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@ -8,7 +8,10 @@ Special_CSS: breves_01
Numero: 3 Numero: 3
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_de juillet 2025 à juin 2025_
**Tout va mal, y'a pas à chier.** **Tout va mal, y'a pas à chier.**
*L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés. *L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.* Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.*

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@ -45,3 +45,6 @@ La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur,
Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver. Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.
### Si on met tout ça en frise, ça donne ça :
![Frise récapitulative de 2024 avec toutes les dates clés de l'article](../images/03/frise_montgenevre_2025.png)

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@ -7,7 +7,7 @@ Numero: 3
#### Ravages n°03, été 2025 #### Ravages n°03, été 2025
Persistons donc. **Persistons donc.**
Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige. Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.
@ -18,3 +18,6 @@ Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printem
Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant. Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.
Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro. Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.
![Des dessins de petites tortues](../images/03/edito.jpg)

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@ -3,7 +3,7 @@ Author: ravages
Date: 12/04/2023 Date: 12/04/2023
Slug: marseille-hangar-port Slug: marseille-hangar-port
Numero: 3 Numero: 3
Weight: 10 Weight: 92
### Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA ### Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA
@ -21,6 +21,7 @@ Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de c
Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha. Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.
![Photo de l'extérieur de la prison d'Arenc, avec un panneau indiquant Hangar A](../images/03/CPR_Marseille/01_arenc_prison_clandestine.png)
*Mustapha, tu es là ?* *Mustapha, tu es là ?*
@ -36,6 +37,8 @@ Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on
Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés. Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.
![Affiche indiquant : Non à la prison d'Arenc - Aujourd'hui contre les travailleurs immigrés, demain contre tous les travailleurs. En illustration, un silhouette noire en cage et une silhouette blanche lèvent les poings.](../images/03/CPR_Marseille/02_affiche_arenc.jpg)
*Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?* *Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?*
Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion. Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion.
@ -67,11 +70,12 @@ Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à
Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie. Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.
![Photo d'un mur avec plusieurs affiches contre la prison d'Arenc.](../images/03/CPR_Marseille/03_mur_affiches_arenc.jpeg)
**POUR ALLER PLUS LOIN**     ### Pour aller plus loin    
- Radio galère - Radio galère
- insta/site de Marseille AntiCRA - insta/[site](https://marseilleanticra.noblogs.org/) de Marseille AntiCRA
- Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975 - Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975
- « Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425 - « Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425
- Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014 - Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014

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@ -79,3 +79,5 @@ Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement
[^1]: Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021. [^1]: Sophie-Anne Bisiaux, Commun parce que divisé : le monde à l'épreuve de l'étranger, Éditions Rue d'Ulm 2016 ; En finir avec les fausses idées sur l'immigration, Les éditions de l'Atelier 2021.
[^2]: Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque". [^2]: Dans Ravages 2 (Lexique : L'appel d'air, page 19) on avait défini ça comme ça : " linjustice qui permet aux citoyen·nes européennes et nord-américaines de voyager quasiment partout dans le monde, moyennant quelques dizaines deuros ou de dollars, tandis que, pour dautres, le voyage à létranger nest accessible que de manière illégale, avec tout ce que cela comporte en termes de coûts et de prises de risque".
[^3]: Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%. [^3]: Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.
![Carte récapitulative de tous les acteurs civils du sauvetage en mer en Méditerranée, par le CMRCC](../images/03/mapping_cmrcc.png)

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@ -1,7 +1,7 @@
Title: Turin. Histoire d'une trêve Title: Turin. Histoire d'une trêve
Author: ravages Author: ravages
Date: 12/04/2023 Date: 12/04/2023
Weight: 11 Weight: 93
Slug: turin-histoire-treve Slug: turin-histoire-treve
Numero: 3 Numero: 3
@ -29,6 +29,7 @@ Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait.
S'en était finit, ils avaient gagné. S'en était finit, ils avaient gagné.
Ça a duré 2 ans, la trêve. Ça a duré 2 ans, la trêve.
![Photo du CPR de Shengjin, Albanie](../images/03/CPR_Torino/CPR%20albanie.jpg)
N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin. N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.
@ -94,3 +95,4 @@ Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En interse
[^2]: Que nous traduirons littéralement par « danger social » et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la notion de « trouble ou menace à l'ordre public », dont l'utilisation prolifère ces derniers temps dans le système judiciaire français. [^2]: Que nous traduirons littéralement par « danger social » et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la notion de « trouble ou menace à l'ordre public », dont l'utilisation prolifère ces derniers temps dans le système judiciaire français.
[^3]: Sacré nom et sacrée histoire vraiment : John Bibby, fondateur de la compagnie de transports maritimes britannique Bibby Line, actuelle propriétaire du Bibby Stocholm, commença sa carrière au début du XIX siècle avec trois bateaux affrétés pour la traite des esclaves. Il fut mystérieusement (et bienheureusement) tué en 1840, mais sa compagnie a continué de prospérer jusqu'à aujourd'hui. Deux siècles d'expertise dans le sang et le pognon. Chapeau. [^3]: Sacré nom et sacrée histoire vraiment : John Bibby, fondateur de la compagnie de transports maritimes britannique Bibby Line, actuelle propriétaire du Bibby Stocholm, commença sa carrière au début du XIX siècle avec trois bateaux affrétés pour la traite des esclaves. Il fut mystérieusement (et bienheureusement) tué en 1840, mais sa compagnie a continué de prospérer jusqu'à aujourd'hui. Deux siècles d'expertise dans le sang et le pognon. Chapeau.
![Photo du Bibby Stockholm, bateau-prison.](../images/03/CPR_Torino/Bibby_Stockholm,_Falmouth_Docks,_2023.jpeg)

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@ -8,4 +8,4 @@ Status: hidden
[Numéro 02 (2024)](/edito_02.html) - [version PDF](/pdf/ravages_num_02.pdf) [Numéro 02 (2024)](/edito_02.html) - [version PDF](/pdf/ravages_num_02.pdf)
[Numéro 03 (2025)](/edito_03.html) [Numéro 03 (2025)](/edito_03.html) - [version PDF](/pdf/ravages_num_03.pdf)

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@ -29,11 +29,12 @@
<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
</section> </section>
<nav id="menu"> <nav id="menu">
@ -41,8 +42,6 @@
<ul> <ul>
<!-- Figure out current issue number --> <!-- Figure out current issue number -->
<li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li> <li><a href="/edito_03.html">Edito</a></li>
<li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
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<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
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<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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<li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
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<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
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<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li> <li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li> <li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li> <li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
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<p><strong>Tout va mal, y'a pas à chier.</strong> <p><em>de juillet 2025 à juin 2025</em></p>
<em>L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés. <p><strong>Tout va mal, y'a pas à chier.</strong></p>
<p><em>L'accès au droit est barré pour des plages de population de plus en plus vastes. Les gouvernements européens sous-traitent la gestion des flux migratoires à des pays voisins où la torture est plus facilement praticable, tout en invoquant en chœur la nécessité du réarmement. Les partis de droite (extrême ou pas : on voit plus la différence) parlent de préférence nationale, remigration, affichent un racisme et un sexisme totalement décomplexés.
Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.</em></p> Face à la montée du fascisme, nos moyens légaux de lutte samenuisent, s'émoussent, disparaissent. Pour continuer le combat, il nous faut repenser nos objectifs et nos modes opératoires. Réaliser qu'un régime d'apartheid est déjà en place, dans notre continent, pour des millions de personnes. Comparer notre époque à celles où les fascismes étaient ouvertement au pouvoir, faire nôtres les mots d'ordre de ces luttes-là : maquis, clandestinité. Assumer les risques de l'illégalité.</em></p>
<h3>5 juillet</h3> <h3>5 juillet</h3>
<p>À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.</p> <p>À Apricale (Ventimiglia) incendies de la Casa del Popolo et de la voiture appartenant au projet solidaire « 20K ». Une personne exilée est dénoncée et arrêtée par la police. Par ailleurs, le local autogéré Upupa, lui aussi faisant partie du même projet (voir Ravages n. 2), ferme provisoirement début juillet et ne rouvrira pas.</p>
@ -108,8 +109,6 @@ Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-
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<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
@ -117,6 +116,8 @@ Depuis 2017, le gouvernement de Rome finance, forme et approvisionne les gardes-
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li> <li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li> <li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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@ -76,8 +76,6 @@ Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France
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<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
@ -85,6 +83,8 @@ Et je veux dire à ceux qui arrivent à Briançon, qui connaissent pas la France
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li> <li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
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@ -68,8 +68,6 @@ les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, b
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<li><a href="/breves-3.html">Brèves</a></li> <li><a href="/breves-3.html">Brèves</a></li>
<li><a href="/marseille-hangar-port.html">Marseille. Un hangar sur le port</a></li>
<li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
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@ -77,6 +75,8 @@ les personnes sans les bons papiers ? Bref, beaucoup de boulot reste à faire, b
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li> <li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
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@ -59,6 +59,8 @@ Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se s
<p>Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.</p> <p>Si surprenante soit-elle, cette période na pas duré plus de quelques mois.</p>
<p>La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.</p> <p>La visite des fraîchement nommés Bruno Retailleau, ministre de lintérieur, et Michel Barnier, premier Ministre, venus mettre en scène à Menton le 18 octobre 2024 leur « ligne dure » sur limmigration, laissait présager un changement de tendance à Montgenèvre.</p>
<p>Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.</p> <p>Sans attendre, et au lendemain de la circulaire de Bruno Retailleau adressée aux préfets leur demandant une « reprise de contrôle de limmmigration», un nombre bien plus important de réadmissions Schengen a commencé à être prononcé. Par ailleurs, lAlgeco a de nouveau été utilisé pour enfermer des personnes en attendant leur renvoi en Italie, avec des pratiques très aléatoires concernant la possibilité de formuler une demande dasile. Clôturant cette année 9 décembre 2024, les associations publiaient un communiqué alertant sur la reprise des refoulements et la violation du droit dasile, provoquant un accroissement des passages dangereux dans la montagne, la recrudescence de gelures et de blessures en ce début dhiver.</p>
<h3>Si on met tout ça en frise, ça donne ça :</h3>
<p><img alt="Frise récapitulative de 2024 avec toutes les dates clés de l'article" src="../images/03/frise_montgenevre_2025.png"></p>
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@ -68,8 +70,6 @@ Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se s
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@ -77,6 +77,8 @@ Dès le 8 février 2024, les effets de lordonnance CE du 2 février 2024 se s
<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
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<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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@ -212,7 +212,121 @@ Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafi
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La Méditerranée, cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"&gt;&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</title><link href="/fuoco-ai-cra.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/fuoco-ai-cra.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignages de lutte des collectifs anti-CRA/CPR de Lyon, Marseille et Turin.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour ce numéro de Ravages nous avons laissé la parole aux collectifs qui luttent contre les CRA des trois plus grandes villes autour de nous : Marseille, Lyon et Turin. Nous n'avons pas demandé à nos ami.es d'écrire …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignages de lutte des collectifs anti-CRA/CPR de Lyon, Marseille et Turin.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour ce numéro de Ravages nous avons laissé la parole aux collectifs qui luttent contre les CRA des trois plus grandes villes autour de nous : Marseille, Lyon et Turin. Nous n'avons pas demandé à nos ami.es d'écrire des textes exhaustifs sur l'histoire et l'actualité des CRA, ni sur le quotidien de leurs luttes. Nous n'avons rien demandé de précis, en fait : nous avons juste proposé de leur faire un peu de place dans notre petite revue pour qu'iels expriment ce qui leur tenait à cœur d'exprimer. Le résultat est un mélange bouillonnant de styles et de voix différentes, où se mêlent témoignages de détenus et d'activistes, informations actuelles et moins actuelles, quelques éléments d'analyse politique et plein d'autres choses assez surprenantes parfois. Tout ce que nous aimons plus que tout par ici.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Lyon. Les CRA: pire que tout</title><link href="/lyon-cra-pire-que-tout.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/lyon-cra-pire-que-tout.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ya pas 3 solutions, ya 2 solutions, soit on sort, soit on meurt. La France, cest un pays, ya pas de droit. Le pays des Droits de lHomme ? Quels Droits de lHomme ? Ils sont où les Droits de lHomme ? Ya des gens …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ya pas 3 solutions, ya 2 solutions, soit on sort, soit on meurt. La France, cest un pays, ya pas de droit. Le pays des Droits de lHomme ? Quels Droits de lHomme ? Ils sont où les Droits de lHomme ? Ya des gens ici qui nont rien fait. Ya des gens qui refusent le test et qui vont en prison et qui reviennent, cest des allers-retours. On sen fout si on mange pas une semaine, 2 semaines. Cest même pas la rage, cest même pas la colère, cest la hagra &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Cest pas quand je vais être mort que je vais être en colère, cest maintenant ! Je veux que quelquun vienne voir ce qui se passe ici, on devient fou »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ces paroles d'une personne en grève de la faim au Centre de rétention administrative (CRA) de Lyon en 2021, ont été recueillies par le collectif Anti-Cra qui existe depuis janvier 2019.&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Ce collectif se donne justement comme buts principaux de soutenir les détenu·es et être un relais/mégaphone pour leurs revendications, notamment via la diffusion de témoignages et des nouvelles de l'intérieur&lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Il s'est formé pour remédier à l'absence voire à l'omission de la question des CRA dans les débats sociétaux et jusque dans les actions et réflexions des mouvements de gauche. L'objectif de ces publications est d'intervenir dans le discours médiatique mais aussi dans les milieux militants en portant une position abolitionniste, anti-raciste et anti-carcérale. Le collectif nous expose ici quelques éléments contextuels concernant les Centres de Rétention Administrative et le contrôle des personnes sans-papiérisées à Lyon, dans le but d'illustrer la manière dont les frontières se prolongent, répètent et reproduisent à lintérieur du territoire français. La plupart des choses évoquées ne sont pas spécifiques à Lyon, mais sont représentatives d'une structure répressive plus globale, qui se décline depuis des décennies et se durcit toujours plus.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;C'est quoi un CRA ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les centres de rétention sont des prisons sur le territoire, souvent à proximité de port ou d'aéroport, où la police surveille des personnes jusqu'à leur libération ou leur expulsion (90 jours max). On appelle cette rétention "administrative" car c'est une décision (le plus souvent une OQTF assortie d'une IRTF) prise par la Préfecture qui va déterminer son placement ou non (pas comme au pénal où  il faut avoir commis un délit ou un crime et avoir été jugé pour cela). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LÉtat Nation obsédé par le contrôle de ses frontières et l'expulsion des personnes illégalisées n'a cessée d'étendre les possibilités de refoulement. Le CRA en est un exemple parfait : lÉtat invente une frontière au cœur de son territoire. A l'instar des Zones d'attente, la frontière n'est plus un tracée sur une carte mais une fiction juridique exportable partout. Reste plus qu'à faire des murs, des cours grillagés et des déplacements sous contrôles policiers et, pour les puissances occidentales, rien de plus facile ! Le premier né en France est le Hangar de Arenc &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, installé clandestinement dans les années 1960 dans le port de Marseille. Il a servi à séquestrer les immigré·es algérien·nes non désirées avant de les déporter. On en dénombre aujourd'hui 20 en métropole et 4 en Outre-Mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA, aujourd'hui encadrés par la loi (CESEDA) &lt;sup id="fnref:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, n'ont pourtant rien perdu de la logique raciste, sécuritaire et coloniale : les étrangèr.es en France sont contrôlées, enfermées et expulsées dès que leur situation administrative est contestée (et tout est fait pour qu'elle soit très difficile à stabiliser). Derrière l'objectif affiché de maintenir les personnes enfermées le temps d'organiser leur expulsion, les CRA sont des lieux où la violence physique et psychologique s'exerce au quotidien par des organes de lÉtat (administration, police, tribunaux).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Zoom sur Lyon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans la région Auvergne-Rhônes-Alpes, il existe deux CRA, juste à côté de laéroport de Lyon-Saint-Exupéry. 
Le premier a été construit en 1995 et a été agrandi deux fois : en 2019 et en 2020, avec l'ajout de préfabriqués pour une capacité de 140 places. Le deuxième, bâti en 2022, en compte le même nombre. Appelé « le CRA du futur », il s'inscrit dans le « Plan CRA » initié en 2017 par le ministère de l'Intérieur. Il doit servir de modèle pour les prochaines constructions : ultra-sécurisation, surveillance constante par caméra pour éviter au maximum le contact avec les détenus, espaces cloisonnés, menottage systématique pour les déplacements, mise à l'isolement fréquente. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan CRA prévoit une augmentation importante de la capacité de ces lieux de rétention, couplée à une criminalisation inouïe des personnes sans-papiériées. La loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur de 2023 (avec un amendement de Ciotti) prévoit d'atteindre les 3 000 places en rétention d'ici 2027 (en 2023 il y en avait environ 1900). Entre 2017 et 2023, 400 nouvelles places ont été crées, par la création de nouveaux CRA (Oissel, Béziers, Nantes, Aix-en-Provence, Nice, Mérignac, Mayotte) et par l'agrandissement d'autres (Strasbourg, Nîmes, Metz, Hendaye, Mesnil-Amelot). L'augmentation des places en CRA va de paire avec un arsenal juridique toujours plus répressif facilitant les placements. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il existe un « continuum de l'enfermement » pour les personnes sans-papiérisées, depuis leur arrivée sur le territoire français et jusqu'à leur expulsion &lt;sup id="fnref2:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, les CRA sont les lieux où ce continuum se matérialise, s'incarne et se ressent de la manière la plus concrète.
L'emplacement des CRA, d'abord, s'inscrit dans la mise à l'écart institutionnelle des personnes étrangères. A Lyon, les deux CRA se trouvent à plus de 30min en voiture et 1h de transport en commun du centre-ville. La distance et la complexité d'accès renforcent l'hermétisation de ces lieux. A cela s'ajoute la difficulté liée à contacter les personnes à l'intérieur. Aux deux CRA de Lyon, quand les cabines téléphoniques ne sont pas HS, il arrive que ce soit les flics qui répondent aux appels, comme si de rien n'était.
Il y a une dissimulation de tout ce qui se passe à l'intérieur : pas le droit à un téléphone avec caméra, grande difficulté pour les médias d'y entrer, silenciation des mouvements de contestation et de résistance, des grèves de la faim, mais aussi des suicides et des décès, qui, comme dans les autres prisons, ne sont pas autre chose que des assassinats dÉtat.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Pire qu'en détention, et de pire en pire...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis le début des activités du collectif, les témoignages recueillis se rejoignent invariablement sur les mêmes points : les conditions de rétention insupportables, "pires qu'en prison", le sentiment d'incompréhension, de choc et de dégoût, les violences physiques et psychologiques de la part des flics qui traitent les détenus "comme des animaux", la solitude, l'isolement, l'ennui.
On nous parle aussi des conditions d'arrestation très variées : dans des lieux très fréquentés comme les gares ou certaines grosses stations de métro ; lors de contrôles partout dans la ville ; à la préfecture, quand les personnes sous assignation à résidence s'y présentent pour signer ; ou encore en sortie de prison &lt;sup id="fnref2:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, preuve de la stigmatisation et de la double peine à laquelle les personnes sans-papiérisées sont systématiquement soumises.
Dernièrement, on a pu assister à des arrestations à la sortie de lhôpital : aucun lieu ne semble ainsi pouvoir épargner les personnes illégalisées : la possibilité de se faire arrêter les suit partout où elles se déplacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les derniers durcissements de la criminalisation des personnes sans-papiérisées et la volonté affichée d'augmenter le nombre d'arrestations et de rendre plus efficaces et systématiques les OQTF, on remarque aussi de plus en plus de séjours en CRA qui senchaînent ou même qui s'alternent avec des séjours en prison. Après 4 jours (ou 48h selon certaines situations) de la sortie du CRA, une personne peut à nouveau être retenue et refaire 3 mois. Une personne nous a raconté être à son troisième séjour en CRA en une seule année ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La durée moyenne d'un enfermement en CRA a sensiblement augmenté ces dernières années, passant de 12.8 jours en 2017 à 28.5 en 2023. Pour minimiser encore plus les chances de libération par le juge de la liberté et de la détention (JLD, qui vérifie les conditions de la retenue à 48h puis au 28ème jour), la circulaire Retailleau de janvier 2025 demande aux préfets de faire systématiquement appel contre toutes les décisions de libération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les personnes enfermées dans les CRA en métropole, environ 35% sont déportées pendant leur rétention. Ce pourcentage monte à 84% en outre-mer (principalement à Mayotte où se trouve 60% des personnes enfermées en CRA en France)&lt;sup id="fnref:7"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:7"&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Pour diverses raisons, beaucoup de détenu.es ne sont pas ou difficilement expulsables, par exemple, si un consulat ne reconnaît pas une personne qui ne possède pas de passeport. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont donc enfermées en vue d'une expulsion qui n'arrivera pas. L'enfermement se révèle ainsi comme pure punition pour le fait de ne pas avoir les bons papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation de la "menace ou trouble à l'ordre public" est devenue quasi systématique pour justifier l'enfermement (contre la possibilité d'une assignation à résidence ou d'un délai de départ volontaire) . &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation policière des quartiers populaires et la répression contre les illégalismes vers lesquels de nombreuses personnes sans-papiérisées se tournent face à la pauvreté, engendrent ainsi une double peine et un double enfermement : on condamne au pénal et on expulse ensuite. C'était particulièrement visible lors des opérations "Place nette" menées par Darmanin, qui ciblaient la figure de l"étranger-délinquant".&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon ça se matérialise par une occupation policière du quartier de la Guillotière et par un harcèlement des personnes qui « zonent » place Mazagran ou place Dupont. Idem pour les arrêts de transport très fréquentés comme Part Dieu, Charpennes, Saxe Gambetta, Perrache, Gabriel Péri, ce qui impacte en plus le quotidien et le déplacement des personnes ciblées. Des copaines nous ont raconté leurs stratégies d'évitement des zones de contrôle et du calcul permanent de leur trajet au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Toute sorte d'abus, témoignages&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un ami enfermé en CRA raconte le silence (et l'inhumanité) du personnel auquel il se heurte quand il demande de l'aide et des renseignements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;"Jai écrit une plainte, ils lont prise et nont rien fait de plus. Je ne vois personne, ne rencontre personne, personne ne me parle. Il y en a un qui est venu me voir. Je lui demande: tu peux écrire ça au directeur? Il dit non. Tu peux écrire aux droits humains? Non."&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple de privation des droits fondamentaux à lœuvre dans les CRA : à l'intérieur, il est impossible pour les personnes d'avoir accès à des soins corrects. Voici un témoignage enregistré en avril 2024 au CRA St-Exupéry :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ça se passe comment quand tu demandes de voir des infirmières ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Des fois, avec de la chance, la première fois, tu demandes, ça peut être dans un jour. Mais cest un coup, ils tappellent pas. Jai fait la demande il y a 3 jours, mais jai pas vu linfirmière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sans explications ? Ils te disent pas quand tu pourras la voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Jai demandé à voir un médecin, je suis resté une semaine avec les douleurs. Cest des trucs de ouf en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Et comment ça se passe quand tu vois une infirmière? Comment ils traitent?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Bah en fait ils rigolent, ils parlent gentiment devant toi mais même eux ils sont contre nous. On sait pas ce quil se passe. Ils te donnent un truc, même si tes pas content et que tu retournes la voir pour lui dire « ouais ça sert à rien ça, faut changer, faut faire un truc », ils sen foutent. Dans la zone, ici, cest la dèche. On va dire que cest la jungle ici. Les toilettes elles ont pas de porte, tu mets un drap. Les chauffages y en a qui marchent pas. Y a un téléphone dans la zone, il est fait pour contacter des avocats, Forum et… pour faire pleins de trucs. Pareil, il marche pas. Le téléphone.. bah.. comment je vous explique… y a un téléphone accroché au milieu de la zone, cest pour tout le monde. Il marche pas. Ils ont pas le droit de laisser les téléphones comme ça. Des fois ils font le nettoyage, ils viennent, ils font le nettoyage et ils laissent même pas des sacs-poubelle pour mettre à lextérieur. Y a pas de sac-poubelle des fois. Cest rare quils mettent des sacs-poubelle. Du coup tu sors tu marches dans le couloir et tu trouves des sacs-poubelle à côté des chambres. Ici, cest invivable en fait ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À lautomne 2020, un prisonnier tabassé par les flics racontait comment le médecin avait minimisé ses blessures pour couvrir ses agresseurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour moi, cest pas un médecin. Cest pas un médecin. Il ma dit Ouais, je vois, tas une cicatrice sur ton front, tas des bleus sur la tête. Mais il y avait le policier à côté de lui. Mais franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Je lui ai dit, Toi tes pas un médecin en fait, tu viens me voir au mitard, tu me dis montre tes bras, montre tes jambes, mais déjà, quand tu viens me voir, devrait pas y avoir la police à côté de toi là, et, la vérité, je lui ai dit, tes pas un médecin toi, tes un policier, tes plus quun policier. Cest plus quun policier lui, je sais, je suis parti à linfirmerie le lendemain, je suis allé voir linfirmière pour porter plainte, tout ça, ils mont donné 0 jours dITT. Jai montré à linfirmière, Regarde, hier jétais pas bleu comme ça, jétais pas gonflé comme ça. Elle ma dit, Ouais, cest vrai, je vais parler avec le médecin. Ils mont pas appelé ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seul solution: A BAT LES CRA !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2024 l'Ordre des avocat.es de Lyon demande la fermeture du CRA 2 pour conditions de rétention indignes et "atteintes aux droits fondamentaux des retenus ". La demande est rejetée par le Tribunal Administratif de Lyon &lt;sup id="fnref:8"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:8"&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
En réalité, tout ce qui est dénoncé par le barreau de Lyon n'est que le reflet du système carcéral dans son entièreté : si l'on souhaite vraiment une vie digne pour toustes, il ne s'agit pas d'améliorer les conditions à l'intérieur de ce système, mais de l'abolir totalement.
L'enfermement ne représente qu'une facette de cette machine à fabriquer l'illégalisme, l'exclusion et l'inégalité entre les êtres, à travers un contrôle systématique des personnes considérées indésirables et une déclinaison de la frontière à tous les niveaux de la société et des rapports humains.&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;En Arabe, quelque chose comme misère, mais pas au sens de pauvreté, plutôt de maltraitance. Faire la misère à quelqu'un signifie qu'on lui fait passer un sale moment. C'est ça la hagra.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;sur le blog www.crametoncralyon.noblogs.org et sur les réseaux&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Voir témoignage anti-Cra de Marseille&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref2:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:4"&gt;
&lt;p&gt;Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref2:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:5"&gt;
&lt;p&gt;Julia Gélot, Quand la frontière devient une prison. Lenfermement des migrants aux portes de lEurope, Éditions du Croquant, 2023&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:6"&gt;
&lt;p&gt;Robin Bouctot, De la prison au CRA, CQFD n. 241, mai 2025.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:7"&gt;
&lt;p&gt;Cimade, Rapport 2023 sur les centres et locaux de rétention administrative&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:8"&gt;
&lt;p&gt;Pierre Lemerle, Conditions de retentions « indignes » à Lyon, la justice rejette la demande de fermeture du « CRA du futur », Médiapart 24 octobre 2024&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Marseille. Un hangar sur le port</title><link href="/marseille-hangar-port.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/marseille-hangar-port.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit a été élaboré à partir d'une émission de radio réalisée le 20 avril 2025 à la Courte Échelle, émission anti-carcérale sur Radio Galère. Le collectif Marseille Anti-CRA y discute avec Mustapha, passé par la prison clandestine d'Arenc …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit a été élaboré à partir d'une émission de radio réalisée le 20 avril 2025 à la Courte Échelle, émission anti-carcérale sur Radio Galère. Le collectif Marseille Anti-CRA y discute avec Mustapha, passé par la prison clandestine d'Arenc dans les années 70, à l'occasion des 50 ans de la découverte de celle-ci et de l'affaire qui s'en est suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que collectif anti-CRA  de Marseille, on voulait aujourd'hui vous raconter cette histoire trop peu connue, voire invisibilisée, alors qu'elle nous semble révélatrice de toute une logique qui anime les centres de rétention encore aujourd'hui. On voulait surtout vous en parler parce qu'il semble que savoir d'où proviennent les CRA, et savoir comment on n'a pas voulu que ça se sache, ça les rend vraiment intolérables, et qu'on n'espère bien contribuer à ce qu'ils ne soient plus jamais tolérés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 50 ans à Marseille on découvrait l'existence d'un hangar sur le port qui servait de prison pour étrangers. Lorsque l'affaire d'Arenc éclate, en avril 1975, ce qui est révélé, c'est tout une mécanique de l'expulsion des personnes étrangères illégalisées qui a eu le champ libre pendant 12 ans pour se mettre en place, pour se rationaliser, à l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 ans pendant lesquelles le tri entre les bonnes et les mauvaises mobilités avaient été laissé à la discrétion d'un appareil administratif et policier hérité de la période coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 ans pendant lesquelles la dignité des personnes immigrées a été bafouée et leur parole étouffée.On découvre que pendant 12 ans tout a été fait en supposant que personne n'avait besoin de savoir ce que lÉtat faisait derrière ces murs, ni les personnes qui risquaient d'y être enfermées, ni les personnes au nom duquel lÉtat ose prétendre agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de ce qui allait devenir le premier centre de rétention administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Mustapha, tu es là ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je vous entends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Super ! Alors, est-ce que tu veux te présenter ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis Moustapha Mohamadi, je suis militant associatif aujourd'hui parce que je suis vieux. Mais à l'époque, j'étais militant actif pour défendre le droit des immigrés, pour le droit à vivre en sécurité contre les crimes racistes et contre la ségrégation. Depuis 72, il y a eu des grèves de la faim, et à chaque fois, il y a eu des répressions, des interventions de la police. En janvier 75, pendant une grève de la faim à Montpellier, la police a envahi le lieu, ils ont expulsé, ils ont chargé, ils ont tiré par les cheveux les personnes. Les Français, les gens du comité de soutien, ils les ont mis à part, ils les ont renvoyés chez eux, maltraités, insultés. Les grévistes de la faim, parqués dans des bus, ont été envoyés dans des centres de tri. Et une dizaine, qui d'après la police étaient zarma les meneurs, ils nous ont emmenés dans les commissariats, mais répartis, pas tous ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je me suis retrouvé avec un autre camarade dans les cellules du commissariat de Montpellier et deux jours après nous avons été embarqués par les gendarmes. On nous a fait rentrer dans un truc... Ça ne voulait rien dire... C'était un immense hangar. C'était le fameux centre de Arenc, qui était très peu connu, parce que personne ne le savait, même les avocats ne savaient pas son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on a été présentés à un juge, ni il y a eu de procès-verbal, ni il y a eu des interrogatoires ou quoi que ce soit. On nous a embarqués dans les commissariats et on s'est retrouvés dans les estafettes. Et on s'est retrouvés à Arenc, pour une expulsion rapide. Ce centre il existait depuis les années 50, c'est-à-dire avant l'indépendance de l'Algérie. Ils ont refoulé et expulsé des personnes qui étaient d'origine française à l'époque, puisque l'Algérie n'était pas encore indépendante. Alors, vous voyez, la discrimination avait commencé longtemps avant ces problèmes-là qui ont émergé, du racisme après l'indépendance de l'Algérie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion.
Et, pour être précis par rapport à la question, on ne connaissait pas. On savait qu'il y avait des expulsions. C'est à partir du moment où nous, une fois expulsés, nous avons expliqué, puis avec le travail de l'avocat qui a été fait en 75, que le scandale a éclaté. Alors qu'au niveau de la préfecture, ils étaient tous au courant. Il y a des traces écrites. Les archives ont toujours existé, mais le commissaire qui gérait ça dans le port de Marseille ne les a jamais transmis ni à la préfecture de police, ni au ministère de l'intérieur, ni à la direction de la police. C'était son bien à lui. Quand il est parti à la retraite, il les a déposés aux archives départementales. Donc c'est pour ça qu'il n'y avait pas de traces pour déventuels chercheurs qui demandaient des informations auprès de la police ou de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Comme tu l'as dit, il y avait une volonté de cacher ce qui se passait dans ce centre, d'en cacher l'existence même. Est-ce que tu veux raconter un peu comment ça a pu enfin être révélé ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai qu'il y avait une volonté de cacher le non-respect des règles de la République. C'est les responsables qui ont tout fait pour étouffer. Un hangar où la police régulièrement accompagne des personnes menottées et qu'on enferme sans droit de visite, personne ne les voit, et qu'après, ils les sortent, des fois c'est la nuit, quand il y a un vol la nuit, ou quand il y a un bateau qui part la nuit. Mais dans cet espace qui est le port de Marseille, qui est immense, où il y a les dockers, où il y a les autres policiers, où il y a les autres personnes qui travaillent, il ne faut pas nous faire croire qu'ils n'étaient pas au courant. C'était la loi de l'omerta, il ne faut rien dire, et les gens, quand ils voient quelqu'un menotté, emmené,  ils doivent se dire, celui-là, il a quelque chose à se reprocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y avait cette volonté d'étouffer, jusqu'à ce qu'un avocat, le jour où son client avait un sursis et qu'il devait sortir de chez le juge, il n'est pas sorti de chez le juge, la police l'avait embarqué. La famille de cette personne-là, ils ont vu que leur proche n'est pas sorti, ils ont vu que la police l'a embarqué. L'avocat, quand ils l'ont rappelé, il leur a dit « Suivez ce fourgon et vous me dites où c'est qu'il est allé ». Et c'est comme ça que la famille a suivi le fourgon de la police, et le fourgon est rentré dans le port. Eux, ils n'ont pas pu rentrer, mais c'est comme ça que l'avocat s'est rendu compte qu'on lui cachait quelque chose, puisque quand il interpellait le parquet, on lui disait : « Mais ça y est, on lui a accordé le sursis, il est en sursis », ou alors : « Non, on ne le connaît pas, on ne l'a pas chez nous, il n'est dans aucun commissariat ». Et l'avocat n'a pas baissé les bras, il voulait aller jusqu'au fond de cette histoire. Et c'est comme ça qu'il a découvert ce centre de rétention. Et il a mobilisé, entre autres, un journaliste, je crois, qui s'appelait Alex Panzani. Il a alerté les journaux de l'époque. Il y avait plein de journaux qui se sont saisis de ça, y compris la presse algérienne qui avait envoyé un journaliste qui a enquêté là-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme ça que le scandale a éclaté. Et les autorités de l'État ont essayé de nier, jusqu'à ce qu'il y ait plein d'articles et des reportages de radio, de télé. Mais l'État n'a pas été condamné, puisque tout de suite après ils ont légalisé le centre par la loi, il est devenu légal. Et du coup ils ont créé d'autres centres. C'est-à-dire, le truc inhumain est devenu quelque chose de légal et acceptable et c'est aujourd'hui les centres de rétention. Voilà un peu comment on a réglé le problème d'un truc illégal, inhumain. Il est resté inhumain, mais il est devenu légal parce que le législateur a décidé qu'il est légal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et à l'époque, je veux dire avant que ça devienne légal, est-ce qu'il y a eu des mobilisations ? Comment tu expliques qu'elles ont échoué ou que ça a pu rentrer en droit ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu à Marseille un collectif d'Arenc qui a fonctionné quand le scandale a éclaté. Il y avait des manifestations, des militants, des associations qui étaient mobilisés contre la prison d'Arenc avant qu'elle soit légalisée. Il y a eu un collectif qui a fonctionné pendant longtemps, jusqu'aux années 70-78, je pense. Et je sais pas, je sais que la semaine qui vient, il y a une rencontre avec un collectif et un syndicat qui organisent une projection du film « Un hangar sur le port » (voir bibliographie) avec le réalisateur. Le fait qu'il y a eu ce documentaire qui a sorti de l'anonymat, ce scandale, c'est déjà, à mon avis, une bonne chose. Ne serait-ce que pour les victimes. C'est-à-dire, en gros, on vous embarque, on vous met au centre de Arenc, vous ne savez pas pourquoi vous êtes là et vous ne savez pas où vous allez partir ni quand. Et le problème, c'est que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, une grande partie ne sont jamais revenus... Qu'est-ce qu'ils sont devenus ? Ou bien ils sont revenus par un autre biais puis ils sont restés discrets. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de témoignage. Le seul témoignage qui avait existé avant la reconnaissance c'est ce qui était apparu dans la presse après le scandale qui a éclaté, après les articles et tout ça jusqu'à la légalisation. Là ç'a commencé à bouger, les gens surveillaient de plus près des membres de leur famille qui étaient arrêtés etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es en train de dire qu'il y a des personnes qui sont passées par le centre, qui sont revenues après mais qu'elles n'ont pas osé prendre la parole et qu'il a fallu attendre que ce soit un avocat, qui ne soit pas dans la même situation administrative, qui s'empare du sujet, pour que ça puisse sortir parce qu'il n'y a que lui qui avait la possibilité d'être écouté, puisque en fait les autres sans papiers on ne les écoutait pas... Et j'ai l'impression que ça se sent un peu dans le film, que la parole est beaucoup donnée à cet avocat là, vraiment... Toi t'es passé avant du coup ? T'es passé avant le scandale ?
Non c'est-à-dire que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, ils n'avaient pas un arrêté d'expulsion, c'est pour ça que je dis ils ont légalisé : ils ont légalisé en faisant passer les internés dans ces centres de rétention, ils les ont fait passer par une décision judiciaire, c'est à dire qu'on ne peut pas contester. A l'époque, il n'y avait pas ça : la plupart c'était ceux qui descendaient du bateau ou de l'avion et tout de suite on les a refoulés et en attendant l'expulsion ils étaient dans ce centre. Ou alors c'était des personnes comme moi, arrêtées par la police après une manif, et qui ont été tout de suite transférées du commissariat à Arenc, sans respecter les procédures légales, à savoir : on te présente à un juge, le juge te signifie ton expulsion, ton retour, d'aller en prison etc. Quand vous êtes en prison, il y a le droit de visite. Tes proches, ton avocat peuvent venir vous voir, tu peux correspondre, tu peux téléphoner. A Arenc, il n'y avait pas de possibilité de communiquer avec l'extérieur, parce que personne ne savait où c'était. Vous-même vous saviez pas où vous étiez. Il n'y avait ni le moyen de téléphoner ni le moyen d'appeler quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du coup c'était impossible pour les personnes qui passaient dedans de communiquer avec l'extérieur et de dire ce qui leur arrivait et une fois qu'elles étaient sorties personne ne les aurait crues parce qu'il n'y avait aucune trace...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de trace. Impossible. Il n'y a aucun procès verbal fait par un juge qui me signifie de quitter le territoire. Vous voyez un peu le scandale. Et moi je pense qu'à l'époque... On ne va pas faire le procès des gens de l'époque qui étaient là-bas, qui travaillaient dans le port, dans les différents services et les policiers et le personnel du port... Mais il ne faut pas dire qu'ils ne savaient pas. Peut-être que ce n'était pas leur priorité à l'époque...
Oui c'est ça peut-être qu'au-delà de la matérialité même du centre qui empêchait que la parole des gens enfermés sorte, il y avait peut-être aussi un contexte qui faisait que la parole des gens qu'on enfermait de toute façon était assez peu relayée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est simple : on est emmené par des gendarmes ou des policiers, on nous fait monter là-haut, c'est un policier qui ouvre le hangar, qui fait rentrer les personnes qui l'ont accompagné. Il lui signe le papier comme si c'était une marchandise qui vient d'être livrée. Lui il repart, il rentre dans son service ou dans le patelin d'où il est venu, et les autres ils referment la porte derrière, mais le port continue ses activités, ça continue, ça va, ça vient. On charge et on décharge les bateaux. Et quand vous êtes à l'intérieur comme c'est en hauteur c'est très haut, tout est enfermé, vous ne pouvez même pas crier, même si vous criez avec le bruit qu'il y a dans le port personne ne vous entend. Donc et d'autant plus que personne ne savait l'existence de ça, donc vos proches, s'ils savaient que vous avez été arrêtés, ils pouvaient chercher partout : au commissariat, au tribunal, à la prison, il n'y avait pas de traces.
En tous les cas je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces personnes qui ont été maintenues dans l'ombre, dans le déni de leurs droits, de leur existence, de leur personnalité. J'espère que ça aura un écho pour qu'à l'avenir on n'ait pas ce genre de choses qui se reproduisent ici.
Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à l'heure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POUR ALLER PLUS LOIN&lt;/strong&gt;    &lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Radio galère&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;insta/site de Marseille AntiCRA&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;« Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Olivier Bertrand, Un hangar sur le port (Ina, France TV et Al Jazeera) diffusé le 4 octobre à 21h45 sur France 3, puis en replay sur france.tv&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres. &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
@ -267,4 +381,61 @@ Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement
&lt;p&gt;Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Infomigrants (article de la rédaction), Italie : le nombre d'arrivées de migrants par la Méditerranée a chuté en 2024, 3 janvier 2025. Le gouvernement italien se vante d'avoir arrêté 192 mille départs de Libye vers l'Italie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les arrivées en 2024 ont enrégistré une baisse de 58%.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt; &lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt; &lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Turin. Histoire d'une trêve</title><link href="/turin-histoire-treve.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/turin-histoire-treve.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les CPR (Centri di Permanenza per il Rimpatrio) c'est les CRA d'Italie, avec quelques différences. Par exemple, chez nos voisin.es la rétention administrative peut durer jusqu'à 18 mois, depuis que Salvini et Meloni se sont amusées à rivaliser en cruauté, en augmentant le terme de 90 à 180 jours …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les CPR (Centri di Permanenza per il Rimpatrio) c'est les CRA d'Italie, avec quelques différences. Par exemple, chez nos voisin.es la rétention administrative peut durer jusqu'à 18 mois, depuis que Salvini et Meloni se sont amusées à rivaliser en cruauté, en augmentant le terme de 90 à 180 jours et de 180 jours à 18 mois. En plus de ça, deux des douze CPR actifs en Italie se trouvent... en Albanie, suite au Protocol Italie-Albanie, établi le 15 février 2024 pour une durée de 5 ans, qui semble séduire les gouvernements fascistes de notre continent.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cet article parle d'une trêve qui a duré deux ans, pour le collectif Anti-CPR de Turin, mais surtout pour le quartier et toute la ville de Turin, avec une baisse significative de leur "chasse à l'homme sans papiers" . La trêve a commencé en mars 2023, quand un grand incendie déclenché par les détenus a provoqué la fermeture du centre de Via Brunelleschi, et elle s'est terminé le 25 mars dernier, quand il a rouvert (et refermé) ses portes. Mais il a suffi de quelques semaines pour que ce lieu infâme et hautement inflammable brûle à nouveau, le soir du 1er mai, et se retrouve une nouvelle fois impraticable pour cinq sixième de sa structure.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;On aimerait pouvoir se réjouir de ce dernier incendie comme de tous les autres qui se sont déclarés et se déclareront prochainement, dans tous les types existants de prison. Mais une bien triste nouvelle nous en empêche : celle de la mort plus que suspecte d'Hamid Badoui, le 19 mai dans la prison Le Vallette de Turin. L'homme, résident depuis quinze ans en Italie, avait été enfermé dans le CPR de Bari suite au non-renouvellement de son titre de séjour. Du CPR de Bari, il est déporté dans celui de Shengjin (Albanie), jusqu'à ce que la Cour de Cassation atteste que sa rétention est illégale. Une fois libéré, il est à nouveau arrêté dans les rues de Turin et violemment maîtrisé par les agents de la police. La suite nous apprend qu'il se serait pendu dans la nuit avec les lacets de ses chaussures. « Mieux la prison que Shengjin » seraient son dernier message à son avocat. Plusieurs associations et collectifs réclament une autopsie.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soirée de l'hiver 2023, le téléphone-expulsion sonnait. Il était tard, à l'autre bout du fil les gars hurlaient. Le CPR de Corso Brunelleschi était en feu. On s'est arraché à nos occupation pour s'y précipiter, incrédules. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrière les murs montait dans la nuit un noir plus dense de fumé et l'on sentait partout lodeur pointue des gaz et du brulé. L'odeur du désordre. 
On a fait ce qu'on fait toujours, ce qu'on sait faire en somme, pas grand chose, du bruit et des pétards pour réchauffer les rues de leurs silence de mort. &lt;strong&gt;FREEDOM HURRYA LIBERTÀ.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, dans un bref contour en ombres, on les a vus. Les lampadaires silhouettaient durement les contre-jours. Ils étaient bien là, ces gars qui n'étaient jusqu'à présent que les voix accrochées à une cabine téléphonique, debout et hilares sur les toits des baraques de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;"Tout le monde crie ici, fait du bruit et il y a encore des gars sur le toit. Les flics sont devant les portes. Même la zone jaune fait comme nous. On en a assez. Les flics sont sortis des cages et ils ont peur dentrer. On crie. On ne se sent plus comme des êtres humains... Deux camions de police sont arrivés, ils entrent peut-être ici..." &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tout est retombé ensuite, c'est curieusement la pensée du feu enfin éteint qui a rendu plus plausible encore cette nuit là. Si la beauté pouvait mourir c'est qu'elle existait vraiment.
Cette révolte allait tout changer. 
A nous qui sommes né.es avec l'idée d'un monde irréversible, il nous semblait enfin qu'il s'était ouvert une porte, une perspective. Quelques personnes avaient réussi à arracher une parcelle de liberté et à graver une certitude: face à la résignation ou à l'asservissement, à la mort programmée ou à la folie, répond parfois la révolte.
Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait.
S'en était finit, ils avaient gagné.
Ça a duré 2 ans, la trêve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction fondamentale des centres de rétention est d'une part l'évidente mise à profit de l'enfermement et de l'expulsion d'un bon nombre de personnes « sans papier », en retirant des rues une partie de ce surplus humain qui n'a pas (ou plus) trouvé de valorisation dans « l'inclusion » aux modèles capitalistes.
D'autre part les centres sont la matérialisation ultime du chantage à l'asservissement des personnes libres. Ils agissent comme un moyen de dissuasion, en instillant la peur, en bridant les résistances, pour imposer toujours plus efficacement des conditions de vies précaires au sous-prolétariat et au prolétariat majoritairement racisés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les centres de rétention ont toujours et surtout été les structures fondamentales pour assurer la perpétuation d'un ordre colonial alimenté aujourd'hui encore par une rhétorique de guerre suffocante, sur la menace du fameux « ennemi intérieur ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'actualité de ces derniers mois n'allait encore que nous le confirmer. 
Aux portes de l'Europe, débutait un génocide algorithmique perpétré en mondovision, visant le raffinement sadique du colonialisme de peuplement israélien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que là-bas les Palestinien.nes sont soumises à la rétention administrative &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; depuis le début de l'occupation israélienne en 1967 et qu'ils l'étaient déjà auparavant de la même manière, sous le mandat britannique. Outil de punition collective, les centres de rétention utilisés surtout depuis la seconde intifada de septembre 2000, permettent à l'armée israélienne de retenir indéfiniment des prisonniers sans procès, sur la base d'informations tenues secrètes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la même manière en Italie, la répression de la résistance palestinienne et de sa solidarité internationale a explicité clairement le glissement de l'utilisation de la rétention administrative à des fins purement punitives. Les procédures sont accélérées et permettent ainsi en un éclair de légaliser une détention arbitraire et expéditive.
Par exemple à l'hiver 2024, à la suite d'une demande d'extradition des autorités israéliennes, trois Palestiniens (Ali, Anaan et Mansour) se retrouvent incarcérés en prison de haute sécurité, accusés d'association subversive à des fins de terrorisme internationale.
En septembre dernier, alors que le tribunal avait ordonné la libération immédiate de l'un des trois, Mansour Doghmosh se voit immédiatement conduit au CPR de Ponte Galeria (Rome), à peine sorti de prison. C'est l'argument de la « pericolosità sociale » &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; qui est mis en avant par le préfet pour maintenir la détention hors du cadre pénal et suffit à incarcérer Mansour de nouveau, même si sa libération vient d'être ordonnée, en raison de l'absence d'éléments circonstanciels sérieux.
On peut aussi citer l'exemple du réfugié politique algérien Seif Bensouibat, éducateur détenu quelque temps dans le même CPR, à la suite de messages en soutien au peuple palestinien sur un tchat privé.
De la même manière et dans le silence le plus totale, nous avons su qu' il y a quelques mois, des jeunes partis des quartiers Nord de Turin à une manifestation nationale à Milan, ont été arrêtés puis mis en CPR à leurs retour. L'un d'entre eux a été déporté depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un climat de propagande belliqueuse, on note a quel point l'utilisation institutionnalisé de la « pericolosità sociale » permet, dans une  référence directe mais induite à la symbolique de l'ennemi interne l'expérimentation toujours plus étendue de sa criminalisation. 
Plus généralement l'utilisation, dans les articles de loi, d'un lexique extrêmement vague, permet de fait une application toujours plus subjective et extensible de la loi.
Le passage direct de la prison au CPR n'est pas non plus une nouveauté procédurale : il arrive de plus en plus souvent qu'après avoir purgé leur peine, les personnes sans papiers (ou n'ayant pas pu les renouveler pendant leur incarcération) soient envoyées quelques mois de plus derrière les murs d'un CPR, parfois pour être déportées vers leur pays d'origine, ou simplement pour purger une sorte de deuxième peine plus afflictive et violente encore.
Les personnes ici citées le sont comme exemples parce qu'elles nous semblent extrêmement emblématiques en ce qu'elles subissent les répercutions répressives directes de l'actualité de ces derniers mois. Mais elles permettent surtout de rendre compte d'un des mécanismes raciste et colonial sur lequel se base la gouvernance néolibérale. Il faut pour cela rester attentif à ce que la médiatisation de cas isolés et leur narration personnalisante ne participent pas à l'invisibilisation d'une réalité systémiques massive. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, et comme un Napoléon en campagne, Georgia Meloni foulait de ses bottes le sol albanais pour y négocier la construction de nouvelles colonies pénales, reconfirmant l'épanouissement du concept expansionniste italien depuis sa chute et son expulsion par la résistance en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas albanais est devenu pendant cette trêve notre centre d'intérêt principal, puisqu'il redéfinit plus clairement la ligne européenne de relocalisation de la rétention « administrative » et de la torture, ainsi que sa stratégie d'annihilation brutale de l'excédent humain du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils espèrent que plus on est loin des yeux, plus on est loin du cœur.
Ils ont déplacé les cages à la périphérie des villes, près des vaches, quelque part dans un pré.
Sur des îles, en pleine mer, parmi les poissons.
Ils ont fait pousser des murs, ajouté des barbelés et des cadenas pour leurs trousseaux de clés.
Ils ont même créé un nouveau bateau-prison, un engin flottant pour enfermer les sans papiers au large de la Manche. Le Bibby Stochkolm. Quel nom. &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord avec l'Albanie est une nouvelle démonstration du projet d'externalisation des frontières européenne, avec la coopération des gouvernements du pourtour méditerranéen, par le biais de soi-disant accords bilatéraux avec des pays tiers sûrs. La collaboration des gouvernements de ces pays est rendue possible par l'injection d'argent nécessaire pour « stabiliser » l'économie, en alimentant le récit si cher à Meloni de la « revendication du droit de ne pas migrer ». 
Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une tendance à long terme: délocalisation des frontières, délégation du contrôle, expérimentation technologique et juridique massive...Il s'agit d'éléments consolidés des politiques migratoires contemporaines, à partir desquels le « modèle albanais» a pris forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux nouveaux CPR de Gjader et Shengjin, s'applique une double juridiction: italien à l'intérieur des murs des installations, albanais à l'extérieur. La présence d'une prison à l'intérieur du camp est donc justifiée par cet arrangement juridique, qui souligne une fois de plus le lien entre la rétention administrative et la détention pénale. La présence d'une prison italienne en territoire albanais n'est pas sans rappeler les prisons fascistes d'Érythrée, dernières prisons italiennes en terre étrangère, et leur matrice purement coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les politiques de dissuasion mises en place depuis des années, il semble donc que l'Europe soit prête à intervenir de manière tout aussi radicale dans l'expulsion forcée des personnes qui sont restées ou sont devenues illégales sur son territoire. C'est en tout cas ce qui ressort pour l'instant de la nouvelle proposition de la Commission européenne de mars dernier où le protocole italo-albanais a été érigé en modèle dans la mise en œuvre du dernier Pacte européen sur la migration et lasile. L'Europe devrait bientôt disposer d'un nouveau cadre législatif commun qui permettra aux États membres, d'accélérer et de simplifier les procédures d'expulsion, ainsi que d'autoriser et d'étendre, sur le modèle albanais, le transfert des demandeurs d'asile déboutés en attente d'expulsion en dehors de l'UE vers des « centres de retour » spécialement construits pour les expulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trêve est finie aujourd'hui. Le 25 Mars dernier le CPR de corso Brunelleschi rouvrait ses portes. Mais il est certain qu'il y aura d'autres révoltes et autant d'autres mobilisations en solidarité avec les prisonniers et contre le génocide en cours à Gaza au Soudan et ailleurs encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les CPR sont une stratégie répressive en amont pour décourager la lutte des classes oppressés en les tenant en échec, il nous paraît alors que peut être cette lutte la soit en quelques sorte une lutte d'introductive à toute les autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En intersection et en solidarité, élargissons la brèche ! &lt;strong&gt;Free Palestine ! Fuoco ai CPR !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-être le bon moment pour expliquer la différence entre détention pénale et rétention administrative, même si tout ce que vous lirez dans ces pages montre bien à quel point cette distinction est et a toujours été, en France comme partout ailleurs, seulement théorique : contrairement à la détention, la rétention administrative ne devrait pas être une mesure punitive en soi. Elle devrait être prise à l'encontre d'une personne étrangère en situation irrégulière dans le but exclusif de l'expulsion, et devrait s'appliquer seulement dans des cas très spécifiques.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Que nous traduirons littéralement par « danger social » et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la notion de « trouble ou menace à l'ordre public », dont l'utilisation prolifère ces derniers temps dans le système judiciaire français.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Sacré nom et sacrée histoire vraiment : John Bibby, fondateur de la compagnie de transports maritimes britannique Bibby Line, actuelle propriétaire du Bibby Stocholm, commença sa carrière au début du XIX siècle avec trois bateaux affrétés pour la traite des esclaves. Il fut mystérieusement (et bienheureusement) tué en 1840, mais sa compagnie a continué de prospérer jusqu'à aujourd'hui. Deux siècles d'expertise dans le sang et le pognon. Chapeau.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry></feed> &lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry></feed>

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@ -796,7 +796,10 @@ Nous constatons, dans notre petite ville de frontière, que la situation empire
&lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</title><link href="/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple le fait quun accueil qui se dit inconditionnel et une jauge à ne pas dépasser ne vont pas facilement de pair, quun bâtiment ne peut se dire plein tant quil est vide à 60%, que les normes nont pas été inventées pour le bien de lhumanité, spécialement quand elles obligent de gens à dormir dans un couloir pourri plutôt que dans une chambre de merde. Et que les discours de lautorité, de la propriété, de lurgence et de la peur ont plutôt mauvaise presse dans nos pages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"&gt;&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</title><link href="/fuoco-ai-cra.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/fuoco-ai-cra.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignages de lutte des collectifs anti-CRA/CPR de Lyon, Marseille et Turin.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour ce numéro de Ravages nous avons laissé la parole aux collectifs qui luttent contre les CRA des trois plus grandes villes autour de nous : Marseille, Lyon et Turin. Nous n'avons pas demandé à nos ami.es d'écrire …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignages de lutte des collectifs anti-CRA/CPR de Lyon, Marseille et Turin.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour ce numéro de Ravages nous avons laissé la parole aux collectifs qui luttent contre les CRA des trois plus grandes villes autour de nous : Marseille, Lyon et Turin. Nous n'avons pas demandé à nos ami.es d'écrire des textes exhaustifs sur l'histoire et l'actualité des CRA, ni sur le quotidien de leurs luttes. Nous n'avons rien demandé de précis, en fait : nous avons juste proposé de leur faire un peu de place dans notre petite revue pour qu'iels expriment ce qui leur tenait à cœur d'exprimer. Le résultat est un mélange bouillonnant de styles et de voix différentes, où se mêlent témoignages de détenus et d'activistes, informations actuelles et moins actuelles, quelques éléments d'analyse politique et plein d'autres choses assez surprenantes parfois. Tout ce que nous aimons plus que tout par ici.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La jauge du Refuge solidaire : l'accueil inconditionnel conditionné</title><link href="/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/la-jauge-du-refuge-solidaire-laccueil-inconditionnel-conditionne.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;Avez-vous déjà essayé décrire à plusieurs sur un sujet qui fâche? Nous à Ravages on ne fait quasiment que ça et les résultats sont toujours, pour le moins, excitants ! Voici lexemple dun article qui exprime pas mal de choses qui nous tiennent grave à cœur : par exemple le fait quun accueil qui se dit inconditionnel et une jauge à ne pas dépasser ne vont pas facilement de pair, quun bâtiment ne peut se dire plein tant quil est vide à 60%, que les normes nont pas été inventées pour le bien de lhumanité, spécialement quand elles obligent de gens à dormir dans un couloir pourri plutôt que dans une chambre de merde. Et que les discours de lautorité, de la propriété, de lurgence et de la peur ont plutôt mauvaise presse dans nos pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant on pouvait toujours pousser les murs. Quand les chambres étaient pleines on se serrait encore plus. On dormait dehors, on tapissait la cuisine de matelas en se demandant comment on allait faire pour que tout le monde dorme dans un local si petit. Avant cétait «le squat», mettez lintonation que vous voudrez dans ces mots. Le Refuge&lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; du 37 rue Pasteur avait ses règles, celles dun lieu plus ou moins autogéré, tout autant contournées, détournées, enjambées par les bénévoles et les personnes accueillies sil le fallait, en fonction des circonstances. Parce quil y avait des règles, mais pas de propriétaire pour les faire respecter, on nen gardait que le meilleur : des indications de bon sens à respecter quand cest possible, à oublier le reste du temps. Et ça a duré des années, et on en a vu passer du monde ! Ne nous demandez pas les chiffres, on naime pas ça, mais on peut vous dire quon sest retrouvé à cent et même plus, dans ce petit lieu chaotique et passablement insalubre. On pourrait nous suspecter dagiter le fameux «cétait mieux avant» , mais on dit juste que les règles étaient moins étouffantes peut être au détriment du confort matériel du lieu. Et puis en août 2021, après un virage à droite de la mairie et des luttes intestines quon vous épargne ici, le Refuge a fermé ses portes, et cest là-haut, à côté de lhôpital, quil les a rouvertes, dans les locaux des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant on pouvait toujours pousser les murs. Quand les chambres étaient pleines on se serrait encore plus. On dormait dehors, on tapissait la cuisine de matelas en se demandant comment on allait faire pour que tout le monde dorme dans un local si petit. Avant cétait «le squat», mettez lintonation que vous voudrez dans ces mots. Le Refuge&lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; du 37 rue Pasteur avait ses règles, celles dun lieu plus ou moins autogéré, tout autant contournées, détournées, enjambées par les bénévoles et les personnes accueillies sil le fallait, en fonction des circonstances. Parce quil y avait des règles, mais pas de propriétaire pour les faire respecter, on nen gardait que le meilleur : des indications de bon sens à respecter quand cest possible, à oublier le reste du temps. Et ça a duré des années, et on en a vu passer du monde ! Ne nous demandez pas les chiffres, on naime pas ça, mais on peut vous dire quon sest retrouvé à cent et même plus, dans ce petit lieu chaotique et passablement insalubre. On pourrait nous suspecter dagiter le fameux «cétait mieux avant» , mais on dit juste que les règles étaient moins étouffantes peut être au détriment du confort matériel du lieu. Et puis en août 2021, après un virage à droite de la mairie et des luttes intestines quon vous épargne ici, le Refuge a fermé ses portes, et cest là-haut, à côté de lhôpital, quil les a rouvertes, dans les locaux des Terrasses Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau Refuge est plus grand, et plus cher aussi. Derrière lachat et la rénovation du 34 route de Grenoble qui a coûté plus ou moins un million deuros avant même douvrir ses portes il y a Olivier Legrain du fond Riace France et ancien du groupe Lafarge, et Jean-François Rambicur de la fondation Arceal-Caritas France, administrateur du groupe Roquette, petit géant de lagro-industrie française et méga-pollueur. Alors voilà, des personnes très sérieuses ont donné beaucoup dargent, et il sagirait de ne pas en faire nimporte quoi. Le nouveau Refuge se pare de nouvelles règles. Il y a des normes de sécurité, dhygiène, des façons régulières et irrégulières de se rendre au sous-sol, dans la cuisine, dans la réserve de vêtements, et celle de nourriture. Il y a des clés, des codes qui ferment des portes, des protocoles daccueil, dentrée, de sortie et de soin. Il y a aussi trois étages supplémentaires, dont deux avec des chambres, des toilettes et des douches, que les propriétaires ont décidé de ne pas destiner à laccueil, et qui restent donc vides et inutilisés, parce que pas aux normes, alors quil suffirait de faire tomber une porte pour y accéder. Et puis il y a un.e « russe » dont tout le monde parle, Responsable Unique de Sécurité, de son vrai nom, qui ne dort pas la nuit à lidée que la moindre infraction à lune de ses règles ne finisse par lui coûter la prison. Et parmi ces règles, il y a la jauge : 64 personnes, à ne pas dépasser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le nouveau Refuge est plus grand, et plus cher aussi. Derrière lachat et la rénovation du 34 route de Grenoble qui a coûté plus ou moins un million deuros avant même douvrir ses portes il y a Olivier Legrain du fond Riace France et ancien du groupe Lafarge, et Jean-François Rambicur de la fondation Arceal-Caritas France, administrateur du groupe Roquette, petit géant de lagro-industrie française et méga-pollueur. Alors voilà, des personnes très sérieuses ont donné beaucoup dargent, et il sagirait de ne pas en faire nimporte quoi. Le nouveau Refuge se pare de nouvelles règles. Il y a des normes de sécurité, dhygiène, des façons régulières et irrégulières de se rendre au sous-sol, dans la cuisine, dans la réserve de vêtements, et celle de nourriture. Il y a des clés, des codes qui ferment des portes, des protocoles daccueil, dentrée, de sortie et de soin. Il y a aussi trois étages supplémentaires, dont deux avec des chambres, des toilettes et des douches, que les propriétaires ont décidé de ne pas destiner à laccueil, et qui restent donc vides et inutilisés, parce que pas aux normes, alors quil suffirait de faire tomber une porte pour y accéder. Et puis il y a un.e « russe » dont tout le monde parle, Responsable Unique de Sécurité, de son vrai nom, qui ne dort pas la nuit à lidée que la moindre infraction à lune de ses règles ne finisse par lui coûter la prison. Et parmi ces règles, il y a la jauge : 64 personnes, à ne pas dépasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de cet article nest pas de dire : refusons largent des patrons-philanthropes et organisons-nous pour laccueil digne et autogéré des personnes exilées même si on dit ça un peu quand même mais de comprendre un peu mieux comment les protocoles qui régulent lhospitalité affectent laccueil et le traitement des personnes exilées au Refuge. Et de dénoncer, au passage, certains abus vraiment intolérables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le but de cet article nest pas de dire : refusons largent des patrons-philanthropes et organisons-nous pour laccueil digne et autogéré des personnes exilées même si on dit ça un peu quand même mais de comprendre un peu mieux comment les protocoles qui régulent lhospitalité affectent laccueil et le traitement des personnes exilées au Refuge. Et de dénoncer, au passage, certains abus vraiment intolérables.&lt;/p&gt;
@ -889,7 +892,118 @@ En 2015 cette frontière sest partiellement refermée. LEtat a établi une
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; On peut manger des plats, de la nourriture française, quand nous sommes arrivés cest ce quon mangeait, puisquon navait pas commencé à préparer nous-mêmes à manger. Cest les éducateurs qui préparent à manger, mais nous aussi on veut essayer de faire des trucs, laissez-nous tranquillement faire notre truc, on se met à laise et ça passe. Nous on veut juste pouvoir faire nos courses, et eux [les éducateurs] ils sont là pour signer les reçus, même pas pour payer avec leur argent, pour signer le reçu seulement. Après on revient à la maison. Cest ce quon veut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; On peut manger des plats, de la nourriture française, quand nous sommes arrivés cest ce quon mangeait, puisquon navait pas commencé à préparer nous-mêmes à manger. Cest les éducateurs qui préparent à manger, mais nous aussi on veut essayer de faire des trucs, laissez-nous tranquillement faire notre truc, on se met à laise et ça passe. Nous on veut juste pouvoir faire nos courses, et eux [les éducateurs] ils sont là pour signer les reçus, même pas pour payer avec leur argent, pour signer le reçu seulement. Après on revient à la maison. Cest ce quon veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%206.jpg"&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%206.jpg"&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R:&lt;/strong&gt; Ya dautres choses que vous navez pas le droit de faire ici ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R:&lt;/strong&gt; Ya dautres choses que vous navez pas le droit de faire ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; Un jour un ami ma envoyé de la semoule de manioc, que nous on appelle en Côte dIvoire de lattiéké, quon mange beaucoup avec la main, jamais avec une cuillère, même les riches ils mangent avec la main. Ce jour-là jai fait de lattiéké, avec des haricots, des œufs, et on a mangé avec A. [un jeune pris en charge par lassociation]. On était à laise, on mangeait, et moi mon plat était un peu caché, parce quun éducateur était là mais il voyait pas, et quand il est rentré dans la cuisine il a vu A., et il a commencé à dire « Mais quest-ce que tu fais ? » Moi je parlais pas, je mangeais, et léducateur a commencé à crier sur A., « Les gars ça se fait pas ici, on na pas le droit de manger avec la main. » Il a continué à parler, mais moi à un moment jai pris la parole et on sest engueulé. Il a dit « et si Emmanuel Macron il arrive tout à lheure, est-ce que tu mangeras avec la main? » Jai dit « il est où Emmanuel Macron? Je sais que la France cest pour toi, mais la Côte dIvoire cest pour moi, je mange avec la main, tu peux pas me forcer à manger avec une cuillère », parce quon est chez nous ici, même si cest pas chez nous, on dort ici, on mange ici, on fait tout ici, donc cest chez nous. Il me dit « Et si on te voyait dans un restaurant ? » Je lui dis « Déjà moi jaime pas aller dans les restaurants, jaime pas, je préfère manger chez moi, à laise, tranquille, je bois mon eau et jai fini. » Avec un repas au restaurant ça me fait deux semaines de courses à la maison, donc chez moi cest mieux. Après dautres éducateurs sont arrivés et nous ont dit quon ne pouvait pas manger avec la main. Nous on a dit, « quand on mange, allez dans le bureau, fermez le bureau, et laissez-nous manger dans la cuisine. Vous êtes là pour travailler avec nous, pas pour venir faire votre loi comme vous faites avec vos enfants. » Ca sest passé comme ça avec eux. &lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%207.jpg"&gt; Après le chef est venu, il a essayé de nous obliger à manger avec une cuillère ou une fourchette, il a dit « parce que quand vous allez commencer votre apprentissage, vous allez manger avec des collègues, et si vous mangez avec votre main... » Jai dit « Déjà jai pas encore commencé lapprentissage, et quand je commence, si je vois que tous mes amis ont des cuillères, moi aussi je vais prendre une cuillère, je vais pas manger devant eux avec ma main. Mais ici je suis chez moi cest pour ça que je mange avec la main. » Si jai envie de manger avec ma main, je mange avec ma main. Tout est comme ça ici. Hier jai dit au nouvel éducateur, « Ici je vis dans une petite prison. Je vis dans une petite prison. »&lt;/p&gt;</content><category term="01"></category></entry><entry><title>La Méditerranée, cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;P:&lt;/strong&gt; Un jour un ami ma envoyé de la semoule de manioc, que nous on appelle en Côte dIvoire de lattiéké, quon mange beaucoup avec la main, jamais avec une cuillère, même les riches ils mangent avec la main. Ce jour-là jai fait de lattiéké, avec des haricots, des œufs, et on a mangé avec A. [un jeune pris en charge par lassociation]. On était à laise, on mangeait, et moi mon plat était un peu caché, parce quun éducateur était là mais il voyait pas, et quand il est rentré dans la cuisine il a vu A., et il a commencé à dire « Mais quest-ce que tu fais ? » Moi je parlais pas, je mangeais, et léducateur a commencé à crier sur A., « Les gars ça se fait pas ici, on na pas le droit de manger avec la main. » Il a continué à parler, mais moi à un moment jai pris la parole et on sest engueulé. Il a dit « et si Emmanuel Macron il arrive tout à lheure, est-ce que tu mangeras avec la main? » Jai dit « il est où Emmanuel Macron? Je sais que la France cest pour toi, mais la Côte dIvoire cest pour moi, je mange avec la main, tu peux pas me forcer à manger avec une cuillère », parce quon est chez nous ici, même si cest pas chez nous, on dort ici, on mange ici, on fait tout ici, donc cest chez nous. Il me dit « Et si on te voyait dans un restaurant ? » Je lui dis « Déjà moi jaime pas aller dans les restaurants, jaime pas, je préfère manger chez moi, à laise, tranquille, je bois mon eau et jai fini. » Avec un repas au restaurant ça me fait deux semaines de courses à la maison, donc chez moi cest mieux. Après dautres éducateurs sont arrivés et nous ont dit quon ne pouvait pas manger avec la main. Nous on a dit, « quand on mange, allez dans le bureau, fermez le bureau, et laissez-nous manger dans la cuisine. Vous êtes là pour travailler avec nous, pas pour venir faire votre loi comme vous faites avec vos enfants. » Ca sest passé comme ça avec eux. &lt;img alt="Tu le manges quand même c'est un plat français" src="../images/01/integration%207.jpg"&gt; Après le chef est venu, il a essayé de nous obliger à manger avec une cuillère ou une fourchette, il a dit « parce que quand vous allez commencer votre apprentissage, vous allez manger avec des collègues, et si vous mangez avec votre main... » Jai dit « Déjà jai pas encore commencé lapprentissage, et quand je commence, si je vois que tous mes amis ont des cuillères, moi aussi je vais prendre une cuillère, je vais pas manger devant eux avec ma main. Mais ici je suis chez moi cest pour ça que je mange avec la main. » Si jai envie de manger avec ma main, je mange avec ma main. Tout est comme ça ici. Hier jai dit au nouvel éducateur, « Ici je vis dans une petite prison. Je vis dans une petite prison. »&lt;/p&gt;</content><category term="01"></category></entry><entry><title>Lyon. Les CRA: pire que tout</title><link href="/lyon-cra-pire-que-tout.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/lyon-cra-pire-que-tout.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ya pas 3 solutions, ya 2 solutions, soit on sort, soit on meurt. La France, cest un pays, ya pas de droit. Le pays des Droits de lHomme ? Quels Droits de lHomme ? Ils sont où les Droits de lHomme ? Ya des gens …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Ya pas 3 solutions, ya 2 solutions, soit on sort, soit on meurt. La France, cest un pays, ya pas de droit. Le pays des Droits de lHomme ? Quels Droits de lHomme ? Ils sont où les Droits de lHomme ? Ya des gens ici qui nont rien fait. Ya des gens qui refusent le test et qui vont en prison et qui reviennent, cest des allers-retours. On sen fout si on mange pas une semaine, 2 semaines. Cest même pas la rage, cest même pas la colère, cest la hagra &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Cest pas quand je vais être mort que je vais être en colère, cest maintenant ! Je veux que quelquun vienne voir ce qui se passe ici, on devient fou »&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ces paroles d'une personne en grève de la faim au Centre de rétention administrative (CRA) de Lyon en 2021, ont été recueillies par le collectif Anti-Cra qui existe depuis janvier 2019.&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Ce collectif se donne justement comme buts principaux de soutenir les détenu·es et être un relais/mégaphone pour leurs revendications, notamment via la diffusion de témoignages et des nouvelles de l'intérieur&lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Il s'est formé pour remédier à l'absence voire à l'omission de la question des CRA dans les débats sociétaux et jusque dans les actions et réflexions des mouvements de gauche. L'objectif de ces publications est d'intervenir dans le discours médiatique mais aussi dans les milieux militants en portant une position abolitionniste, anti-raciste et anti-carcérale. Le collectif nous expose ici quelques éléments contextuels concernant les Centres de Rétention Administrative et le contrôle des personnes sans-papiérisées à Lyon, dans le but d'illustrer la manière dont les frontières se prolongent, répètent et reproduisent à lintérieur du territoire français. La plupart des choses évoquées ne sont pas spécifiques à Lyon, mais sont représentatives d'une structure répressive plus globale, qui se décline depuis des décennies et se durcit toujours plus.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;C'est quoi un CRA ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les centres de rétention sont des prisons sur le territoire, souvent à proximité de port ou d'aéroport, où la police surveille des personnes jusqu'à leur libération ou leur expulsion (90 jours max). On appelle cette rétention "administrative" car c'est une décision (le plus souvent une OQTF assortie d'une IRTF) prise par la Préfecture qui va déterminer son placement ou non (pas comme au pénal où  il faut avoir commis un délit ou un crime et avoir été jugé pour cela). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LÉtat Nation obsédé par le contrôle de ses frontières et l'expulsion des personnes illégalisées n'a cessée d'étendre les possibilités de refoulement. Le CRA en est un exemple parfait : lÉtat invente une frontière au cœur de son territoire. A l'instar des Zones d'attente, la frontière n'est plus un tracée sur une carte mais une fiction juridique exportable partout. Reste plus qu'à faire des murs, des cours grillagés et des déplacements sous contrôles policiers et, pour les puissances occidentales, rien de plus facile ! Le premier né en France est le Hangar de Arenc &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, installé clandestinement dans les années 1960 dans le port de Marseille. Il a servi à séquestrer les immigré·es algérien·nes non désirées avant de les déporter. On en dénombre aujourd'hui 20 en métropole et 4 en Outre-Mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA, aujourd'hui encadrés par la loi (CESEDA) &lt;sup id="fnref:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, n'ont pourtant rien perdu de la logique raciste, sécuritaire et coloniale : les étrangèr.es en France sont contrôlées, enfermées et expulsées dès que leur situation administrative est contestée (et tout est fait pour qu'elle soit très difficile à stabiliser). Derrière l'objectif affiché de maintenir les personnes enfermées le temps d'organiser leur expulsion, les CRA sont des lieux où la violence physique et psychologique s'exerce au quotidien par des organes de lÉtat (administration, police, tribunaux).&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Zoom sur Lyon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans la région Auvergne-Rhônes-Alpes, il existe deux CRA, juste à côté de laéroport de Lyon-Saint-Exupéry. 
Le premier a été construit en 1995 et a été agrandi deux fois : en 2019 et en 2020, avec l'ajout de préfabriqués pour une capacité de 140 places. Le deuxième, bâti en 2022, en compte le même nombre. Appelé « le CRA du futur », il s'inscrit dans le « Plan CRA » initié en 2017 par le ministère de l'Intérieur. Il doit servir de modèle pour les prochaines constructions : ultra-sécurisation, surveillance constante par caméra pour éviter au maximum le contact avec les détenus, espaces cloisonnés, menottage systématique pour les déplacements, mise à l'isolement fréquente. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan CRA prévoit une augmentation importante de la capacité de ces lieux de rétention, couplée à une criminalisation inouïe des personnes sans-papiériées. La loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur de 2023 (avec un amendement de Ciotti) prévoit d'atteindre les 3 000 places en rétention d'ici 2027 (en 2023 il y en avait environ 1900). Entre 2017 et 2023, 400 nouvelles places ont été crées, par la création de nouveaux CRA (Oissel, Béziers, Nantes, Aix-en-Provence, Nice, Mérignac, Mayotte) et par l'agrandissement d'autres (Strasbourg, Nîmes, Metz, Hendaye, Mesnil-Amelot). L'augmentation des places en CRA va de paire avec un arsenal juridique toujours plus répressif facilitant les placements. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il existe un « continuum de l'enfermement » pour les personnes sans-papiérisées, depuis leur arrivée sur le territoire français et jusqu'à leur expulsion &lt;sup id="fnref2:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, les CRA sont les lieux où ce continuum se matérialise, s'incarne et se ressent de la manière la plus concrète.
L'emplacement des CRA, d'abord, s'inscrit dans la mise à l'écart institutionnelle des personnes étrangères. A Lyon, les deux CRA se trouvent à plus de 30min en voiture et 1h de transport en commun du centre-ville. La distance et la complexité d'accès renforcent l'hermétisation de ces lieux. A cela s'ajoute la difficulté liée à contacter les personnes à l'intérieur. Aux deux CRA de Lyon, quand les cabines téléphoniques ne sont pas HS, il arrive que ce soit les flics qui répondent aux appels, comme si de rien n'était.
Il y a une dissimulation de tout ce qui se passe à l'intérieur : pas le droit à un téléphone avec caméra, grande difficulté pour les médias d'y entrer, silenciation des mouvements de contestation et de résistance, des grèves de la faim, mais aussi des suicides et des décès, qui, comme dans les autres prisons, ne sont pas autre chose que des assassinats dÉtat.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Pire qu'en détention, et de pire en pire...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis le début des activités du collectif, les témoignages recueillis se rejoignent invariablement sur les mêmes points : les conditions de rétention insupportables, "pires qu'en prison", le sentiment d'incompréhension, de choc et de dégoût, les violences physiques et psychologiques de la part des flics qui traitent les détenus "comme des animaux", la solitude, l'isolement, l'ennui.
On nous parle aussi des conditions d'arrestation très variées : dans des lieux très fréquentés comme les gares ou certaines grosses stations de métro ; lors de contrôles partout dans la ville ; à la préfecture, quand les personnes sous assignation à résidence s'y présentent pour signer ; ou encore en sortie de prison &lt;sup id="fnref2:4"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:4"&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, preuve de la stigmatisation et de la double peine à laquelle les personnes sans-papiérisées sont systématiquement soumises.
Dernièrement, on a pu assister à des arrestations à la sortie de lhôpital : aucun lieu ne semble ainsi pouvoir épargner les personnes illégalisées : la possibilité de se faire arrêter les suit partout où elles se déplacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les derniers durcissements de la criminalisation des personnes sans-papiérisées et la volonté affichée d'augmenter le nombre d'arrestations et de rendre plus efficaces et systématiques les OQTF, on remarque aussi de plus en plus de séjours en CRA qui senchaînent ou même qui s'alternent avec des séjours en prison. Après 4 jours (ou 48h selon certaines situations) de la sortie du CRA, une personne peut à nouveau être retenue et refaire 3 mois. Une personne nous a raconté être à son troisième séjour en CRA en une seule année ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La durée moyenne d'un enfermement en CRA a sensiblement augmenté ces dernières années, passant de 12.8 jours en 2017 à 28.5 en 2023. Pour minimiser encore plus les chances de libération par le juge de la liberté et de la détention (JLD, qui vérifie les conditions de la retenue à 48h puis au 28ème jour), la circulaire Retailleau de janvier 2025 demande aux préfets de faire systématiquement appel contre toutes les décisions de libération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les personnes enfermées dans les CRA en métropole, environ 35% sont déportées pendant leur rétention. Ce pourcentage monte à 84% en outre-mer (principalement à Mayotte où se trouve 60% des personnes enfermées en CRA en France)&lt;sup id="fnref:7"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:7"&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Pour diverses raisons, beaucoup de détenu.es ne sont pas ou difficilement expulsables, par exemple, si un consulat ne reconnaît pas une personne qui ne possède pas de passeport. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont donc enfermées en vue d'une expulsion qui n'arrivera pas. L'enfermement se révèle ainsi comme pure punition pour le fait de ne pas avoir les bons papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation de la "menace ou trouble à l'ordre public" est devenue quasi systématique pour justifier l'enfermement (contre la possibilité d'une assignation à résidence ou d'un délai de départ volontaire) . &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation policière des quartiers populaires et la répression contre les illégalismes vers lesquels de nombreuses personnes sans-papiérisées se tournent face à la pauvreté, engendrent ainsi une double peine et un double enfermement : on condamne au pénal et on expulse ensuite. C'était particulièrement visible lors des opérations "Place nette" menées par Darmanin, qui ciblaient la figure de l"étranger-délinquant".&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon ça se matérialise par une occupation policière du quartier de la Guillotière et par un harcèlement des personnes qui « zonent » place Mazagran ou place Dupont. Idem pour les arrêts de transport très fréquentés comme Part Dieu, Charpennes, Saxe Gambetta, Perrache, Gabriel Péri, ce qui impacte en plus le quotidien et le déplacement des personnes ciblées. Des copaines nous ont raconté leurs stratégies d'évitement des zones de contrôle et du calcul permanent de leur trajet au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Toute sorte d'abus, témoignages&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un ami enfermé en CRA raconte le silence (et l'inhumanité) du personnel auquel il se heurte quand il demande de l'aide et des renseignements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;"Jai écrit une plainte, ils lont prise et nont rien fait de plus. Je ne vois personne, ne rencontre personne, personne ne me parle. Il y en a un qui est venu me voir. Je lui demande: tu peux écrire ça au directeur? Il dit non. Tu peux écrire aux droits humains? Non."&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple de privation des droits fondamentaux à lœuvre dans les CRA : à l'intérieur, il est impossible pour les personnes d'avoir accès à des soins corrects. Voici un témoignage enregistré en avril 2024 au CRA St-Exupéry :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ça se passe comment quand tu demandes de voir des infirmières ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Des fois, avec de la chance, la première fois, tu demandes, ça peut être dans un jour. Mais cest un coup, ils tappellent pas. Jai fait la demande il y a 3 jours, mais jai pas vu linfirmière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sans explications ? Ils te disent pas quand tu pourras la voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Jai demandé à voir un médecin, je suis resté une semaine avec les douleurs. Cest des trucs de ouf en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Et comment ça se passe quand tu vois une infirmière? Comment ils traitent?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Bah en fait ils rigolent, ils parlent gentiment devant toi mais même eux ils sont contre nous. On sait pas ce quil se passe. Ils te donnent un truc, même si tes pas content et que tu retournes la voir pour lui dire « ouais ça sert à rien ça, faut changer, faut faire un truc », ils sen foutent. Dans la zone, ici, cest la dèche. On va dire que cest la jungle ici. Les toilettes elles ont pas de porte, tu mets un drap. Les chauffages y en a qui marchent pas. Y a un téléphone dans la zone, il est fait pour contacter des avocats, Forum et… pour faire pleins de trucs. Pareil, il marche pas. Le téléphone.. bah.. comment je vous explique… y a un téléphone accroché au milieu de la zone, cest pour tout le monde. Il marche pas. Ils ont pas le droit de laisser les téléphones comme ça. Des fois ils font le nettoyage, ils viennent, ils font le nettoyage et ils laissent même pas des sacs-poubelle pour mettre à lextérieur. Y a pas de sac-poubelle des fois. Cest rare quils mettent des sacs-poubelle. Du coup tu sors tu marches dans le couloir et tu trouves des sacs-poubelle à côté des chambres. Ici, cest invivable en fait ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À lautomne 2020, un prisonnier tabassé par les flics racontait comment le médecin avait minimisé ses blessures pour couvrir ses agresseurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour moi, cest pas un médecin. Cest pas un médecin. Il ma dit Ouais, je vois, tas une cicatrice sur ton front, tas des bleus sur la tête. Mais il y avait le policier à côté de lui. Mais franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Je lui ai dit, Toi tes pas un médecin en fait, tu viens me voir au mitard, tu me dis montre tes bras, montre tes jambes, mais déjà, quand tu viens me voir, devrait pas y avoir la police à côté de toi là, et, la vérité, je lui ai dit, tes pas un médecin toi, tes un policier, tes plus quun policier. Cest plus quun policier lui, je sais, je suis parti à linfirmerie le lendemain, je suis allé voir linfirmière pour porter plainte, tout ça, ils mont donné 0 jours dITT. Jai montré à linfirmière, Regarde, hier jétais pas bleu comme ça, jétais pas gonflé comme ça. Elle ma dit, Ouais, cest vrai, je vais parler avec le médecin. Ils mont pas appelé ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une seul solution: A BAT LES CRA !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2024 l'Ordre des avocat.es de Lyon demande la fermeture du CRA 2 pour conditions de rétention indignes et "atteintes aux droits fondamentaux des retenus ". La demande est rejetée par le Tribunal Administratif de Lyon &lt;sup id="fnref:8"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:8"&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.
En réalité, tout ce qui est dénoncé par le barreau de Lyon n'est que le reflet du système carcéral dans son entièreté : si l'on souhaite vraiment une vie digne pour toustes, il ne s'agit pas d'améliorer les conditions à l'intérieur de ce système, mais de l'abolir totalement.
L'enfermement ne représente qu'une facette de cette machine à fabriquer l'illégalisme, l'exclusion et l'inégalité entre les êtres, à travers un contrôle systématique des personnes considérées indésirables et une déclinaison de la frontière à tous les niveaux de la société et des rapports humains.&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;En Arabe, quelque chose comme misère, mais pas au sens de pauvreté, plutôt de maltraitance. Faire la misère à quelqu'un signifie qu'on lui fait passer un sale moment. C'est ça la hagra.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;sur le blog www.crametoncralyon.noblogs.org et sur les réseaux&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Voir témoignage anti-Cra de Marseille&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref2:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:4"&gt;
&lt;p&gt;Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref2:4" title="Jump back to footnote 4 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:5"&gt;
&lt;p&gt;Julia Gélot, Quand la frontière devient une prison. Lenfermement des migrants aux portes de lEurope, Éditions du Croquant, 2023&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:6"&gt;
&lt;p&gt;Robin Bouctot, De la prison au CRA, CQFD n. 241, mai 2025.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:6" title="Jump back to footnote 6 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:7"&gt;
&lt;p&gt;Cimade, Rapport 2023 sur les centres et locaux de rétention administrative&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:7" title="Jump back to footnote 7 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:8"&gt;
&lt;p&gt;Pierre Lemerle, Conditions de retentions « indignes » à Lyon, la justice rejette la demande de fermeture du « CRA du futur », Médiapart 24 octobre 2024&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:8" title="Jump back to footnote 8 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>Marseille. Un hangar sur le port</title><link href="/marseille-hangar-port.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/marseille-hangar-port.html</id><summary type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit a été élaboré à partir d'une émission de radio réalisée le 20 avril 2025 à la Courte Échelle, émission anti-carcérale sur Radio Galère. Le collectif Marseille Anti-CRA y discute avec Mustapha, passé par la prison clandestine d'Arenc …&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;h3&gt;Témoignage de la prison clandestine d'Arenc, ancêtre des CRA&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit a été élaboré à partir d'une émission de radio réalisée le 20 avril 2025 à la Courte Échelle, émission anti-carcérale sur Radio Galère. Le collectif Marseille Anti-CRA y discute avec Mustapha, passé par la prison clandestine d'Arenc dans les années 70, à l'occasion des 50 ans de la découverte de celle-ci et de l'affaire qui s'en est suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que collectif anti-CRA  de Marseille, on voulait aujourd'hui vous raconter cette histoire trop peu connue, voire invisibilisée, alors qu'elle nous semble révélatrice de toute une logique qui anime les centres de rétention encore aujourd'hui. On voulait surtout vous en parler parce qu'il semble que savoir d'où proviennent les CRA, et savoir comment on n'a pas voulu que ça se sache, ça les rend vraiment intolérables, et qu'on n'espère bien contribuer à ce qu'ils ne soient plus jamais tolérés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 50 ans à Marseille on découvrait l'existence d'un hangar sur le port qui servait de prison pour étrangers. Lorsque l'affaire d'Arenc éclate, en avril 1975, ce qui est révélé, c'est tout une mécanique de l'expulsion des personnes étrangères illégalisées qui a eu le champ libre pendant 12 ans pour se mettre en place, pour se rationaliser, à l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 ans pendant lesquelles le tri entre les bonnes et les mauvaises mobilités avaient été laissé à la discrétion d'un appareil administratif et policier hérité de la période coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 ans pendant lesquelles la dignité des personnes immigrées a été bafouée et leur parole étouffée.On découvre que pendant 12 ans tout a été fait en supposant que personne n'avait besoin de savoir ce que lÉtat faisait derrière ces murs, ni les personnes qui risquaient d'y être enfermées, ni les personnes au nom duquel lÉtat ose prétendre agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de ce qui allait devenir le premier centre de rétention administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Mustapha, tu es là ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je vous entends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Super ! Alors, est-ce que tu veux te présenter ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis Moustapha Mohamadi, je suis militant associatif aujourd'hui parce que je suis vieux. Mais à l'époque, j'étais militant actif pour défendre le droit des immigrés, pour le droit à vivre en sécurité contre les crimes racistes et contre la ségrégation. Depuis 72, il y a eu des grèves de la faim, et à chaque fois, il y a eu des répressions, des interventions de la police. En janvier 75, pendant une grève de la faim à Montpellier, la police a envahi le lieu, ils ont expulsé, ils ont chargé, ils ont tiré par les cheveux les personnes. Les Français, les gens du comité de soutien, ils les ont mis à part, ils les ont renvoyés chez eux, maltraités, insultés. Les grévistes de la faim, parqués dans des bus, ont été envoyés dans des centres de tri. Et une dizaine, qui d'après la police étaient zarma les meneurs, ils nous ont emmenés dans les commissariats, mais répartis, pas tous ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je me suis retrouvé avec un autre camarade dans les cellules du commissariat de Montpellier et deux jours après nous avons été embarqués par les gendarmes. On nous a fait rentrer dans un truc... Ça ne voulait rien dire... C'était un immense hangar. C'était le fameux centre de Arenc, qui était très peu connu, parce que personne ne le savait, même les avocats ne savaient pas son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on a été présentés à un juge, ni il y a eu de procès-verbal, ni il y a eu des interrogatoires ou quoi que ce soit. On nous a embarqués dans les commissariats et on s'est retrouvés dans les estafettes. Et on s'est retrouvés à Arenc, pour une expulsion rapide. Ce centre il existait depuis les années 50, c'est-à-dire avant l'indépendance de l'Algérie. Ils ont refoulé et expulsé des personnes qui étaient d'origine française à l'époque, puisque l'Algérie n'était pas encore indépendante. Alors, vous voyez, la discrimination avait commencé longtemps avant ces problèmes-là qui ont émergé, du racisme après l'indépendance de l'Algérie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion.
Et, pour être précis par rapport à la question, on ne connaissait pas. On savait qu'il y avait des expulsions. C'est à partir du moment où nous, une fois expulsés, nous avons expliqué, puis avec le travail de l'avocat qui a été fait en 75, que le scandale a éclaté. Alors qu'au niveau de la préfecture, ils étaient tous au courant. Il y a des traces écrites. Les archives ont toujours existé, mais le commissaire qui gérait ça dans le port de Marseille ne les a jamais transmis ni à la préfecture de police, ni au ministère de l'intérieur, ni à la direction de la police. C'était son bien à lui. Quand il est parti à la retraite, il les a déposés aux archives départementales. Donc c'est pour ça qu'il n'y avait pas de traces pour déventuels chercheurs qui demandaient des informations auprès de la police ou de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Comme tu l'as dit, il y avait une volonté de cacher ce qui se passait dans ce centre, d'en cacher l'existence même. Est-ce que tu veux raconter un peu comment ça a pu enfin être révélé ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai qu'il y avait une volonté de cacher le non-respect des règles de la République. C'est les responsables qui ont tout fait pour étouffer. Un hangar où la police régulièrement accompagne des personnes menottées et qu'on enferme sans droit de visite, personne ne les voit, et qu'après, ils les sortent, des fois c'est la nuit, quand il y a un vol la nuit, ou quand il y a un bateau qui part la nuit. Mais dans cet espace qui est le port de Marseille, qui est immense, où il y a les dockers, où il y a les autres policiers, où il y a les autres personnes qui travaillent, il ne faut pas nous faire croire qu'ils n'étaient pas au courant. C'était la loi de l'omerta, il ne faut rien dire, et les gens, quand ils voient quelqu'un menotté, emmené,  ils doivent se dire, celui-là, il a quelque chose à se reprocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y avait cette volonté d'étouffer, jusqu'à ce qu'un avocat, le jour où son client avait un sursis et qu'il devait sortir de chez le juge, il n'est pas sorti de chez le juge, la police l'avait embarqué. La famille de cette personne-là, ils ont vu que leur proche n'est pas sorti, ils ont vu que la police l'a embarqué. L'avocat, quand ils l'ont rappelé, il leur a dit « Suivez ce fourgon et vous me dites où c'est qu'il est allé ». Et c'est comme ça que la famille a suivi le fourgon de la police, et le fourgon est rentré dans le port. Eux, ils n'ont pas pu rentrer, mais c'est comme ça que l'avocat s'est rendu compte qu'on lui cachait quelque chose, puisque quand il interpellait le parquet, on lui disait : « Mais ça y est, on lui a accordé le sursis, il est en sursis », ou alors : « Non, on ne le connaît pas, on ne l'a pas chez nous, il n'est dans aucun commissariat ». Et l'avocat n'a pas baissé les bras, il voulait aller jusqu'au fond de cette histoire. Et c'est comme ça qu'il a découvert ce centre de rétention. Et il a mobilisé, entre autres, un journaliste, je crois, qui s'appelait Alex Panzani. Il a alerté les journaux de l'époque. Il y avait plein de journaux qui se sont saisis de ça, y compris la presse algérienne qui avait envoyé un journaliste qui a enquêté là-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme ça que le scandale a éclaté. Et les autorités de l'État ont essayé de nier, jusqu'à ce qu'il y ait plein d'articles et des reportages de radio, de télé. Mais l'État n'a pas été condamné, puisque tout de suite après ils ont légalisé le centre par la loi, il est devenu légal. Et du coup ils ont créé d'autres centres. C'est-à-dire, le truc inhumain est devenu quelque chose de légal et acceptable et c'est aujourd'hui les centres de rétention. Voilà un peu comment on a réglé le problème d'un truc illégal, inhumain. Il est resté inhumain, mais il est devenu légal parce que le législateur a décidé qu'il est légal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et à l'époque, je veux dire avant que ça devienne légal, est-ce qu'il y a eu des mobilisations ? Comment tu expliques qu'elles ont échoué ou que ça a pu rentrer en droit ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu à Marseille un collectif d'Arenc qui a fonctionné quand le scandale a éclaté. Il y avait des manifestations, des militants, des associations qui étaient mobilisés contre la prison d'Arenc avant qu'elle soit légalisée. Il y a eu un collectif qui a fonctionné pendant longtemps, jusqu'aux années 70-78, je pense. Et je sais pas, je sais que la semaine qui vient, il y a une rencontre avec un collectif et un syndicat qui organisent une projection du film « Un hangar sur le port » (voir bibliographie) avec le réalisateur. Le fait qu'il y a eu ce documentaire qui a sorti de l'anonymat, ce scandale, c'est déjà, à mon avis, une bonne chose. Ne serait-ce que pour les victimes. C'est-à-dire, en gros, on vous embarque, on vous met au centre de Arenc, vous ne savez pas pourquoi vous êtes là et vous ne savez pas où vous allez partir ni quand. Et le problème, c'est que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, une grande partie ne sont jamais revenus... Qu'est-ce qu'ils sont devenus ? Ou bien ils sont revenus par un autre biais puis ils sont restés discrets. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de témoignage. Le seul témoignage qui avait existé avant la reconnaissance c'est ce qui était apparu dans la presse après le scandale qui a éclaté, après les articles et tout ça jusqu'à la légalisation. Là ç'a commencé à bouger, les gens surveillaient de plus près des membres de leur famille qui étaient arrêtés etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es en train de dire qu'il y a des personnes qui sont passées par le centre, qui sont revenues après mais qu'elles n'ont pas osé prendre la parole et qu'il a fallu attendre que ce soit un avocat, qui ne soit pas dans la même situation administrative, qui s'empare du sujet, pour que ça puisse sortir parce qu'il n'y a que lui qui avait la possibilité d'être écouté, puisque en fait les autres sans papiers on ne les écoutait pas... Et j'ai l'impression que ça se sent un peu dans le film, que la parole est beaucoup donnée à cet avocat là, vraiment... Toi t'es passé avant du coup ? T'es passé avant le scandale ?
Non c'est-à-dire que la plupart de ceux qui sont passés par Arenc, ils n'avaient pas un arrêté d'expulsion, c'est pour ça que je dis ils ont légalisé : ils ont légalisé en faisant passer les internés dans ces centres de rétention, ils les ont fait passer par une décision judiciaire, c'est à dire qu'on ne peut pas contester. A l'époque, il n'y avait pas ça : la plupart c'était ceux qui descendaient du bateau ou de l'avion et tout de suite on les a refoulés et en attendant l'expulsion ils étaient dans ce centre. Ou alors c'était des personnes comme moi, arrêtées par la police après une manif, et qui ont été tout de suite transférées du commissariat à Arenc, sans respecter les procédures légales, à savoir : on te présente à un juge, le juge te signifie ton expulsion, ton retour, d'aller en prison etc. Quand vous êtes en prison, il y a le droit de visite. Tes proches, ton avocat peuvent venir vous voir, tu peux correspondre, tu peux téléphoner. A Arenc, il n'y avait pas de possibilité de communiquer avec l'extérieur, parce que personne ne savait où c'était. Vous-même vous saviez pas où vous étiez. Il n'y avait ni le moyen de téléphoner ni le moyen d'appeler quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du coup c'était impossible pour les personnes qui passaient dedans de communiquer avec l'extérieur et de dire ce qui leur arrivait et une fois qu'elles étaient sorties personne ne les aurait crues parce qu'il n'y avait aucune trace...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de trace. Impossible. Il n'y a aucun procès verbal fait par un juge qui me signifie de quitter le territoire. Vous voyez un peu le scandale. Et moi je pense qu'à l'époque... On ne va pas faire le procès des gens de l'époque qui étaient là-bas, qui travaillaient dans le port, dans les différents services et les policiers et le personnel du port... Mais il ne faut pas dire qu'ils ne savaient pas. Peut-être que ce n'était pas leur priorité à l'époque...
Oui c'est ça peut-être qu'au-delà de la matérialité même du centre qui empêchait que la parole des gens enfermés sorte, il y avait peut-être aussi un contexte qui faisait que la parole des gens qu'on enfermait de toute façon était assez peu relayée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est simple : on est emmené par des gendarmes ou des policiers, on nous fait monter là-haut, c'est un policier qui ouvre le hangar, qui fait rentrer les personnes qui l'ont accompagné. Il lui signe le papier comme si c'était une marchandise qui vient d'être livrée. Lui il repart, il rentre dans son service ou dans le patelin d'où il est venu, et les autres ils referment la porte derrière, mais le port continue ses activités, ça continue, ça va, ça vient. On charge et on décharge les bateaux. Et quand vous êtes à l'intérieur comme c'est en hauteur c'est très haut, tout est enfermé, vous ne pouvez même pas crier, même si vous criez avec le bruit qu'il y a dans le port personne ne vous entend. Donc et d'autant plus que personne ne savait l'existence de ça, donc vos proches, s'ils savaient que vous avez été arrêtés, ils pouvaient chercher partout : au commissariat, au tribunal, à la prison, il n'y avait pas de traces.
En tous les cas je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces personnes qui ont été maintenues dans l'ombre, dans le déni de leurs droits, de leur existence, de leur personnalité. J'espère que ça aura un écho pour qu'à l'avenir on n'ait pas ce genre de choses qui se reproduisent ici.
Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à l'heure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POUR ALLER PLUS LOIN&lt;/strong&gt;    &lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Radio galère&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;insta/site de Marseille AntiCRA&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;« Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Olivier Bertrand, Un hangar sur le port (Ina, France TV et Al Jazeera) diffusé le 4 octobre à 21h45 sur France 3, puis en replay sur france.tv&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</content><category term="03"></category></entry><entry><title>La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</title><link href="/mediterranee.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/mediterranee.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de …&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une conversation/interview avec notre amie Sophia, autour de la Méditerranée. À  l'intérieur on trouve des concepts forts tels que « apartheid des mobilités », « refoulements par procuration » et « autonomie des migrations » qu'on oubliera pas de sitôt. Le tout dans un mélange captivant de colère et lucidité, que nous appellerons de la combativité !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Salut Sophia ! Je suis très content de te retrouver ! Nous nous sommes rencontré.es pour la première fois au Transborder Camp à Notre-Dame-Des-Landes en 2022, nous nous sommes revu.es à l'occasion d'un week-end organisé par le réseau Welcome to Europe (w2eu.info) et aujourd'hui nous allons papoter pour Ravages. Je sais que tu es l'autrice de diverses publications sur la migration &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, lexternalisation des frontières et la liberté de circulation. Je sais aussi que tu travailles pour le CMRCC (Civil Maritime Rescue Coordination Centre) et que tu es impliquée dans les activités d'Alarm Phone et du bateau Louise Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravages :&lt;/strong&gt; Nous allons donc parler Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de questions que je voudrais te poser et je ne sais pas par où commencer. Pourrais-tu nous dresser un tableau d'ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres. &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophia :&lt;/strong&gt; Je peux essayer. Comprendre ce qui se passe en Méditerranée implique dabord de sortir dun discours naturalisant et fataliste. On entend souvent parler de « tragédies », comme si le sort des personnes exilées en Méditerranée dépendait de leur combat avec des forces naturelles immaîtrisables. Or, les naufrages, les morts et les disparitions, ce sont les conséquences directes des politiques élaborées en toute conscience par les États européens, avec la complicité de certains États du Sud. Ce sont ces politiques racistes et meurtrières qui, dans une logique dapartheid de la mobilité &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, transforment les personnes exilées en corps indésirables et font le tri entre celles et ceux dont la vie compte et les autres.
@ -1050,4 +1164,61 @@ Mais il faut pouvoir contrôler. Parce que un peu ça taide trop. Tu en prend
&lt;p&gt;Le Rivotril est utilisé dune manière similaire au Lyrica.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Rivotril est utilisé dune manière similaire au Lyrica.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:5" title="Jump back to footnote 5 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt; &lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt; &lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="01"></category></entry></feed> &lt;/div&gt;</content><category term="01"></category></entry><entry><title>Turin. Histoire d'une trêve</title><link href="/turin-histoire-treve.html" rel="alternate"></link><published>2023-12-04T00:00:00+01:00</published><updated>2023-12-04T00:00:00+01:00</updated><author><name>ravages</name></author><id>tag:None,2023-12-04:/turin-histoire-treve.html</id><summary type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les CPR (Centri di Permanenza per il Rimpatrio) c'est les CRA d'Italie, avec quelques différences. Par exemple, chez nos voisin.es la rétention administrative peut durer jusqu'à 18 mois, depuis que Salvini et Meloni se sont amusées à rivaliser en cruauté, en augmentant le terme de 90 à 180 jours …&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</summary><content type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les CPR (Centri di Permanenza per il Rimpatrio) c'est les CRA d'Italie, avec quelques différences. Par exemple, chez nos voisin.es la rétention administrative peut durer jusqu'à 18 mois, depuis que Salvini et Meloni se sont amusées à rivaliser en cruauté, en augmentant le terme de 90 à 180 jours et de 180 jours à 18 mois. En plus de ça, deux des douze CPR actifs en Italie se trouvent... en Albanie, suite au Protocol Italie-Albanie, établi le 15 février 2024 pour une durée de 5 ans, qui semble séduire les gouvernements fascistes de notre continent.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cet article parle d'une trêve qui a duré deux ans, pour le collectif Anti-CPR de Turin, mais surtout pour le quartier et toute la ville de Turin, avec une baisse significative de leur "chasse à l'homme sans papiers" . La trêve a commencé en mars 2023, quand un grand incendie déclenché par les détenus a provoqué la fermeture du centre de Via Brunelleschi, et elle s'est terminé le 25 mars dernier, quand il a rouvert (et refermé) ses portes. Mais il a suffi de quelques semaines pour que ce lieu infâme et hautement inflammable brûle à nouveau, le soir du 1er mai, et se retrouve une nouvelle fois impraticable pour cinq sixième de sa structure.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;On aimerait pouvoir se réjouir de ce dernier incendie comme de tous les autres qui se sont déclarés et se déclareront prochainement, dans tous les types existants de prison. Mais une bien triste nouvelle nous en empêche : celle de la mort plus que suspecte d'Hamid Badoui, le 19 mai dans la prison Le Vallette de Turin. L'homme, résident depuis quinze ans en Italie, avait été enfermé dans le CPR de Bari suite au non-renouvellement de son titre de séjour. Du CPR de Bari, il est déporté dans celui de Shengjin (Albanie), jusqu'à ce que la Cour de Cassation atteste que sa rétention est illégale. Une fois libéré, il est à nouveau arrêté dans les rues de Turin et violemment maîtrisé par les agents de la police. La suite nous apprend qu'il se serait pendu dans la nuit avec les lacets de ses chaussures. « Mieux la prison que Shengjin » seraient son dernier message à son avocat. Plusieurs associations et collectifs réclament une autopsie.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soirée de l'hiver 2023, le téléphone-expulsion sonnait. Il était tard, à l'autre bout du fil les gars hurlaient. Le CPR de Corso Brunelleschi était en feu. On s'est arraché à nos occupation pour s'y précipiter, incrédules. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrière les murs montait dans la nuit un noir plus dense de fumé et l'on sentait partout lodeur pointue des gaz et du brulé. L'odeur du désordre. 
On a fait ce qu'on fait toujours, ce qu'on sait faire en somme, pas grand chose, du bruit et des pétards pour réchauffer les rues de leurs silence de mort. &lt;strong&gt;FREEDOM HURRYA LIBERTÀ.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, dans un bref contour en ombres, on les a vus. Les lampadaires silhouettaient durement les contre-jours. Ils étaient bien là, ces gars qui n'étaient jusqu'à présent que les voix accrochées à une cabine téléphonique, debout et hilares sur les toits des baraques de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;"Tout le monde crie ici, fait du bruit et il y a encore des gars sur le toit. Les flics sont devant les portes. Même la zone jaune fait comme nous. On en a assez. Les flics sont sortis des cages et ils ont peur dentrer. On crie. On ne se sent plus comme des êtres humains... Deux camions de police sont arrivés, ils entrent peut-être ici..." &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tout est retombé ensuite, c'est curieusement la pensée du feu enfin éteint qui a rendu plus plausible encore cette nuit là. Si la beauté pouvait mourir c'est qu'elle existait vraiment.
Cette révolte allait tout changer. 
A nous qui sommes né.es avec l'idée d'un monde irréversible, il nous semblait enfin qu'il s'était ouvert une porte, une perspective. Quelques personnes avaient réussi à arracher une parcelle de liberté et à graver une certitude: face à la résignation ou à l'asservissement, à la mort programmée ou à la folie, répond parfois la révolte.
Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait.
S'en était finit, ils avaient gagné.
Ça a duré 2 ans, la trêve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction fondamentale des centres de rétention est d'une part l'évidente mise à profit de l'enfermement et de l'expulsion d'un bon nombre de personnes « sans papier », en retirant des rues une partie de ce surplus humain qui n'a pas (ou plus) trouvé de valorisation dans « l'inclusion » aux modèles capitalistes.
D'autre part les centres sont la matérialisation ultime du chantage à l'asservissement des personnes libres. Ils agissent comme un moyen de dissuasion, en instillant la peur, en bridant les résistances, pour imposer toujours plus efficacement des conditions de vies précaires au sous-prolétariat et au prolétariat majoritairement racisés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les centres de rétention ont toujours et surtout été les structures fondamentales pour assurer la perpétuation d'un ordre colonial alimenté aujourd'hui encore par une rhétorique de guerre suffocante, sur la menace du fameux « ennemi intérieur ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'actualité de ces derniers mois n'allait encore que nous le confirmer. 
Aux portes de l'Europe, débutait un génocide algorithmique perpétré en mondovision, visant le raffinement sadique du colonialisme de peuplement israélien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que là-bas les Palestinien.nes sont soumises à la rétention administrative &lt;sup id="fnref:1"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:1"&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; depuis le début de l'occupation israélienne en 1967 et qu'ils l'étaient déjà auparavant de la même manière, sous le mandat britannique. Outil de punition collective, les centres de rétention utilisés surtout depuis la seconde intifada de septembre 2000, permettent à l'armée israélienne de retenir indéfiniment des prisonniers sans procès, sur la base d'informations tenues secrètes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la même manière en Italie, la répression de la résistance palestinienne et de sa solidarité internationale a explicité clairement le glissement de l'utilisation de la rétention administrative à des fins purement punitives. Les procédures sont accélérées et permettent ainsi en un éclair de légaliser une détention arbitraire et expéditive.
Par exemple à l'hiver 2024, à la suite d'une demande d'extradition des autorités israéliennes, trois Palestiniens (Ali, Anaan et Mansour) se retrouvent incarcérés en prison de haute sécurité, accusés d'association subversive à des fins de terrorisme internationale.
En septembre dernier, alors que le tribunal avait ordonné la libération immédiate de l'un des trois, Mansour Doghmosh se voit immédiatement conduit au CPR de Ponte Galeria (Rome), à peine sorti de prison. C'est l'argument de la « pericolosità sociale » &lt;sup id="fnref:2"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:2"&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; qui est mis en avant par le préfet pour maintenir la détention hors du cadre pénal et suffit à incarcérer Mansour de nouveau, même si sa libération vient d'être ordonnée, en raison de l'absence d'éléments circonstanciels sérieux.
On peut aussi citer l'exemple du réfugié politique algérien Seif Bensouibat, éducateur détenu quelque temps dans le même CPR, à la suite de messages en soutien au peuple palestinien sur un tchat privé.
De la même manière et dans le silence le plus totale, nous avons su qu' il y a quelques mois, des jeunes partis des quartiers Nord de Turin à une manifestation nationale à Milan, ont été arrêtés puis mis en CPR à leurs retour. L'un d'entre eux a été déporté depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un climat de propagande belliqueuse, on note a quel point l'utilisation institutionnalisé de la « pericolosità sociale » permet, dans une  référence directe mais induite à la symbolique de l'ennemi interne l'expérimentation toujours plus étendue de sa criminalisation. 
Plus généralement l'utilisation, dans les articles de loi, d'un lexique extrêmement vague, permet de fait une application toujours plus subjective et extensible de la loi.
Le passage direct de la prison au CPR n'est pas non plus une nouveauté procédurale : il arrive de plus en plus souvent qu'après avoir purgé leur peine, les personnes sans papiers (ou n'ayant pas pu les renouveler pendant leur incarcération) soient envoyées quelques mois de plus derrière les murs d'un CPR, parfois pour être déportées vers leur pays d'origine, ou simplement pour purger une sorte de deuxième peine plus afflictive et violente encore.
Les personnes ici citées le sont comme exemples parce qu'elles nous semblent extrêmement emblématiques en ce qu'elles subissent les répercutions répressives directes de l'actualité de ces derniers mois. Mais elles permettent surtout de rendre compte d'un des mécanismes raciste et colonial sur lequel se base la gouvernance néolibérale. Il faut pour cela rester attentif à ce que la médiatisation de cas isolés et leur narration personnalisante ne participent pas à l'invisibilisation d'une réalité systémiques massive. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, et comme un Napoléon en campagne, Georgia Meloni foulait de ses bottes le sol albanais pour y négocier la construction de nouvelles colonies pénales, reconfirmant l'épanouissement du concept expansionniste italien depuis sa chute et son expulsion par la résistance en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas albanais est devenu pendant cette trêve notre centre d'intérêt principal, puisqu'il redéfinit plus clairement la ligne européenne de relocalisation de la rétention « administrative » et de la torture, ainsi que sa stratégie d'annihilation brutale de l'excédent humain du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils espèrent que plus on est loin des yeux, plus on est loin du cœur.
Ils ont déplacé les cages à la périphérie des villes, près des vaches, quelque part dans un pré.
Sur des îles, en pleine mer, parmi les poissons.
Ils ont fait pousser des murs, ajouté des barbelés et des cadenas pour leurs trousseaux de clés.
Ils ont même créé un nouveau bateau-prison, un engin flottant pour enfermer les sans papiers au large de la Manche. Le Bibby Stochkolm. Quel nom. &lt;sup id="fnref:3"&gt;&lt;a class="footnote-ref" href="#fn:3"&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord avec l'Albanie est une nouvelle démonstration du projet d'externalisation des frontières européenne, avec la coopération des gouvernements du pourtour méditerranéen, par le biais de soi-disant accords bilatéraux avec des pays tiers sûrs. La collaboration des gouvernements de ces pays est rendue possible par l'injection d'argent nécessaire pour « stabiliser » l'économie, en alimentant le récit si cher à Meloni de la « revendication du droit de ne pas migrer ». 
Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une tendance à long terme: délocalisation des frontières, délégation du contrôle, expérimentation technologique et juridique massive...Il s'agit d'éléments consolidés des politiques migratoires contemporaines, à partir desquels le « modèle albanais» a pris forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux nouveaux CPR de Gjader et Shengjin, s'applique une double juridiction: italien à l'intérieur des murs des installations, albanais à l'extérieur. La présence d'une prison à l'intérieur du camp est donc justifiée par cet arrangement juridique, qui souligne une fois de plus le lien entre la rétention administrative et la détention pénale. La présence d'une prison italienne en territoire albanais n'est pas sans rappeler les prisons fascistes d'Érythrée, dernières prisons italiennes en terre étrangère, et leur matrice purement coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les politiques de dissuasion mises en place depuis des années, il semble donc que l'Europe soit prête à intervenir de manière tout aussi radicale dans l'expulsion forcée des personnes qui sont restées ou sont devenues illégales sur son territoire. C'est en tout cas ce qui ressort pour l'instant de la nouvelle proposition de la Commission européenne de mars dernier où le protocole italo-albanais a été érigé en modèle dans la mise en œuvre du dernier Pacte européen sur la migration et lasile. L'Europe devrait bientôt disposer d'un nouveau cadre législatif commun qui permettra aux États membres, d'accélérer et de simplifier les procédures d'expulsion, ainsi que d'autoriser et d'étendre, sur le modèle albanais, le transfert des demandeurs d'asile déboutés en attente d'expulsion en dehors de l'UE vers des « centres de retour » spécialement construits pour les expulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trêve est finie aujourd'hui. Le 25 Mars dernier le CPR de corso Brunelleschi rouvrait ses portes. Mais il est certain qu'il y aura d'autres révoltes et autant d'autres mobilisations en solidarité avec les prisonniers et contre le génocide en cours à Gaza au Soudan et ailleurs encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les CPR sont une stratégie répressive en amont pour décourager la lutte des classes oppressés en les tenant en échec, il nous paraît alors que peut être cette lutte la soit en quelques sorte une lutte d'introductive à toute les autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En intersection et en solidarité, élargissons la brèche ! &lt;strong&gt;Free Palestine ! Fuoco ai CPR !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class="footnote"&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id="fn:1"&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-être le bon moment pour expliquer la différence entre détention pénale et rétention administrative, même si tout ce que vous lirez dans ces pages montre bien à quel point cette distinction est et a toujours été, en France comme partout ailleurs, seulement théorique : contrairement à la détention, la rétention administrative ne devrait pas être une mesure punitive en soi. Elle devrait être prise à l'encontre d'une personne étrangère en situation irrégulière dans le but exclusif de l'expulsion, et devrait s'appliquer seulement dans des cas très spécifiques.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:1" title="Jump back to footnote 1 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:2"&gt;
&lt;p&gt;Que nous traduirons littéralement par « danger social » et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la notion de « trouble ou menace à l'ordre public », dont l'utilisation prolifère ces derniers temps dans le système judiciaire français.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:2" title="Jump back to footnote 2 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id="fn:3"&gt;
&lt;p&gt;Sacré nom et sacrée histoire vraiment : John Bibby, fondateur de la compagnie de transports maritimes britannique Bibby Line, actuelle propriétaire du Bibby Stocholm, commença sa carrière au début du XIX siècle avec trois bateaux affrétés pour la traite des esclaves. Il fut mystérieusement (et bienheureusement) tué en 1840, mais sa compagnie a continué de prospérer jusqu'à aujourd'hui. Deux siècles d'expertise dans le sang et le pognon. Chapeau.&amp;#160;&lt;a class="footnote-backref" href="#fnref:3" title="Jump back to footnote 3 in the text"&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><category term="03"></category></entry></feed>

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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
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<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
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<li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li> <li><a href="/mediterranee.html">La Méditerranée : cimetière, scène de crime, territoire de lutte</a></li>
<li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li> <li><a href="/fuoco-ai-cra.html">Fuoco ai CRA ! Feu aux CPR !</a></li>
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<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
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<h1>Edito</h1> <h1>Edito</h1>
<h4>Ravages n°03, été 2025</h4> <h4>Ravages n°03, été 2025</h4>
<p>Persistons donc.</p> <p><strong>Persistons donc.</strong></p>
<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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<p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p> <p>Persister, voilà un mot qui nous inspire. Persister c'est plus que résister : c'est ce qu'on fait quand on résiste depuis tellement longtemps qu'on ne saurait plus trop quoi faire d'autre. C'est quand on s'obstine à se battre même si tout le monde (nous compris, par moment) estime que c'est foutu. C'est quand on continue d'exister en dépit de tous les pouvoirs en place, grands et petits, qui nous considèrent des anomalies en voie de disparition, des trublions ingérables, des amateur.ices idéalistes, une bande de faibles à éradiquer. Persister, c'est tenir un pied dans une porte que d'autres considèrent fermée à double tour. C'est quand tu grattes grattes, la tache est toujours là. C'est « Gagner jamais, lutter toujours ! », cette phrase que nous avons lu sur le frigo d'une coloc de copaines, traduite du grec probablement. Persister comme des graines dans la neige.</p>
<p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p> <p>Nous traversons en ce moment à Briançon une crise sans précédent. Au printemps 2025, le Refuge Solidaire a failli disparaître, ébranlé par la chute généralisée des financements au milieu associatif. La situation est toujours critique : si ce lieu continue d'exister au moment où nous écrivons, c'est grâce à un énorme élan de générosité. Ç'a été beau de voir les membres du Collectif-maraudes, traditionnellement politisées côté No-border, prendre en charge l'accueil sept nuits sur sept au Refuge quand toustes les veilleur.euses salariées ont été licenciées. Ç'a été beau de voir le nouveau Conseil d'Administration du Refuge (le précédent étant si méfiant vis-à-vis de ces « extrémistes ») demander leur aide, s'y adapter, faire confiance. Et c'est beau de voir que, tant bien que mal, pour le moment, ça marche.</p>
<p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p> <p>Mais nous persistons à défendre notre point de vue radicalement anti-étatique. Nous ne croyons pas à la stratégie légaliste de certains de nos camarades, qui persistent (elleux aussi, ben oui!) à vouloir visibiliser par tous les moyens les ravages des actuelles politiques migratoires, en espérant en un sursaut de décence de la part d'institutions qui, depuis qu'elles existent, semploient à ériger racisme, classisme et sexisme en rempart contre toute menace à l'ordre établi et aux privilèges qui le structurent. Mais nous nous sentons très éloignées aussi des niaiseries colibristes et de leurs si-chacun.e-fait-sa-part qui devraient sauver le monde. Nous ne croyons à rien de tout ça. Nous nous inspirons plutôt des logiques de l'action directe, la moins hiérarchisée que possible, aussi peu salariée que possible, la plus indifférente que possible aux pièges de l'opinion publique et des consultations faussement démocratiques. Ou au moins nous essayons. Nous nous sentons proches des contrebandièr.es et des passeur.euses, des collectifs anti-CRA et anti-CPR, des Cafés éthiques où on rediscute nos pratiques, des bateaux qui apportent un secours en pleine mer, de nos copaines enfermées dans toute sorte de prisons, CRA ou Algeco, et de celles qui subissent des discriminations au quotidien et réfléchissent à comment faire pour aller de l'avant.</p>
<p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p> <p>Et c'est de tout ça qu'on parle dans ce numéro.</p>
<p><img alt="Des dessins de petites tortues" src="../images/03/edito.jpg"></p>
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@ -51,6 +50,8 @@
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@ -118,8 +118,6 @@ L'enfermement ne représente qu'une facette de cette machine à fabriquer l'ill
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@ -127,6 +125,8 @@ L'enfermement ne représente qu'une facette de cette machine à fabriquer l'ill
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@ -47,6 +47,7 @@
<p>12 ans pendant lesquelles la dignité des personnes immigrées a été bafouée et leur parole étouffée.On découvre que pendant 12 ans tout a été fait en supposant que personne n'avait besoin de savoir ce que lÉtat faisait derrière ces murs, ni les personnes qui risquaient d'y être enfermées, ni les personnes au nom duquel lÉtat ose prétendre agir.</p> <p>12 ans pendant lesquelles la dignité des personnes immigrées a été bafouée et leur parole étouffée.On découvre que pendant 12 ans tout a été fait en supposant que personne n'avait besoin de savoir ce que lÉtat faisait derrière ces murs, ni les personnes qui risquaient d'y être enfermées, ni les personnes au nom duquel lÉtat ose prétendre agir.</p>
<p>Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de ce qui allait devenir le premier centre de rétention administrative.</p> <p>Bref, il y a 50 ans à Marseille, en avril 1975, on découvrait l'existence de ce qui allait devenir le premier centre de rétention administrative.</p>
<p>Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.</p> <p>Longtemps cachée à la population, la prison d'Arenc a quand même laissé beaucoup de traces : registres, instructions, plans, rapports et notes de service. Une fois que le scandale a éclaté, il y eut de nombreux articles de presse, des reportages télévisés et une enquête journalistique bref, tout un tas d'archives nous permettent d'en faire l'histoire, et certain.es ont déjà commencé à la faire. Mais ça ne peut être qu'une histoire, celle de ce que l'administration et la presse de l'époque ont trouvé digne d'être retenu. Or il y a, derrière ces documents, des vies, des désirs, des souffrances et des révoltes qui ont été jugées non dignes d'apparaître. Alors, pour raconter cette autre histoire de la prison d'Arenc, on a décidé de discuter avec Mustapha.</p>
<p><img alt="Photo de l'extérieur de la prison d'Arenc, avec un panneau indiquant Hangar A" src="../images/03/CPR_Marseille/01_arenc_prison_clandestine.png"></p>
<p><em>Mustapha, tu es là ?</em></p> <p><em>Mustapha, tu es là ?</em></p>
<p>Oui, je vous entends.</p> <p>Oui, je vous entends.</p>
<p><em>Super ! Alors, est-ce que tu veux te présenter ?</em></p> <p><em>Super ! Alors, est-ce que tu veux te présenter ?</em></p>
@ -54,6 +55,7 @@
<p>Moi, je me suis retrouvé avec un autre camarade dans les cellules du commissariat de Montpellier et deux jours après nous avons été embarqués par les gendarmes. On nous a fait rentrer dans un truc... Ça ne voulait rien dire... C'était un immense hangar. C'était le fameux centre de Arenc, qui était très peu connu, parce que personne ne le savait, même les avocats ne savaient pas son existence.</p> <p>Moi, je me suis retrouvé avec un autre camarade dans les cellules du commissariat de Montpellier et deux jours après nous avons été embarqués par les gendarmes. On nous a fait rentrer dans un truc... Ça ne voulait rien dire... C'était un immense hangar. C'était le fameux centre de Arenc, qui était très peu connu, parce que personne ne le savait, même les avocats ne savaient pas son existence.</p>
<p>Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on a été présentés à un juge, ni il y a eu de procès-verbal, ni il y a eu des interrogatoires ou quoi que ce soit. On nous a embarqués dans les commissariats et on s'est retrouvés dans les estafettes. Et on s'est retrouvés à Arenc, pour une expulsion rapide. Ce centre il existait depuis les années 50, c'est-à-dire avant l'indépendance de l'Algérie. Ils ont refoulé et expulsé des personnes qui étaient d'origine française à l'époque, puisque l'Algérie n'était pas encore indépendante. Alors, vous voyez, la discrimination avait commencé longtemps avant ces problèmes-là qui ont émergé, du racisme après l'indépendance de l'Algérie.</p> <p>Alors, je tiens à dire que moi, quand on m'a arrêté avec les camarades, ni on a été présentés à un juge, ni il y a eu de procès-verbal, ni il y a eu des interrogatoires ou quoi que ce soit. On nous a embarqués dans les commissariats et on s'est retrouvés dans les estafettes. Et on s'est retrouvés à Arenc, pour une expulsion rapide. Ce centre il existait depuis les années 50, c'est-à-dire avant l'indépendance de l'Algérie. Ils ont refoulé et expulsé des personnes qui étaient d'origine française à l'époque, puisque l'Algérie n'était pas encore indépendante. Alors, vous voyez, la discrimination avait commencé longtemps avant ces problèmes-là qui ont émergé, du racisme après l'indépendance de l'Algérie.</p>
<p>Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.</p> <p>Quand je me suis retrouvé dans ce centre, je ne savais pas ce qui m'attendait. On ne nous a rien dit. C'était un truc surréaliste, un immense hangar avec des cages où on était séparés d'un couloir. D'un côté, les cages, c'était pour les hommes. De l'autre côté, en face, il devait y avoir trois ou quatre mètres de distance entre chaque rangée de cages, il y avait des femmes. C'était un immense hangar ! On ne savait pas à quoi il servait avant. En tous cas, quand on s'est retrouvé là-bas, il servait à enfermer les indésirables qui n'ont été, dans la plupart des cas, ni jugés, ni condamnés.</p>
<p><img alt="Affiche indiquant : Non à la prison d'Arenc - Aujourd'hui contre les travailleurs immigrés, demain contre tous les travailleurs. En illustration, un silhouette noire en cage et une silhouette blanche lèvent les poings." src="../images/03/CPR_Marseille/02_affiche_arenc.jpg"></p>
<p><em>Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?</em></p> <p><em>Quand vous vous y êtes retrouvés, vous n'aviez jamais entendu parler de ça ? Parmi les travailleurs immigrés, vous n'aviez jamais entendu cette histoire-là, de personnes qui avaient disparu, qui s'étaient faites enfermer ?</em></p>
<p>Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion. <p>Nous, à cette époque-là, pendant les grèves de 73 et 74, on savait que des camarades avaient été expulsés, mais on ne savait pas par quel itinéraire ils étaient passés. On ne connaissait pas l'existence de ce centre. Juste pour information, à Marseille, en 73, il y avait le prêtre qui travaillait à la Cimade, Berthier Perregaux, qui a été expulsé en Suisse. Et Maurice Courbage, un chercheur syrien qui a été expulsé en Belgique, parce qu'ils ne pouvaient pas l'expulser vers la Syrie, heureusement pour lui. Il y avait Mohamed Laribi, qui a été expulsé en Algérie. Un autre, Bachir Mani, qui était menacé d'expulsion.
Et, pour être précis par rapport à la question, on ne connaissait pas. On savait qu'il y avait des expulsions. C'est à partir du moment où nous, une fois expulsés, nous avons expliqué, puis avec le travail de l'avocat qui a été fait en 75, que le scandale a éclaté. Alors qu'au niveau de la préfecture, ils étaient tous au courant. Il y a des traces écrites. Les archives ont toujours existé, mais le commissaire qui gérait ça dans le port de Marseille ne les a jamais transmis ni à la préfecture de police, ni au ministère de l'intérieur, ni à la direction de la police. C'était son bien à lui. Quand il est parti à la retraite, il les a déposés aux archives départementales. Donc c'est pour ça qu'il n'y avait pas de traces pour déventuels chercheurs qui demandaient des informations auprès de la police ou de la justice.</p> Et, pour être précis par rapport à la question, on ne connaissait pas. On savait qu'il y avait des expulsions. C'est à partir du moment où nous, une fois expulsés, nous avons expliqué, puis avec le travail de l'avocat qui a été fait en 75, que le scandale a éclaté. Alors qu'au niveau de la préfecture, ils étaient tous au courant. Il y a des traces écrites. Les archives ont toujours existé, mais le commissaire qui gérait ça dans le port de Marseille ne les a jamais transmis ni à la préfecture de police, ni au ministère de l'intérieur, ni à la direction de la police. C'était son bien à lui. Quand il est parti à la retraite, il les a déposés aux archives départementales. Donc c'est pour ça qu'il n'y avait pas de traces pour déventuels chercheurs qui demandaient des informations auprès de la police ou de la justice.</p>
@ -72,10 +74,11 @@ Oui c'est ça peut-être qu'au-delà de la matérialité même du centre qui emp
En tous les cas je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces personnes qui ont été maintenues dans l'ombre, dans le déni de leurs droits, de leur existence, de leur personnalité. J'espère que ça aura un écho pour qu'à l'avenir on n'ait pas ce genre de choses qui se reproduisent ici. En tous les cas je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces personnes qui ont été maintenues dans l'ombre, dans le déni de leurs droits, de leur existence, de leur personnalité. J'espère que ça aura un écho pour qu'à l'avenir on n'ait pas ce genre de choses qui se reproduisent ici.
Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à l'heure...</p> Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à l'heure...</p>
<p>Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.</p> <p>Le problème c'est qu'ils l'ont légalisé ! Il faudra changer les lois ! Comment, je sais pas... Il faut prendre le pouvoir ! Voilà, je vous remercie.</p>
<p><strong>POUR ALLER PLUS LOIN</strong>    </p> <p><img alt="Photo d'un mur avec plusieurs affiches contre la prison d'Arenc." src="../images/03/CPR_Marseille/03_mur_affiches_arenc.jpeg"></p>
<h3>Pour aller plus loin</h3>
<ul> <ul>
<li>Radio galère</li> <li>Radio galère</li>
<li>insta/site de Marseille AntiCRA</li> <li>insta/<a href="https://marseilleanticra.noblogs.org/">site</a> de Marseille AntiCRA</li>
<li>Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975</li> <li>Alex Panzani, Une prison clandestine de la police française, Arenc, Éditions Maspero, 1975</li>
<li>« Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425</li> <li>« Arenc, le matin des centres de rétention: Enquête sur lenfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 », Z : Revue itinérante denquête et de critique sociale, vol. N°2, no 2, 31 octobre 2009, p. 1425</li>
<li>Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014</li> <li>Ed Naylor, « Le centre d'Arenc (1963-2006) : du refoulement des 'hébergés' à la rétention administrative», sur researchportal.port.ac.uk, mars 2014</li>
@ -90,8 +93,6 @@ Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à
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<li><a href="/turin-histoire-treve.html">Turin. Histoire d'une trêve</a></li>
<li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li> <li><a href="/passeurs.html">Lexique : passeur</a></li>
<li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li> <li><a href="/c-est-qui-le-bledard.html">« C'est qui le blédard ? »</a></li>
<li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li> <li><a href="/cafe-ethique.html">Un café éthique et woke au Refuge !</a></li>
@ -99,6 +100,8 @@ Après ça existe clairement encore les CRA maintenant, comme tu disais tout à
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@ -81,6 +81,7 @@ Le Louise Michel, comme son nom lindique plutôt bien, cest un projet qui
<p><strong>S. :</strong> Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après… <p><strong>S. :</strong> Pour finir jaimerais revenir à la notion dautonomie des migrations qui me paraît très importante. Dans les médias, on entend beaucoup parler des bateaux dONG de sauvetage. En réalité, parmi les personnes qui arrivent en Italie, seules environ 10% (ça varie selon les années) ont été secourues par la flotte civile. Et comme les garde-côtes italiens se sont désinvestis en grande partie de leur responsabilité, en refusant de répondre aux cas de détresse quils jugent trop loin de leurs côtes, beaucoup de personnes comptent sur leur seules forces pour atteindre Lampedusa ou la Sicile. Depuis la Libye, ça fait minimum 300 km en mer, sans parler de tous les risques dinterceptions dont on a précédemment parlé, ce qui se passe avant la traversée, ce qui se passe après…
Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !</p> Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement sont donc colossaux. Malgré des frontières qui nont jamais été aussi militarisées, les personnes que les États tentent de priver de ce droit continuent à se déplacer. Au prix de leur vie. Cest une situation complètement absurde, désastreuse mais aussi porteuse despoir. Cest la même ambivalence quon retrouve dans les luttes aux frontières, face à la rage que provoque chaque vie sacrifiée sur lautel des politiques migratoires européenne dun côté, mais aussi dun autre côté la joie de relier ce qui est divisé. Tant quil y aura des frontières et que cette liberté ne sera pas reconnue pleinement pour toutes et tous, nous continueront de nous battre à leurs côtes !</p>
<p><strong>R. :</strong> Merci Sophia !</p> <p><strong>R. :</strong> Merci Sophia !</p>
<p><img alt="Carte récapitulative de tous les acteurs civils du sauvetage en mer en Méditerranée, par le CMRCC" src="../images/03/mapping_cmrcc.png"></p>
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@ -104,8 +105,6 @@ Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement
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@ -113,6 +112,8 @@ Les efforts que déploient les personnes pour exercer leur liberté de mouvement
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<p><a href="/edito_03.html">Numéro 03 (2025)</a></p> <p><a href="/edito_03.html">Numéro 03 (2025)</a> - <a href="/pdf/ravages_num_03.pdf">version PDF</a></p>
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@ -127,8 +127,6 @@ Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafi
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@ -136,6 +134,8 @@ Arci Porco Rosso, Dal mare al carcere, La criminalizzazione dei cosiddetti scafi
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text-align: right; text-align: right;

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@ -53,6 +53,7 @@ A nous qui sommes né.es avec l'idée d'un monde irréversible, il nous semblait
Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait. Il n'y avait plus de centre de rétention et toute la ville s'en souviendrait.
S'en était finit, ils avaient gagné. S'en était finit, ils avaient gagné.
Ça a duré 2 ans, la trêve.</p> Ça a duré 2 ans, la trêve.</p>
<p><img alt="Photo du CPR de Shengjin, Albanie" src="../images/03/CPR_Torino/CPR%20albanie.jpg"></p>
<p>N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.</p> <p>N'ayant plus de CPR, l'occasion nous a enfin été donnée de penser la prison sans ses barreaux. Mais l'enfer est partout, même à l'extérieur des murs il traîne toujours au dehors dans les limbes de la vie libre. Nous devions profiter sans traîner de cette parenthèse pour s'arracher à l'urgence, pour fouiller ailleurs. On rebroussa chemin.</p>
<p>La fonction fondamentale des centres de rétention est d'une part l'évidente mise à profit de l'enfermement et de l'expulsion d'un bon nombre de personnes « sans papier », en retirant des rues une partie de ce surplus humain qui n'a pas (ou plus) trouvé de valorisation dans « l'inclusion » aux modèles capitalistes. <p>La fonction fondamentale des centres de rétention est d'une part l'évidente mise à profit de l'enfermement et de l'expulsion d'un bon nombre de personnes « sans papier », en retirant des rues une partie de ce surplus humain qui n'a pas (ou plus) trouvé de valorisation dans « l'inclusion » aux modèles capitalistes.
D'autre part les centres sont la matérialisation ultime du chantage à l'asservissement des personnes libres. Ils agissent comme un moyen de dissuasion, en instillant la peur, en bridant les résistances, pour imposer toujours plus efficacement des conditions de vies précaires au sous-prolétariat et au prolétariat majoritairement racisés.</p> D'autre part les centres sont la matérialisation ultime du chantage à l'asservissement des personnes libres. Ils agissent comme un moyen de dissuasion, en instillant la peur, en bridant les résistances, pour imposer toujours plus efficacement des conditions de vies précaires au sous-prolétariat et au prolétariat majoritairement racisés.</p>
@ -83,6 +84,7 @@ Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une ten
<p>La trêve est finie aujourd'hui. Le 25 Mars dernier le CPR de corso Brunelleschi rouvrait ses portes. Mais il est certain qu'il y aura d'autres révoltes et autant d'autres mobilisations en solidarité avec les prisonniers et contre le génocide en cours à Gaza au Soudan et ailleurs encore.</p> <p>La trêve est finie aujourd'hui. Le 25 Mars dernier le CPR de corso Brunelleschi rouvrait ses portes. Mais il est certain qu'il y aura d'autres révoltes et autant d'autres mobilisations en solidarité avec les prisonniers et contre le génocide en cours à Gaza au Soudan et ailleurs encore.</p>
<p>Si les CPR sont une stratégie répressive en amont pour décourager la lutte des classes oppressés en les tenant en échec, il nous paraît alors que peut être cette lutte la soit en quelques sorte une lutte d'introductive à toute les autres...</p> <p>Si les CPR sont une stratégie répressive en amont pour décourager la lutte des classes oppressés en les tenant en échec, il nous paraît alors que peut être cette lutte la soit en quelques sorte une lutte d'introductive à toute les autres...</p>
<p>Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En intersection et en solidarité, élargissons la brèche ! <strong>Free Palestine ! Fuoco ai CPR !</strong></p> <p>Défendons-nous ensemble des protocoles, des cages institutionnelles. En intersection et en solidarité, élargissons la brèche ! <strong>Free Palestine ! Fuoco ai CPR !</strong></p>
<p><img alt="Photo du Bibby Stockholm, bateau-prison." src="../images/03/CPR_Torino/Bibby_Stockholm,_Falmouth_Docks,_2023.jpeg"></p>
<div class="footnote"> <div class="footnote">
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@ -106,8 +108,6 @@ Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une ten
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@ -115,6 +115,8 @@ Les CPR albanais ne sont donc pas nés par hasard mais s'inscrivent dans une ten
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<li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li> <li><a href="/lyon-cra-pire-que-tout.html">Lyon. Les CRA: pire que tout</a></li>
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@ -1,19 +1,12 @@
:root { :root {
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h4 { h4 {
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text-align: right; text-align: right;