pas tombé depuis vingt-quatre heures que déjà Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège et Suède s'empressent de suspendre les demandes d'asile des exilé.es syrien.nes. Remarquable mélange d'illusionnisme bureaucratique et d'opportunisme raciste : en un tour de main la chute d'une dynastie sanguinaire devient un prétexte pour expulser des gens.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 décembre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin de l'année et c'est l'heure des bilans. Il semble quen 2024 le nombre de traversées en Méditerranée ait baissé de presque 60% par rapport à 2023. On n'aime pas trop les chiffres par ici, mais pour une fois nous avons envie de jouer le jeu. Parce qu'on parle de 70mille personnes arrivées par la mer en une année, sur un continent qui compte presque 450 millions d'habitant.e.s. La proportion est donc de 0,015% en 2024, 0,03% en 2023. Ya plus d'alcool dans une bière sans alcool. Peut-être que ça peut faire réfléchir celleux qui parlent d'invasion, de grand remplacement, de submersion, et qui ont fait de l'immigration un sujet électoral plus urgent que le réchauffement climatique ou les mort.e.s au travail (par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;19 janvier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Turin, Osama Najim dit « Almasri », dirigeant de la police judiciaire libyenne, était de passage avec ses potes pour voir un match de foot. Peinard le gars, sur qui pèsent des accusations d'abus, violences et tortures, perpétrées dans le centre de rétention pour migrant.es de Tripoli dont il est le directeur. La police italienne l'arrête le dimanche soir suite à un signalement de l'Interpol, mais trois jours plus tard il est relâché par intercession du Ministre de la Justice en personne, qui lui paye un vol pour Tripoli. Peinard le gars.
Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-côtes libyens, pour qu'ils capturent les migrant.es dans les eaux territoriales libyenne et les enferment de manière arbitraire dans des prisons absolument terrifiantes. (A lire : Out of Libya, rapport de Médecins Sans Frontières, mais aussi notre article La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte.)&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;23 janvier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'Intérieur Retailleau diffuse une circulaire ministérielle qui durcit les normes pour la régularisation des travailleur.euses étrangères. Elle prévoit notamment d'apporter la preuve d'une présence dau moins sept ans en France, contre cinq ou trois auparavant, et de fournir une preuve avancée de maîtrise du français (un diplôme ou bien une certification linguistique), là où la précédente circulaire Valls demandait simplement une maîtrise orale. Enfin, en cas de refus de la demande de régularisation, la préfecture devra « systématiquement » délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à la personne concernée.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;6 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Lybie, 93 cadavres de migrant.es retrouvés dans deux fosses communes dans les régions de Jikharra et Kufra. En mars 2024, une autre fosse commune avait été découverte, contenant au moins 65 corps.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;12 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux USA,120 mots sont bannis par l'administration Trump du lexique de la recherche scientifique. Sur la liste on trouve Activisme, Défenseur, Équité, Égalité, Inclusion, Femme, Minorité, Réchauffement Climatique, Trauma. Plus localement, dans la région PACA, l'actuel président a annoncé que toute subvention sera refusée aux associations utilisant la langue inclusive. Nous allons essayer d'utiliser tous ces mots et la langue inclusive à fond, dans ce numéro et partout, tant que c'est encore possible. Et à rester woke aussi, n'en déplaise aux croûtons réactionnaires de tous les âges et bords politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;13 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;LÉtat français est condamné par la cour administrative de Bordeaux à payer plus de 800mille euros de dédommagement à la Communauté dagglomération Pays Basque, pour le financement du centre Pausa de Bayonne, qui, depuis 2019, accueille les primo-arrivant.es de la frontière franco-espagnole. La cour a rappelé que l'hébergement d'urgence est une responsabilité dÉtat et tout le blabla. Le précédent semble donner des idées aux assos briançonnaises en galère de thune. Les ravago-anarco-toto-no-border que nous sommes restent (comme souvent) dubitatives. Nous considérons que, malgré toutes ses limites, un Refuge Solidaire autonome fera toujours moins pire que les mercenaires d'un État fasciste, sans oublier que c'est grâce à l'existence de ce Refuge tâtonnant et cradingue que Briançon, avec ces centaines de bénévoles et activistes qui débarquent tous les ans des quatre coins du monde, est aujourd'hui un creuset de luttes, de rencontres et d'inventions antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;20 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec le soutien du gouvernement, le Sénat adopte une proposition de loi visant à interdire le mariage entre français.es et étrang.ères en situation irrégulière. Il y a peu de chance que le Conseil constitutionnel laisse passer cette aberration, la liberté du mariage étant inscrite dans la Déclaration des Droits de lHomme. Mais les racistes au pouvoir sont joueurs aha! En tout cas avec l'argent et la peau des autres - ça oui.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;26 février&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À l'issue d'un comité interministériel autour de l'immigration, Bayrou annonce la généralisation du recours à la « Force Frontière » dans l'ensemble de l'Hexagone. Il s'agit de la fameuse Border Force, annoncée mais jamais vraiment expérimentée l'été 2023, dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Ce dispositif regroupe la gendarmerie, la police, les douanes, l'armée et tutti quanti. Pourtant, dans notre souvenir, l'été 2023 a été celui d'un sensationnel record d'arrivées. Alors pourquoi pas ! Il suffit, encore une fois, d'oublier les tonnes d'argent publique jetées par la fenêtre.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;18 mars&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Benyamin Nétanyahou décide de bombarder Gaza et de rompre le cessez-le-feu du 15 janvier 2025. L'attaque fait au moins 413 morts selon le ministère de la santé palestinien. Pendant que le génocide suit son cours, en France le collectif Urgence Palestine risque la dissolution. Monde colonial de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Mi-avril&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Briançon, la crise de financement qui bouscule le monde associatif touche de plein fouet le Refuge Solidaire. L'asso se trouve à devoir licencier la plupart de ses salarié.es. Le milieu militant briançonnais plus compact que jamais se serre les coudes pour éviter une fermeture qui risquerait d'être définitive.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;25 avril&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aboubakar Cissé est poignardé à mort dans la mosquée Khadidja près d'Ales, dans le Gard. Le meurtrier aurait crié « Ton Allah de merde ». Mais y en a toujours qui refusent d'utiliser le mot islamophobie, genre « nos » ministres (Valls, Berger, Retailleau et tous les autres). Remonde de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;13 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Àprès avoir été reçu Place Beauveau par le ministre Retailleau, le maire de Briançon Arnaud Murgia se félicite sur les réseaux sociaux d'avoir obtenu « une compagnie de CRS en renfort à la frontière ». Décidément, l'État ne regarde pas à la dépense quand il s'agit d'alimenter la propagande de la répression. Et en plus, à la différence de la Border Force, les CRS sont tout de suite bien présents à Montgenèvre, avec leurs sales tronches et leurs manières d'hooligans.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;15 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ça y est, le rouleau compresseur des Jeux Olympiques dhiver 2030 est lancée. Le contrat hôte a été signé par le Comité International Olympique (CIO) et les régions AURA et PACA, tandis que la loi « dexception » des Jeux Olympiques sera inspectée au Sénat en juin. Elle prévoit dans ses articles 34 et 35 de passer à un niveau supérieur de flicage et de militarisation de notre ville de frontière, avec des nouvelles caméras dopées à l'Intelligence Artificielle et des « interdictions de paraître pour les personnes constituant une menace pour la sécurité publique ».&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;17 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À Milan, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment, devait se tenir le premier sommet continental sur la « remigration », le projet de déportation massive de toutes les personnes racisées en dehors des frontières du continent européen. Le but avéré de la réunion était de trouver des moyens concrets pour « mettre en œuvre ce projet dans les systèmes politiques occidentaux » et « diffuser lidée dans le débat public ». Mille antifascistes défilent dans les rues de la ville. L'hôtel qui aurait dû héberger la bande de fachos annule la réservation. L'événement n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les autorités britanniques ont détecté 1194 arrivées de migrant.es ayant traversé la Manche pour cette seule journée. C'est un record. Nous aimerions souhaiter bon vent et bon courage à nos ami.es qui traversent une mer de plus en quête d'un avenir meilleur. Pendant ce temps, le premier ministre Keir Starmer promet de réduire significativement l'immigration régulière et irrégulière dans son pays.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;31 mai bis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le Var, un habitant de nationalité tunisienne est tué par balle par son voisin qui venait de publier sur les réseaux sociaux des vidéos à caractère raciste. Le parquet anti-terroriste est saisi, on parle bien de meurtre raciste. Par contre le mot islamophobie reste imprononçable. Re-re-re-monde de merde.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Début juin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;3 nouveaux Algecos sont apparus au côté de la PAF de Montgenèvre. Si hier, « seulement » 20 personnes pouvaient se retrouver enfermées pendant 24 heures maximum dans un seul Algeco (qui a tout récemment été équipé de toilettes, grandiose !), les chiffres pourront monter jusqu'à une centaine de personnes dorénavant. Des filets toujours plus grands pour la pratique du refoulement, que les flics et leurs tuteurs adorent tant.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;18-19 juin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;« Ne venez pas en France, nous naccepterons rien, cest la tolérance zéro » : c'est par ces mots que Retailleau annonce deux jours de rafles de « clandestins »  partout sur le territoire français. 4000 agents et soldats sont mobilisés. La date du 18 juin était associée jusque-là à l'appel lancé par De Gaulle en 1944 contre le pétainisme et le Nazi-Fascisme. Il le sera maintenant au rétablissement officiel des rafles racsites en France, par les nouveaux fascistes au pouvoir. &lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;2 juillet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Assemblée Nationale adopte une nouvelle loi sur les CRA. Elle augmente la durée de rétention de 90 à 210 jours, permet le port du bracelet électronique pendant 6 mois à la sortie du CRA, autorise l'enfermement en CRA des personnes demandeuses d'asile. C'est pas pour se répéter, mais tout va mal, y a pas à chier.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>« C'est qui le blédard ? »</title><link href="/c-est-qui-le-bledard.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/c-est-qui-le-bledard.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de racisme ordinaire à l'école et au travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour cet article on a voulu revenir à une des envies de départ de Ravages, celle de donner la parole à des personnes impactées directement par les questions de frontières et de papiers. Parce que nous ne sommes qu'une petite bande de blanc.hes dans cette revue et nous pensons qu'il faut parler de racisme partout et notamment entre nous, mais que pour ça il faut aussi parfois se taire et écouter.&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Alors on a pensé à interviewer notre jeune ami Junior, qui est arrivé en France il y a deux ans en passant la frontière à Montgenèvre. Il a réussi à se faire reconnaître mineur, ce qui est refusé à 70% des jeunes qui le demandent en France (source Médecins du Monde) et il a été pris en charge par les structures de la protection à l'enfance qui ont décidé de l'envoyer à Nantes. Il s'est vu alors attribuer une place en foyer, l'accompagnement par une association, l'accès à des formations pour des métiers peu qualifiés. Mais même avec ça, tout n'est pas rose !&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Aujourd'hui Junior nous parle du racisme qu'il rencontre partout depuis qu'il vit en France : au travail, à l'école, dans la rue. En salle de classe, à la cantine, dans la cours de récré. Il nous expose ses réflexions, son cheminement, ses petits et grands combats, ses techniques d'auto-défense. Il a même un conseil à donner aux jeunes qui arrivent en France en passant par Briançon mais ça vaut pour tous les autres aussi.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Est ce que tu peux te présenter ? Ce que tas envie de dire sur toi , qui tu es…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Junior :&lt;/strong&gt;Je me nomme Yao Kouassi Junior. Je suis arrivé en France en 2023. Je suis rentré de lItalie en France en 2023 par Briançon. Jai été accueilli par des amis. Jai fait plus de 3 mois avec eux, ils étaient sympas avec moi. Jattendais mes documents administratifs qui devaient arriver de la Côte dIvoire. Après cette attente mes papiers sont arrivés et je suis parti sur Nice pour aller faire ma demande de minorité. Ma demande a été accepté et jai été transféré à Nantes par le juge. Mais quand je suis arrivé à Nantes cétait pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Pourquoi c'était pas facile?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Parce que je venais darriver, je connaissais pas la ville, cétait pas facile. Jai rencontré des racistes dans ma vie quotidienne. A lécole comme en ville. Les gens me jugeaient pour ma couleur et pour mon accent. Ils me disaient « le blédard », ils se moquaient de moi, quand ils me voyaient ils se mettaient ensemble à rigoler. A lécole, dans la ville, dans les transports en commun, les personnes âgées comme les jeunes. Y'a des gens qui veulent pas m'approcher parce que je suis noir. Souvent cest triste, mais on essaie de faire avec.
Mais jétais étonné de croiser des gens qui nous détestait autant sans nous connaître. Moi on m'avait dit que les gens sont racistes à Nice [où Junior a passé son entretien pour la reconnaissance de minorité]. Mais comme Nantes c'est une grande ville, je me suis dit que les gens sont intelligents, que y'a beaucoup de blacks, donc je ne vois pas pourquoi je serais jugé pour ma peau. Mais c'était une erreur. Quand je suis arrivé au centre de formation, cétait pas la même chose. Tes le seul black et tous les regards sont sur toi. Ils te le disent pas en face. Ils se mettent ensemble, ils commencent à te critiquer, et quand tu tapproches deux ça sarrête. Ils parlent plus mais une fois que tu tournes le dos ça reprend. Cest frustrant.
Après moi jai expliqué à mon association [lassociation prestataire de l'Aide Sociale à l'Enfance du département où il habite] les moqueries et tout ça et je leur ai dit que jarrivais pas à bien travailler à lécole. Parce que à chaque fois quon nous pose des questions, jai peur de prendre la parole. Et lassociation ma dit que cétait comme ça, que jallais croiser les bonnes personnes et les mauvaises personnes et il fallait que je mhabitue.
A l'école, quand je suis arrivé, j'étais en retard , y'avait des choses que je devais rattraper. Avec le professeur ça allait, mais c'est toujours les élèves. Mais c'est pas des élèves dans la même classe, ce sont des élèves qui sont dans la cour, par exemple à 10h, quand on sort juste pour un quart d'heure, c'est là que tout commence. On va manger à la cantine, y'a trop de regard, donc ça fait que moi je vais plus manger à la cantine. J'ai passé plus de 6 mois sans manger là-bas. J'ai mangé là-bas deux fois et on me facturait quand même. Je disais que c'était les plats qui m'allaient pas, mais c'était le comportement des élèves qui faisait que j'y allais pas. Les dirigeants ils n'ont pas de problèmes avec moi, c'est toujours les élèves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; T'as déjà répondu à une attaque raciste à l'école?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui j'ai déjà répondu. A l'école j'ai injurié une fille, parce que elle avait dit que j'avais une tête de violeur. Alors moi je lui ai dit carrément que j'allais violer sa maman puis elle-même. Elle s'est mise à pleurer. Moi je n'ai pas voulu dire ça, mais c'était pour lui faire peur. Après tout ça, jai cherché une alternance pour quitter cette école. Maintenant je fais une formation dans laide aux personnes âgées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et là, avec les personnes âgées, ya eu des problèmes de racisme?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Une fois je suis allée chez un monsieur. La première fois jy suis allé avec un collègue qui est blanc, un français. Quand je suis arrivé là-bas, le monsieur a dit « Mais cest qui lui là ? ». Mon collègue a dit « Cest Junior, cest un jeune en stage ». Et là le regard du monsieur a changé, jai su quil était pas content. Un jour je suis revenu seul, le monsieur il ma fatigué. Il me disait «  Prend ça » « Apporte-moi ça ». A la fin jétais épuisé et je lui ai dit « Je peux pas faire tout, je suis pas un robot monsieur. Je viens pour prendre soin de vous, c'est pas pour vous faire du mal ». Donc rapidement j'ai appelé mon entreprise et j'ai dit « Je vais plus aller chez lui ». La patronne m'a demandé pourquoi. Je lui ai expliqué, j'ai dit que quand je suis arrivé, directement le monsieur m'a dit d'aller laver mes mains, comme si mes mains étaient sales, alors que quand j'étais là-bas la première fois avec le blanc, il ne lui a jamais dit de laver les mains. La patronne a compris et je suis plus allé là-bas. A part lui ça va, les autres je m'entend bien. Y'a même d'autres personnes qui me donnent des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et toi, avec toute cette expérience, si tu devais dire ce que c'était le racisme tu dirais que c'est quoi?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Le racisme moi je dis que c'est les gens qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, parce qu'on peut pas juger quelqu'un quand on le connaît pas. On peut pas juger une personne parce qu'elle n'a pas le même accent que toi. Donc c'est les personnes qui sont bêtes, qui ne réfléchissent pas, qui ne sont jamais sorties de leur ville ou leur pays, ce sont des racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et est-ce que tu penses que y'en aura toujours du racisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Si si y'en aura toujours. Parce que y'a toujours des gens qui sont bêtes. Par exemple cette dame que j'ai eu à l'école. Quand elle parlait, ça se voyait qu'elle était raciste. Une fois je suis venu en retard. Tout de suite j'ai vu que sa réaction, quand les autres viennent en retard, c'est pas la même réaction que quand moi je viens en retard. Je lui ai dit « Madame si vous pensez que si on est pas de la même couleur que vous, vous ne pouvez pas nous former, dites-moi et je viendrais plus ici ». Elle m'a dit « Non Junior c'est pas ça, moi je fais tout pour être là et puis toi, tu es en retard ». Je lui ai dis « Madame moi c'est la première fois que je suis en retard , y'en a qui arrivent toujours en retard et vous rigolez, tout le monde rigole ici mais pourquoi quand c'est mon tour vous changez de visage ? ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Elle t'a dit quoi?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Elle a rien dit, elle a dit qu'il faut pas que je le prenne mal. Elle a vu que j'étais fâché, parce que moi je rigole pas. Quand tu es raciste je te montre que tu es bête. Après elle m'a appelé quand le cours était fini, elle m'a dit « Non Junior, faut pas le prendre comme ça. Je t'aime bien, je vois que tu es intégré, c'est bien ». Je lui ai dit « Non mais madame, je suis toujours à l'heure, ce jour-là c'était à cause des transports, donc faudrait que vous me compreniez ». Après ça, ça va mieux. Mais comme elle est devenue formatrice elle est obligée de dire qu'elle est pas raciste, mais on sent qu'elle l'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Toi tu trouves que ça se sent chez les gens?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Y'a des gens ça se sent, mais y'a des gens tu sens que c'est l'amour vrai. Parce que moi si quelqu'un me dit « Tous les français sont racistes », je vais dire que c'est faux parce que avec vous j'ai appris que tout le monde n'est pas raciste. Mais par contre il y en a. Et il y en a trop trop trop trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et comment tu penses qu'on pourra arrêter d'être raciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; D'abord on doit pas les écouter, on doit répondre avec des actes concrets. On doit leur prouver que nous on vaut mieux que eux. Par exemple aujourd'hui si tu vas dans les hôpitaux et dans les restos, il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent. Donc on doit leur montrer qu'on est pas venu en France pour faire autre chose que travailler et s'intégrer et faire comme tout le monde. C'est à nous de le prouver. Parce que quand on fait le racisme sur toi, on te dit que tu peux pas y arriver, parce qu'on te dit ça, que toi t'es noir, que tu peux pas le faire et on se moque de toi, donc tu dois montrer que malgré ta couleur tu peux faire comme les autres. C'est comme quand tu as des enfants, qui te comprennent pas, tu dois faire un effort pour les éduquer, que tes enfants puissent comprendre. C'est à nous de les éduquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Toi tu penses que tu vas toujours subir du racisme dans ta vie, en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. :&lt;/strong&gt; Oui. Mais je sais que je veux m'intégrer, peu importe ce que les gens vont dire. Moi je m'en fous en fait. Mes réactions face aux personnes ce ne sont plus les mêmes. En 2023 je répondait du tac au tac, mais maintenant je réfléchis une fois deux fois trois fois avant de répondre. Je veux plus répondre. Plus tu réponds, plus ça devient grave. Mais si tu vis ta vie comme si tu n'entendais pas, tu vis mieux. C'est ça que je voudrais dire aux noirs qui subissent du racisme, de ne pas écouter, de faire comme s'ils les voyaient pas, de se concentrer sur leurs objectifs. A quelqu'un qui te critique, tu lui répond pas, parce que quand tu réponds, ça lui donne de la force. Si tu réponds à chaque fois tu seras fatigué.
Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France, que Briançon c'est juste une petite ville où les gens sont tellement sympas, mais quand ils vont arriver en ville, il faut qu'ils se préparent mentalement, parce qu'ils vont subir des choses, ils vont trouver les bonnes personnes comme les mauvaises. J'ai un mot à leur dire, c'est de ne pas juger trop vite parce que c'est en jugeant que tu deviens raciste.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Un café éthique et woke au Refuge !</title><link href="/cafe-ethique.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/cafe-ethique.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Du coup une chicorée plutôt&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Du coup une chicorée plutôt&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le moment où nous avons eu lidée de cet article et le moment où nous le publions, tellement de choses ont changé au Refuge Solidaire (voir Édito et Brèves) quon sest demandé si cétait toujours pertinent de le publier. Et puis on sest dit que oui, premièrement parce que ça nous faisait plaisir décrire un article sur une initiative du Refuge qui a éveillé notre enthousiasme. Deuxièmement parce que nous espérons que, après le tremblement de terre de ce printemps, ce lieu retrouve et garde son équilibre pour très longtemps au moins jusquà la prochaine crise et que les cafés éthiques reprennent à lautomne prochain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre 2024, des Cafés Éthiques ont été mis en place au sein du Refuge Solidaire à Briançon. Ça se passe tous les premiers mercredis du mois et ça consiste en un temps de discussion et réflexion ouvert à tout le monde, où lon aborde toute sorte de questions qui ont à voir avec léthique de laccueil. Vous voyez toutes ces choses dont on se dit toujours : Oh ! il y aurait tellement de choses à dire là-dessus !, et : Ah si seulement on avait le temps pour discuter de cela ! Eh bien ! les associations Refuge Solidaire, Terrasses Solidaires (qui gère le bâtiment du Refuge) et Médecins du Monde, plus toute une multitude dactivistes et bénévoles qui fréquentent ce lieu ont décidé de prendre le temps quil faut, de sasseoir et discuter, en buvant une boisson coloniale ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limpulsion a été donnée en partie par la fermeture de fin août 2023, qui a mis en lumière de violentes scissions entre bon nombre dacteurxices de « laccueil » sur le terrain. Au moment de la réouverture deux mois plus tard, Terrasses Solidaires a décidé de demander de laide à lassociation Pépites and Co, un cabinet de consultant.es qui accompagne la transformation des organisations et des acteur.ices associatives, publiques et de lÉconomie Sociale et Solidaire. Le cabinet leur a conseillé de ré-écrire leur projet associatif et de redéfinir leurs statuts. Sest imposé alors la nécessité dune commission éthique. Deux salariées, une de Médecin du Monde et lautre des Terrasses se sont emparées du projet : organiser des temps de discussion pour aboutir à lécriture de la nouvelle charte éthique du Refuge Solidaire. Une ami de Ravages était dans les parages et a été embarquée dans le projet. Et cest à partir de plusieurs conversations avec elle que cet article sest écrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand notre amie sest vue proposer de participer au projet, elle sest dit que cétait le moment parfait pour réaliser plusieurs objectifs qui semblaient utopiques quelques mois auparavant : créer du lien entre le milieu militant et le Refuge, participer à la politisation de ce lieu, redéfinir ce que signifie laccueil avec de nouveaux concepts très en vogue dans certains milieux woke (les rapports de pouvoir, les systèmes de domination et doppression, le complexe du sauveur blanc, etc.) Le projet a quelque chose denthousiasmant, en effet, pour un lieu comme le Refuge qui pratique une activité généralement exercée par des structures étatiques, soumises à des logiques plutôt imperméables à la critique militante, désignées en plus par des codes et acronymes obscurs et
peu ragoûtants tel que 115, CHRS, CADA, SAMA… Et cest bien en ça que le Refuge diffère ! Ni lÉtat ni aucune de ses succursales ne mettent un poil de radis dans cette structure, ce qui offre énormément plus de libertés sur les pratiques, les manières de faire, de penser et de communiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que, de manière un peu évidente, la façon dinterpréter l« accueil » au Refuge na jamais fait consensus. Deux visions antinomiques se sont longtemps opposées au sein de lassociation : une favorisant linclusion, dans une volonté détablir/rétablir une certaine équité entre accueillant.e.s et accueilli.e.s, majoritairement portée par les bénévoles, les activistes et une partie des salarié.e.s ; de lautre côté, une vision dun accueil contrôlé et maîtrisé, perçu comme nécessaire à la fonction refuge de montagne, portée par certain.e.s salarié.e.s et ancien.nes membres du CA 1. Cest donc la confrontation entre ces deux visions (et les mille et une nuances intermédiaires autour de laccueil) qui a posé le cadre des Cafés Éthiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui participe ? Un petit groupe variable de militantexs, salariéexs et bénévoles, gravitant autour du Refuge. Quelle est la proposition ? Un temps déchange informel et convivial chaque mois pour remettre en question les pratiques dune structure, en abordant notamment les situations de racisme et de sexisme, et réfléchir collectivement à des solutions. Lobjectif immédiat ? Atteindre un consensus éthique, cest-à-dire un avis compris par touxtes. Lobjectif ultime ? La co-construction dune charte éthique partagée par toutes les associations des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre, ce sont sept cafés qui ont eu lieu. Personne nest « formée » pour animer ce genre de temps. Cest donc avec une approche horizontale que sont abordés ces moments, en considérant quil ne sagit pas dun cours descendant mais bien de temps déchange, auxquels
assistent entre 20 et 30 personnes à chaque fois. Le premier café est venu poser des bases communes : les notions de privilèges, de discriminations, de préjugés, et les définitions des différents systèmes doppressions et de dominations, à travers notamment loutil de la roue des privilèges. Pour le deuxième temps, Médecins du Monde a financé la venue dune salariée du Planning Familial des Hautes-Alpes pour parler des stéréotypes de genre, comme continuum des violences sexistes et sexuelles, lors dun premier atelier de sensibilisation. Un deuxième a suivi sur la posture découte face à la réception de récits de violences sexistes et sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne va pas énumérer et expliciter ici tous les sujets et débats ayant eu lieu durant ces Cafés. Mais ce que nous pouvons retenir, cest que, grâce à cette initiative, le Refuge Solidaire sest enfin emparé du gros sujet auquel il fait face : cest quoi accueillir quelquunex dans un contexte de frontières ? Quelles sont les discriminations inhérentes à un hébergement durgence/structure daccueil et lesquelles relèvent du racisme ? Est-ce que laccueil de personnes en situation de précarité induit nécessairement des rapports de domination ? Plus généralement, est-ce-que laccueil au Refuge est intrinsèquement raciste ? Car oui, ce qui a pu diviser, et divise encore au Refuge, ce sont les enjeux de racisme. Pendant longtemps, le racisme a été un non-sujet au sein du Refuge. Bien évidemment, des remarques, des messes-basses, des invectives ont toujours su fuser à bon ou mauvais escient dans lenceinte ou en dehors. Mais cest pour la première fois que le sujet est posé sur la table, pour en discuter ensemble. Cest enfin la prise en compte que tout le monde ne débarque pas du même endroit et quil est nécessaire et impérieux de discuter de nos pratiques et de nos postures. Laccueil dun public précaire spécifique aux hébergements durgence, mais en plus racisé, racialisé (dans le sens où notre propre regard blanc produit ce racisme, sous couvert de simples préjugés raciaux) a toujours créé des tensions. Cest en partie un clash générationnel, entre les ancien.nes, qui ont longtemps eu du mal à parler de la race, et les jeunes militant.e.s et bénévoles, qui de leur côté, adoptent volontiers un discours antiraciste et évoquent les potentiels enjeux raciaux qui se jouent dans les lieux daccueil. Mais, au-delà des différentes générations, les visions et les façons de faire accueil sont aussi le reflet de positionnements politiques très polarisées dans le contexte briançonnais, entre no-border dun côté et humanitaires soi-disant apolitiques de lautre, légalistes et non-légalistes, partisan.es de la charité ou de lautogestion. Cest très binaire, et entre les deux se trouve toujours le spectre de la complexité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce spectre, ce sont les bénévoles du Refuge Solidaire, les salariéexs, les maraudeurses, toute une foule hétéroclite où personne na la prétention de cocher toutes les cases dune des polarités. Mais cest en cela que ces temps de discussion se sont imposés, avec la nécessité de confronter différentes visions, et douvrir certaines discussions de fond dans ce contexte durgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui au départ peut sembler abstrait et flou ces fameuses questions déthique devient extrêmement concret dans les locaux du Refuge. On commence par admettre quil existe des biais discriminants dans laccueil et on finit par se rendre compte que certaines attitudes peuvent mettre mal à laise les personnes qui viennent darriver, comme le fait de commencer une conversation par des questions intrusives en lui demandant par où elle est passée, doù elle vient, quest-ce quelle a subi. On en vient à discuter de laccès à certaines pièces du Refuge, notamment la cuisine ou
la réserve de nourriture, dont il faut connaître deux codes pour y avoir accès. Ou encore le vestiaire du bas, lui aussi doté dun verrou, ou la salle du « linge propre » et celle du « linge sale » dans lesquelles se trouvent les machines à laver, mais également les réserves de savon, rasoirs, couvertures et autres. Et le fait que les espaces de vie des bénévoles et ceux des personnes accueillies soient séparés. Et le comptage dans les chambres à 6 heures du matin, qui ne contribue par à améliorer la qualité du sommeil collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions montrent bien la difficulté de trouver léquilibre entre ce qui relève dune structure daccueil durgence, et toutes les problématiques liées spécifiquement à laccueil dun public racisé qui endure généralement un long voyage dexil. Et cest presque vertigineux de voir jusquoù le questionnement peut sétendre. Par exemple, en réalisant que le contexte daccueil réduit forcément les postures sociales aidant.e/aidé.e, en figeant par là-même lidentité des personnes accueillies à un «instant T» de leur vie, et en les liant inextricablement à leurs conditions de «personnes qui traversent les frontières». On peut aussi interroger le partage des espaces et vérifier sil ne produit pas une une sorte de «ségrégation» des personnes accueillies dans un rôle totalement passif, puisque toutes les ressources matérielles, pourtant destinées aux personnes accueillies, ont un accès restreint, et ne sont accessibles que aux salarié.e.s et aux bénévoles. Est-ce-que cela ne représente pas, symboliquement au moins, des rapports de domination entre personnes avec les bons papiers et celles sans les bons papiers ? Et en même temps, ce côté structurant, «enfermant» même, dun lieu daccueil, ne peut-il pas avoir aussi un effet rassurant pour les personnes qui arrivent ? La possibilité de ne pas réfléchir à ce que lon doit cuisiner, de se laisser bercer par le rythme fixe des repas établi par lorga du lieu, peut aussi faire du bien après un parcours dexil déjà long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces différentes positions, des solutions concrètes, un peu bancales parfois, ont pu alors advenir. Si les gens nont pas accès aux cuisines, est-ce quil pourrait y avoir un peu de nourriture mise à disposition, permettant plus dautonomie pour les personnes accueillies ? Le comptage à 6 heures du matin est-il vraiment nécessaire ? Un des derniers cafés éthiques a porté autour des mots, et de leur importance. Comment nommer les personnes qui arrivent, celles qui bénévolent ? Devons-nous parler de migrations, de personnes en exil, en mouvement ? Devons-nous parler
dun contexte durgence, ou plutôt dun besoin dorganisation immédiate ? Comment créer une culture commune sur les mots utilisés, et décortiquer les termes stigmatisants, réducteurs, binaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cafés ont donc été lun des premiers débats collectifs, au sein dun milieu militant et activiste aux trajectoires très plurielles. On ne parlera évidemment pas là dune révolution, mais dune grande avancée sûrement, dans un lieu comme le Refuge qui a débuté dans une dynamique purement humanitaire et charitable. Lexercice de lautocritique ne peut amener quà une amélioration des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre amie, le Refuge est un lieu qui a évolué avec son temps, où certaines manières de faire sont devenues obsolètes, ou sont tolérées beaucoup plus difficilement. A tout cela, elle oppose quand même une grosse limite: comment inclut-on la parole des personnes concernées, cest-à-dire
les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, beaucoup de réponse à trouver, mais les énergies sont là et lenvie aussi. Ou au moins on lespère.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Que sest-il passé en 2024 à Montgenèvre ?</title><link href="/chronique-juridique-montgenevre.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/chronique-juridique-montgenevre.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Chronique juridique d'une année mouvementée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Chronique juridique d'une année mouvementée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le compte-rendu d'une petite épopée judiciaire, un bataille menée par plusieurs associations pendant près de neuf ans, pour essayer de faire appliquer une interprétation plus humaine de l'ensemble de codes et accords qui régissent les contrôles policiers à la frontière franco-italienne. Ce combat a donné comme résultat une victoire incroyable - mais qui naura duré que sept mois seulement. Il aura suffi au ministre de l'intérieur de service (nous n'avons même pas envie de le nommer ici) d'adresser une circulaire aux chefs de la police, pour rétablir à l'identique le mode opératoire précédent et effacer d'un coup d'éponge tous ces efforts et tous ces espoirs.&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;De quoi s'interroger, encore une fois, sur la notion de droit et sur le pouvoir d'incidence de nos combats.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 février 2024 : huit personnes soudanaises sont libérées du poste-frontière de Montgenèvre, situé à la frontière avec lItalie, proche de Briançon (Hautes-Alpes). En mains, elles détiennent un procès-verbal de fin de retenue administrative reçu par la police aux frontières (PAF). Elles sont autorisées à se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile en préfecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soudain changement de pratiques est directement lié à lordonnance du Conseil dÉtat produite six jours plus tôt : le 2 février 2024, par un arrêt inédit dit « arrêt ADDE e.a», le juge administratif suprême a clarifié le régime applicable aux étranger.s extra-européen.es interpellé·es aux frontières intérieures. Ce faisant, le Conseil dÉtat a recadré les pratiques de ladministration ayant cours depuis le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures en 2015, consistant à délivrer des “refus dentrée” aux personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne.
Cet arrêt du Conseil dÉtat est le fruit dun long processus contentieux porté par plusieurs associations nationales et locales, que nous détaillerons brièvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2015, la France a utilisé une disposition dérogatoire au code Frontière Schengen en vue de sécuriser la tenue de la COP21 à Paris, puis en raison de létat durgence proclamé après les attentats en novembre : le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, avec une série de points de passages autorisés (PPA), qui sont les seuls lieux où les contrôles didentité et des conditions dentrée sur le territoire peuvent être mis en œuvre par les autorités 7/7 et 24/24. Ce rétablissement a été prolongé tous les six mois par notification à la Commission européenne. La frontière franco-italienne comporte 31 PPA au total dont dix dans les Alpes-Maritimes, quatre en Savoie, un dans les Alpes de Haute-Provence, et trois dans les Hautes-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas dun rétablissement des contrôles à leurs frontières intérieures, lancien Code Frontière Schengen précisait que les États pouvaient appliquer les « dispositions pertinentes » du régime en vigueur aux frontières extérieures. Les autorités françaises ont appliqué cette disposition en optant pour la notification de refus dentrée aux personnes interpellées aux PPA. Habituellement appliquée aux frontières extérieures de lUnion européenne, par exemple en zone dattente dans les aéroports internationaux, la procédure de refus dentrée sinscrit dans le régime de la non-admission, conçue pour empêcher les personnes non autorisées daccéder au territoire national et les refouler vers lÉtat dont elles proviennent. La procédure de refus dentrée a ainsi remplacé les procédures de réadmissions simplifiées prévues par laccord de Chambéry dès 2015 dans les Alpes-Maritimes, avant de sétendre à lensemble de la frontière franco-italienne (Anafé, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes à qui étaient délivrées un refus dentrée aux PPA nétaient pas considérées être entrées sur le territoire. Or, dans la zone frontière du Briançonnais, les contrôles se sont largement étendus, à partir de 2016, au-delà des PPA du col de Montgenèvre et du col de l'Échelle, jusquà la Vallée de la Clarée, au-dessus de la station de Montgenèvre, et également dans la vallée de Cervières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin dencadrer cette pratique, la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 (dite "pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie") a légalisé dans le droit français la possibilité de délivrer des refus dentrée aux PPA dune part, mais également dans une bande de 10 kilomètres en deçà de la frontière (article L. 213-3-1 du CESEDA - ancienne version de lactuel article L. 332-3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix, par les autorités françaises, davoir recours au régime de la (non)admission à la frontière franco-italienne peut sexpliquer par la facilité de sa mise en œuvre: bien moins contraignante, la procédure des refus dentrée permet à la France de se dispenser de mettre en place une mesure déloignement une OQTF ou une réadmission simplifiée, nécessitant laccord de lItalie et donc les exigences de la directive « Retour », en matière de respect des droits et procédures. Les conséquences sont ainsi considérables pour les droits des personnes exilées interpellées à la frontière franco-italienne, notamment en matière de recours administratif, de rétention, de laccès au soutien des associations, et du droit dasile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les associations ont interpellé à plusieurs reprises le gouvernement sur lillégalité de la non-application de la directive “Retour” aux frontières intérieures, sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la Cour de justice de lUnion européenne (CJUE) avait pris position dans une décision du 19 mars 2019  - larrêt « Arib » - concernant une annulation dun placement en rétention dun ressortissant marocain suite à son interpellation à la frontière franco-espagnole. Elle avait jugé quun État membre de lUE qui a rétabli des contrôles à ses frontières intérieures doit appliquer la directive « Retour » à une personne interpellée en situation irrégulière « à proximité immédiate » dune de ces frontières, considérant que cette personne se trouve déjà sur le territoire national. En conséquence, le Conseil dÉtat avait jugé, le 27 novembre 2020, que les dispositions de la directive « Retour » sont effectivement applicables lorsquune personne est contrôlée dans la zone des 10 kilomètres après la frontière. Par cette décision, le Conseil dÉtat a ainsi annulé larticle L. 213-3-1 du CESEDA (ancienne version de lactuel article L. 332-3) qui permettait de notifier des refus dentrée aux frontières intérieures terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette décision na provoqué aucune modification des pratiques de lÉtat : le ministère de lIntérieur a soutenu que des refus dentrée pouvaient encore être opposés aux personnes contrôlées sur les PPA des frontières terrestres, et ce au prétexte que larrêt « Arib » navait « pas pris formellement position sur le droit applicable » dans ce cas. En effet, larrêt « Arib » concernait « une personne interpellée à proximité immédiate » et non à la frontière (ADDE et a., 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une requête en date du 1er mars 2021, des associations ont pointé lillégalité de larticle L. 332-3 du CESEDA au regard du droit européen, qui étendait lapplication du régime des refus dentrée aux contrôles effectués aux frontières intérieures de lespace Schengen, et demandait son annulation. Elles demandaient par ailleurs au Conseil dÉtat de se tourner vers la CJUE pour éclaircir ce point sous la forme dune question préjudicielle, ce quil a fait le 24 février 2022. Les associations requérantes ont déposé des observations à lintention de la Cour, fournissant entre autres un grand nombre de refus dentrée comportant des secteurs dinterpellations éloignés de la « ligne » frontalière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une décision inédite, la CJUE a jugé, dans un arrêt du 21 septembre 2023, que lorsquun État membre réintroduit des contrôles à ses frontières intérieures il ne peut notifier une décision de refus dentrée à une personne qui se présente à un PPA, confirmant comme larrêt « Arib », quune personne ressortissante dun pays tiers interpellé à un PPA situé sur le territoire dun État membre et ne remplissant pas les conditions pour y séjourner est en séjour irrégulier au sens de la directive « Retour ». Larrêt du 2 février 2024 du Conseil dÉtat est la transposition en droit français de la jurisprudence de la CJUE : en cas de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, des refus dentrée peuvent être prononcés, mais doivent être accompagnés dune mesure déloignement ou dune procédure de remise aux autorités du pays limitrophes dans le cadre dune convention bilatérale (à la frontière franco-italienne, les accord de Chambéry). Enfin, le Conseil dÉtat précise le cadre applicable à la privation de liberté dans lattente de lexécution dune décision de réadmission. Celle-ci peut se traduire par une « mesure de vérification de droit au séjour », procédure durant laquelle la personne interpellée a le droit de bénéficier dun·e interprète, dêtre assistée dun avocat, dêtre examinée par un·e médecien·ne, de prévenir une personne de son choix, sa famille, et/ou les autorités consulaires de son pays. Le placement en rétention (articles L740-1 à L744-17 du CESEDA) est également possible, si la personne ne présente pas de garanties de représentation effective. Enfin, larrêt souligne que si la personne interpellée souhaite former une demande dasile lors de son interpellation ou au cours de son placement en retenue pour vérification de droit au séjour, ce sont les dispositions du CESEDA qui sappliquent (livre V).
Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se sont fait ressentir dans la zone-frontière du Briançonnais. Alors que cela ne sétait produit que très rarement, des personnes interpellées à Montgenèvre, sont sorties libres du poste de la PAF, en possession dun procès-verbal de fin de vérification de droit au séjour, mentionnant quelles devaient se rendre à Marseille pour y déposer leur demande dasile. Dans le même temps, quelques personnes étaient renvoyées en Italie, sous la procédure de réadmission simplifiée Schengen. Durant les semaines puis les mois suivants, les observateur·ices des droits à la frontière ont été surpris.es et destabilisé.s tant le droit dasile tendait à être respecté à la PAF de Montgenèvre : la quasi-totalité des personnes interpellées, ou se présentant directement au poste, étaient placées en retenue administrative en cellule au sein du bâtiment de la PAF ou a minima en vérification didentité. Bénéficiant dun entretien individuel avec un·e agent·e de la PAF, dun·e interprète, les personnes pouvaient alors formuler une demande dasile, et ressortaient généralement au bout de quatre à cinq heures de retenue. Les Algecos ont cessé dêtre utilisés. Les personnes nentrant pas dans la catégorie demandeur·euses dasile étaient alors réadmises en Italie si leurs empreintes navaient pas été enregistrées précédemment par la PAF. Dans de rares cas, par exemple en cas de second passage, certaines personnes ont reçu des OQTF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Lexique : passeur</title><link href="/passeurs.html" rel="alternate"></link><published>2025-10-24T00:00:00+02:00</published><updated>2025-10-24T00:00:00+02:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2025-10-24:/passeurs.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeur.euses c'est nous (aussi)!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeur.euses c'est nous (aussi)!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là où nous écrivons et agissons, des passeurs on en voit pas. Nous sommes à Briançon, du « bon côté » de la frontière franco-italienne, celui vers lequel se dirigent, pour la plupart, les personnes exilées en transit dans le coin. Chez nous c'est la destination (transitoire le plus souvent), pas le point de départ : c'est normal que les passeurs ne soient pas trop visibles. La situation est très différente à Ventimiglia ou à Calais, mais aussi dans le département de Cuneo &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ou dans la vallée de Susa &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, à deux pas de chez nous.
Peu importe sa visibilité, la figure du passeur-contrebandier est intrinsèquement et historiquement liée au contrôle étatique sur les frontières et sur la mobilité des personnes et des biens. Sans oublier que pratiquement toutes les personnes qui traversent cette foutue frontière ici ont, à un moment ou à un autre de leur voyage, fait appel au moins une fois à cette figure légendaire ou malfamée.
Mais de quoi parle-t-on quand on parle de passeurs ? Qu'est-ce qui se cache derrière la diabolisation de cette figure ? Voici, une interprétation anti-étatique et anti-prohibitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pencher sur la question des passeur.euses c'est constater à quel point certaines fabulations sont dures à mourir, notamment quand les États ont tout intérêt à les entretenir. Nombre d'études et d'enquêtes, journalistiques, sociologiques ou anthropologiques, ont été menées depuis une bonne quinzaine d'année sur ce sujet et ont fait le jour sur quantité de mystifications. Pourtant celles-ci refont surface inlassablement dans la narration étatique autour de la question migratoire.
Pour commencer, il faut récuser le lien automatique, récurrent dans le discours policier, entre aide au passage des frontières et criminalité organisée. « Les organisations internationales de type mafieux semblent occuper une petite portion de [ce] secteur qui a grandi de manière exponentielle depuis la fermeture des frontières et qui reste largement contrôlé par des individus ou des petits groupes locaux. Évidemment, vu la nature illicite du marché, les données officielles sont peu fiables et n'expriment qu'une vision partielle du phénomène. Voilà pourquoi des études de qualité sont fondamentales : elles révèlent ce qu'il se passe dans les interstices des statistiques officielles »&lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Une autre vaste falsification concerne lœuvre de diabolisation réalisée et constamment entretenue par une grande partie de la presse, de la classe politique et des institutions policières des pays occidentaux. Les passeur.euses sont généralement représenté.es comme l'exemple même du criminel cruel.le, impitoyable, capable de toute sorte d'abus et de perversion. On les accuse de profiter de la misère et du désespoir de la population la plus faible et la plus indigente qui existe. Dans ce genre de représentations, les personnes en voyage sont présentées le plus souvent comme dépourvues de toute capacité de choix et de discernement, livrées impuissantes à la brutalité de ces criminels.
S'il est certain que des abus se produisent dans les transactions entre passeur.euses et passagèr.es, toutes les études menées sur le terrain soulignent l'importance absolue de la « bonne réputation » du passeur pour que ses affaires prospèrent &lt;sup id="fnref:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et quand on demande aux personnes exilées, il n'est pas rare que celles-ci expriment de la reconnaissance aux passeur.ses &lt;sup id="fnref:5"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:5"&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, malgré les sommes payées pour le voyage, qui paraissent exorbitantes aux yeux des personnes munies de passeports « forts ».
Nous tenons à le répéter afin d'éviter tout malentendu : nous sommes bien à connaissance de nombreux témoignages d'atrocités commises par des passeurs frauduleux et sans scrupules, mais nous considérons, au vu d'études sérieuses et documentées, que ces événements ne sont pas une généralité, et que ce n'est pas la nature de l'aide au passage qui les détermine, mais l'illégalité qui ouvre souvent au pire que l'imagination humaine puisse concevoir.
Les études que nous avons parcourues soulignent aussi la porosité entre les catégories de passeur.euses et passagèr.es, qui se trouvent très souvent dans la même situation de précarité administrative. Souvent les passeur.euses sont des voyageur.euses de l'exil qui, après des périodes de permanences forcée à une étape de leur itinéraire, décident de gagner quelques sous avec cette activité, des fois juste pour pouvoir se payer elleux-même la traversée &lt;sup id="fnref:6"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:6"&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Des personnes migrant.es coincées, donc : pas des gangsters sanguinaires avec des comptes bancaires à six chiffres. Et parfois on parle même de « bons passeurs », qui disent être animé.es par des raisons humanitaires et politiques &lt;sup id="fnref:7"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:7"&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Si iels ne sont pas elleux-même des sans papiers en exil, les passeur.euses sont souvent des habitant.es des régions frontalières pauvres (au Mexique, par exemple, ou sur les côtes atlantiques du Maroc et des pays ouest-africains). Là aussi on est très loin des représentations étatiques, confronté plutôt à une économie de survie qui lie des pauvres sédentaires à des pauvres on the move, pour répondre à un besoin généré par le contrôle policier des frontières &lt;sup id="fnref:8"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:8"&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et là aussi, les exemples sont nombreux de bons passeur.euses qui agissent consciencieusement, non sans une vision politique empreinte de compassion et de solidarité &lt;sup id="fnref:9"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:9"&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Un autre élément de confusion savamment entretenu par les autorités policières concerne la quasi synonymie qui brouille les notions de passeur (smuggler en anglais) et trafiquant (trafficker en anglais). La première définit le rôle de celui ou de celle qui facilite le passage d'une frontière, tandis que la deuxième a à voir avec la traite des êtres humains (séquestration, privation de passeport, menace, violences) et qui, tout en comprenant le franchissement d'une frontière, a pour but l'exploitation de la personne. Les deux définitions sont d'ailleurs nettement distincte dans le droit international et dans le code pénal français &lt;sup id="fnref:11"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:11"&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, mais sont aujourd'hui interchangeables dans le discours étatique à tel point que l'ancien OCRIEST (Office Central pour la Répression de lImmigration Irrégulière et de lEmploi dÉtrangers Sans Titre &lt;sup id="fnref:12"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:12"&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;) s'appelle OLTIM depuis 2022 : Office de Lutte contre le Trafic Illicite de Migrants.
Et tandis que les notions d'aide au passage et de trafic d'humains tendent à s'écraser l'une sur l'autre, à l'intérieur de la définition juridique d'aide au passage la question de la lucrativité tend progressivement à disparaître &lt;sup id="fnref:13"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:13"&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Dans un seul et unique amalgame, on mettra donc trafiquant.es et passeur.euses mais aussi les activistes solidaires. Voici comment, sous couvert de lutte contre la criminalité organisée, les polices européennes mettent en place un système de répression politique qui frappe aussi ONG, associations et toute sorte de collectifs ou individus en lutte contre les frontières &lt;sup id="fnref:14"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:14"&gt;14&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
Et comme souvent dans le cas des prohibitionnismes, l'interdit instaure les conditions du marché noir (envol des prix, organisation de réseaux clandestins), partout où l'on rend illégal l'assouvissement d'une nécessité irrépressible. L'intensité de la répression est proportionnelle aux efforts pour la contourner, dans un jeu de renvois qui rappelle à la fois la course-poursuite et le miroir déformant.
Dans le cas spécifique de la guerre étatique aux passeur.euses, le gigantesque effort produit par les autorités pour déformer le réel n'est comparable qu'à l'inefficacité de leur stratégie répressive. Le patron de l'OLTIM a beau faire étalage des résultats impressionnants de son service (4000 interpellations de « trafiquants d'humains » en 2024)&lt;sup id="fnref:15"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:15"&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, cette même année est celle où le plus d'exilé.es ont réussi à passer des côtes du Calaisis à celles du Royaume-Uni, le plus souvent en faisant appel à des passeur.euses.
Mais d'autres objectifs, plus subtils et néfastes, sont atteints par cette violente campagne de propagande et de mystification. Voilà diffusée une nouvelle représentation du phénomène migratoire qui est à la fois totalement déshumanisante pour les personnes en voyage, et diabolisante pour toutes les personnes qui, pour plein de raisons différentes, essayent de faciliter le passage des frontières. Fortes de cette nouvelle narration, les forces policières exigent et obtiennent de nouveaux outils voués à criminaliser et réprimer les réseaux solidaires &lt;sup id="fnref:16"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:16"&gt;16&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
En entretenant ce mythe de la lutte contre le trafic illégal d'humains, les États essaient de cacher leur propre responsabilité dans la création et l'entretien de la nécessité, pour certaines catégories de personnes, du recours aux passeurs comme seul moyen pour traverser les frontières. A l'instar de la lutte contre le terrorisme qui justifie un rétablissement abusif des contrôles aux frontières intérieures depuis presque 10 ans, la lutte aux « trafiquants d'humains » autorise un durcissement des peines répressives contre l'ensemble des facilitateur.ices de l'immigration. Au passage, cette stratégie rejette du cadre de la discussion toutes les pistes qui pourraient amener à une vraie réglementation des déplacements de populations. Quid des chemins d'immigration dit légaux ? Pouraiit-on parler par exemple des refus quasiment systématique des visa par les consulats français dans les pays d'émigration &lt;sup id="fnref:17"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:17"&gt;17&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ? Quid encore des « couloirs humanitaires » ou du dispositif de Protection Temporaire qui, créé en 2001, n'a servi qu'une seule fois, au bénéfice des rescapé.es de la guerre en Ukraine ? Aux antipodes de tous ces chemins possibles, notre continent a fait le choix délibéré de renforcer les moyens et la présence des forces de police à chaque coin de frontière, de réduire le droit d'asile et de compliquer l'accès à tous les titres de séjour, de sous-traiter la gestion des flux migratoires au pays limitrophes, d'autoriser des pushbacks de plus en plus violents &lt;sup id="fnref:18"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:18"&gt;18&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
La logique de la création du monstre (que ça soit le terroriste, le trafiquant d'humain ou le narcotrafiquant) réussit en général à faire d'une pierre deux coups : donner à une question complexe une réponse simple mais fausse : l'immigration c'est la faute aux passeur.euses et mettre à profit la peur générée, pour augmenter le degré de militarisation de la société et réduire les libertés individuelles. Quand aux raisons profondes du phénomène (que ça soit de l'immigration, du terrorisme ou du trafic de stupéfiants), elles sont préalablement écartées de la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;A lire aussi :
Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafisti, www.dal-mare-al-carcere.info&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;Lele Odiardo, Passeurs, clandestins à la frontière alpine ; Nunatak n.° 3 été/automne 2018&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Cecilia Vergnano, Why take such a risk? Beyond profit: motivations of border-crossing facilitators between France and Italy ; Social Anthropology/Anthropologie Sociale (2020), pp. 116&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Caterina Borelli, Meet the smugglers. Decolonising the mind, questioning the border ; Allegra Lab. Notre traduction.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:4"&gt;
&lt;p&gt;Vergnano&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:5"&gt;
&lt;p&gt;Anaïk Pian, Variations autour de la figure du passeur ; Plein droit n° 84, mars 2010 « Passeurs d'étrangers »&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:6"&gt;
&lt;p&gt;Luigi Achilli, The “Good” Smuggler: The Ethics and Morals of Human Smuggling among Syrians ; The annals of the American Academy of Political and Social Science, 21 février 2018&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:7"&gt;
&lt;p&gt;Achilli&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:8"&gt;
&lt;p&gt;Achilli. Cfr. aussi Gabriella Sanchez, Circuit Children: The experiences and perspectives of children engaged in migrant smuggling facilitation on the US-Mexico border ; Anti-trafficking review. Cfr. aussi Mahmoud Keshavarz and Shahram Khosravi, To see like a smuggler, pp. 1-18 ; Pluto Press 2022&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:9"&gt;
&lt;p&gt;Pian, Vergnano, Achilli, Sanchez, Keshavarz et Khosravi&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:9" title="Jump back to footnote 9 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:10"&gt;
&lt;p&gt;Plambech Sine, Playing the trafficking card, Blog 22 October 2016&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:10" title="Jump back to footnote 10 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:11"&gt;
&lt;p&gt;Borelli&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:11" title="Jump back to footnote 11 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:12"&gt;
&lt;p&gt;Organisme de la police nationale française qui se consacre à la lutte contre les réseaux (ou « filières ») favorisant limmigration irrégulière, lemploi détrangers dépourvus dautorisation de travail et/ou de séjour ainsi que la fraude documentaire qui en découle. Source Wikipédia&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:12" title="Jump back to footnote 12 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:13"&gt;
&lt;p&gt;Borelli. Cfr. aussi McGregor et Vergnano&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:13" title="Jump back to footnote 13 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:14"&gt;
&lt;p&gt;McGregor, Criminal charges against migrant rights defenders rising, NGO finds ; InfoMigrants 4 septembre 2024&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:14" title="Jump back to footnote 14 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:15"&gt;
&lt;p&gt;Infomigrants (Rédaction), France : plus de 4 000 passeurs ont été interpellés en 2024, 7 février 2025&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:15" title="Jump back to footnote 15 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:16"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. Observatoire des libertés associatives, « Au mépris des droits », Mathilde Rogel, 2024.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:16" title="Jump back to footnote 16 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:17"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. La Cimade, Visa refusé, Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas, juillet 2010.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:17" title="Jump back to footnote 17 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:18"&gt;
&lt;p&gt;Cfr. Refoulements violents à la frontière gréco-turque : récit d'une dérive européenne, Ravages n. 1, septembre 2023.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:18" title="Jump back to footnote 18 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Edito</title><link href="/edito_03.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/edito_03.html</id><summary type="html">&lt;h4&gt;Ravages n°03, été 2025&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Persistons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h4&gt;Ravages n°03, été 2025&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Persistons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La Méditerranée, cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
Daprès les estimations de lOrganisation mondiale pour les migrations, on a atteint ce chiffre ahurissant de 30mille personnes mortes ou disparues en Méditerranée depuis 2014. Ce chiffre, qui recouvre une multitude de vies brisées et de familles endeuillés ne tient pas compte de tous les naufrages qui ne sont pas documentés, ni de tout ce qui se passe sur la route Atlantique où, rien qu'en 2024, presque 10 000 personnes auraient disparu, selon l'ONG Caminando Fronteras. Le bilan est donc encore plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un énorme cimetière...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Pire que ça ! Au lendemain du naufrage de Pylos (Grèce) qui, le 14 juin 2023, a coûté la vie à plus de 600 personnes en raison de la non-assistance des États européens, la société civile na cessé de le répéter : la Méditerranée nest pas seulement un cimetière, mais une scène de crime ! Cela fait maintenant plus de 30 ans que lEurope sarroge un droit de laisser-mourir et même un permis de tuer à ses frontières maritimes, en adoptant une double stratégie. Dune part en militarisant ses frontières pour tenter dempêcher les personnes exilées darriver sur le sol européen, et dautre part en externalisant ses frontières, cest-à-dire en sous-traitant les interceptions à des acteurs non-européens.
Tout ça bien que lon sache que ces politiques ne fonctionnent pas : très coûteuse en vie humaines (et coûteuse pour le contribuable européen, avec des milliards deuros qui sont réalloués du social au sécuritaire), elles ne font que déplacer les routes migratoires, sans les arrêter, poussant les personnes exilées à emprunter des voies de plus en plus dangereuses. Cette dynamique est particulièrement visible en Méditerranée : Au fil des tentatives de fermeture des différentes routes (dabord avec laccord UE-Turquie en 2016, puis avec le soutien aux garde-côtes libyens à partir de 2017 et le renforcement des contrôles le long de la route tunisienne à partir de 2022), les routes se sont déplacées jusquen Atlantique, où on a pu constater une très forte augmentation des départs depuis 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; On dirait que les routes migratoires se modifient selon le principe des vases communicants : si ça bouche à un endroit, ça se remplit à un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; C'est un peu plus compliqué que ça. Il faut toujours se rappeler que les facteurs qui influencent les parcours migratoires sont multiples et complexes et que les personnes exilées ont leur propre agentivité, c'est-à-dire leur propre capacité à être maîtres de leurs existences. Bien sûr, leur mobilité est contrainte par ces politiques migratoires très violentes dont on a déjà parlé. Il ne sagit pas de minimiser cet aspect, mais de reconnaître que les personnes en mouvement, en continuant inlassablement de transgresser les frontières, obligent constamment les politiques et les pratiques frontalières à changer et à se repositionner. Idem avec les pratiques de solidarité qui ne cessent de sadapter aux nouvelles contraintes : tout est en mouvement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un tableau très complexe, et mouvant en plus, dans lequel il n'est pas simple de se situer et d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Oui, la Méditerranée est un vrai espace de lutte, avec plein de protagonistes et où tout bouge très vite. Cest un espace proprement politique, qui ne peut se réduire à une approche purement humanitaire. La meilleure approche pour moi est celle de l « autonomie des migrations » qui implique de reconnaître les personnes exilées comme étant les actrices de leur mobilité et non simplement comme des victimes. Cest également essentiel pour situer nos luttes et réfléchir à notre place en tant que soutien dans le combat pour la liberté de circulation de toutes et tous et tenter de se tenir à distance de la figure de la sauveuse / du sauveur blanc qui découle dun héritage colonial et dune tradition fortement ancré dans le monde de lhumanitaire..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Selon la presse &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, les débarquements sur les côtes de l'Italie du Sud ont drastiquement baissé l'année dernière (2024). Qu'est-ce que tu peux nous dire à cet égard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Regarder de plus près la situation en Méditerranée centrale fournit un bon exemple pour comprendre la frontière maritime comme espace de lutte. La Méditerranée centrale cest la route qui part de Tunisie et Libye (plus rarement dEgypte) en direction principalement de lItalie (ça fait maintenant plusieurs année que Malte fait tout pour éviter toute arrivée  sur lîle).
En 2024, on a effectivement enregistré moins darrivées que les années précédentes. 65 000 personnes sont arrivées en Italie par cette route, tandis que plus de 21 000 personnes ont été refoulées en Libye après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, soutenus et équipées par lUE. Des camarades de la société civile tunisienne estiment que plus de 60 000 autres personnes ont été interceptées et renvoyées en Tunisie, pays qui, à linstar de la Libye, est tristement connu pour les violences et les violations de droits commises à lencontre des personnes exilées quil sagisse de détention arbitraire, refoulements dans des zones désertiques, violences sexuelles…Cest ce quon peut appeler un « régime de refoulement par procuration » : dans le cadre de différents accords, les garde-côtes tunisiens et libyens reçoivent un soutien financier, logistique et matériel leur permettant daugmenter fortement leur présence en mer et deffectuer un nombre croissant d'interceptions, afin de ramener des personnes dans les pays quelles tentent désespérément de fuir. Ce quon constate depuis plusieurs années, cest que les autorités des États européens se sont progressivement déchargées de leurs responsabilités en termes de recherche et de sauvetage, se contentant dans la majorité des cas de surveiller la Méditerranée depuis les airs, et dalerter les garde-côtes libyens et tunisiens des départs, pour que les embarcations soient interceptées avant quelles ne puissent atteindre les eaux territoriales européennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; C'est ce que fait Frontex, dont le budget se chiffre en milliards et ne cesse d'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; En effet, cest notamment le rôle de Frontex de surveiller la mer à l'aide de drones et d'avions, dans le but de faciliter les refoulements. Mais il y a aussi des bateaux marchands qui régulièrement sont chargés par les États européens de refouler des personnes vers la Libye, la Tunisie ou lÉgypte. Cela en violation du droit international qui interdit formellement de renvoyer des personnes dans un lieu où elles risquent dêtre persécutées. Sur la ligne téléphonique dAlarm Phone, nous sommes régulièrement en contact avec des bateaux sur le point dêtre refoulés. Cest toujours une situation très compliquée. Les personnes disent souvent quun renvoi en Libye, par exemple, est pire que la mort…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Mais en mer il n'y a pas que les bateaux des personnes exilées et ceux des flics qui les pourchassent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Bien sûr, heureusement ! En Méditerranée centrale, il y a un autre type dacteur présent : les organisations civiles de sauvetage en mer. Il sagit dun ensemble dacteurs qui travaillent ensemble à dénoncer les politiques européennes de non-assistance et de sous-traitance, et qui se mobilisent pour combler les manquements des États en matière de recherche et de sauvetage. Il y a Alarm Phone qui reçoit les appels, trois avions civils chargés de repérer les embarcations en détresse, et plus dune vingtaine de bateaux qui peuvent soutenir les personnes en mer, soit en les embarquant, soit en accompagnant leur bateau jusquà destination. Ces acteurs se sont rassemblés sous lappellation provocatrice de « Civil MRCC »  ( Centre de coordination de sauvetage de la société civile), pour dénoncer et lutter contre les politiques de laisser mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et comme on le voit, ces acteurs sont de plus en plus criminalisés…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Exactement… Depuis plusieurs années, cette flotte civile est criminalisée par les gouvernements, accusée de créer un supposé « appel dair ». Ce qui dune part est faux et dautre part détourne complètement lattention des manquements des États européens en matière de recherche et sauvetage, et de leur responsabilité dans linstauration dun régime dapartheid des mobilités.
Tout est fait pour limiter laction des acteurs civils.On se souvient de la politique de fermeture des ports de lÉtat italien en 2019 et de lentrée en force du Sea Watch avec sa capitaine Carola Rackete dans le port de Lampedusa, après avoir attendu deux semaines en mer avec 42 survivant.es. Aujourdhui, lItalie post-fasciste de Meloni continue de sacharner, en multipliant les stratégies pour maintenir les bateaux dONG loin des zones opérationnelles, notamment en les empêchant de procéder à des secours multiples et en leur assignant des ports très éloignés pour le débarquement des personnes secourues.
Malgré ces attaques, les acteurs civils continuent à faire vivre la solidarité en Méditerranée. Comme pour les personnes exilées, lorsquune nouvelle frontière ou un obstacle sérige, nous nous adaptons, nous trouvons un moyen de le contourner pour continuer tant bien que mal à accompagner les personnes exilées dans leurs tentatives de traversée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Tu peux m'en dire plus sur Alarm phone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Alarm Phone, cest un réseau transnational dactivistes basé.es un peu partout autour de la Méditerranée, dont lactivité principale est de tenir une ligne téléphonique solidaire avec les personnes en détresse en mer.
Le réseau a été créé en 2014, un an après un naufrage qui a eu lieu en octobre 2013, et qui a coûté la vie à 268 personnes. Le bateau avait coulé après avoir essuyé les tirs dun navire libyen. Les garde-côtes responsables (maltais et italiens) avaient été alertés à plusieurs reprises, mais plutôt que de lancer les secours comme ils sont pourtant tenus de faire en vertu du droit maritime, ils se sont renvoyé la balle et ont laissé les personnes sans assistance, alors que le bateau sombrait. Cest là que plusieurs activistes se sont demandé si les choses auraient pu se passer autrement, si les personnes à bord du bateau avaient pu appeler une ligne indépendante, qui aurait pu dénoncer en direct la situation et exercer une pression immédiate sur les autorités. Le réseau Alarm Phone sest mis en place et, un an après, la ligne téléphonique solidaire recevait ses premiers appels.
En octobre dernier, on fêtait, les 10 ans du réseau et les 8000 bateaux qui nous ont appelés. Dans la rage et la colère. Face à la brutalisation ahurissante du régime des frontières. Face aux morts et au disparus que nous pleurons avec leurs proches. Mais aussi, bien sûr aussi, dans la joie. Dêtre ensemble. De lutter ensemble. De célébrer chaque « boza » (c'est le cri de joie de celles et ceux qui ont réussi à atteindre leur destination) et la force des personnes qui continuent chaque jour à se battre pour exercer leur liberté de mouvement. Aujourdhui le réseau compte près de 300 personnes, venu.e.s des quatre coins du monde. Notre horizon, cest légalité des droits et la liberté de mouvement pour toutes et tous, et que la Méditerranée puisse être un espace qui relie et non pas qui divise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Quelles sont les zones d'action d'Alarm Phone ? Comment ça marche concrètement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Sur la ligne dAlarm Phone, on reçoit des appels de pleins de régions différentes : la Méditerranée, lAtlantique, la Manche, la frontière entre la Turquie et la Grèce… Le but est de soutenir les personnes en détresse qui très souvent font face à de la non-assistance de la part des Etats ou d'autres types de violences (refoulements dans un pays où les personnes craignent pour leur vie, attaques de garde-côtes…). On alerte les autorités compétentes lorsque ce nest pas encore fait et on leur met la pression pour quelles aillent secourir les embarcations et débarquer les passager.ères dans un lieu sûr, comme le prévoit le droit international. On documente et on dénonce ces violations, et plus largement le régime des visas et les politiques meurtrières de contraintes des mobilités, qui chaque jour sont la cause de décès et disparitions.
Cest un grand réseau, et il y a plein déquipes différentes qui se partagent des tâches différentes : diffuser le numéro dAlarm Phone, créer du lien avec les communautés, sensibiliser (cest-à-dire informer les personnes sur les dangers liées à la traversée, en leur donnant des conseils pour se préparer au mieux), répondre aux appels de détresse, poster des alertes sur les réseaux sociaux, écrire des rapports…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Et toi, tu fais quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Au sein dAlarm phone, je tiens des permanences téléphoniques et participe à la rédaction de publications sur la région de la Méditerranée centrale. Je fais aussi partie de léquipe « recherche et suivi » pour la Méditerranée centrale : sil y a eu un refoulement, si un bateau a disparu ou a fait naufrage, on soutient les familles dans la recherche de leurs proches. Sil y a des survivant.es, on essaie de voir comment les soutenir et, siels souhaitent relayer leur voix, on organise des moments de CommémorActions.
Les CommémorActions, ce sont des moments très importants pour le réseau. Des moments où nous nous tenons aux côtés des suvivant.es et des familles pour pleurer celles et ceux qui ont disparu aux frontières européennes. Des moments où sexpriment à la fois le deuil et la colère dans un mélange entre commémoration et manifestation. Ces CommémorActions ont lieu régulièrement, de manière centralisée, dans une ville, comme à Oujda et Zaris les années passées, et de manière décentralisées, à loccasion du 6 février qui est la date anniversaire du massacre de Tajaral lors duquel en 2014, la police des frontières espagnole avait tué au moins 15 personnes qui tentaient de traverser la frontière entre le Maroc et lEspagne.
Avec ces moments de CommémorAction nous faisons une double promesse : celle ne pas oublier celles et ceux qui ont perdu la vie et lutter contre les frontières qui les ont tué·es et celle de ne pas abandonner. La promesse que nous continuerons à nous battre quotidiennement pour la liberté de mouvement,en exigeant la vérité, la justice et des réparations pour les victimes de la migration et pour leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Parmi les bateaux de sauvetage en Méditerranée il y en a un qui attire particulièrement notre curiosité et notre sympathie : c'est le Louise Michel. Tu peux nous dire un mot sur ce bateau et sur tes activités quand tu montes à bord ?
&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Le Louise Michel, cest un navire de secours civil qui sillonne la Méditerranée centrale depuis 2020. Il a deux particularités. La première cest quil est rose ! Il a été peint à l'aide d'un extincteur par le street-artiste britannique Banksy avant dêtre donné à un petit groupe de militant.es. La seconde, cest que cest un bateau relativement rapide par rapport aux autres navires de la flotte civile, qui peut arriver très vite sur le lieu du cas de détresse, et parfois darriver avant les garde-côtes libyens, ce qui permet déviter un refoulement illégal vers la Libye, où les personnes risquent de graves persécutions.
De manière générale, quand je navigue, sur Louise ou dautres bateaux de secours, je moccupe daccueillir les personnes survivantes. En gros, il sagit dassurer la communication avec les personnes lors du secours, dorganiser la vie à bord une fois que tout le monde est embarqué, dessayer de comprendre les besoins de chacun.e, et surtout dinformer les personnes sur ce qui les attend une fois quelles seront débarquées en Europe et les briefer sur leurs droits. En Europe, cest souvent pour ces personnes un nouveau parcours du combattant qui souvre, alors on essaie de faire en sorte quelles soient le mieux préparées, même si elles sont déjà généralement bien informées. On partage par exemple avec elles le lien du site de welcome2europe.
Le Louise Michel, comme son nom lindique plutôt bien, cest un projet qui se veut radical et féministe. Féministe, parce que ce nest pas toujours évident dévoluer dans le monde de la navigation qui est marqué par une forte tradition patriarcale. Radical, parce que comme pour Alarm Phone, lapproche est celle de la défense de la liberté de mouvement pour toutes et tous. Le discours pour labolition du régime des frontières est très clair : cest une initiative de solidarité transnationale, pas un projet humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Un mot pour finir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. :&lt;/strong&gt; Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après…
Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. :&lt;/strong&gt; Merci Sophia !&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque".&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry></feed>